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Il catalogo è questo

21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 20:33
Le preux ElectroCampra s'est risqué à aller voir le concert de ce célèbre sopraniste, voilà ses impressions.


Concert du sopraniste Jacek Laszczkowski et de l’Ensemble Dolce & Tempesta, mercredi soir 20 février 2008, salle Gaveau à Paris dans le cadre des Concerts Parisiens, ou comment avoir participé à un spectacle spécialement organisé pour « nos amis à 4 pattes » de la maison de retraite Ste Ursule, sise avenue de Verzy, noble institution tenue par la congrégation des « Ursulines du cœur de Jésus agonisant ».

 

Le public bien sûr était largement en mesure de dîner tous les soirs à l'institut Ste Ursule, mais les interprètes du concert participaient également à cette illusion.

 

De Jacek, j’avais entendu un vague mp3 fourni par je-ne-sais-plus-qui, je-ne-sais-plus-où qui m’avait paru fort intéressant. J’avais pu ensuite réécouter d’autres extraits qui m’avaient en revanche moins convaincu : mais il était trop tard, les places étaient déjà achetées.

 

Pour faire plaisir à son auditoire et l’éblouir, Jacek arborait un superbe smoking : un pantalon et un nœud papillon noirs très classiques, et une veste en velours froissé prune aux reflets chatoyants, tranchée par un revers de col noir brillant. J’ignorais qu’on pouvait encore trouver de telles merveilles tout droit sorties des années 70 ! Les musiciens qui étaient au nombre de 6 (2 violons, 1 alto, 1 violoncelle, 1 contrebasse, 1 clavecin), paraissaient bien ordinaires avec leur chemise ou leur smoking noir… Le rossignol qui aurait revêtu la veste d’un Patrick Topaloff de bal musette, était sur scène : nous n’avions d’yeux que pour sa parure et nos oreilles étaient dans l’attente de sa cristalline voix de sopraniste.

 

Händel tout d’abord avec des extraits de Deidamia, Oreste, Imeneo et Riccardo Primo. Les musiciens commencèrent le 1er air : à 6, Händel sonnait un peu creux, mais je me suis dis que j’allais m’habituer et que la salle devait également se remplir de notes pour qu’elle sonnât correctement. Et puis Jacek ouvrit la bouche. Un miaulement sortit d’abord : une sorte de glapissement étouffé qui se noyait de lui-même dans la gorge. Je n’en revenais pas, mes yeux s’ouvraient de plus en plus, mais Jacek continuait de geindre en émettant de temps de temps de fortes poussées sonores, tout en écarquillant les yeux. Ma surprise passée, je dus me rendre à l’évidence qu’on m’avait grossièrement trompé sur la qualité vocale de ce sopraniste. Les airs de Händel changeants, les miaulements du chat qui aurait avalé un coucou suisse (© Licida) se transformèrent en cris puissants qui ont fait dire à notre voisine de derrière que ses notes aigües faisaient mal aux oreilles (ce qu’a démenti vivement sa voisine qui était visiblement conquise). Naturellement investi, il accompagnait son chant de toute une gestique languissante, énamourée ou valeureuse, les yeux fermés, grands ouverts ou révulsés, c’était selon, avec néanmoins le nez dans la partition, au point que la voix devait certainement d’abord ricocher sur le pupitre avant de frapper aussi insupportablement nos oreilles (preuve est faite qu’un pupitre ne saurait améliorer le son, à moins que …).

Entre 2 airs de Händel, nous avons eu droit à un concerto a quattro du même compositeur : un petit répit pour nos oreilles endolories. Les musiciens étaient médiocres et le violoncelle nous a gratifiés de magnifiques approximations tonales, mais c’était tout de même largement supportable.

 

A l’entracte, cette même voisine, très bavarde, a interrogé sa copine Clémentine (après lui avoir demandé si une couleur neutre était la plus appropriée pour les volets de sa vieille maison centenaire en pierres blanches) : « il (le chanteur) doit avoir des hormones féminines pour chanter comme ça », « vous croyez qu’il est châtré ? », « non, ce n’est pas possible ; la nature fait des erreurs parfois tout de même », « il ne vous rappelle pas ce chanteur que nous avions entendu chez le ministre ? Mais comment s’appelait-il déjà ? … ».

 

Il faut toujours donner toutes les chances à ceux qui font des efforts. Malgré la ringardise de Jacek (valeur tout subjective, je l’accorde) et la qualité sonore des interprètes (que Ste Ursule aurait certainement bénis, car c’est bien connu « A la Ste Ursule, on hulule sans scrupule »), nous sommes donc restés jusqu’au bout.

 

La 2ème partie du concert était consacrée à Vivaldi. Les musiciens commencèrent par un concerto per archi (ils en donnèrent un autre entre 2 airs d’opéra). Là encore, c’était très moyen, trop lent pour du Vivaldi : mais bon, c’était écoutable si l’on faisait fi des quelques grincements du 1er violon (mais après tout, Spinosi est également fort applaudi quand il manie son archet). Je redoutais évidemment la venue de Jacek surtout que le programme annonçait que les 3 airs de La Finda Ninfa rivalisaient de difficultés techniques et de notes suraigües (la bémol, la, si !). Même si les miaulements et les cris ont continué, Jacek se débrouillait mieux dans ces airs. Il savonnait bien un peu, ses notes graves étaient vilaines, il gargarisait toujours tous ses départs langoureux ou nous permettait de goûter aux accents de la musique atonale et enharmonique à la fois, mais il arrivait néanmoins à ma grande surprise à détricoter tant bien que mal les notes vivaldiennes, avec des diminutions de son crû où alternaient au choix les montées en arpège aux notes détachées (du meilleur goût) ou les notes paonnées tenues ad libitum (les choucroutes permanentées de ces dames n’avaient qu’à bien se tenir).

 

Le chef qui s’était tortillé de plaisir sur son siège de clavecin pendant tout le concert, après des tonnerres d’applaudissements, et avec l’accord d’un Jacek visiblement très content, nous a accordé jusqu’à 4 bis : Vivaldi et Händel, 3 airs déjà entendus et le fameux « Lascia la spina » (« air très connu, version différente, du grand Farinelli très connu » dixit Jacek qui devait alors certainement y croire un peu) qui comme tous les Händel susmentionnés fut aussi geignard et chuintant. Mais cela a permis aux 2 copines du ministre de chantonner le début et la fin de l’air. Ravies du concert, elles ont trouvé néanmoins que 4 bis, c’était un peu exagéré : comme nous les comprenions alors !

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Published by ElectroCampra - dans Représentations
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commentaires

licida 26/12/2008 12:12

Bonjour Robert et bienvenue.
 
Je ne tolère pas ce genre de commentaires. Vous avez tout à fait le droit d'aimer ce sopraniste et même de trouver la critique d'une méchanceté "gratuite". Pour moi elle est argumentée, donc pas gratuite; par contre votre bienveillance à l'égard de Laszczkowski, telle que vous la présentez, est totalement gratuite.
 
Mais quoiqu'il en soit, Electrocampra ne critique ici que l'artiste et non la personne. Si vous aimez l'artiste défendez le autrement qu'en insultant ceux qui ne l'aiment pas. Là vous ne faites que du procès d'intention sans la moindre espèce d'intérêt. L'argument de la jalousie, ce n'est vraiment pas très recherché et totalement gratuit: on ne jalouse pas forcément ce que l'on aime pas!
 
Enfin revoyez un peu vos statistiques: "moins de 20 sopranistes au monde"... si vous parlez de ceux qui font autre chose que miauler, "moins de 5" me semble plus proche de la réalité; si vous parlez de ceux qui en adoptent la technique, et chantent sur les scènes d'opéra, "plus de 50 me semble" plus juste.
http://www.contre-tenor.net/
Il suffit de les compter parmi tous les contre-ténors que recense ce site.

Bajazet 26/12/2008 04:19

Ah non, le clebs, c'est moi.
Ouah ! ouah !

Cool, Ève : c'est Noël. Et on est nombreux à t'aimer ici, alors ce pseudonyme d'expert est inutile. :-)

Robert 26/12/2008 01:08

Je comprends difficilement la méchanceté gratuite de votre commentaire sur ce sopraniste de talent que je viens de découvrir, ce soir, 25 décembre 2008 chez Ève Ruggieri. Pourquoi cette méchanceté ? Peut-être qu'inconsciemment vous jalousez ce talent exceptionnel (moins de 20 sopranistes au monde. Moi, je ne vous compare pas à un chat miaulant, mais à un sombre petit cabot.

Clément, agitato da fiere tempeste 26/02/2008 08:16

Je trouve personnellement ce Riccardo primo plus intéressant que son Scipione ; il y a quand même Mingardo (que je découvrais émerveillé) et Piau, ainsi que des qualités diverses chez les autres. Le timbre et le caractère de Claire Brua rapproche sa Pulcheria d'une grosse matrone, mais elle a la mérite d'avoir du charisme et de défendre sa partie, tout comme Scaltriti d'ailleurs. Après, en effet, la direction est timide...La distribution de la version Goodwin ne me laisse vraiment rien à espérer de mieux.

Bajazet 25/02/2008 23:54

Avoir eu vent n'est pas une raison suffisante pour en faire état en public.