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Il catalogo è questo

26 mai 2008 1 26 /05 /mai /2008 14:01
Rossini, Elisabetta, regina d’Inghilterra
Drama per musica en deux actes (Naples 1815)
Livret de Giovanni Federico Schmidt

Elisabetta : Marguerite Krull
Leicester : Gregory Kunde
Matilde : Anna Maria dell'Oste
Norfolc : Antonino Siragusa
Enrico : Blandine Staskiewicz
Guglielmo : Yves Saelens

Choeur et Orchestre Symphonique de la Monnaie
Direction musicale, Julian Reynolds

Paris, Salle Pleyel, le 13 avril 2008

Le temps qu'il m'a fallu pour publier cet article est à la mesure de la déception ressentie suite à l'annulation d'Anna-Caterina Antonacci dans le rôle titre (ça commence bien hein?!). J'aime bien cet opéra qui est loin d'être le plus raffiné ou original de Rossini, c'est même une écriture assez automatique mais interprété par de vraies bêtes de scène avec des moyens vocaux conséquents, le show fonctionne parfaitement, en résumé c'est une oeuvre très efficace à défaut d'être géniale.



Le plateau était plutôt alléchant, surtout pour qui connait les témoignages rossiniens de la grande Anna-Caterina, plus callassienne que jamais dans ce repertoire tant dans la vocalisation "liée" (et non "hachée" comme Horne ou Bartoli, technique tout aussi défendable, n'allez pas croire que je mette l'une au dessus de l'autre) que dans la déclamation et le port de la tragédienne. Pour ceux qui ne connaissent toujours pas, je conseille fortement son Ermione (live de Rome 1991 plutot que DVD de Glyndenbourne), son Mose in Egitto (live de Londres 1994), sa Donna del Lago (live de Gênes 2001) et évidemment son Elisabetta (live de Naples 1991). Mais bon Antonacci n'était pas là ce soir, alors cessons de remuer le couteau dans la plaie.

Toutes les conditions étaient pourtant réunies pour que la soirée soit réussie: l'Orchestre Symphonique de la Monnaie dirigé tambour-battant par Julian Reynolds brillait par sa rutilance, rien qui ne sorte des sentiers battus mais les musiciens faisaient preuve de suffisamment de professionalisme et d'enthousiasme pour placer cette version dans le haut du panier.

Blandine Staskiewicz en Enrico, quel luxe... totalement inutile, tant le rôle est embryonaire, deux récitatifs et hop, tu peux te rasseoir en attendant le choeur final. D'autant que dans ces deux récitatifs Blandine faisait preuve de bien plus de prestance que la reine de la soirée, mais bon... On ne pourra pas en dire plus long sur le Guglielmo d'Yves Saelens, je crois me souvenir que Rossini a gratifié le rôle d'un air totalement insignifiant.

Passons donc aux vrais rôles: nos deux ténors furent les stars de la soirée. Gregory Kunde que les mauvaises langues ne cessent de déclarer fini a fait preuve d'une hargne, d'un élan vocal et d'une présence en scène absolument ravageurs; certes la voix accuse quelques faiblesses dans les extrêmes de la tessiture et l'air suinte souvent dans les vocalises rapides, mais cela se tient encore admirablement avec bien plus de personnalité qu'un Florez par exemple et surtout bien plus de classe qu'un Schicoff (oui quand je dois taper sur un ténor c'est toujours sur lui, je le reconnais, mais c'est à la mesure de la prétention du type). En méchant Norfolc Antonio Siragusa est aussi excellent que dans le disque avec Jennifer Larmore (version de référence à mes oreilles, je recommande fortement): j'ai rarement entendu une voix aussi puissante, franche et assurée et ce qui pouvait sembler un peu violent pour le prince amoureux dans La Cenerentola est ici idéal. Evidemment rien ne lui résiste et l'on ne sait plus quoi louer, les notes longuement tenues, le souffle inépuisable, la caractérisation manichéenne à souhait qui vient irriguer chaque note, voilà un ténor rossinien idéal. Alors quand nos deux bonhommes chantent leur duo, la salle est en liesse et c'est parti pour le bis!

Un peu en retrait par rapport à ces deux bêtes de scène, Anna Maria Dell'Oste a tout de même chanté une Matilde pleine d'humilité et de noble pudeur dans l'émotion, ce n'est jamais bluffant vocalement mais le personnage fonctionne pleinement et, encore une fois, fait preuve de plus de noblesse que la reine. La reine Elisabetta interprétée par Marguerite Krull donc... je sais bien qu'il ne faut pas tirer sur l'ambulance, qu'il n'a pas du être facile de trouver une remplaçante pour toute la série, mais cette chanteuse s'est tout de même batti une réputation de rossinienne et à déjà chanté le rôle à Buenos Aires. On ne peut lui en vouloir d'avoir accepter ce remplacement prestigieux, mais elle n'est clairement pas au même niveau que ses collègues... et à défaut d'une Larmore dans l'idéal, j'aurai donné cher pour que cela soit Staskiewicz qui remplace Antonacci. M'enfin... l'interprétation de Marguerite Krull est difficilement défendable: elle n'a pas la tessiture du rôle, savonne les vocalises, joue les princesses de cour de récré (c'est de qui l'idée du diademe de Miss??!!), sa confrontation avec Matilde est particulièrement pénible, l'entendre crier hystériquement "Custodie!" comme d'autres crient "Maîtresse!". Bref elle n'a rien d'une reine ni dans le port ni dans la voix, ce qui est tout de même gênant pour un opéra qui repose avant tout sur ses épaules. Et puis cette façon de faire croire qu'elle est encore dans l'hallucination de son rôle cinq minutes après la dernière note, je trouve ça  prétentieux, surtout pour du Rossini, faut pas déconner, ça ne demande pas une investissement psychologique abyssal!

Bref une soirée qui aurait pu être excellente avec une vraie reine à la tête de tout ce beau monde.

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

DavidLeMarrec 27/05/2008 22:31

(Licida, on te prête volontiers Blandine, mais merci de nous la rendre dans l'état où tu l'as trouvée, sans nous la dynamiter avec rôles lourdement aigus - et profondément niais.)J'admire votre courage, j'en déduis qu'avec cette distribution (Saelens pour deux phrases !), on pourrait peut-être même survivre à l'intégrale Glass.

Valère de Rien 27/05/2008 20:27

Parce que quand on sait vivre, on dîne vers minuit et on se lève après midi, et puis c'est tout.


Krullpps… what else ?

(Caroline est trrrrès méchante)

licida 27/05/2008 13:49

Haha, oui il est vrai que c'était un dimanche après-midi, d'ailleurs si quelqu'un pouvait m'expliquer pourquoi un spectacle qui commence au plus tôt à 14h s'appelle une "matinée" je suis preneur! Même moi qui me lève rarement avant 11h j'ai du mal à comprendre!

Caroline 27/05/2008 11:52

Etait-ce vacherie de sa part ou pensait-elle toujours à la partenaire qu'elle aurait dû avoir, je ne sais, mais je n'ai pas oublié le regard d'A.M. Dell'Oste lors de sa très bonne entrée en scène au tout début de l'acte II. Elle s'est avancée sans hésitation mais sans précipitation, semblant tout à la fois et humble et déterminée dessinant en un instant parfaitement bien l'état d'esprit de son personnage et immédiatement, tout en marchant jusqu'au pupitre, elle est allée chercher le regard de sa partenaire, est venue se planter juste devant elle et en la regardant droit dans les yeux, d'une réplique ("Ho un cor bastante per ascoltare, intrepida, il mio fato.") Mathilde a tué Elisabeth. Madame Krull, qui heureusement connaissait la pièce, ne s'est pas laissé faire et s'est mise à trépigner sur place en glapissant: "C'est moi la reine! T'as pas le droit de faire ça! C'est moi la reine! Scrivi! Rinunzia! C'est moi la reine!", j'ai même cru un instant qu'elle allait jeter son diadème au sol dans un geste rageur, mais non, la grande concentration évoquée plus haut lui a permis sinon de nous prouver son art du moins de dominer ses nerfs. Qu'elle en soit remerciée. Petite rectification: la "soirée" était donnée en matinée... ;- Message personnel: N'est-ce pas Krupps, la marque des cafetières?

licida 26/05/2008 16:27

Arf, et dire que je me suis relu en plus!Je compatis vraiment avec ces grands chanteurs qui débutent dans ces rôles inutiles et qui sont obligés de rester en scène pendant tout l'opéra présenté en version de concert!