Concert du sopraniste Jacek Laszczkowski et de l’Ensemble Dolce & Tempesta, mercredi soir 20 février 2008, salle Gaveau à Paris dans le cadre des Concerts Parisiens, ou comment avoir participé à un spectacle spécialement organisé pour « nos amis à 4 pattes » de la maison de retraite Ste Ursule, sise avenue de Verzy, noble institution tenue par la congrégation des « Ursulines du cœur de Jésus agonisant ».
Le public bien sûr était largement en mesure de dîner tous les soirs à l'institut Ste Ursule, mais les interprètes du concert participaient également à cette illusion.
De Jacek, j’avais entendu un vague mp3 fourni par je-ne-sais-plus-qui, je-ne-sais-plus-où qui m’avait paru fort intéressant. J’avais pu ensuite réécouter d’autres extraits qui m’avaient en revanche moins convaincu : mais il était trop tard, les places étaient déjà achetées.
Pour faire plaisir à son auditoire et l’éblouir, Jacek arborait un superbe smoking : un pantalon et un nœud papillon noirs très classiques, et une veste en velours froissé prune aux reflets chatoyants, tranchée par un revers de col noir brillant. J’ignorais qu’on pouvait encore trouver de telles merveilles tout droit sorties des années 70 ! Les musiciens qui étaient au nombre de 6 (2 violons, 1 alto, 1 violoncelle, 1 contrebasse, 1 clavecin), paraissaient bien ordinaires avec leur chemise ou leur smoking noir… Le rossignol qui aurait revêtu la veste d’un Patrick Topaloff de bal musette, était sur scène : nous n’avions d’yeux que pour sa parure et nos oreilles étaient dans l’attente de sa cristalline voix de sopraniste.
Händel tout d’abord avec des extraits de Deidamia, Oreste, Imeneo et Riccardo Primo. Les musiciens commencèrent le 1er air : à 6, Händel sonnait un peu creux, mais je me suis dis que j’allais m’habituer et que la salle devait également se remplir de notes pour qu’elle sonnât correctement. Et puis Jacek ouvrit la bouche. Un miaulement sortit d’abord : une sorte de glapissement étouffé qui se noyait de lui-même dans la gorge. Je n’en revenais pas, mes yeux s’ouvraient de plus en plus, mais Jacek continuait de geindre en émettant de temps de temps de fortes poussées sonores, tout en écarquillant les yeux. Ma surprise passée, je dus me rendre à l’évidence qu’on m’avait grossièrement trompé sur la qualité vocale de ce sopraniste. Les airs de Händel changeants, les miaulements du chat qui aurait avalé un coucou suisse (© Licida) se transformèrent en cris puissants qui ont fait dire à notre voisine de derrière que ses notes aigües faisaient mal aux oreilles (ce qu’a démenti vivement sa voisine qui était visiblement conquise). Naturellement investi, il accompagnait son chant de toute une gestique languissante, énamourée ou valeureuse, les yeux fermés, grands ouverts ou révulsés, c’était selon, avec néanmoins le nez dans la partition, au point que la voix devait certainement d’abord ricocher sur le pupitre avant de frapper aussi insupportablement nos oreilles (preuve est faite qu’un pupitre ne saurait améliorer le son, à moins que …).
Entre 2 airs de Händel, nous avons eu droit à un concerto a quattro du même compositeur : un petit répit pour nos oreilles endolories. Les musiciens étaient médiocres et le violoncelle nous a gratifiés de magnifiques approximations tonales, mais c’était tout de même largement supportable.
A l’entracte, cette même voisine, très bavarde, a interrogé sa copine Clémentine (après lui avoir demandé si une couleur neutre était la plus appropriée pour les volets de sa vieille maison centenaire en pierres blanches) : « il (le chanteur) doit avoir des hormones féminines pour chanter comme ça », « vous croyez qu’il est châtré ? », « non, ce n’est pas possible ; la nature fait des erreurs parfois tout de même », « il ne vous rappelle pas ce chanteur que nous avions entendu chez le ministre ? Mais comment s’appelait-il déjà ? … ».
Il faut toujours donner toutes les chances à ceux qui font des efforts. Malgré la ringardise de Jacek (valeur tout subjective, je l’accorde) et la qualité sonore des interprètes (que Ste Ursule aurait certainement bénis, car c’est bien connu « A la Ste Ursule, on hulule sans scrupule »), nous sommes donc restés jusqu’au bout.
La 2ème partie du concert était consacrée à Vivaldi. Les musiciens commencèrent par un concerto per archi (ils en donnèrent un autre entre 2 airs d’opéra). Là encore, c’était très moyen, trop lent pour du Vivaldi : mais bon, c’était écoutable si l’on faisait fi des quelques grincements du 1er violon (mais après tout, Spinosi est également fort applaudi quand il manie son archet). Je redoutais évidemment la venue de Jacek surtout que le programme annonçait que les 3 airs de La Finda Ninfa rivalisaient de difficultés techniques et de notes suraigües (la bémol, la, si !). Même si les miaulements et les cris ont continué, Jacek se débrouillait mieux dans ces airs. Il savonnait bien un peu, ses notes graves étaient vilaines, il gargarisait toujours tous ses départs langoureux ou nous permettait de goûter aux accents de la musique atonale et enharmonique à la fois, mais il arrivait néanmoins à ma grande surprise à détricoter tant bien que mal les notes vivaldiennes, avec des diminutions de son crû où alternaient au choix les montées en arpège aux notes détachées (du meilleur goût) ou les notes paonnées tenues ad libitum (les choucroutes permanentées de ces dames n’avaient qu’à bien se tenir).
Le chef qui s’était tortillé de plaisir sur son siège de clavecin pendant tout le concert, après des tonnerres d’applaudissements, et avec l’accord d’un Jacek visiblement très content, nous a accordé jusqu’à 4 bis : Vivaldi et Händel, 3 airs déjà entendus et le fameux « Lascia la spina » (« air très connu, version différente, du grand Farinelli très connu » dixit Jacek qui devait alors certainement y croire un peu) qui comme tous les Händel susmentionnés fut aussi geignard et chuintant. Mais cela a permis aux 2 copines du ministre de chantonner le début et la fin de l’air. Ravies du concert, elles ont trouvé néanmoins que 4 bis, c’était un peu exagéré : comme nous les comprenions alors !





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