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*Récital Kozena/Daniels au TCE
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publié dans : Radio & Tv
Samedi 29 mars 2008
par Caroline
Semaine du 29 mars au 4 avril :
 
 
 
TELEVISION:
        
               
        ¤¤  L'Orfeo de Monteverdi (Lyon, 2004) : dans la nuit de lundi à mardi vers 1h35 du matin  (France2)
Dir.: P. Pickett - m.s.: Latella
 
 
        ¤¤  Karajan intime : vendredi 4 à 23h25  (France3)
Par Duault
[Suivi de la 5e symphonie de Beethoven (Berlin 1973) à minuit 15 + symphonie n° 9 de Dvorak filmée par Clouzot]
                       
       
 
RADIO:
        
 
        ¤¤  Padmâvati de Roussel (Châtelet, mars 08) : samedi 29 à 19h30  (FM)
Dir.: L. Foster - S. Brunet... [Voir article Licida]
 
 
        ¤¤  Par les rues, par les chemins: Hambourg, histoire de l'opéra : dimanche 30 à 14h  (FM)
                       
 
        ¤¤  Histoires de musiques: Stéphane Mallarmé: dimanche 30 à 19h07  (FM)
Boulez - C. Schaefer
+ Hériodiade de Massenet - M. Plasson - C. Studer, N. Denize, T. Hampson, Heppner à 20h07
 
 
        ¤¤  Capriccio de Strauss, scène finale (Pleyel, oct. 06) : dimanche 30 vers 21h45  (France Inter)
Dir.: P. Järvi - S. Isokoski 
[après la Symphonie n° 5 de Sibelius] 
 
 
        ¤¤  Concert Wagner / Mahler (TCE, mars 08) : lundi 31 à 20h  (FM)
Dir.: M. Jansons - Mihoko Fujimura (Wesendonck-Lieder) - Symphonie n° 1 Titan
 
 
        ¤¤  Patrimoine classique: Christa Ludwig : lundi 31 à 23h  (Radio Classique)
 
 
        ¤¤  Joséphine vendue par ses soeurs de Roger (sept. 1965) Le temps des croisades de Terrasse (mars 1956) : mercredi 2 à 20h  (FM)
Dir.: M. Cariven
 
 
        ¤¤  Karajan et ses orchestres (1) : mercredi 2 à 21h  (Radio Classique)
Berlin - avec divers témoignages
                       
 
        ¤¤ Les contes du jeudi : Theodore Dubois: jeudi 3 à 13h15  (FM)
 
 
        ¤¤  Concert Respighi / Rossini (Stabat Mater) (TCE, en direct) : jeudi à 20h  (FM)
Lopez-Cobos - A. Pendatchanska, S. Koch, I. D'Arcangelo...

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publié dans : Représentations
Dimanche 23 mars 2008
par Licida
Padmâvatî
opéra-ballet d'André Roussel sur un livret de Louis Lalloy (1923)

head_padmavati2-copie-1.jpg

Direction musicale Lawrence Foster
Mise en scène Sanjay Leela Bhansali

Padmâvatî Sylvie Brunet
Ratan-Sen Finnur Bjarnason
Alaouddin Alain Fondary
Le Brahmane Yann Beuron
Badal François Piolino
Nakamti Blandine Folio Peres
Gora Laurent Alvaro
La Sentinelle Alain Gabriel

Scénographie Omung Kumar Bhandula
Chorégraphie Tanusree Shankar
Costumes Rajesh Pratap Singh

Orchestre Philharmonique de Radio France
Chœur du Châtelet

padmavati2.jpg

Magistrale réussite que cette production de Padmâvatî au Châtelet. L'oeuvre tout d'abord est renversante: elle mèle intelligemment scènes dramatiques et ballets, sans pour autant que ces derniers soient hors de l'action; tout ici est atmosphère, décor musical et la moindre des danses évoque une tension aussi inquiétante que les bruits de guerre, une urgence funèbre aussi implaccable que les scènes de confrontation. Le mélange est si réussi que l'on ne fait presque plus la distinction entre une danse et la méditation de Padmâvatî à la fin de l'acte I, tant la musique semble irriguer le drame à chaque instant. Mais que l'on ne se trompe pas, point d'Inde de pacotille ici, au contraire, c'est une Inde presque arabisante, étouffée de senteurs et assombrie, sur laquelle pèse fortement la puissance menaçante du divin. Dans ce cadre, l'action est d'autant plus intense qu'elle est simple: un sultan mongol débarque dans une cité indienne et tombe amoureux de la femme du roi, Padmâvatî; ce premier exige alors cette dernière pour lui seul et menace de détruire la ville si on la lui refuse; c'est évidemment le cas, la guerre éclate et l'armée du roi est sur le point d'être défaite au moment où le sultan accorde une trève et relance son ultimatum, le roi décide alors de demander à Padmâvatî de céder aux désirs du Mongol pour sauver sa cité, mais son honneur et le soin de celui de son époux s'y refusent, elle le poignarde alors et s'immole avec lui au dieu Siva à l'exact moment où le sultan mongol pénêtre dans le temple. Le tout tient en 1h45, environ une heure sans les danses.

padmvati1.jpg

On pouvait dès lors craindre la mise-en-scène du cinéaste indien Sanjay Leela Bhansali, dont je tiens le film Devdas pour le chef d'oeuvre absolu de tout le cinéma indien, mais dont l'esthétique extrêmement vive et colorée aurait pu sembler en désaccord avec un opéra aussi sombre. Pourtant le succès est total: tout le folklore déployé sur scène l'est avec une telle exactitude, un tel goût et un tel savoir-faire que l'on ne peut que rendre les armes devant ce spectacle qui, pour être traditionnel, n'en est pas moins proche de la perfection.
Les éclairages sont ahurissants de splendeur (et on reconnait là le génie du cinéaste, notamment dans la scène finale où les visages des fresques semblent s'animer sous le seul effet des lumières ondoyantes, exactement comme lorsque Paro ère dans le palais dans l'avant-dernière scène de Devdas), les décors d'Omung Kumar Bhandula sont d'une richesse visuelle captivante (une scénographie parfaitement équilibrée et régulée pour les apparitions d'animaux véritables - cheval, éléphant, tigre - et les mouvements de foule; des changements de décors à vue), les costumes fastueux de Rajesh Pratap Singh ne font en rien kitsch ou déguisement (aussi bien Yann Beuron que Sylvie Brunet semblent avoir porté ça toute leur vie) et la direction d'acteur d'une précision constante qui ne laisse aucun mouvement au hasard, on pourrait presque parler de chorégraphie (le choeur inquiet dans la pénombre qu'éclairent les seules bougies portées par les femmes; l'apparition de Padmâvatî au I et sa méditation sur la balançoire; son humiliation dans le temple de Siva quand elle se met à nettoyer le sol comme les servantes; la confrontation avec son époux; toute la cérémonie funèbre).
Seules les chorégraphies de Tanusree Shankar sont décevantes car elles méconnaissent la portée dramatique de la musique sans pour autant pallier par la virtuosité; sans doute peu habituée à cette musique, la chorégraphe a choisi la prudence, ce qui mène malheureusement vite à des danses répétitives, même si les danseurs changent souvent de costume. Seule la danse des sages à la fin du II fut vraiment réussie, lorsqu'ils imitent le vol d'un oiseau de mort tout en adoptant la formation du vol des hirondelles qui semblent fondre sur Padmâvatî effrayée auprès du corps gisant de son époux; mais, manque de pot, à ce moment là c'est la direction d'acteurs qui devient répétitive et les gesticulations au sol de Padmâvatî perdent en puissance à force de multiplications inutiles. Il faut cependant dire à la décharge de la chorégraphe que la quasi totalité des subtilités de la danse indienne restent lettre morte auprès des occidentaux, et là on nous ne voyons que beauté libre, les indiens décryptent un vocabulaire symbolique extrêmement riche.
Les prédispositions, évidentes au travers de ses films, au lyrisme de Sanjay Leela Bhansali se sont ici confirmées avec splendeur et le cinéaste a su parfaitement transposé son univers cinématographique virtuose et multifocalisé pour la scène, là où avait échoué Emir Kusturica par exemple. Il a tout autant réussi à conjuguer son esthétique à celle de l'oeuvre, produisant ainsi un spectacle qui n'est pas sans évoquer les vapeurs du Black Narcissus de Powell et Pressburger.

BlackNarcissus1-copie-1.jpg

Si vous voulez en savoir plus sur ce réalisateur, voilà deux scènes de son chef d'oeuvre, Devdas: la danse pour la fête de Durga et la scène finale; malheureusement la compression ne rend guère justice à la luxuriance de l'image, je vous engage donc très fortement à vous procurer le DVD pour vous faire une idée juste, ou mieux à aller le voir sur grand écran, un cinéma du 10ème arrondissement à Paris le passe tous les dimanche!





L'Orchestre Philarmonique de Radio-France sous la direction de Lawrence Foster s'est montré à la hauteur de cette splendeur visuelle: on est entrainé d'un bout à l'autre de cette partition dense, épaisse et pourtant hautement stylisé avec un art remarquable des contrastes, du drame, de l'exotisme et du mystère qu'il engendre. C'est tout de même bien au dessus de ce que peut faire Sylvain Cambreling que l'on nous présente comme un modéle pour ce repertoire. Les choeurs sont tout autant méritants et envoutants, ce qui n'est guère évident quand près de la moitié de leur partie consiste à faire des variations sur "ahahaha". Avec une scène, un orchestre et un choeur si excellents, on aurait déjà de quoi reléguer Indianna Jones et le Temple maudit (comment? vous ne connaissez pas?!) au rang d'une bleuette en terme d'évocation. Mais c'est sans compter les chanteurs, et surtout la chanteuse, qui viennent parfaire ce succès.

devdas3.jpg

Alain Fondary est un sultan très sonore et à la diction modèle, sa voix est affligée d'un vibrato assez envahissant, mais l'économie du rôle fait vite oublier ce défaut. Le roi de Finur Bjarnason est par contre difficilement audible et manque clairement d'applomb, on le sent incapable de tenir tête au sultan et il peine à rendre le rayonnement du personnage. Yann Beuron est méconnaissable physiquement en Brahmane, tout son jeu de scène est habité par le personnage, le français est comme toujours parfait, et cependant on aimerait voir plus de sacré dans cette figure ambigue, Yann Beuron a l'intelligence de rester sur la réserve, ce qui lui confère une fourbe étrangeté muette, mais bride l'enthousiasme divin du harangueur. Tous les petits rôles sont très bien tenus et l'on est presque déçu que François Piolino ait si peu à chanter.

devdas-2.jpg

Mais la beauté fatale de la soirée, ce fut Sylvie Brunet. J'avais été assez déçu par sa Carmen la saison dernière, mais preuve est faite avec cette mise-en-scène, qu'elle est une actrice qui sait brûler les planches pour peu que la mise-en-scène la considère (ce qui n'était pas le cas de Carmen, adaptation du spectacle berlinois).
Tout d'abord un mot sur sa voix: je comprends qu'aux oreilles de beaucoup elle puisse sonner vulgaire ou poissonière, mais je suis certains que cela ne tient qu'à la particularité du timbre et non aux accents qui sont d'une noblesse et d'une tenue que l'on trouve chez bien peu d'alto de ce calibre.
Et de la particularité, il en faut pour incarner Padmâvatî, celle qui est dédiée au lotus, ce n'est pas un hasard si Roussel avait confié le rôle à Ketty Lapeyrette, qui chanta aussi Dalila et Léonor dans La Favorite, Padmâvatî n'est point une fleur fragile et evanescente, ce n'est pas Aishwarya Rai, mais bien plutôt une femme de la trempe de Mother India. Alors qu'importe que Sylvie Brunet soit plus vielle que le rôle:a-t-on jamais reproché à des Salomé de n'être pas des fillettes de 12 ans?!
Sylvie Brunet est capiteuse, dévorante, fascinante par son étrangeté, par sa présence sacré, à part donc, elle évoque de sa voix seule le mystère de l'Inde que s'attache à développer la partition, sa voix semble chargée des resonances du temple.
Par ailleurs son français est parfait et son attitude réglée au millimêtre près, oubliés les errements de sa Carmen un peu gauche, cette Padmâvatî là est proche de l'idéal avec son visage lisse et ses yeux léonins, la fiereté fauve. Même ses rondeurs semblent n'être là que pour capter l'attention, faire de la resistance visuelle dans tout ce faste; intelligence du costumier là aussi que de l'habiller d'un sari à la volubilité pesante. Bon par contre, on ne louera pas outre mesure le saucissonage dont elle est victime au moment du rite funéraire, soudain ces formes enveloppées d'une gaze grise redeviennent atrocement communes. Mais ce n'est qu'un détail, et l'altérité résolue et tragique dont elle fait preuve sur le bûcher est une image inoubliable.

Motherindia1.jpg
Pour un avis radicalement différent, c'est chez Friedmund que ça se passe.

Nb: les deux premières photos sont tirées du spectacle; la 3ème du Black Narcissus; la 4ème de Devdas; j'ignore d'où provient la 5ème; et la dernière de Mother India.

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publié dans : Radio & Tv
Samedi 22 mars 2008
par Caroline
Semaine du 22 au 28 mars :
 
 
 
TELEVISION:
        
               
        ¤¤  Toute la musique qu'ils aiment: Inva Mula + Le Chevalier à la rose, trio final : vendredi 28 à minuit 30  (France3)
                       
       
 
RADIO:
        
 
        ¤¤  The Rake's progress de Stravinsky (ONP, en direct?) : samedi 22 à 19h30  (FM)
Dir.: E. Gardner [Penser à ne rien réclamer à Licida]
 
 
        ¤¤  L'art de Bryn Terfel : dimanche 23 à 4h du matin  (FM)
voir 'Vivace'
 
 
        ¤¤  Les rois de la galette: Le reniement de St-Pierre de M.A. Charpentier : dimanche 23 à 15h  (FM)
                       
 
        ¤¤  Concert Mahler - Bruckner (Pleyel, fév. 2008) : lundi 24 à 20h  (FM)
Dir.: P. Herreweghe - Christian Gerhaher - (Rückert-Lieder) 
 
 
        ¤¤  The indian Queen de Purcell (Cité de la musique, fév. 08) : mercredi 26 à 16h  (FM)
Dir.: P. Pickett
 
 
        ¤¤  Musiques sacrées: Messes des morts et requiems : mercredi 26 à 21h  (Radio Classique)
                       
 
        ¤¤ Patrimoine classique: Gundula Janowitz : mercredi 26 à 23h  (Radio Classique)
 
 
        ¤¤  La vie baroque: avec Marc Minkowski : jeudi 27 à 21h  (Radio Classique)
 
 
        ¤¤  Haendel, musicien européen : dans la nuit de jeudi à vendredi à 1h du matin  (FM)
voir 'Vivace'

 
 
        ¤¤  Invités: Y. Kokkos, K. Karabits, JM. Blanchard (en direct de Genève) : vendredi 28 à 8h15  (FM)
                       
 
        ¤¤  Le Concert Spirituel, dirigé par H. Niquet : dans la nuit de vendredi à samedi à 1h du matin  (FM)
voir 'Vivace' - Desmaret, Charpentier, Boismortier, Campra, Haendel, Lully
 

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Mardi 18 mars 2008
par Licida
Récita Mozart  & Salieri
Diana Damrau
Ensemble  Orchestral de Paris
Direction: Joseph Swensen
Théâtre des Champs-Elysées, 18 mars 2008

Mozart : Divertissement en ré majeur K. 136
Salieri : « D’un insultante orgoglio » (Kublai)
Gluck : Orphée et Eurydice, ouverture
Mozart : « Ach ich fühl’s (Die Zauberflöte)
Cosi fan tutte, ouverture
Salieri : « Fra i barbari sospetti » (Kublai)

Mozart : Don Giovanni, ouverture
Salieri : « Sento l’amica speme » (Semiramide)
Mozart : Le Nozze di Figaro, ouverture
« Giunse alfin…Deh vieni »
Mozart : Lucio Silla, ouverture
« Parto m’affretto » 

Bis:
Salieri: "Se spiegar potessi" (La Finta scema)
Mozart: Alleluia (?)
Salieri : « Sento l’amica speme » (Semiramide)
Salieri : « Fra i barbari sospetti » (Kublai)

Cette chanteuse est un rêve! C'était la première fois que je l'entendais en salle ce soir: j'était fan, maintenant je suis amoureux! C'est bien simple, Diana Damrau c'est la technique de Gruberova avec un timbre plus corsé et surtout un style et une tenue parfaite. Pourtant le disque Arie di bravura m'avait laissé sur ma faim: je trouvais qu'elle était un peu too much sur les Salieri dont elle surchargeait la ligne mélodique avec des ornements certes parfaitement éxécutés mais pas indispensables, d'où une nette préférence pour les morceaux de Mozart et Righini et même je le confesse, une préférence pour la version du grand air d'Europa accompagnée par Muti. Avec ce concert, balayée la frustration du cd, retrouvé l'emerveillement premier, quand je la découvrais sur Youtube dans les airs de la Reine de la Nuit à Londres.

La première surprise vient de la voix elle même, bien plus riche en harmoniques que ce que laissaient entendre les disques où ses vocalises semblaient toujours un peu étriquées voire sèches, mais ces défauts mineurs étaient largement compensés par une franchise d'émission et une vigueur dramatique trop rares dans ce repertoire. Or en concert, la voix s'épanouit beaucoup mieux et cette "percussion" des notes vocalisées, à la fois fine et puissante, vient nous caresser les tympans. Je ne trouve absolument RIEN à redire à sa technique époustouflante, alors qu'habituellement il y a toujours moyen de chipoter pour faire son spécialiste sur la stridence de telle note, sur tel rubato trop timide, contre-note criée, cadence décevante, trille mal battu... enfin si, dans son dernier bis, un trille était détimbré, mais c'est plus que compréhensible  après 5 airs virtuoses enchaînés, et je m'étonne même d'une telle endurance, qui prouve que sa technique est parfaitement rodée. Il faut enfin ajouter que son chant dans une salle de concert semble "en relief": au disque je n'avais pas remarqué avec quel à propos et quelle variété elle emettait certaines vocalises en sourdine, comme pour en parfaire la gradation.

Second constat qui n'est pas vraiment une surprise pour qui l'a déjà vue en scène ou en vidéo, Damrau c'est une présence scénique poignante, intense, juste, qui jamais ne tombe dans l'excès où des airs si paroxystiques pourraient cependant la porter. Cette présence se décline de la prestance des airs de Kublai, à la retenue de l'air de Pamina en passant par la fraicheur de Suzanne, la joie de Semiramide ou la bonhommie embarassée de La Finta scema. Damrau a le mérite de pouvoir incarner toutes les héroïnes de la seconde moitié du XVIIIème avec une intelligence qui s'entend jusque dans les vocalises, chose dont je croyais seule Dessay capable: des vocalises à la fois précises et signifiantes théâtralement, on atteint là un véritable idéal que bien des cantatrices ne se donnent pas la peine de chercher, se limitant au succès facile de vocalises correctement enfilées.

Ensuite c'est la qualité de la diction qui m'a frappé: je la savais moins parfaite dans l'italien que dans l'allemand, en entendant son Europa de la Scala ou son Fauno de Salzbourg, l'italien la trouvait plus prodigue de stridence et de sons "coincés". Or les progrès effectués sont aujourd'hui plus sensibles encore que dans le disque: non seulement tout est compréhensible mais cela ne gêne plus la vocalise qui devient aussi parfaite qu'en allemand.

Par ailleurs, la parole a ici une suavité et une densité qui ont fait mouche dans les trois Mozart: jamais je n'avais entendu un "Ach ich fühl's" si poignant, si intégré psychologiquement, là où on l'entend habituellement des versions qui touchent par leur humilité ou leur coté halluciné; on a le sentiment que la douleur de Pamina étouffe peu à peu sa voix qui finit par s'éteindre et disparaitre ("es ist verschwunden"), la puissance d'évocation de Damrau semble sans limite tant la retenue la rend plus intense encore.
Même miracle pour l'air de Suzanne "Giunse alfin il momento" dont je n'attendais plus rien non plus à force de l'avoir entendu et réentendu, quand je pense que je faisais la fine bouche en début de saison en refusant d'aller l'entendre dans Le Nozze, quel con! Cette Suzanne là est parfaite, d'une impatience gamine transcendée par la sagesse de la femme, chaque mot semble sussuré à notre oreille, rien que pour nous, moment magique où l'on oublie qu'elle chante pour 2000 personnes. Moment qui a d'ailleurs été étrangement interrompu: peu après le début du "Deh vieni non tardar", le chef descend de l'estrade, ne dirige plus et va interrompre le premier violon, la voix de Damrau meure alors, cela en est presque angoissant; à ce moment là une petite bonne femme entre avec son instrument en courant dans l'orchestre, il manquait le basson! Et personne ne l'avait remarqué, totalement fasciné par Damrau. Le chef a tout de même été maladroit d'interrompre un si beau moment qu'il eût été facile de bisser après, du coup Damrau a repris l'air "frrrom the beginning" en lançant un appuyé "Giunse alfin il momento" parlé suivi d'un éclat de rire enfantin et cristallin; la salle en a rit, à l'exception de quelques pisse-froid qui ont hué la pauvre fille qui devait avoir un problème technique avec son basson.
Enfin troisième miracle qui fut aussi le plus beau moment de la soirée: l'air de Lucio Silla "In un instante... Parto, m'affretto" excellement interprété, l'angoisse qui alterne avec la détermination, la posture torturée de la chanteuse, les vocalises modulées tantot timidement et de coté, tantot face public comme pour exorciser la douleur par l'éclat. Du coup on ne fait presque pas la distinction entre le récitatif accompagné et l'air, tant la même verve dramatique les anime.

Le public lui a reservé un triomphe amplement mérité avec une double standing ovation; elle semblait surprise de son succès, et génée aussi au point de parfois quitter la scène dans des grands mouvements faussement hystériques. Et l'on peut aussi louer la générosité d'une chanteuse qui gratifie son public de quatre airs pas piqués des hannetons à la suite en bis! Je regretterai juste que le programme n'ait pas intégré un grand air en feux d'artifices de Salieri comme ceux de l'Europa et qu'elle ait préféré se limiter à des airs plus courts, moins redoutables et qui donnent tout de même la facheuse impression que Salieri écrivait toujours la même chose. Mais c'est compréhensible dans la mesure où après un "Ah lo sento" ou un "Quando irato freme", le repos pendant au moins 20 minutes est de rigueur.

Je n'attendais rien de l'Ensemble Orchestral de Paris que j'ai toujours trouvé honnête mais sans plus, à plusieurs occasions et je ne connaissais pas le chef, Joseph Swensen. Il se sont montrés ce soir très bons: vifs, nerveux, équilibrés, avec un vrai sens du rythme sans lequel la musique de Salieri tombe à plat; bref un très bon entourage qui soutient admirablement Damrau et echappe à toute routine. On critiquera juste une certaine "pate sonore" qui uniformise et empêche les harmoniques des différents pupitres de chatoyer.

Décidemment, deux orgasmes lyriques en deux jours, faudrait pas que ce soit comme ça toute la semaine, ou je n'y survivrais pas!

Et pour conclure, un petit tour chez Baja qui a entendu le même programme à Toulouse quelques jours auparavant.


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publié dans : Représentations
Mardi 18 mars 2008
par Licida

Direction musicale Hartmut Haenchen
Mise en scène Krzysztof Warlikowski
Décors et costumes Malgorzata Szczesniak
Lumières Felice Ross
Dramaturgie Miron Hakenbeck
Vidéo Denis Gueguin
Chorégraphie Saar Magal
Styliste perruque Robert Kupisz
Chef des Choeurs Winfried Maczewski

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris

Amfortas Alexander Marco-Buhrmester
Titurel Victor von Halem
Gurnemanz Franz Josef Selig
Klingsor Evgeny Nikitin
Kundry Waltraud Meier
Parsifal Stig Andersen
Zwei Gralsritter Gunnar Gudbjörnsson, Scott Wilde
Vier Knappen Hye-Youn Lee, Louise Callinan, Jason Bridges, Bartlomiej Misiuda
Klingsors Zaubermädchen Adriana Kucerova, Valérie Condoluci,
Cornelia Oncioiu, Yun-Jung Choi, Marie-Adeline Henry, Louise Callinan
Eine Altstimme aus der Höhe Cornelia Oncioiu


Rarement m'aura-t-il été donné de voir un aussi beau spectacle... et pourtant j'y allais avec réticence: réticence face à l'oeuvre connue pour être la plus longue et la plus contemplative (manière éduquée de dire "chiante") de Wagner, réticence face au metteur-en-scène dont j'avais trouvé l'Iphigénie ratée, brouillonne et L'Affaire Makropoulos filant le contre-sens, embrouillée et proprette. Or non seulement j'ai été conquis par l'oeuvre que je découvrais, tant par l'intelligence du drame que par la beauté de la musique, mais en plus cette mise-en-scène est à cent coudées au dessus des ratages de Warlikowski à l'ONP.


Le spectacle commence cependant assez mal: l'acte I est long à demarrer, c'est le plus long (1h40) et les intentions peinent à prendre sens tout de suite, d'où un spectateur abreuvé de signes auxquels il n'arrive pas encore à donner une cohérence, mettant ainsi sa patience à l'épreuve; de plus la direction d'acteur est assez intermittente, le récit de Guernemanz par exemple ne semble pas avoir inspiré Krysztof Warlikowski: les chanteurs sont en rang d'ognions sur des chaises et ce sont les projections vidéos derrière eux qui meublent.
Prenons la mise-en-scène chronologiquement: la salle est dans le noir total (même la fosse d'orchestre où le chef dirige avec une baguette à diode lumineuse) puis la scène s'éclaire progressivement; la première projection est celle d'un extrait de 2001 Odyssée de l'espace, où l'on voit un personnage (l'accompagnateur dans la mise en scene que l'on retrouve au II et au III - le type qui ressemble à Andy Warhol) dans la chambre au sol lumineux s'attabler pendant qu'un autre semble mourrant sur le lit (évidemment Amfortas), un verre tombe de la table et se brise au sol. Le I s'ouvre sur un écran, où une main d'enfant écrit et gomme consécutivement "amour", "foi" et "espérance"; devant cet écran se trouvent des chaises, l'ecran se lève ou se décalle pour montrer Amfortas sur un lit d'hopital subissant une opération puis assisté de medecins; le récit de Guernemanz se déroule devant cet écran; puis c'est au milieu d'un amphithéâtre d'école de medecine qu'est brandit le cygne tué par Parsifal, amphithéatre qui va effectuer un tour complet et nous réapparaître ensuite les bancs peuplés de la confrèrerie qui n'est hélas pas assez nombreuse pour les remplir, symbole de sa moribonderie. La cérémonie du Graal va se dérouler devant cet amphithéatre sur une table couverte d'une nappe blanche, dirigée par Amfortas en bequilles revêtu d'une toge d'apparat et par Titurel en fauteuil roulant. Sur la tranche de l'amphithéatre se trouvent des lavabos dans lesquels Guernemanz vient se laver les mains avant la cérémonie. La cérémonie s'acheve, l'amphithéatre se retourne. Guernemanz replit la nappe puis renvoie Parsifal qui n'a rien capté du tout.
Le dispositif est intelligent: il symbolise la souffrance d'Amfortas de façon contemporaine et immédiatement saisissable, la marotte sanitaire de Warlikowski est enfin à sa place dans un opéra qui parle sans cesse de pureté et l'assemblée de médecins/chevaliers impuissants à guérir Amfortas forme un théâtre sacré entièrement tourné vers la révelation, le "dévoilement" (enthüllen) du Graal source de vie pour Titurel et de souffrances pour Amfortas qui, blessé comme le Christ, en ressens la passion (si j'ai bien compris). Au terme de cet acte, un constat: l'aseptisation comme forme contemporaine du sacré, on peut trouver à y redire, mais ça fait sens et puis on ne va pas non plus jusqu'à nous dire que Klingsor c'est le Sida :o)


L'acte II est plus réussi car il bénéficie des pistes lancées dans le I, pistes qui permettront au III de fonctionner sans presque rien apporter de neuf, une sorte Parsifal retrouvé après l'ombre des jeunes filles (en) fleurs (aïe - ça m'apprendra à faire des clins d'oeils trop appuyés). On est donc chez Klingsor tout de rouge vêtu qui tripote allègrement Kundry, des fois qu'elle serait tentée de devenir aussi pure que ses copains du Graal, le propos est assez classique et efficace, Klingsor persuade Kundry par la chair. Arrivent les filles fleurs habillées en tenues provocantes des années 30 et coiffées de perruques blondes bien tape-à-l'oeil, assises à des petites tables isolées les unes à coté des autres sur lesquelles se trouvent des petites lampes à abat jour rouge qui clignotent pendant le moment le plus intense de la scène (franchement avec tous ces détails, vous vous y croiriez hein?); on voit Parsifal assis au milieu de l'amphithéatre en arrière scène derrière un écran de gaze, à l'appel des filles fleurs il arrive, elles le séduisent langoureusement, le déshabillent et l'attachent sur une chaise. Arrive Kundry qui le délie puis l'entraine sur un lit; au moment de l'embrasser, Parsifal la repousse violemment et s'extrait de son etreinte au souvenir de la blessure d'Amfortas. Pendant leur superbe duo, la direction d'acteur est un peu plus lache et se repose trop sur la musique et la référence aux Damnés de Visconti (j'y reviens pas de panique!), il faut tout de même noter le miroir de la coiffeuse près du lit, dans lequel Parsifal force Kundry à se regarder pour interroger sa nature. A la fin de l'acte, après l'echec de la séduction de Kundry, Klingsor apparait dans les bancs de l'amphithéâtre (prêt à porter le coup de grace à la confrèrerie), Parsifal est devant, Kundry à l'avant-scène, au milieu, à terre. Parsifal se signe et une lumière laser rouge vient signifier la destruction du chateau, cette lumière est en croix évidemment au pied de laquelle se trouve Kundry/Marie-Madeleine, elle passe par Parsifal et les deux rayons se croisent sur Klingsor. Les lumières se rallument brusquemment, au milieu de l'amphithéâtre on trouve attablé l'accompagnateur que rejoint Parsifal, ce premier brise à terre le verre. Rideau.
C'est dans les costumes qu'est la clé de cet acte, tout y est une référence aux Damnés de Visconti (pas évidente d'ailleurs, si on ne me l'avait pas dit...): le costard de Parsifal (alors qu'au I il était habillé en bleu de travail) puis son humiliation en sous-vêtements, les robes de ces dames et leurs perruques qui jouent la ressemblance avec Ingrid Thullin, la mère incestueuse du film, mère incestueuse que va essayer d'être Kundry (perruque rousse>> Marie Madeleine, la diabolique, Hérodias...) en appelant Parsifal par son nom, lui révelant son histoire, l'amour de sa mère, puis en tentant de lui faire croire que sa délivrance viendra de l'etreinte. La référence aux Damnés permet de cerner le personnage de Kundry, mère et amante; mais Warlikowski se repose trop dessus en négligeant la direction d'acteurs. Tout repose donc sur la clé de cette référence qui n'est ni accessible à tous (tout le monde n'a pas vu ce film) ni clairement présentée. De plus, comme toute référence plaquée de l'exterieur, elle a ses limites et est impuissante à rendre le passage où Kundry raconte son éclat de rire devant le Christ, heureusement que Waltraud est là, elle fascine tellement qu'on en oublie que rien dans la mise en scene ne l'accompagne alors.
Quoiqu'il en soit, cet acte est une grande réussite, tant visuellement (éclairages et costumes somptueux) que dans la force d'impact du propos.


L'acte III (oui c'est le dernier, rassurez-vous, de toute façon si vous me lisez encore, c'est que vous êtes prêts à en reprendre une couche), débute dans le plus profond silence sur une citation de Rossellini évoquant l'amour de la vie à propos de son film Allemagne année zéro, dont la scène du suicide de l'enfant est projetée, toujours dans le silence (n'étaient les huées ahurissantes d'une partie abrutie du public, voire plus bas). L'écran se lève avec le début de la musique, on decouvre à l'avant-scène un potager, Kundry étendue dans les plantes les cheveux grisonnant avec une grande meche blanche, Guernemanz assis à la table des cérémonies à Cour, le cercueil de Titurel à Jardin. En fond de scène, l'amphithéâtre vide, juste devant une masse humaine étendue au sol dans un manteau marron sur laquelle tombent lumière et neige. Guernemanz va reveiller Kundry, la masse se lève, elle porte une immense lance de bois, c'est Parsifal. Kundry le dévêtit, le sert (du thé issu de la bouilloire en alu en guise d'eau bénite) puis lui laver les pieds et les essorer avec ses cheveux (Marie Madeleine, encore une fois). Le miracle du Vendredi Saint ne se distingue pas, n'étaient les paroles, on ne le remarquerait pas, la mise en scène baigne toujours dans une douce lumière, en cela je trouve d'ailleurs que la scène s'accorde bien avec la musique dans laquelle aucune soudaine effusion ne vient non plus signaler le miracle. Parsifal tout en blanc s'assied à la table des cérémonies, l'amphithéâtre s'avance en milieu de scène avec sur ses bancs les chevaliers agités qui baignent dans un bleu electrique, Amfortas apparait sur ses bequilles, pousse violemment le couvercle du cercueil, arrache ses vêtement, Parsifal se lève alors et pose la lance sur sa blessure, c'est Kundry qui vient donner l'impulsion à la base de la lance. Là encore, cette image fait sens, Kundry celle qui a perdu Amfortas, qui est responsable de sa blessure et de ses souffrances devient celle qui, une fois baptisée par Parsifal, le sauve, se redime, par l'intermédiaire de Parsifal; elle prend ensuite Amfortas dans ses bras, l'Accompagnateur passe, se lave les mains et se met au centre de l'Amphithéâtre.
Le final est splendide: pendant que Guernemanz s'assied auprès du cercueil qu'il referme, Kundry ne meure pas elle aide à mettre le couvert sur la table de cérémonie où elle va manger avec Parsifal, Amfortas et l'enfant (j'explique en dessous). On peut être déçu par cette scène qui semble bourgeoise, banale à coté de l'apothéose du livret, mais elle est plus chrétienne que le livret. Plutôt que de doubler la musique en représentant la gloire du nouveau roi dans la lumière du Graal (qui n'est d'ailleurs, au I déjà, qu'un gobelet dans une boite rouge sans intérêt), Warlikowski choisit de nous montrer l'humilité des personnages dans la pauvreté de la scène, de la Cène; humilité de la condition sociale du Christ, humilité à laquelle sont réduits les chevaliers qui ne se nourrissent plus que des plantes qu'ils font pousser comme le dit Guernemanz, humilité du thé servi par Kundry. Cette image est infiniment plus touchante et juste que celle attendue: la religion y est simple lien entre les hommes et non pas pompe ecclésiastique. Les modestes bougies du candelabre sont plus fortes que la lumière extérieure du Graal qu'on a déjà bien assez vu dans cette mise en scène. La simplicité irradie.


Pour terminer, un mot sur les projections parfois interessantes (les dessins d'arbres qui se multiplient, qui se transforment en Graal; l'émasculation de Klingsor...) parfois creuses (le dessin du cheval de Kundry galopant avant la levée de l'écran qui découvre une Kundry à califourchon sur un cheval d'arçon!) mais qui trouvent tout à fait leur place dans une Gesamtkunstwerk wagnerienne (le Tristan de Sellars/Viola l'avait déjà admirablement démontré). L'interêt de ces projections n'est révélé qu'au début du III avec la projection du suicide du petit garçon, l'enfant est une figure qui traverse toute la mise en scene: c'est sa main qui écrit "amour", "foi" et "espérance", ce sont ses dessins aussi rudimentaires que violemment symboliques qui sont projetés pendant le récit de Guernemanz, c'est lui qui jette des boules de papier sur Klingsor au II, c'est lui enfin qui se suicide dans le Rossellini, qui arrose le potager et vient mettre le couvert avec Kundry au III. Et c'est là que je fais appel à votre sagacité: si je comprends qu'il soit un symbole de l'avenir, de la relève, celui à qui l'on doit apprendre à aimer la vie comme le dit Rossellini, j'ai du mal à donner un sens cohérent à toutes ses interventions; pareillement je n'arrive pas à élucider la figure de l'Accompagnateur, il faut dire que je connais mal 2001.


Au final une magnifique mise en scene de Warlikowski donc, qui mérite que l'on s'y accroche dès le début, pas une mise-en-scène qui se laisse comprendre aisément non plus, mais c'est son intérêt, de même que pour comprendre certains tableaux il faut les observer pendant des heures, ce spectacle vivant ne se laisse pas élucider simplement. Si vous n'aimez pas aller voir du Delfo ou achetez l'audioguide :-p


Pour l'aspect musical, il me sera difficile d'être aussi prodigue puisque je découvrais entièrement la musique (quoique non j'ai du écouter une fois le duo Kundry/Parsifal au II avec la Callas dirigée par Gui, je sais pas si ça compte...). Hartmut Haenchen dirige l'orchestre de l'opéra magnifiquement, soutient à merveille les passages dramatiques du II et donne toute sa valeur aux moments de contemplation pendant lesquels l'attention musicale ne faiblit jamais; les choeurs sont bien plus mesurés et moins beuglards qu'à l'habitude, j'ai beaucoup aimé.
Stig Andersen remplaçait Christopher Ventris malade: sa prestation fut très bonne, une voix bien maitrisée et émise, jamais de dégoulinade, toujours audible, on regrettera juste un certain manque de caractère qui lui fait jouer plus aisément le sot du I que le roi du III, mais cela s'explique sans doute par sa méconnaissance de la mise-en-scène.
Waltraud Meier fut électrisante: bien reposée après avoir annuler la précédente représentation elle donne le meilleur d'elle même, tout serait à citer, même son registre aigu qu'on dit défaillant  (et pour cause, ce n'est plus une jeunette) fut stupéfiant, ah cet aigu sur "laaaaachte", pointu comme la lance qui va blesser le Christ, elle fascine pendant tout le duo du II et ne donne jamais l'impression de hurler (pourtant avec une partition pareille je le lui pardonnerai aisément!) et elle reste parfaitemet audible sur toute la tessiture, ahurissant!
Franz-Josef Selig est un superbe Guernemanz, puissant, paternel et quotidien, chaque mot semble être la resonance d'une profonde sagesse; l'Amfortas d'Alexander Marco-Burhmester ne démérite pas, il est captivant dans sa scène du III, la faible humanité, souffrante et belle, incarnée; le Titurel de Victor von Halem impressionne par la profondeur de ses graves et sa sonorité, c'est le genre de rôle où le chanteur doit d'autant plus impressionner qu'il dispose de peu de texte. On ne peut malheureusement pas en dire autant d'Evgeny Nikitin, qui fait preuve d'un louable emportement, mais n'impressionne jamais, sa voix semble trop legère, sans impact, et dessine un méchant de pacotille: on a du mal à voir là le magicien qui a fait tant de mal et qui maitrise une Kundry pourtant capable de l'écraser d'une note. Très bons seconds rôles également, notemment des filles fleurs idéalement cristallines et ravissantes, de vraies sirènes.


Un mot pour terminer sur la bêtise de la partie du public qui hue chaque soir pendant la projection du Rossellini: donner de telles mise-en-scènes à ces crétins, c'est donner des perles aux cochons, non seulement ils gachent de façon éhontée le plaisir des autres spectateurs, mais ils affichent ouvertement leur connerie, il n'y a pas d'autres mots. On savait déjà une partie du public d'opéra angoissé par le silence au point de s'empresser d'applaudir, souvent intempestivement, on le sait maintenant angoissé par la reflexion: j'en veux pour preuve les remarques qui ont fusé ce soir là (je passe sur les "Ceci est subventionné Mesdames et Messieurs!"; les "Wagner!" ou "Parsifal!" indignés; "Warlikowski assassins"; "bandes de connards" ou "Mortier p'tite bite" qui ont été entendus certains soirs, ils ne méritent même pas les pixels avec lesquels je les ai recopiés): le classique "Remboursez!" aussi stéréotypé que déplacé à ce moment du spectacle, je vois bien le type au guichet demander à ce qu'on le rembourse parce qu'il n'a pas aimé les 3 minutes de film sur les 4 heures de spectacle (crétin!); un "Mais quel est le rapport?!", le type accuse ici le metteur en scene de sa propre bêtise (je ne comprends pas, c'est donc que le metteur en scene est con, brillant, avec des raisonnements pareils Kant est un demeuré) et enfin un très fin "Où est la télécommande?" de la part d'un couillon qui ne fait visiblement pas la différence entre le cinéma et la télévision, quant à lui parler de Gesamtkunstwerk... J'accepte tout à fait que l'on puisse ne pas aimer cette mise-en-scène, mais dans ce cas on hue à la fin, pas pendant le spectacle et on argumente au lieu de chier des conneries pareilles devant trois milles personnes. Je n'ai que du mépris pour ces gens qui ne méritent pas que leur opéra national soit un des plus grands du monde.

Pour finir sur une note plus positive, on lira, comme je m'apprête à le faire le compte-rendu de Friedmund sur son blog. Par ailleurs on peut voir des photos du spectacle sur le site de l'ONP.


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