Roméo et Juliette
Opéra en neuf numéros de Pascal Dusapin
Livret d'Olivier Cadio
Opéra Comique, 28 avril 2008
Mise-en-scène Ludovic Lagarde
Costumes Christian Lacroix
Lumières Sébastien Michaud
Scénographie Ludovic Lagarde et Antoine Vasseur
Dramaturgie Marion Stoufflet
Conception sonore Gilles Grand
Ingénieur du son David Poissonier
Ingénierie sonore IRCAM
Roméo Jean-Sebastien Bou et Marc Mauillon
Juliette Karen Vourc'h et Amaya Dominguez
Bill Laurent Poitrenaux
Quatuor vocal Caroline Chassany, Valério Rio, Jean-Paul Bonnevalle et Pierre-Alexandre Dubois
Choeur Accentus dirigé par Laurence Equilbey
Orchestre de Paris dirigé par Alain Altinoglu
Que dire de ce spectacle ? (soupir)
L'oeuvre elle-même souffre d'un livret volontairement brouillon au propos mille fois rabaché: echec du discours, echec
de la relation amoureuse, echec de la pensée, echec de la lutte politique et voilà Roméo et Juliette qui s'engueulent, parlent puis chantent tantôt en anglais, tantot en français, parfois
de la musique contemporaine parfois du jazz, boxent, s'embrassent le tout sous la direction d'un "poète" raisonneur, ils ne s'entendent pas, personne ne s'entend, d'ailleurs les personnages sont
doubles, deux Roméo, deux Juliette, les mots s'entrechoquent; au milieu de tout ça on assiste à la révolution communiste et à une scène chamanique autour du drapeau rouge... Bien bien... Bof
bof... La perte du sens, l'absurde, l'impossibilité de communiquer, l'être humain cet animal le plus bizarre de la Création... Le problème, c'est que Ionesco et Beckett, c'était dans les années
50, alors certes il est toujours intéressant de voir ça à l'opéra mais on ne peut s'empêcher de penser que le librettiste enfonce des portes ouvertes il y a un demi-siècle. C'est pompeux, pédant,
lourd.
Le plus gênant pour quelqu'un qui veut commenter ce spectacle, vient du propos même qui se veut rétif à toute
transposition dans la rationalité du langage... moi je veux bien... mais qu'au moins il nous reste l'émotion, le sentiment d'avoir vécu une expérience différente, enrichissante, étrange,
indicible... or à force de jouer la carte de la cacophonie avec des platitudes, on se lasse très vite, le temps devient long, on s'extrait du spectacle, on perd en attention, bref on s'ennuie et
on ressort de là avec une jolie migraine, mais c'était pour l'amour de l'art et pour soutenir la création contemporaine, alors on est resté jusqu'au bout.
C'est dommage car la musique est intéressante, potentiellement; elle le sera pleinement dans le superbe Perelà,
pleine réussite tant pour la musique,que le livret ou la mise-en-scène. Alors ça à coté... j'ai un peu la désagréable impression d'avoir été le cobaye d'une musique expérimentale qui a plus sa
place dans un laboratoire que dans un opéra.
C'est d'autant plus dommage que les beaux décors, les lumières léchées, les costumes flamboyants, les choeurs précis,
les chanteurs impliqués, l'orchestre réactif, tout aurait pu être très réussi... avec une oeuvre à la hauteur.
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