Idolâtrie

Articles à venir

(pour certains faudra s'armer de patience...)

 
*Saison parisienne 08/09
*Mats Ek à Garnier
*Félicity Lott au Châtelet
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*I Capuletti à Bastille
*Don Carlos à Bastille
*Falstaff au TCE
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*Portrait de Silvia Tro Santafé
*Portrait de Max Cencic
*Portrait de Christophe Dumaux
*Les inédits de Bartoli
*Les inédits de Ciofi
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*Destructive Aria
*L'impératrice du Pérou

Les renforts de rédacteurs sont les bienvenus!! 

La Fée Radio

Ces articles ont été agrémentés d'extraits musicaux pour votre plus grand plaisir!

 

*Roberta Invernizzi
*Sonia Prina
*Ann Hallenberg
*La Vergine dei dolori de Scarlatti
*La Griselda de Vivaldi au TCE
*Récital Kozena/Daniels au TCE
*Arianna in Creta de Handel
*Anna Bonitatibus

 

Sans oublier la rubrique Miousic only.

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publié dans : Radio & Tv
Vendredi 13 juin 2008
par Caroline
Semaine du 14 au 20 juin :
 
 
 
TELEVISION:
                       
 
        ¤¤  Concert du Festival de Saint-Denis (mai 2005) : dans la nuit de samedi à dimanche vers 1h50  (France3)
 
 
        ¤¤  Baroque académie (docu, 2007) : dimanche 15 à 23h05  (France3)
Sur la 3e édition du Jardin des voix de W. Christie.
 
 
        ¤¤  Stabat Mater de Vivaldi : dans la nuit de dimanche à lundi vers 2h30  (TF1)
 
 
        ¤¤  Réouverture de l'Opéra de Vienne (2) : dans la nuit de lundi à mardi vers minuit 40  (France2)
 
 
        ¤¤  Le sanglot des anges de J. Otmezguine (2/4, 2008) : mercredi 11 à 20h55  (France2)
... ^^ ...
 
 
        ¤¤  Jessye Norman d'A. Heller et O. Schmiderer (Portrait, 2005) : jeudi 19 à 22h30  (ARTE)
 
 
        ¤¤  Musiques au coeur 5 étoiles: Les grandes héroïnes tragiques de l'opéra : vendredi 20 à 22h35  (France2)
Invités: M. Delunsch, V. Genaux, B. Uria-Monzon, N. Manfrino, R. Alagna, J.P. Scarpita...
 
 
 
RADIO:
        
 
        ¤¤  Etonnez-moi Benoît: avec Eric Chevalier : samedi 14 à 11h  (FM)
Opéra-Théâtre de Metz
 
 
        ¤¤  Dans la cour des grands : samedi 14 à 13h07  (FM)
Les jeunes chanteurs de l'Atelier lyrique de l'ONP, promotion 2007-08
 
 
        ¤¤  Orlando de Haendel (TCE, mars 08) : samedi 14 à 19h30  (FM)
Malgoire - C. Dumaux; E. de la Merced; JM Fumas, A. Buet...
 
 
        ¤¤  Giulio Cesare de Haendel (Pleyel, en direct) : samedi 14 à 20h  (Radio Classique)
R. Jacobs - L. Zazo; S. Piau, M. Ernman; C. Dumaux...
 
 
        ¤¤  Les greniers de la mémoire: Teresa Stich-Randall : dimanche 15 à 11h  (FM)
 
 
        ¤¤  Histoires de musiques:  Feuilleton Falstaff (6/7) : dimanche 15 à 19h07  (FM)
Acte III - à 20h07 : Tableau 1: Abbado (2001) - B. Terfel et Tableau 2: Giulini 1982 - R. Bruson
 
 
        ¤¤  Israël libéré de Telemann / Symphonie en ut m de Kraus : dimanche 15 à 21h03  (France Inter)
Antonini - L. Scherrer; M.C. Chappuis; M. Ullmann; K. Mertens
 
 
        ¤¤  Le matin des musiciens: Kurt Masur : de lundi à vendredi à 9h05  (FM)
 
 
        ¤¤  A portée de mots: avec Nicolas Joel : lundi 16 à 12h03  (FM)
 
 
        ¤¤  Don Carlos de Verdi : lundi 16 à 21h  (Radio Classique)
H. Stein - G. Janowski; S. Verrett; F. Corelli; N. Ghiaurov...
 
 
        ¤¤  Un Requiem allemand de Brahms (Châtelet, mai 08) : mardi 17 à 16h  (FM)
J. Suhubiette - I. Philippe; F. Boesch - B. Chamayou; C. Tiberghien
 
 
        ¤¤  Concert Schoenberg / Berg / Mahler (Pleyel, juin 08) : mercredi 18 à 16h  (FM)
Boulez - L. Aikin
 
 
        ¤¤  C'était hier: Z. Mehta, notamment: Te Deum de Bruckner (ORTF, 1973) : mercredi 18 à 20h  (FM)
S. Armstrong; H. Schwarz; W. Hollweg; S. Nimsgern
 
 
        ¤¤  Sur la route d'Aix : mercredi 18 à 21h  (Radio Classique)   
 
 
        ¤¤  Deux sets à neuf : invités: M.N. Lemieux et L. Tézier : jeudi 19 à 8h15  (FM)
Pour Falstaff au TCE.
 
 
        ¤¤  Wesendonck-Lieder de Wagner / Symphonie n° 8 de Bruckner (St-Denis, en direct) : jeudi 19 à 20h30  (FM)
M-W Chung - Waltraud Meier
 
 
        ¤¤  Deux sets à neuf : invité: H. Niquet : vendredi 20 à 8h15  (FM)
Pour la sortie du CD de Proserpine de Lully.
 
 
        ¤¤  Récital de Joyce Di Donato (Opéra-Comique, juin 08) : vendredi 20 à 10h02  (FM)
D. Zobel, piano - Programme Copland, Bernstein, Hahn


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Vendredi 6 juin 2008
par Orlando

Concert de gala Bartoli/Malibran

 

W.A. MOZART

Ouverture des Nozze di Figaro

Air de concert « Chi sa, chi sa, qual sia » K.582

Air de Sextus « Parto, parto » (La Clemenza di Tito K. 621)

Ouverture de Die Zauberflöte K. 620

Motet K. 165 « Exsultate, jubilate »


F. CHOPIN

Andante spianato et Grande Polonaise brillante en Mi bémol majeur op. 22


N. PAGANINI

La Campanella (concerto pour violon n°2, 3è mouvement)

 

G. ROSSINI

Air de Desdemona : Air du saule et Prière (Otello)

Ouverture de L’Italiana in Algeri

Air de Semiramide « Bel raggio lusinghier » (Semiramide)

 

Cecilia Bartoli, mezzo soprano

Vadim Repin, violon

Lanag Lang, piano

Myun-Whun Chung, direction

 

Orchestre Philharmonique de Radio France

 


Cette folle journée bartolienne trouvait sa conclusion dans un concert de gala où elle chantait divers airs de Mozart et Rossini.

Regrettons encore une fois que, pour  cette occasion si spéciale, Bartoli n’ait pas jugé bon de se montrer plus rigoureuse dans le choix des pièces. Car si, indéniablement, ces deux compositeurs comptèrent effectivement beaucoup pour Malibran, il est sûr que  la mezzo romaine eût tout à fait pu proposer ce programme tel quel, sans aucune référence spécifique à la Diva romantique,  dès le début des années 90, tant toutes ces oeuvres, au demeurant parfaitement agencées par l’éventail expressif qu’elles couvrent, font depuis longtemps partie de son répertoire. Pour la partie Mozart, par exemple, il est à peu près sûr que la Malibran, dont les rôles mozartiens étaient Zerlina et Susanna, n’a jamais chanté le Sextus de La Clemenza di Tito, pas plus  qu’elle n’a dû avoir connaissance du  flamboyant motet en hommage à la Vierge Marie, voire du charmant air de concert destiné à Louise Villeneuve (la première Dorabella) pour être inséré dans un opéra de Martin Y Soler. En revanche, les deux airs de Rossini - qui fut un peu le compositeur fétiche du clan Garcia, Manuel père ayant notamment créé le Comte Almaviva du Barbiere -  illustrent plus spécifiquement son répertoire.  Desdemona fut effectivement un de ses rôles favoris qu’elle étudia dès sa plus tendre enfance sous la direction de son père, Manuel Garcia, illustre ténor et professeur de chant respecté et redouté. C’est d’ailleurs avec lui dans le rôle d’Otello (allô, Sigmund ?) qu’elle fit ses débuts dans le rôle, et il n’est pas moins significatif qu’elle ait tenu par la suite à chanter le Maure lui-même en transposant la partie d’une octave... Quant à Semiramide, ce rôle fut son premier grand succès au Théâtre Italien à Paris en avril 1828, aux côtés du formidable Arsace de Pisaroni. Plus tard, Maria devait plus volontiers chanter la partie d’Arsace, laissant le rôle-titre notamment à Henriette Sontag… ce qui donne un aperçu de l’étendue des ses moyens et de sa tessiture !


Après une ouverture des Noces dirigée avec une élégance un peu générique (à l’opéra, on se serait dit que la « folle  journée » s’annonçait un peu mollassonne…), la belle Cecilia fait son entrée dans une superbe robe blanche à traîne : cela fait un peu robe de mariée, du style de  celles que Muriel, tout le long du film de Paul Hogan,  prend plaisir à essayer,  mais cela montre aussi à quel point elle a spectaculairement minci ces derniers temps….  Elle récolte  l’ovation  avec le sourire radieux d’une petite fille toute étonnée de découvrir ceux qui lui ont a fait la surprise de venir à son anniversaire : sachant l’immense battage médiatique qui a accompagné cette journée, notamment en gardant longtemps secrète son occasion très spéciale - le bicentenaire de la naissance de la Malibran -, on ne peut qu’avoir des doutes sur la sincérité de cette réaction, et pourtant, la fraîcheur et la spontanéité de l’artiste sont irrésistibles, mettant d’emblée le public dans sa poche.

Le choix de ce premier morceau est judicieux ; passée la surprise qui saisit toujours l’auditeur quand on entend Bartoli en vrai concernant la très modeste projection de  l’instrument - surtout dans une aussi vaste salle et de surcroît avec orchestre -, l’attention du spectateur est d’emblée mise en éveil par  cette série de « Chi sa » traduisant autant l’angoisse du personnage que l’excitation de la chanteuse à achever ce qu’on peut appeler son marathon : en rhétorique classique, on appelait cela « captatio benevolentiae » ( « captation de la bonne disposition »). On admire justement sa maîtrise rhétorique - coloration subtilement diversifiée sur la succession de mots, comme une liste petite  d’affects, voire une mini Carte de Tendre : « sdegno, gelosia, timor, sospetto, amor », mais aussi technique - l’envol admirablement concentré d’une mini coloratura qui semble se dissiper aussi vite qu’elle s’est épanouie - mais l’air, à peine commencé, s’achève déjà, sans presque qu’on ait pu remarquer un aigu très haut placé, mais dont l’usage presque exclusif en résonance de tête ne lui permet pas de trouver une réelle ampleur.

 

Après le buffo, le serio, avec un air autrement substantiel, celui de Sextus dans La Clemenza di Tito. Là encore, la capacité d’imposer une situation dramatique et de dessiner un personnage - Sextus, déchiré entre sa loyauté envers son souverain et ami Titus et son amour pour la belle Vitellia qui exige de lui le meurtre de l’empereur, se résigne au crime mais demande au moins un regard d’encouragement de la part de belle cruelle - ne peut qu’impressionner. La simple attaque du premier mot « parto » (claquement du « p », profondeur du « a », fier roulement du « r » comme collé à la dentale qui suit , tout cela dénote une maîtrise superlative de la diction, non comme simple phonation, mais comme acte articulatoire toujours relié à une intention musicale) nous démontre une fois de plus l’autorité de l’interprète.  Cet air fameux  (souvent chanté, et même gravé à deux reprises, une première fois en air séparé, en récital, et plus tard dans l’intégrale dirigée par Christopher Hogwood)  lui permet de distiller à maint endroit des trésors fabuleux. A des moments clés du discours,  des pianississimi suspendus  à la limite de l’audible, comme si le héros hésitait à faire entendre cette supplique ultime, des  « guardami » (regarde-moi) si faiblement murmurés que toute la salle retient soudain son souffle de peur d’en perdre une miette : génie d’une artiste qui sait transmuer en or ses faiblesses!  Me reviennent alors en mémoire quelques phrases admirables de Stendhal sur l’art de Giuditta Pasta, divad’ailleurs rivale de la Malibran : « Elle peut avec cette voix  [ie, la « voix de tête »] smorzare il canto (diminuer le chant) jusqu’à rendre en quelque sorte douteuse l’existence des sons. » (Vie de Rossini, Ch. XXXV). Et avec la  même évidence, elle se lance dans les farouches vocalises finales dont elle ne fait qu’une bouchée, aigus (Si B) petits mais précis et brillants et  graves certes pas tonitruants mais d’une résonance nourrie très agréable, d’un contraste de couleur très piquant. Notons aussi que celle qu’on a pu comparer, à ses tout débuts, à Teresa Berganza, a une façon très personnelle, et très peu « berganzesque », précisément – pour qui la netteté des traits et la précision solfégique tenaient presque de la vertu janséniste - de lancer des coloratures, littéralement jetées au dehors, comme bousculées par un flot d’énergie irrépressible.. et irrésistible !

 

Une ouverture de la Flûte (d’une solennité un peu empesée) permet à la belle de reprendre un peu son souffle avant de s’attaquer, pour finir cette copieuse première partie, au motet religieux en latin « Exsultate, jubilate » cheval de bataille de tant de sopranos légers, allemands notamment, qu’un Mozart d’à peine seize ans avait destiné au gosier agile du castrat Venanzio Rauzzini (1746-1810) pour le remercier d’avoir créé, trois semaines auparavant, Cecilio dans Lucio Silla (gravé d’ailleurs remarquablement par Bartoli, dans un enregistrement de référence  - quoique fort coupé - de Nikolaus Harnoncourt). Cette scène célébrissime en l’honneur de la Vierge Marie (et, osons le dire, écrite dans un latin « de cuisine », ou plutôt « d’église » assez cocasse…) est restée au répertoire favori de maint soprano, notamment aigu ou léger, attiré par les vocalises brillantes que l’on doit y donner aux premier et troisième mouvements, sans parler du Contre-Ut que toutes se croient obligées, par - funeste-  tradition, de rajouter à la fin, en dépit de tout souci stylistique, et même du plus élémentaire bon goût… (Mais, c’est bien connu, « Tradition ist Schlamperei » : la tradition, c’est le laisser-aller !) 

J’avoue ne pas apprécier spécialement cette partition dont le formalisme me paraît déjà un peu vide, mécanique jolie et bien huilée mais d’une expressivité émotionnelle limitée : je trouve par exemple particulièrement laborieuse la transition orchestrale (ces suspensions aux cordes !) entre le mouvement lent et l’Alleluia conclusif…  Et surtout des générations entières de sopranos pépiants, voire aigrelets ont achevé de m’en dégoûter à jamais! Avec Bartoli, justement, cette page rabâchée retrouve une certaine fraîcheur, la couleur plus charnue d’un mezzo, fût-il clair, lui conférant une sensualité inhabituelle. Elle met dans les guirlandes si décoratives du premier mouvement une réelle gourmandise mais surtout, elle anime le récitatif central, si souvent ânonné, d’un poids expressif appréciable, avec ce sens du texte qui est le sien, mais aussi cette ferveur non feinte car expression sincère d’un foi religieuse toute naturelle au peuple italien. L’air central, suspendu, nous transporte plus dans l’alcôve d’une belle et jeune Comtesse perdue dans la contemplation de son reflet qu’à l’église, mais que ces longues phrases gagnent à être ainsi amoureusement suspendues! Retour enfin  à l’excitation du début avec un Alleluia conclusif chauffé à blanc et enlevé avec brio même si les traits ont tendance, à ce tempo d’enfer, à ressembler un peu à des salves de mitraillettes, et si, pour tenir cette tessiture tendue, la voix a tendance à perdre de sa substance, jusqu’à un Ut aigu juste mais vraiment en tête d’épingle.

Réserves de détails devant le don de soi si formidable d’une artiste qui, fort sympathiquement, se montre manifestement très satisfaite de  sa performance, avec cette joie naïve d’un sportif : pas d’une classe folle, mais très éléctrisant !

 

Après l’entracte, pour justifier l’appellation prestigieuse de « concert de gala » on a demandé aux deux partenaires du matin de revenir en guest stars pour deux pièces concertantes brillantes : luxe mais dont on se serait dispensé tant ces pièces sont pour moi le comble de la virtuosité une peu creuse. C’est d’abord le sautillant Lang Lang qui nous donne une interprétation impeccable techniquement - mais musicalement glacée - de l’Andante spianato de Chopin, accueillie par une ovation, sans doute en raison de la surmédiatisation d’un artiste qui connaît assurément toute le ficelles pour donner l’image d’un grand pianiste, avec force mimiques inspirées et effets de poignets.  Et on se dit que le maestro Chung eût pu, là aussi, avantageusement le remplacer…

Mais du moins la pièce est-elle belle, car on ne pourra en dire autant de cette Campanella de Paganini, déprimante de vacuité et irritante même tant elle multiplie traits et virtuosités, jusqu’à cette interminable cadence où le soliste rivalise de trilles et de volutes en double cordes pour un résultat musical si maigre : « tout cela pour si peu, vraiment? » se dit-on à la fin !  Assez éprouvant en fait.

 


Le retour de Bartoli (qui a profité de la pause pour enfiler une autre  robe rouge celle-là) est donc attendu avec impatience .

La longue scène d’Otello, d’un style pathétique parfait, est sans doute ce qui lui va le mieux de toute la soirée, dans une tessiture assez centrale qui la met particulièrement en valeur. Les vocalises lentes, alanguies de la romance du saule sont détaillées avec un grand art du sfumato et du chiaroscuro, puis la véhémence du récitatif central fait entendre de ces sons « voilés et en quelque sorte suffoqués »  par l’émotion dont parlait si joliment Stendhal (toujours à propos de la Pasta) et enfin la noblesse de la Prière finale montre l’art expressif de Bartoli à son zénith. On regrette du coup qu’elle n’ait pas choisi de donner l’après-midi une rareté comme l’Otello plutôt que cette Cenerentola qu’elle balade depuis plus de vingt ans un peu partout…

 

Après une ouverture de L’Italiana, pas très enlevée à dire vrai, elle nous revient pour un ultime air: après l’élément liquide du saule, voici les feux de l’amour avec le grand air de Semiramide, « Bel raggio lusinghier ». Avouons que malgré une vocalisation impeccable elle ne parvient pas s’y montrer réellement convaincante, en en donnant une interprétation lisse un peu trop uniformément souriante et rêveuse. On peine à entendre l’autorité d’une reine  amoureuse certes, mais empoisonneuse : manquent ici une démesure, quelque chose de farouche dans l’accent, un corps même dans le timbre, toutes choses qui rendaient l’interprétation d’une autre Maria - Callas ! - inoubliable… 

 

Malgré une soirée déjà  fort avancée - au terme d’une journée passablement remplie - Bartoli va généreusement offrir trois rappels, tous présents sur son dernier disque. D’abord, pour justifier la présence d’au moins  un des invités fut donné le tout début de la scène « Infelice » de Mendelssohn,  avec un violon moins soucieux de seulement briller que dans Paganini. Mais là encore, cela tient plus de l’exercice de style que de la réalisation convaincante tant on y entend que la Malibran - qui dans le répertoire allemand, avait abordé la Léonore de Fidelio, où on n’imagine  pas une seconde Bartoli ! - devait posséder un registre médian et grave autrement riche et puissant que Bartoli qui, elle, a toujours privilégié l’homogénéité des registres au détriment de l’éclat et de la puissance. Et pour qui a cette scène dans l’oreille par une Edda Moser, par exemple, le résultat sonne vraiment pauvret et faiblard !

Le deuxième, rappel, fort anecdotique comme musique mais exquisément rendu, nous permet de voir une Bartoli déchaînée, roulant les R comme un vrai sifflet de chef de gare et esquissant une pantomime de sémaphore devant un public ravi… et un Chung médusé : il faut bien tout ce cirque pour arriver à donner un semblant d’épaisseur à ce Rataplan, ariette de fort médiocre inspiration mais due à la Malibran elle-même, à qui il sera beaucoup pardonné en ce jour !

Enfin pour le troisième rappel, Cecilia se paye le luxe de convoquer deux guitaristes et une danseuse de flamenco à castagnettes - comme elle l’avait apparemment déjà fait en décembre dernier lors de ses récitals au TCE - pour un air écrit par Manuel Garcia père, un des tubes du chanteur mais aussi de sa fille : « Yo que soy contrabandista ». Là encore, l’inspiration est maigre mais l’air charmant et surtout,  la chanteuse, quasi en transes, se donne sans compter avec quelques saisissants et jubilatoires  youyous lancés à pleine gorge et qui nous ramènent brusquement à ce à ce que la tradition méditerranéenne a de plus ancestral et immémorial … (cf ce fragment conservé de Sappho qui nous est parvenu : « Le youyou monte unanime de toutes les gorges »)  Et nous de nous étonner que gosier si cultivé et policé puisse soudain produire des sons aussi  bruts et populaires !  Comment ne pas penser à ce qu’écrivait  Alfred de Musset en 1839, décrivant le véritable choc ressenti en entendant pour la première fois … Pauline Viardot ! « Il est certain qu’aux premiers accents, pour quiconque a aimé la sœur aînée, il est impossible de ne pas être ému […] C’est le même timbre clair, sonore, hardi, ce coup de gosier espagnol qui a quelque chose de si rude et de si doux à la fois et qui produit sur nous une impression à peu près analogue à la saveur d’un fruit sauvage ».

Et on se dit que la belle Cecilia ferait une Carmen formidable, fière et singulière et, pourquoi pas dans l’écrin idéal de l’Opéra Comique où l’œuvre fut créée ? Car à dire vrai Paris l’a bien peu entendue sur scène, à part un Cherubino à Bastille passé d’ailleurs assez inaperçu… Pour l’heure Cecilia, reçoit avec émotion et simplicité le triomphe que lui réserve une salle en délire, debout à applaudir, acclamer et trépigner. « Quelle folle journée !» conclut-elle,  rayonnante et visiblement ravie, portée par l’amour de tout le public. On la sentirait prête à continuer toute la nuit, mais Chung est visiblement exténué et le stock de rappels épuisé.  Elle a en tout cas magnifiquement gagné son pari de cette journée à la mesure de l’artiste : généreuse, démesurée, exceptionnelle…  Qu’importe du coup que l’hommage à la Malibran ait par moments pu sembler un prétexte, ou que  nous n’ayons pas pour l’occasion découvert de réelles nouveautés : la « mariée » fut si belle, la fête si totale que l’on aurait vraiment mauvaise grâce à bouder son plaisir...

 

Orlando


 


 

 


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Vendredi 6 juin 2008
par Licida
Rossini
 La Cenerentola   ossia la bontà in trionfo

Dramma giocoso en deux actes (1817)
Sur un livret de Jacopo Ferretti

Cecilia Bartoli, Angelina
Sen Guo, Clorinda
Liliana Nikiteanu, Tisbe
Antonio Siragusa, Don Ramiro
Bruno Pratico, Dandini
Carlos Chausson, Don Magnifico
Làszlo Polgar, Alidoro

Orchestre et Chœur de l’Opéra de Zurich
Kelly Thomas, clavecin
Adam Fischer, direction musicale

Version concertante, mise en espace



Deuxième épisode de cette journée hommage à la Malibran, un des opéras les plus célèbres de Rossini, et ce à plus juste titre que La Barbier de Séville, si je puis me permettre. Le génie comique de l'italien trouve ici à se révéler avec une infinie tendresse mais aussi un coté étonnement sadique, mélange absolument détonnant.

Et Cecilia Bartoli dans La Cenerentola, ce n'est pas une interprétation de plus: on pourra certes préférer des voix plus profondes comme Lucia Valentini-Terrani, mais jamais Angelina n'aura autant souri, chanter avec autant de tendresse, et aussi impressionnante que soit Lucia Valentini-Terrani, il ne me prends pas l'envie d'aller la serrer fort fort dans mes bras à la fin, contrairement à Bartoli (et que l'on ne me parle pas de Teresa Berganza...). Mais cette Angelina ce n'est pas que de la gentillesse, c'est aussi une agilité, une virtuosité ébouriffante qui étonne toujours autant à un moment de sa carrière qui n'est justement plus son zénith. Si l'on compare avec la version de référence qu'elle grava sous la direction de Chailly, évidemment, ce n'est plus tout à fait ça: la voix a perdu en étendue et certaines vocalises fulgurantes sont moins précises, mais ces pécadilles sont largement compensées par un naturel acquis à force de jouer le rôle sur toutes les grandes scènes du monde. Par ailleurs, cette chanteuse dont on attaque toujours la projection a réussi à émouvoir le public d'une salle à l'acoustique réputée difficile, comme quoi, même à l'opéra, mieux vaut parfois savoir bien jouer que beugler. Donc oui j'ose le mot, l'Angelina de Cecilia Bartoli est historique, une réference incontournable.



La version de concert que l'on nous présentait ce soir était mise en espace et en costumes, adaptant ainsi la mise-en-scène de Zurich qui ne brille franchement pas par la finesse (ah le gag telescopé façon Cage aux folles quand Magnifico croit furtivement que Dandini veut l'épouser), mais cela a au moins le mérite de dynamiser visuellement ce spectacle, car franchement une Cenerentola chantée en rang d'oignons, on y perdrait beaucoup en folie rossinienne.

Le prince du soir était Antonio Siragusa, plutot vaillant l'amoureux, je me demande bien pourquoi personne n'entend son entrée!! Antonio Siragusa c'est un ténor rossinien idéal: une projection à décorner les boeufs, un italien précis, un vrai sens du bel canto dont il maitrise tous les ressorts techniques, une vaillance enthousiasmante. Il y manquera ce soir là juste un peu d'amour, de tendresse; comme me le disait Caroline après Elisabetta dans la même salle où il chantait Norfolc: "Il est plus crédible en traître qu'en amoureux."

Un autre qui connait parfaitement son rôle et le joue avec un naturel saisissant, c'est Carlos Chausson, très amusant Don Magnifico, qui n'hésite pas à jouer la carte de l'outrance à des moments précis et savamment préparés, évitant ainsi de tomber dans la caricature. Et on se surprend à rire encore une fois, à des blagues du livret que l'on pensait déjà connaître par coeur. Bravo.

Passées les deux pestes chantées vivement, mais avec moins de présence et d'applomb que leur soeur ou leur père, par Sen Guo et Liliana Nikiteanu, le reste de la distribution n'est vraiment pas à la hauteur. Bruno Pratico n'en peut plus vocalement et est incapable de restituer la finesse d'écriture rossinienne, du coup il se rabat sur un jeu forcé qui pour le coup verse dans la caricature. Quant à Laszlo Polgar, autre vétéran, certes il y a toujours la stature en scène, soulignée par ce costume blanc, mais ce Parrain le Magicien (vous le dites comment vous "Marraine la Fée" quand c'est un mec, hein?) est vocalement plus croulant que protecteur: y a encore du coffre, mais on est pas loin de l'anarchie question technique.

L'orchestre et le choeur de l'Opéra de Zurich enfin sont dirigés de façon extrêmement attentive par Adam Fischer, la moindre croche est intégrée dans un ensemble clair et net, tout est dans le rang... un peu trop justement, conférant à cette Cenerentola un coté militaro-prussien qui colle mal avec le bordel organisé conçu par Rossini. Mais déjà nous a-t-on épargné un orchestre pompier qui fait passer son approximation pour de la grisante folie, monnaie courante dans le Rossini buffo, donc rien que pour le soin apporté à cette superbe partition, on est heureux.






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publié dans : Représentations
Vendredi 6 juin 2008
par Orlando

Voici maintenant l'article d'Orlando, le premier sur ce blog et certainement pas le dernier, ne serait-ce que parce qu'il y en a un autre après :-)


Le salon romantique de Maria Malibran

 

G.; ROSSINI : Beltà crudele

V. BELLINI : « Malinconia, ninfa gentile » – « Vaga luna che inargenti »

G. DONIZETTI : «  Me voglio fa’na casa »

G. TARTINI : Sonate « Le trille du Diable »

P. VIARDOT :  Havanaise- Hai luli !

G. ROSSINI : Canzonetta spagnuola

R. SCHUMANN / F. F LISZT : Widmung (op. 25 n°1)

G .PAISIELLO/N.PAGANINI : «Nel cor più non mi sento »

F.LISZT :  Liebestraum°3, nocturne en La bémol majeur

C. DE BERIOT :  Il Sogno di Tartini

 

Cecilia Bartoli, mezzo-soprano

Vadim Repin, violon

Lang Lang, piano

 


 

Quelle agitation dans le hall de Pleyel en cette matinée du lundi de Pâques ! Malgré l’heure matinale, c’est la foule !  Je serais quand même curieux de savoir combien de courageux auront été là dès 9h pour la projection du -sûrement fort anecdotique- film La Malibran, tourné en 1943 (!) par Sacha Guitry, et dont l’intérêt principal doit être la présence de Géori Boué dans le rôle de la diva …

 

Disons tout de suite qu’appeler ce programme matinal « Salon Romantique de Maria Malibran » est dans le détail un peu abusif :  certes, il est tout à fait vraisemblable que la cantatrice ait pu connaître ces ariette da camera signées des trois plus grands compositeurs italiens d’opéras de son temps, Rossini, Bellini et Donizetti, musiciens amplement servis à la scène; et les quelques  pièces pour violon, en solo ou en duo avec la voix, rappellent judicieusement qu’elle aimait, dans les dernières années de sa trop courte vie, à se produire en concert avec son second mari, le virtuose Charles de Bériot. En revanche on ne peut que s’étonner d’y trouver des compositions - quelle qu’en soit la valeur - de sa sœur cadette Pauline Viardot, qui n’avait que quinze ans à la mort de sa sœur. Et la transcription du fameux Widmung  de Schumann - lied composé en 1840, alors que Maria est morte en 36 ! - par Franz Liszt eût également pu avantageusement figurer dans  un programme en hommage à Pauline! Ajoutons enfin qu’on regrette à l’inverse l’absence de compositions de Manuel Garcia père, voire de Maria elle-même, qui eussent été bien plus à leur place dans ce cadre...

Mais la belle Cecilia, rayonnante et  très applaudie à son entrée, aura tôt fait de balayer ces légères réserves, sachant d’emblée créer avec le public une intimité remarquable dans un lieu aussi vaste. Ce premier groupe de quatre mélodies typiquement belcantistes, lui permettent d’exhiber sa technique impeccable, peu sollicitée ici en termes de virtuosité ou de souffle, sa diction phénoménale, et surtout, son formidable art de la communication : de ces charmantes miniatures, elle sait comme bien peu faire passer la tendresse, l’impatience, la rêverie nostalgique ou le sourire… On en oublierait presque, du coup, l’accompagnement bien sec et si peu inspiré du décidément très surfait Lang Lang : beaucoup de cinéma mais bien peu de musique... Il réussit même à plaquer une résolution d’accord trop tôt dans le Donizetti tandis que la chanteuse tient un long trille, un exploit quand on songe à quel point cette musique est, harmoniquement parlant, sans surprise aucune!  La diva, virevoltante, ne laisse rien paraître de sa gêne voire de son irritation - à sa place, j’aurais été furieux ! - , et s’ingénie même à lui donner plus d’une fois en souriant la pulsation, lui suggérant là un rubato, ici  un accelerando  C’est ici qu’on mesure à quel point sa sensibilité et son infaillible  instinct musical, si évidents qu’ils en paraissent simples et faciles, ne sont pas donnés à tout le monde !

 


 

Petite pause instrumentale avec un Tartini interminable où Vadim Repim exhibe une virtuosité vertigineuse mais bien vaine, et non dénuée de grincements - mais je ne suis pas le meilleur juge pour ce type de musique qui, j’avoue, me tape vite sur le système !

La belle Romaine nous revient pour trois pièces qui font sensiblement monter la température : d’abord deux très jolies mélodies de Viardot, la charmante Havanaise, mélodie toute simple dont le tendre balancement, assez hypnotique au piano, se pare à chaque nouveau couplet (en français, puis de nouveau en espagnol) - d’une virtuosité de plus en plus en plus ébouriffante (selon le procédé très éprouvé et toujours efficace de la reprise variée avec diminutions toujours plus petites : croches, doubles croches, puis triolets de doubles…), dont la chanteuse se joue avec une facilité, une gourmandise même, fabuleuses ; puis retour au calme pour un Hai luli plus sombre, au dramatisme prenant. Enfin de nouveau un air virtuose avec la fameuse chanson espagnole de Rossini - jadis cheval de bataille d’une Marilyn Horne - commencée dans un tempo lent qui peu à peu, à chaque strophe, s’accélère jusqu’à la folie : électrisant !

Mais là encore, on en oublierait presque à quel point ces deux mêmes Viardot furent jadis « accompagnés » par un Chung (que n’a-t-on fait appel à lui ce matin, puisque c’est lui qui devait diriger le concert du soir !) au disque - le magnifique récital « Chant d'amour », d’ailleurs en hommage  à Pauline -  ou un Thibaudet en concert (dans la fameuse soirée au Teatro Olimpico de Vicenza en 1998, dont il existe une précieuse trace en CD et DVD) autrement présents…

Puis nous retombons hélas bien bas avec le Widmung de Schumann/Liszt  si scolairement exécuté - c’est le mot! -  ici;  et avouons que l’ariette de Paisiello (thème extrait de sa Molinara sur lequel un Beethoven, entre autres, écrivit d’exquises variations pour piano), ici accompagné par le seul violon, permet surtout à l’instrumentiste de briller, avec force cadences, coups d’archets  et jeux de doubles-cordes - toutes choses qui, vous l’aurez compris, ont tôt fait de  dépasser mon seuil de tolérabilité - tandis qu’on est un peu déçu que la voix ne nous serve que des variations bien sages, et pas très différentes de ce qu’elle nous donnait voici déjà presque vingt ans…

Fin de concert donc nettement moins enthousiasmante avec un Liszt et un Bériot  - et on nous remet une couche de « Tartini le bien-nommé, » pour un Sogno qui est un vrai cauchemar ! - peu marquants. Un  rappel, un seul - normal vu ce qui attend encore la chanteuse !-, la Tarentelle de Rossini où  Cecilia n’hésite pas à danser autour du piano, achevant de mettre le public en délire! La belle s’esquive en souriant, nous donnant rendez-vous pour la suite de ses exploits. Les plus impatients pourront, en attendant l’opéra de l’après-midi, déguster le menu exceptionnel - en clin d’œil à Rossini - concocté par le Café Pleyel, voire assister à la conférence donnée par Patrick Barbier. Personnellement la peur de saturer m’a fait prudemment préférer courir à ma salle de sport. Je laisse donc la parole à Licida pour la Cenerentola.

 

Orlando

 



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publié dans : Représentations
Vendredi 6 juin 2008
par Caroline
Voilà un article écrit à 6 mains, ce qui explique que j'ai mis encore plus de temps à le publier qu'à l'habitude. L'avant-propos est signé Caroline, les compte-rendus des concerts du matin et du soir sont d'Orlando et je me suis contenté d'écrire l'article sur La Cenerentola.



Journée Bartoli – Journée Malibran
     
 
 
 
 
Un soir de décembre 2005, il y avait eu comme une promesse, presque une confidence en dédommagement à un peut-être trop prompt et définitif : « Non. A l’Opéra de Paris, non. » Tout de suite derrière, elle avait eu besoin d’ajouter : « Mais il y aura une surprise à Paris ! Quelque chose de très spécial. Et seulement pour Paris. Ah oui ! ce sera vraiment très spécial… » Mais, chut ! Bon. De toute façon, c’est comme elle veut. 


La « surprise », le « très spécial », c’était pour le printemps 2008. Alors on a guetté les programmes de la saison 2007-08 des salles lyriques parisiennes. Les concerts de décembre au TCE ? Non, ça, c’était du prévu et rien que du « très normal ». Alors il s’agissait donc du « concert de gala avec invités » de la salle Pleyel. Un sourire malicieux, un petit air entendu, 2 ans et demi de patience, pour nous coller un concert de gala avec l’orchestre de Radio France dirigé par M-W Chung ? Ah, oui ! elle était surprenante la surprise ! Ça, c’est sûr, nous n’en avions pas rêvé !… Mais non, mais non ; il y aurait autre chose. Quoi et quand, alors ? Eh bien, ce jour-là. Le 24 mars. Pour fêter la naissance de la Malibran. 200 ans, ça se fête. Il fallait marquer le coup, elle voulait marquer le coup. Ce jour-là, ce jour-là, précisément. Un jour entier. Une journée spéciale. Toute la journée, donc. Du matin au soir. Le tour du cadran : de onze heures du matin à onze heures du soir. Un marathon, quoi. Récital, le matin ; opéra, l’après-midi ; concert, le soir. Alors là, oui ! Pour être une surprise, c’en était une ! Cela paraissait même dément. Une folie !  


Alors les grincheux ont commencé leurs pronostiques : « Le matin, ce n’est pas trop cher (85 euros max.) ; donc ce sera court, elle ne va pas chanter grand-chose, 2 ou 3 airs de son dernier CD, en plus il y aura le violon et le piano, elle ne va pas trop se fatiguer. L’après-midi, La Cenerentola en version de concert : évidemment, c’est ce qu’elle connaît le mieux ! ça fait bien quinze ans qu’elle la traîne. Et puis comme ça elle n’aura rien de nouveau à apprendre et surtout elle ne prendra aucun risque. Alors que quelques jours plus tard elle va faire La Sonnambula à Baden Baden, on aurait pu en profiter en primeur à Paris, quand même ! Mais non, elle n’ose pas. Ou même Clari qui sera donné en mai à Zurich ! Halévy était Français, ça a été créé à Paris, c’était l’occasion rêvée, non ? Et puis le gala du soir « avec invités », c’est bien trouvé ! Comme elle n’aura plus de voix – déjà que, hein ? bon !… et à Pleyel en plus ! – elle va laisser la main aux copains, on écrira Bartoli en bien gros, et puis elle finira en tapant du talon et battant du tambour, ça ne va pas la tuer non plus et ça sera très efficace. Donc finalement : sa Cenerentola que l’on connaît par cœur et une version light des concerts du TCE diluée en deux parties, histoire de faire casquer un max. En gros : de la pub bien orchestrée à bon compte. Le Barnum habituel, quoi. » 
Oui, bien sûr ; on peut prendre cette journée dans cet esprit-là et même finir par la formule assommoir : « Bartoli fait du Bartoli ». Ben oui, on peut.


Oui, mais J ça ne s’est pas passé tout à fait comme ça. Sans doute parce que Bartoli ne fait pas toujours du Bartoli, parfois, elle l’est. Elle l’est avec cette petite lueur qui anime et qui entraîne, elle l’est avec aussi une petite folie qu’elle parvient pourtant à circonscrire dans les limites du possible. Oui, cette journée était folle, mais possible. Et il lui a fallu un certain culot tout de même, le culot d’y aller, d’oser, de se le permettre. Puisqu’elle pouvait et qu’elle avait l’énergie pour le faire, elle l’a fait. Mais juste une fois, une fois dans une vie. Maintenant ou jamais. Une forme d’insolence aussi, mais pour le plaisir, pour le plaisir de se faire plaisir et pour celui d’en donner. Car cette journée devait surtout être une fête. Un cadeau. Banco ? Ben, banco !  




Elle n’est entrée sur scène ni tremblante, ni surexcitée, mais contente. Et dès le départ on a su que la voix était là, que la journée serait réussie. Elle a fait la diva, un peu, la Cecilia, souvent, le clown, à certains moments, et l’actrice tout de même, parce que ça faisait 18 ans qu’on attendait et que 18 ans c’est très long. Elle a fait ce qu’elle a voulu au mieux qu’elle l’a pu, chacun a joué le jeu et nous, nous avons dit merci. Tous les spectateurs de l’orchestre se sont levés comme un seul homme sur la dernière note de la Cenerentola et la salle semblait exploser en une sorte de ferveur, allez, j’ose, populaire. Une forme de bonheur simple et sincère, donné et reçu. Il fallait en profiter avant que les ministres et leurs amis, beaucoup moins discrets que les actrices, ne soient de sortie pour le gala…
  


Mais il me déplairait de terminer sur ce mot-là, parce que ce ne serait pas juste. La journée Malibran, c’était aussi la possibilité offerte à un curieux, qui serait peut-être fauché comme les blés mais qui n’aurait pas peur de gros mots comme « culture », « art » (lyrique ou pas), « histoire », « savoir », un curieux fauché et sans a priori donc, de pouvoir ce jour-là, sans débourser un centime, voir un film de Sacha Guitry (de ces films en NB interdits à la télévision publique avant minuit 20), assister à une conférence sur la Malibran, voir une exposition et découvrir la vidéo d’un concert du dernier programme de Bartoli. Entendre en passant du lyrique, se rendre un peu compte de ce que c’est, du bruit que ça fait. En passant. Ça aussi, ça me semble intéressant comme démarche. Et l’expo de la collection Bartoli sur la Malibran aurait très bien pu, il me semble, être installée dans les foyers des théâtres où elle se produisait ; mais non, Bartoli collectionneuse-montreuse (ce qui n’est pas si courant chez les collectionneurs, d’ailleurs) a voulu un museo mobile qui avait l’avantage de pouvoir s’arrêter sur les places (à Paris : la Sorbonne, le Palais Royal, l’Hôtel de Ville), dans la rue, s’ouvrir, s’offrir à qui voulait, à qui passait par là, par hasard ou non, et sans la nécessité d’entrer dans des lieux qui, nous dit-on, impressionnent les non-initiés, pas de lieux saints donc, mais un camion dans la rue, avec quand même quelque chose d’une chapelle, j’en conviens. Mais n’importe quel curieux pouvait y aller voir, n’importe quel touriste passant sur le parvis de l’Hôtel de Ville pouvait entendre Bartoli chanter des airs qu’avait chantés la Malibran. Un peu curieusement certains s’extasient sur le fait de pouvoir payer 18 euros pour voir une vidéo en HD dans un cinéma, mais semblent snober ce genre d’entreprise. « De la pub ! », nous dit-on. Pourtant dans le camion, il n’y avait rien à vendre, et voir et entendre ne coûtaient rien aux gens dans la rue, ce lundi 24 mars (malheureusement il pleuvait :-/ ). Il me semble que cette démarche-là veut aussi dire quelque chose. Peut-être quelque chose comme : « Regarde, va voir et ensuite tu diras si tu aimes ou pas. Va voir, choisis. Mais sache que ça existe. » Forcer à rien, mais proposer ; donner accès, permettre l’accès, Bartoli en a les moyens et en garde la volonté.
C’était ça, aussi, la journée Malibran. ;-)
 


A vous Pleyel !
 


C.



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