Idolâtrie

Articles à venir

(pour certains faudra s'armer de patience...)

 
*Saison parisienne 08/09
*Mats Ek à Garnier
*Félicity Lott au Châtelet
*Porgy & Bess à l'Opéra Comique
*I Capuletti à Bastille
*Don Carlos à Bastille
*Falstaff au TCE
*Signes à Bastille


*Portrait de Silvia Tro Santafé
*Portrait de Max Cencic
*Portrait de Christophe Dumaux
*Les inédits de Bartoli
*Les inédits de Ciofi
*Les inédits d'Antonacci

 

*Destructive Aria
*L'impératrice du Pérou

Les renforts de rédacteurs sont les bienvenus!! 

La Fée Radio

Ces articles ont été agrémentés d'extraits musicaux pour votre plus grand plaisir!

 

*Roberta Invernizzi
*Sonia Prina
*Ann Hallenberg
*La Vergine dei dolori de Scarlatti
*La Griselda de Vivaldi au TCE
*Récital Kozena/Daniels au TCE
*Arianna in Creta de Handel
*Anna Bonitatibus

 

Sans oublier la rubrique Miousic only.

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publié dans : Représentations
Lundi 28 avril 2008
par Licida
Roméo et Juliette
Opéra en neuf numéros de Pascal Dusapin
Livret d'Olivier Cadio

Opéra Comique, 28 avril 2008

Mise-en-scène Ludovic Lagarde
Costumes Christian Lacroix
Lumières Sébastien Michaud
Scénographie Ludovic Lagarde et Antoine Vasseur
Dramaturgie Marion Stoufflet
Conception sonore Gilles Grand
Ingénieur du son David Poissonier
Ingénierie sonore IRCAM

Roméo Jean-Sebastien Bou et Marc Mauillon
Juliette Karen Vourc'h et Amaya Dominguez
Bill Laurent Poitrenaux
Quatuor vocal Caroline Chassany, Valério Rio, Jean-Paul Bonnevalle et Pierre-Alexandre Dubois

Choeur Accentus dirigé par Laurence Equilbey
Orchestre de Paris dirigé par Alain Altinoglu


Que dire de ce spectacle ? (soupir)

L'oeuvre elle-même souffre d'un livret volontairement brouillon au propos mille fois rabaché: echec du discours, echec de la relation amoureuse, echec de la pensée, echec de la lutte politique et voilà Roméo et Juliette qui s'engueulent, parlent puis chantent tantôt en anglais, tantot en français,  parfois de la musique contemporaine parfois du jazz, boxent, s'embrassent le tout sous la direction d'un "poète" raisonneur, ils ne s'entendent pas, personne ne s'entend, d'ailleurs les personnages sont doubles, deux Roméo, deux Juliette, les mots s'entrechoquent; au milieu de tout ça on assiste à la révolution communiste et à une scène chamanique autour du drapeau rouge... Bien bien... Bof bof... La perte du sens, l'absurde, l'impossibilité de communiquer, l'être humain cet animal le plus bizarre de la Création... Le problème, c'est que Ionesco et Beckett, c'était dans les années 50, alors certes il est toujours intéressant de voir ça à l'opéra mais on ne peut s'empêcher de penser que le librettiste enfonce des portes ouvertes il y a un demi-siècle. C'est pompeux, pédant, lourd.
Le plus gênant pour quelqu'un qui veut commenter ce spectacle, vient du propos même qui se veut rétif à toute transposition dans la rationalité du langage... moi je veux bien... mais qu'au moins il nous reste l'émotion, le sentiment d'avoir vécu une expérience différente, enrichissante, étrange, indicible... or à force de jouer la carte de la cacophonie avec des platitudes, on se lasse très vite, le temps devient long, on s'extrait du spectacle, on perd en attention, bref on s'ennuie et on ressort de là avec une jolie migraine, mais c'était pour l'amour de l'art et pour soutenir la création contemporaine, alors on est resté jusqu'au bout.

C'est dommage car la musique est intéressante, potentiellement; elle le sera pleinement dans le superbe Perelà, pleine réussite tant pour la musique,que le livret ou la mise-en-scène. Alors ça à coté... j'ai un peu la désagréable impression d'avoir été le cobaye d'une musique expérimentale qui a plus sa place dans un laboratoire que dans un opéra.

C'est d'autant plus dommage que les beaux décors, les lumières léchées, les costumes flamboyants, les choeurs précis, les chanteurs impliqués, l'orchestre réactif, tout aurait pu être très réussi... avec une oeuvre à la hauteur.

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publié dans : Radio & Tv
Lundi 28 avril 2008
par Caroline
Semaine du 26 avril au 2 mai :
 
 
 
TELEVISION:
                       
 
        ¤¤  L'heure de l'opéra: Aïda : samedi 26 à 22h55  (France3)
 
 
        ¤¤  Aïda de Verdi (Zurich, 2006) : samedi 26 à minuit  (France3)
Adam Fischer / Nicolas Joel - N. Stemme; L. d'Intino; S. Licitra; J. Pons; M. Salminen...
 
 
        ¤¤  Concert musiques françaises et voix humaines [??] (Lorient, déc. 2004) : dans la nuit de lundi à mardi vers 2h30 du matin  (France2)
Dir.: F.X. Roth
 
 
 
RADIO:
        
 
        ¤¤  Les enfants du baroque: Giuseppe Maletto : samedi 26 à 18h  (FM)
 
 
        ¤¤  La Fille du régiment de Donizetti (MET, en direct) : samedi 26 à 19h30  (FM)
Dir.: M. Armiliato - N. Dessay, J.D. Florez, F. Palmer, A. Corbelli...
 
 
        ¤¤  Les greniers de la mémoire : Giuseppe di Stefano : dimanche 27 à 11h  (FM)
 
 
        ¤¤  La Mort de Cléopâtre de Berlioz : dimanche 27 après 21h  (France Inter)
B. Uria-Monzon [sans doute après 'Le rouet d'or' de Dvorak]
                       
 
        ¤¤  Vêpres de la Vierge de Monteverdi (Edimbourg, août 2007) : lundi 28 à 16h  (FM)
J. Savall
 
 
        ¤¤  Concert Kaija Saariaho (Pleyel, mars 08) : lundi 28 à 20h  (FM)
Eschenbach - K. Mattila
 
 
        ¤¤  Parsifal de Wagner : lundi 28 à 21h  (Radio Classique)
Karajan - E. Wächter, T. Franc, H. Hotter, F. Uhl, W. Berry, C. Ludwig...
 
 
        ¤¤  Karajan et ses orchestres (5) : mercredi 30 à 21h  (Radio Classique)
Philharmonique de Berlin (2)
                       
 
        ¤¤  Le Carnaval et la Folie de Destouches (Opéra-Comique, fév. 08) : jeudi 1er à 20h  (FM)
H. Niquet - [voir Bajablog]
 
 
        ¤¤  Patrimoine classique: N. Harnoncourt : jeudi 1er à 23h  (Radio Classique)
 
 
        ¤¤  Le Vampire de Marschner : dans la nuit de vendredi à samedi à 1h du matin  (FM)
Rieger - R. Hermann; H.H. Fiedler; N. Hillebrand; A. Auger; D. Grobe; A. Tomowa-Sintow; V. von Halem...
[voir 'Vivace']
 
 

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publié dans : Représentations
Samedi 19 avril 2008
par Licida
Mort à Venise
Danse macabre de John Neumeier, créé à Hambourg en 2003
Ballet de Hambourg
Théâtre du Châtelet
19 avril 2008



Chorégraphie, mise en scène et lumières John Neumeier
Décors Peter Schmidt
Costumes John Neumeier et Peter Schmidt
Piano Elizabeth Cooper
Musiques Bach, Wagner et autres




















Je reviens tout chamboulé de ce spectacle, une des plus beaux ballets qu'il m'ait été donné de voir. Le projet n'était pourtant pas gagné d'avance: chorégraphier le film culte de Visconti, aussi culte que le roman de Mann, voilà qui risquait d'être l'adaptation de trop pour les amours de notre brave Gustav. C'était par ailleurs la première fois que je voyais un ballet de John Neumeier, et je constate qu'il n'a pas volé sa réputation, ce spectacle pourtant réçent ne donne jamais dans la masturbation néoclassique, écueil dans lequel Roland Petit est notemment tombé avec un sujet proche la saison dernière pour son Proust ou les intermittences du coeur.



Un rapide mot sur l'excellent ballet de Hambourg que je découvrais tout autant: n'étant pas assez féru de danse, ni connaisseur techniquement, il m'est difficile de détailler les prestations mais tous m'ont semblé excellents dans une chorégraphie qui ne les ménage pas (Aschenbach danse pendant presque toute la première partie qui dure une heure; nombreuses acrobaties et pas de deux au corps à corps...) sans que jamais l'émotion cède le pas à la virtuosité.







Aschenbach et ses esquisses







Neumeier a choisi une chorégraphie narrative qui suit le même ordre chronologique que le film mais avec des éléments étrangers qui font particulièrement sens et éclairent brillament le film. Evidemment pour qui n'a pas vu le film, beaucoup de choses ont du paraître absurdes et ne restait que la surface d'une esthétique. Ayant vu le film bien trop de fois pour mon jeune age, je n'ai pas eu ce problème.
Romancier chez Mann, musicien chez Visconti, Aschenbach sera chorégraphe chez Neumeier, voilà décidemment une figure hautement autobiographique pour qui s'en empare, mais Neumeier a l'intelligence de ne pas limiter ainsi son personnage qui s'affirme plus comme un artiste touche-à-tout, au milieu de ses "esquisses" ou de ses "concepts" (comme on peut le lire dans la distribution) et qui attache une grande importance à la musique, un artiste qui doute en tout cas au point d'interrompre violemment les concerts chorégraphiques de ses esquisses à plusieurs reprises, et de rejeter les photographies sépia qui le presentent en grand homme des arts.





On découvre donc cette figure faisant danser ses esquisses aux costumes stylisés ou tout droit venu du XVIIIème siècle: on se demande même si ce n'est pas du Kylian que l'on voit là. Un commencement faussement néoclassique donc, à l'image des aspirations aussi perfectionnistes que nobles d'Aschenbach. Puis, première irruption inattendue, au moment où Aschnebach quitte le plateau par l'orchestre, il revient finalement sur la scène où s'entrelaçent deux Apollons en jeans moulants, Ray-Ban noires et chemises enlevées, uniquement ceintes dans le pantalon: cette apparition de deux fantasmes homosexuels californiens étonne d'abord, que viennent faire ces années 70 gorgées de sexe dans notre belle stylisation atemporelle? La réponse ne vient que plus tard, on retrouvera effectivemment les deux mêmes danseurs en gondoliers vétus de longs manteaux de cuir gris (dans le film le gondolier refuse de mener Aschenbach à bon port), lors de la bacchanale, puis en rockeurs guitaristes à la Gene Simmons et enfin en coiffeurs (dans le film le coiffeur vient "embellir" l'artiste viellissant en le maquillant à outrance). Ils représentent les pensées charnelles d'Aschenbach, opposées à ses pensées platoniques qui trouvent à s'exprimer dans sa fascination pour Tadzio.







 Les deux fantasmes californiens







Cet Aschenbach, c'est un peu Tannhäuser finalement, d'ailleurs, autre irruption dans la seconde partie du spectacle cette fois çi, une scène de bacchanale sur la musique bien connue de l'opéra de Wagner, scène où apparait Dionysos et à laquelle succède les jeux des jeunes éphèbes sur la plage menés par Jaschu. Le film avait minimisée cette tension entre l'apollinien et le dionysiaque (exception faite de la figure de Jaschu), mais je crois me souvenir que cette tension est plus présente dans le roman. Evidemment le dyonisiaque est bien trop stylisé ici, pour faire notre pédant-la-bouche-en-coeur on parlerait plutot d'Apollon le couteau à la main, des pantalons aux imprimés Tigre et des torses nus n'ont jamais suffit à faire du dionysiaque. Mais le propos reste intelligent: l'émotion nait de cette déchirure d'Aschenbach entre le monde esthétisé tel qu'il le voit, tel que nous le présente la chorégraphie et dans lequel trône Tadzio au milieu de sa cour d'éphèbes en maillot-de-bain et ce monde gorgé de caresses, à la sexualité explosive tel qu'on nous le présente dans la bacchanale ou pendant le concert de rock (troisième et dernière irruption).









 La bacchanale








Jaschu et les éphèbes sur la plage

Ce concert de rock a clairement interpellé une partie de public qui a du se demander s'il n'y avait pas une erreur dans la bande son: l'assistance bourgeoise, stylée et que venait entacher dans la première partie deux follasses gominées au teint béta-carotène, qui ne dansait que sur des musiques raffinées et contenues, se déhanche d'abord sur du funk avant de se déchainer sur du rock, accompagnées des bacchants de la scène précédente, tandis que des hommes en costumes noirs, portant des masques noirs de processionnaires espagnols tirent de longs draps blancs, suaires dans lesquels viennent s'allonger des membres de l'assistance. Cette scène assourdit Aschenbach. Si l'on se réfère au film, on se souviendra sans doute de la scène du guitariste au sourrire aussi édenté que railleur. C'est lui que l'on retrouve ici. Le propos est clair: la pestilence mortelle qui envahi ce rivage, c'est la débauche de sexe, cette vie gorgée de sensualité, fantasmes, pulsions qu'Aschenbach ne peut concilier avec son esthétique classique; Aschenbach porte en lui dès le début de l'oeuvre, cette déchirure qui le perdra, le faisant sortir saignant de l'orgie puis qui le conduira à se grimer ridiculement chez le coiffeur. La portée autobiographique ici est évidente (et un peu convenue, j'en conviens): la pestilence, c'est le sida qui se répand avec la liberté sexuelle et le déchainement du début des années 80.

Aschenbach chez le coiffeur






Le concert de rock









Or il est particulièrement brillant de souligner cette déchirure chez Aschenbach, lui dont la fascination pour Tadzio est à l'égale de son impuissance devant lui, double drame que le sien: drame de la sexualité et drame de l'artiste; on est loin ici d'une caricature du personnage en pédophile platonicien comme on nous le présente trop souvent.
Le drame de la sexualité trouve sa plus belle expression lorsque juste après l'apparition des deux homos californiens, Aschenbach contemple le battifolage insouciant d'un homme et d'une femme assez jeunes, battifolage qui s'achève sous les frondaisons pendant l'averse: les deux jeunes gens ont droit au luxe de l'orchestre de Tristan et Isolde; quand Aschenbach danse, lui, il n'a droit qu'au martellement aussi poétique qu'abrupte du piano qui joue la même musique.
Le drame de l'artiste lui se joue totalement dans la dernière scène: Aschenbach tente longuement de caresser Tadzio puis réussit enfin à la prendre dans ses bras avant de mourrir à ses pieds, devant l'appareil photo (comme dans le film) de la première scène, tandis que le piano "cogne" la mort d'Isolde et que Tadzio fixe le lointain de ses jumelles, symbole de sa route vers l'avenir, de l'idole qui échappe à son adorateur en même temps que son dernier souffle.

Aschenbach et ses concepts



Les danse des deux amoureux après l'apparition des fantasmes



Tadzio aide Aschenbach à se relever après l'avoir bousculé lors d'un jeu avec ses amis




Mon seul regret est que Neumeier n'a rien fait de Jaschu, l'ami brun, poilu et bronzé de Tadzio qui l'humilie et le plaque à terre dans la scène finale du film (seul symbole de la lutte apollinien/dionysiaque du film) et qui est ici trop intégré dans le groupe des jeunes Apollons (d'autant que j'ai toujours trouvé Jaschu bien plus excitant que Tadzio, pour le coup je ne fais pas vieux pd :o) ); utilisation assez sommaire aussi de la mère (faut dire que sans Sylvana Mangano - la plus belle femme du monde rappellons le! - c'est difficile) ou des soeurs qui sont ici charmantes et ne servent pas du tout de faire valoir comme dans le livre ou le film . Par ailleurs on peut aussi déplorer que ne soit retenue de Venise que la lagune (eau et plage), dont vient pourtant la pestilence, Venise à la fois fascinante et malsaine. Mais ces petits regrets sont bien peu de choses devant l'intelligence de la dramaturgie (qui utilise d'autres symboles que Jaschu et Venise), l'utilisation brillante de la musique et la sensibilité de la chorégraphie.









Aschenbach enlace Tadziu avant de mourir à ses pieds









Sur la plage, la mère, les soeurs, Tadzio, les éphèbes et les concepts dansent sous le regard d'Aschenabch






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publié dans : Radio & Tv
Jeudi 17 avril 2008
par Caroline
[Je signale rapidement en gris les hommages à Karajan... ... ]
 
 
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Semaine du 19 au 25 avril :
 
 
 
TELEVISION:
                       
 
        ¤¤  Marie à Londres (
docu d'Esti) : dans la nuit de lundi à mardi vers 1h20 du matin  (France2)
Sur N. Dessay dans La fille du régiment
 
 
        ¤¤  Concerto pour violon et orchestre de Beethoven : vendredi 25 à minuit 20  (France3)
 
 
 
RADIO:
        
 
        ¤¤  Wozzeck de Berg
(ONP, en direct) : samedi 19 à 20h  (FM)
Dir.: S. Cambreling - S. Keenlyside, A. Denoke...
 
 
        ¤¤  Histoires de musiques: Tchaïkovski ou la détresse du succès : dimanche 20 à 19h07  (FM)
 
 
        ¤¤ 
Symphonies de Haydn (n° 104; de 1979), Schumann (n° 4; de 1972) et de Schubert (n° 8; de 1968) : lundi 21 à 21h  (Radio Classique)
                       
 
        ¤¤  A portée de mots: avec Raymond Soubie (Pdt du TCE): mardi 22 à 12h03  (FM)
 
 
        ¤¤  C'était hier: Zubin Mehta
: mercredi 23 à 20h  (FM)
Notamment: Bruckner: Te Deum (1973) - S. Armstrong, H. Schwarz, W. Hollweg, S. Nimsgern
 
 
        ¤¤  
Karajan et ses orchestres (4) : mercredi 23 à 21h  (Radio Classique)
le symphonique de Vienne, Scala de Milan...
                       
 
        ¤¤  Les contes du jeudi : Danielis contemporain de Buxtehude : jeudi 24 à 13h15  (FM)
F. Masset, J. Corréas, S. Révidat...
 
 
        ¤¤  Dubugnon: Triptyque / Stravinsky: Histoire du soldat (
avril 08) : jeudi 24 à 16h  (FM)
Dir.: D. Waldman - T. Dolié...
 
 
        ¤¤  Concert Dutilleux / Tchaïkovski (
TCE, en direct) : jeudi 24 à 20h  (FM)
K. Masur - Amel Brahim-Djelloul
 
 
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publié dans : Représentations
Lundi 14 avril 2008
par Licida
The Rake's progress de Stravinsky
Palais Garnier, 5 mars 2008



Direction musicale Edward Gardner
Mise en scène et lumières Olivier Py
Décors et costumes Pierre-André Weitz
Collaborateur à la mise en scène Wissam Arbache
Chef des Choeurs Winfried Maczewski

Trulove René Schirrer
Anne Trulove Laura Claycomb
Tom Rakewell Toby Spence
Nick Shadow Laurent Naouri
Mother Goose Hilary Summers
Baba the Turk Jane Henschel
Sellem Ales Briscein
Keeper of the madhouse Ugo Rabec

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris



Mieux vaut tard que jamais, voilà enfin mon pti compte rendu sur ce superbe spectacle aussi passionnant que le fabuleux Parsifal de Warlikowski. L'oeuvre avait déjà été présentée cette saison au Théâtre des Champs-Elysées dans la mise en scène assez classique d'André Engel qui se plaisait à la rapprocher de l'univers de la comédie musicale plus qu'à en souligner le caractère subversif et la cruauté. Le spectacle d'Olivier Py me semble en comparaison bien plus riche et surtout plus à même de soutenir l'attention du spectateur à l'écoute d'une partition assez étrange. C'est la première fois qu'Olivier Py présente une mise-en-scène à l'Opéra de Paris, chose étonnante quand on sait le succès sulfureux de son travail en Suisse et la prédilection de Gérard Mortier pour les metteurs-en-scène novateurs, quoi qu'il en soit, il était temps! Et il serait bon de recommencer l'experience, d'autant qu'Olivier Py, actuel directeur de Théâtre de l'Odéon n'a qu'a traverser la Seine.


On retrouve dans cette mise-en-scène l'esthétique propre à Olivier Py, faite de décors en noir et blanc et d'éclairages au néon assez crus et pourtant très travaillés. La monotonie que peut dégager cette oeuvre est ici, comme chez Engel, évitée grâce à une scénographie très virtuose, mais alors qu'Engel flattait l'oeil, Py reste assez sobre: structures métalliques et pans de mur noirs. L'intelligence de cette scénographie est de transformer sans cesse l'espace de l'action en créant des cadres de scène réduits pour différentes scènes, comme si le spectacle retrouvait le format des tableaux de Hogarth qui ont inspiré Stravinsky. Selon la situation dramatique, ces cadres se limitent à une fine portion de l'espace scénique pour souligner l'intimité de certaines scènes(la première scène; la scène où Nick convainct Tom d'épouser Baba...) ou au contraire l'occupe entièrement pour les scènes plus exposées (la scène au bordel, le mariage avec Baba où même la nuit de noces se fait en public; la vente aux enchères; les deux scènes finales où l'errance et la solitude de Tom trouvent leur parfaite expression dans cet immense espace vide...). Par ailleurs la direction d'acteurs joue beaucoup sur le "hors cadre": par exemple, Nick présent dans l'obscurité de l'avant-scène dès l'ouverture grimpe dans le long et lumineux cadre de la scène première, venant ainsi en pertuber la sereine clareté. Enfin la seconde partie du spectacle bien moins virtuose de ce point de vue, souligne le dénuement de Tom, en perte totale de repères, de cadres justement. Ces décors et leur utilisation captivent ainsi constemment le spectateur sans jamais donner dans le complaisemment joli et teinte l'oeuvre d'une violence géometrique et crue. On regrettera simplement que certaines configurations du décors soient extrêmement nuisibles à la projection des voix (notemment la première scène où les ventilateurs derrière les rideaux dispersent totalement les voix des chanteurs qui semblent chanter comme en répétition).


Mais l'intelligence de cette mise-en-scène ne se limite pas aux décors: les costumes sont souvent symboliques (le sage et humble gris du père, la blancheur des sous-vêtement de la première scène où l'on surprend Tom et Ann au lit; la noirceur lustrée du costume de Nick; le lamé argent tape à l'oeil de Baba...) et les récurents changements de costumes sur scène de Tom sont autant d'illustrations de sa personnalité changeante; symboliques aussi les quelques accessoires (le crane vaniteux à l'extrême avant-scène, la poussette d'Ann pendant la scène du mariage, la multitude d'objets hétéroclites et pourtant tous noirs qui constituent le cabinet de curiosité de Baba...).


Mais c'est surtout la conception des personnages qui frappe par sa pertinence qui ne tombe jamais dans une originalité facile: faire d'Ann une mère n'apporte pas grand chose au personnage mais beaucoup en émotion: enceinte quand elle part, avec une poussette lors du mariage, la trahison n'en est que plus apre, et c'est l'enfant qui le premier ira vers son père devenu fou dans la dernière scène; Tom est un flambeur dont la prestance et l'éclat des premières scènes deviennent déchéance vestimentaire et physique du clochard après la ruine, puis enflures et ridicule clownesque dans l'asile, figure du clown qui était d'ailleurs déjà présente et très voyante  grace à sa tête énorme lorsque Nick persuada Tom d'épouser Baba;  Nick a la beauté du diable évidemment, costume noir très élégant et cheveux gominés à outrance; Baba est la réincarnation du travesti Divine avec ses formes exhubérantes et ses perruques démesurées, perruque qu'elle arrachera d'ailleurs lors de la nuit de noces rendant le personnage encore plus grotesque et effrayant.


Je pourrais continuer ainsi des heures en mentionnant la gestion des choeurs (tournoyants dans le bordel, image inversé du public pour la noce...), la simplicité évidente des éclairages (le rouge backroom du bordel), le personnage sado-mascohiste nu sous un revetement de résille trainé en laisse par Mother Goose dans le bordel et qui semble poursuivre Tom durant tout le spectacle, présence vivante de la déchéance... Mais je concluerai en évocant la fin de cette superbe scène de la noce qui est à mon sens le plus beau moment du spectacle: la scène est grande ouverte avec un immense escalier qui mène à un plateau à mi hauteur du cadre sur lequel repose un lit et derrière lequel se trouvent des gradins occupés par les choeurs. Baba (au début) est à l'avant scène à jardin de dos, la scène fourmille de saltimbanques comme Baba qui viennent rendre cette noce de "freaks" d'autant plus étrange. Pendant que Baba et Tom gravissent les marchent , Ann (qui a laissé sa poussette pour venir parler à Tom) est assise au milieu de l'escalier où la rejoint un clown triste et nain, tandis que des confettis argentés tombent sur la scène: la dérision et le tragique sont encore renforcées lorsque Tom se met à faire violemment l'amour à Baba sur le lit.  L'image est aussi forte qu'émouvante.
Cette mise-en-scène restera donc pour moi l'une des plus belles de l'ère Mortier, quoiqu'en pensent les crétins qui ont hué, sans doute choqués de voir deux bodybuilders en string mimer une fellation dans un coin du bordel...



Musicalement on est aussi à la fête: l'orchestre de l'Opéra de Paris manque certes de couleurs sous la direction d'Edward Gardner, mais j'ai trouvé ça fort honnête car bien calibré pour une partition patchwork qui est de toute manière avare de séduction. Les choeurs sont comme toujours plus bruyants que précis; Toby Spence campe son personnage avec aisance et pallie ainsi par son naturel un timbre un peu trop clair pour le rôle (là où Tom Randle était idéal de rugosité au Théâtre des Champs-Elysées); Laura Claycomb a quelques difficultés avec les vocalises et les notes aigus qui sonnent souvent acide, mais c'est bien peu face au personnage fragile et déterminé qu'elle incarne, loin de la figure sortie du couvent des oiseaux à laquelle est trop souvent réduite son personnage, elle se montre ici parfaitement à la hauteur du personnage de mère conçue par Py; son invocation à la lune est son plus beau moment, glaçant de pureté. Laurent Naouri est un magnifique Nick Shadow, ses "aboiements" ne me gênent pas du tout, au contraire ils font tout le sel de ce dandy décadent et manipulateur.Jane Henschel manque de graves en Baba, surtout pour la scène d'hystérie, mais se glisse parfaitement dans son rôle de travesti underground avec une verve comique certaine.



René Schirrer chante un père très honorable; Hilary Summers est d'autant plus marquante que son apparition est courte en patronne du bordel, son bon mêtre quatre-vingt cinq dans un corset rouge et sa voix androgyne dessinent une figure presque trop fascinante pour un si petit rôle. Ales Briscein et Ugo Rabec se sortent très bien de leurs courtes parties.




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