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Il catalogo è questo

6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 21:43
Voilà un article écrit à 6 mains, ce qui explique que j'ai mis encore plus de temps à le publier qu'à l'habitude. L'avant-propos est signé Caroline, les compte-rendus des concerts du matin et du soir sont d'Orlando et je me suis contenté d'écrire l'article sur La Cenerentola.



Journée Bartoli – Journée Malibran
     
 
 
 
 
Un soir de décembre 2005, il y avait eu comme une promesse, presque une confidence en dédommagement à un peut-être trop prompt et définitif : « Non. A l’Opéra de Paris, non. » Tout de suite derrière, elle avait eu besoin d’ajouter : « Mais il y aura une surprise à Paris ! Quelque chose de très spécial. Et seulement pour Paris. Ah oui ! ce sera vraiment très spécial… » Mais, chut ! Bon. De toute façon, c’est comme elle veut. 


La « surprise », le « très spécial », c’était pour le printemps 2008. Alors on a guetté les programmes de la saison 2007-08 des salles lyriques parisiennes. Les concerts de décembre au TCE ? Non, ça, c’était du prévu et rien que du « très normal ». Alors il s’agissait donc du « concert de gala avec invités » de la salle Pleyel. Un sourire malicieux, un petit air entendu, 2 ans et demi de patience, pour nous coller un concert de gala avec l’orchestre de Radio France dirigé par M-W Chung ? Ah, oui ! elle était surprenante la surprise ! Ça, c’est sûr, nous n’en avions pas rêvé !… Mais non, mais non ; il y aurait autre chose. Quoi et quand, alors ? Eh bien, ce jour-là. Le 24 mars. Pour fêter la naissance de la Malibran. 200 ans, ça se fête. Il fallait marquer le coup, elle voulait marquer le coup. Ce jour-là, ce jour-là, précisément. Un jour entier. Une journée spéciale. Toute la journée, donc. Du matin au soir. Le tour du cadran : de onze heures du matin à onze heures du soir. Un marathon, quoi. Récital, le matin ; opéra, l’après-midi ; concert, le soir. Alors là, oui ! Pour être une surprise, c’en était une ! Cela paraissait même dément. Une folie !  


Alors les grincheux ont commencé leurs pronostiques : « Le matin, ce n’est pas trop cher (85 euros max.) ; donc ce sera court, elle ne va pas chanter grand-chose, 2 ou 3 airs de son dernier CD, en plus il y aura le violon et le piano, elle ne va pas trop se fatiguer. L’après-midi, La Cenerentola en version de concert : évidemment, c’est ce qu’elle connaît le mieux ! ça fait bien quinze ans qu’elle la traîne. Et puis comme ça elle n’aura rien de nouveau à apprendre et surtout elle ne prendra aucun risque. Alors que quelques jours plus tard elle va faire La Sonnambula à Baden Baden, on aurait pu en profiter en primeur à Paris, quand même ! Mais non, elle n’ose pas. Ou même Clari qui sera donné en mai à Zurich ! Halévy était Français, ça a été créé à Paris, c’était l’occasion rêvée, non ? Et puis le gala du soir « avec invités », c’est bien trouvé ! Comme elle n’aura plus de voix – déjà que, hein ? bon !… et à Pleyel en plus ! – elle va laisser la main aux copains, on écrira Bartoli en bien gros, et puis elle finira en tapant du talon et battant du tambour, ça ne va pas la tuer non plus et ça sera très efficace. Donc finalement : sa Cenerentola que l’on connaît par cœur et une version light des concerts du TCE diluée en deux parties, histoire de faire casquer un max. En gros : de la pub bien orchestrée à bon compte. Le Barnum habituel, quoi. » 
Oui, bien sûr ; on peut prendre cette journée dans cet esprit-là et même finir par la formule assommoir : « Bartoli fait du Bartoli ». Ben oui, on peut.


Oui, mais J ça ne s’est pas passé tout à fait comme ça. Sans doute parce que Bartoli ne fait pas toujours du Bartoli, parfois, elle l’est. Elle l’est avec cette petite lueur qui anime et qui entraîne, elle l’est avec aussi une petite folie qu’elle parvient pourtant à circonscrire dans les limites du possible. Oui, cette journée était folle, mais possible. Et il lui a fallu un certain culot tout de même, le culot d’y aller, d’oser, de se le permettre. Puisqu’elle pouvait et qu’elle avait l’énergie pour le faire, elle l’a fait. Mais juste une fois, une fois dans une vie. Maintenant ou jamais. Une forme d’insolence aussi, mais pour le plaisir, pour le plaisir de se faire plaisir et pour celui d’en donner. Car cette journée devait surtout être une fête. Un cadeau. Banco ? Ben, banco !  




Elle n’est entrée sur scène ni tremblante, ni surexcitée, mais contente. Et dès le départ on a su que la voix était là, que la journée serait réussie. Elle a fait la diva, un peu, la Cecilia, souvent, le clown, à certains moments, et l’actrice tout de même, parce que ça faisait 18 ans qu’on attendait et que 18 ans c’est très long. Elle a fait ce qu’elle a voulu au mieux qu’elle l’a pu, chacun a joué le jeu et nous, nous avons dit merci. Tous les spectateurs de l’orchestre se sont levés comme un seul homme sur la dernière note de la Cenerentola et la salle semblait exploser en une sorte de ferveur, allez, j’ose, populaire. Une forme de bonheur simple et sincère, donné et reçu. Il fallait en profiter avant que les ministres et leurs amis, beaucoup moins discrets que les actrices, ne soient de sortie pour le gala…
  


Mais il me déplairait de terminer sur ce mot-là, parce que ce ne serait pas juste. La journée Malibran, c’était aussi la possibilité offerte à un curieux, qui serait peut-être fauché comme les blés mais qui n’aurait pas peur de gros mots comme « culture », « art » (lyrique ou pas), « histoire », « savoir », un curieux fauché et sans a priori donc, de pouvoir ce jour-là, sans débourser un centime, voir un film de Sacha Guitry (de ces films en NB interdits à la télévision publique avant minuit 20), assister à une conférence sur la Malibran, voir une exposition et découvrir la vidéo d’un concert du dernier programme de Bartoli. Entendre en passant du lyrique, se rendre un peu compte de ce que c’est, du bruit que ça fait. En passant. Ça aussi, ça me semble intéressant comme démarche. Et l’expo de la collection Bartoli sur la Malibran aurait très bien pu, il me semble, être installée dans les foyers des théâtres où elle se produisait ; mais non, Bartoli collectionneuse-montreuse (ce qui n’est pas si courant chez les collectionneurs, d’ailleurs) a voulu un museo mobile qui avait l’avantage de pouvoir s’arrêter sur les places (à Paris : la Sorbonne, le Palais Royal, l’Hôtel de Ville), dans la rue, s’ouvrir, s’offrir à qui voulait, à qui passait par là, par hasard ou non, et sans la nécessité d’entrer dans des lieux qui, nous dit-on, impressionnent les non-initiés, pas de lieux saints donc, mais un camion dans la rue, avec quand même quelque chose d’une chapelle, j’en conviens. Mais n’importe quel curieux pouvait y aller voir, n’importe quel touriste passant sur le parvis de l’Hôtel de Ville pouvait entendre Bartoli chanter des airs qu’avait chantés la Malibran. Un peu curieusement certains s’extasient sur le fait de pouvoir payer 18 euros pour voir une vidéo en HD dans un cinéma, mais semblent snober ce genre d’entreprise. « De la pub ! », nous dit-on. Pourtant dans le camion, il n’y avait rien à vendre, et voir et entendre ne coûtaient rien aux gens dans la rue, ce lundi 24 mars (malheureusement il pleuvait :-/ ). Il me semble que cette démarche-là veut aussi dire quelque chose. Peut-être quelque chose comme : « Regarde, va voir et ensuite tu diras si tu aimes ou pas. Va voir, choisis. Mais sache que ça existe. » Forcer à rien, mais proposer ; donner accès, permettre l’accès, Bartoli en a les moyens et en garde la volonté.
C’était ça, aussi, la journée Malibran. ;-)
 


A vous Pleyel !
 


C.


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Published by Caroline - dans Représentations
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commentaires

orlando-inacantato 09/06/2008 00:28

Merci Caroline d'avoir si magnifiquement lancé le sujet... Je ne savais pas que ce projet était aussi ancien!Permets-moi de partager malgré tout un peu des opinions des "grincheux de service" : à moi aussi il eût été agréable d'avoir comme opéra complet autre chose que la Cenerentola. Clari, certes,  ou Sonnanbula... Ou pour rester dans Rossini, la Desdemona d'Otello ou la Ninetta de la Gazza Ladra où elle devrait faire merveille...Mais bon, la Bartoli est loin d'avoir dit son dernier mot, poussé sa dernière note, et cela nous laisse beaucoup de bonheurs en perspective!O.