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Il catalogo è questo

2 mars 2008 7 02 /03 /mars /2008 19:18

Direction musicale Massimo Zanetti
Mise en scène
Gilbert Deflo
Décors et costumes William Orlandi
Lumières Joël Hourbeigt
Chef des Choeurs Alessandro Di Stefano

Il Conte di Walter Ildar Abdrazakov 
Rodolfo Ramon Vargas
Federica (Duchessa d'Ostheim) Maria José Montiel
Wurm Kwangchul Youn
Miller Paolo Gavanelli
Luisa
Ana Maria Martinez
Laura Elisa Cenni

Orchestre et Choeurs de l'Opéra national de Paris

Je ne vais pas faire l'étonné, je savais pertinnement que je n'aimerai pas ce spectacle en raison du metteur en scène dont je commence à devenir familier de la vacuité; en effet à part L'Amour des trois oranges qui était un spectacle très réussi, toutes les mise-en-scènes de Gilbert Deflo que j'ai pu voir m'ont paru insignifiantes au possible. Cependant dans Semiramide ou Un Bal masqué on pouvait au moins vanter une élégance esthétique des décors et des costumes, une stylisation aussi creuse que vaine mais on s'en contentait. Avec Luisa Miller, Gilbert Deflo a vraiment touché le fond. Je veux bien que l'on fasse des mises-en-scène "traditionnelles" ou même kitsch à la Franco Zeffirelli, mais qu'au moins on le fasse bien: avec tout son fatras d'accessoires et ses décors en technicolor, Franco Zeffirelli réussit au moins à créer une atmosphère dans laquelle il fait évoluer ses personnages, c'est rarement profond mais au moins c'est consistant. Deflo, dont on se plait à rappeller qu'il fut l'élève de Strehler (NDLR: lol ptdr), nous pond au contraire une mise-en-scène consternante et inaboutie: jamais je n'avais ressenti avant ce soir l'irrépressible envie d'apprendre son métier à un metteur en scène! 

L'idée de départ n'est pas mauvaise: pour ce drame des montagnes, un décor champêtre avec un cadre de scène en demi cercle qui confère à la scène des allures de boule que l'on retourne pour y faire tomber la neige, toile de scène représentant les verts paysages vallonés et gazon sur tout le sol. On aurait bien envie de dire à Deflo que dans ce livret et contrairement à Aïda ou Don Carlos et bien d'autres, le lieu de l'action est purement anecdotique, et que celle-çi aurait tout aussi bien pu se dérouler dans un champ de tulipes aux Pays-Bas, mais on en est plus à ces subtilités et le reproche serait vain. Trois décors alternent alors selon les actes: la verte prairie de gazon synthétique, pure comme un terrain de foot; un pan de mur avec une fenêtre que l'on devine être la stylisation d'une chapelle par les bancs et le prie-Dieu qui se trouvent devant; de hautes colonnes voutées en ogives posées à même la prairie. Le décor en soi n'est pas dénué de sens: cathédrale aussi naturelle que la religion de la pure et belle Luisa qui au début de l'opéra trouverait sans problème sa place dans La Mélodie du Bonheur. Seulement voilà, le coté simple et naïf du décor n'est pas du tout exploité et fait tomber la mise-en-scene dans une pauvreté de spectacle de fin d'année d'une école tyrolienne. On s'attendrait presque à voir surgir Mary Schneider en guest star à chaque instant. Les possibilités ne manquent pourtant pas: on voudrait qu'une lumière céleste traverse la fenêtre l'Eglise et vienne illuminer Luisa, que Wurm surgisse et eclipse ce rayon ou renverse le prie-Dieu, que Walter gravisse le toit incliné de l'Eglise pour montrer son hybris, que Luisa sorte de la boule et se place devant le cadre de scène pour signifier la sortie de sa naïveté initiale, que la direction d'acteur fasse jouer les protagonistes dans les rayons de lumière et d'ombre créés par les colonnes pour rendre leur aveuglement, leur folie ou leur lucidité... mais rien. 
Sans parler du décor, on s'etonne d'une direction d'acteur aussi inexistante qui ne souligne même pas les didascalies implicites que le livret ou la musique pourtant très dramatiques peuvent signifier: la fin de l'acte I est affligeante d'immobilisme; les personnages ne savent que gigoter de droite à gauche sans raison; au III, Rodolfo met le poison dans la coupe avec la subtilité d'un mechant dans Inspecteur Gadget, Luisa semble mettre des heures à mourrir. Bref ce n'est ni fait ni à faire. Avantages: Miller était remplacé ce soir là, gageons que le remplaçant n'a pas du avoir beaucoup de difficultés à apprendre ses déplacements; avec deux décors en carton pate et du gazon synthétique, voilà une production qui ne coute pas cher. Finissons par le ridicule consommé des costumes et l'incapacité de Deflo à faire quelque chose des choeurs qui sont disposé en arc de cercle à cour et à jardin comme dans tous ses spectacles. Pour être parfaitement juste il faut aussi parler des rares accessoires utilisés, symboles de la "sobriété" du metteur en scène: la lettre déchirée et la couronne de fleurs de Luisa jettée au loin au V... ça va très loin donc.

Passée cette mise-en-scène calamiteuse, parlons vite fait de la direction de Massimo Zanetti qui semble s'attacher à souligner uniquement le coté pompier de cette musique qui n'est certes pas la meilleure de Verdi mais recèle de qualités dramatiques et harmoniques qui tombent ici completement à plat: dès l'ouverture, ça manque d'élan, de respiration, on a le sentiment que les pupitres se bousculent pour passer. Les choeurs sont très honnêtes malgré cette habituelle tendance à privilégier le volume sonore à la clarté du texte et aux nuances. Maria José Montiel est un mezzo court qui semble constemment épuisée et rappelle le triste souvenir en ces lieux de Nancy Fabiola Herrera. Anna Maria Martinez chante honnêtement sa partie, mais son timbre sec et grelotant, sa pauvreté d'imagination (faut dire que dans une telle mise-en-scène, on est plus que tenté de se mettre en pilote automatique) interdisent à sa prestation tout pouvoir d'émotion. Ramon Vargas est souvent trop léger pour le rôle et vite couvert par l'orchestre mais sa romance est délicieuse et je préfererais toujours cette tenue et cette sensibilité fut-elle souvent inaudible à une voix de ténor débraillée et beuglarde (suivez mon regard). L'excellence se trouve ce soir du coté des basses: très bon Comte d' Ildar Abdrazakov à la fois puissant et contenu (qu'on aurait cependant aimé plus effrayant); excellent Wurm de Kwangchul Youn (qui m'avait déjà fait grande impression dans Lucia) tant par la clareté de sa diction que par la puissance de sa voix ou la présence de son personnage; impressionnant Miller de Paolo Galvanelli enfin dont la finesse n'est pas la qualité principale mais qui réussit à imposer un personnage plus que crédible dont la tendresse et la sauvagerie paternelle font déjà penser à Rigoletto.

Evidemment la grosse majorité du public a adoré... c'est dans ces moments que l'on comprend toute la difficulté de l'entreprise de Mortier: toutes ses productions "modernistes" sont souvent huées par une partie débile du public non pas tant sur la qualité intrinsèque de celles-ci, mais simplement parce que ce n'est pas "joli"; et cette même partie du public d'applaudir Deflo comme un metteur en scène qui "respecte" les oeuvres. Or il faut bien avouer qu'une telle mise-en-scène enfouit l'oeuvre plus qu'elle ne la respecte dans la mesure où elle refuse d'en utiliser le potentiel dramatique. Une mise-en-scène ratée de Marthaler sera toujours plus respectueuse de l'oeuvre que cette sous mise-en-scène: il y a en effet plus de respect à tordre voire à torturer une oeuvre qu'à la laisser dans son coin en ne s'en souciant que superficiellement. Un dernier mot enfin pour en finir avec Deflo: sur le site de l'ONP une petite vidéo le montre expliquant sa "conception" de la mise-en-scène et se placer entre les metteurs-en-scène "modernistes" et ceux qui font "comme à l'époque"; le propos est clair, il se pose comme un artiste sage dans un idéal équilibre entre les visions passéistes et outrancierement modernistes. En réalité cette posture ne sert qu'à masquer sa vacuité et sa fainéantise: en effet, à part Benjamin Lazar dans le baroque (et encore...), on serait bien en mal de trouver quelqu'un qui monte les opéras "comme à l'époque". Quant à voir une "distance critique" dont il se réclame lui-même dans ses spectacles... je cherche encore.

 

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Published by Licida - dans Représentations
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