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Il catalogo è questo

6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 21:56

Voici maintenant l'article d'Orlando, le premier sur ce blog et certainement pas le dernier, ne serait-ce que parce qu'il y en a un autre après :-)


Le salon romantique de Maria Malibran

 

G.; ROSSINI : Beltà crudele

V. BELLINI : « Malinconia, ninfa gentile » – « Vaga luna che inargenti »

G. DONIZETTI : «  Me voglio fa’na casa »

G. TARTINI : Sonate « Le trille du Diable »

P. VIARDOT :  Havanaise- Hai luli !

G. ROSSINI : Canzonetta spagnuola

R. SCHUMANN / F. F LISZT : Widmung (op. 25 n°1)

G .PAISIELLO/N.PAGANINI : «Nel cor più non mi sento »

F.LISZT :  Liebestraum°3, nocturne en La bémol majeur

C. DE BERIOT :  Il Sogno di Tartini

 

Cecilia Bartoli, mezzo-soprano

Vadim Repin, violon

Lang Lang, piano

 


 

Quelle agitation dans le hall de Pleyel en cette matinée du lundi de Pâques ! Malgré l’heure matinale, c’est la foule !  Je serais quand même curieux de savoir combien de courageux auront été là dès 9h pour la projection du -sûrement fort anecdotique- film La Malibran, tourné en 1943 (!) par Sacha Guitry, et dont l’intérêt principal doit être la présence de Géori Boué dans le rôle de la diva …

 

Disons tout de suite qu’appeler ce programme matinal « Salon Romantique de Maria Malibran » est dans le détail un peu abusif :  certes, il est tout à fait vraisemblable que la cantatrice ait pu connaître ces ariette da camera signées des trois plus grands compositeurs italiens d’opéras de son temps, Rossini, Bellini et Donizetti, musiciens amplement servis à la scène; et les quelques  pièces pour violon, en solo ou en duo avec la voix, rappellent judicieusement qu’elle aimait, dans les dernières années de sa trop courte vie, à se produire en concert avec son second mari, le virtuose Charles de Bériot. En revanche on ne peut que s’étonner d’y trouver des compositions - quelle qu’en soit la valeur - de sa sœur cadette Pauline Viardot, qui n’avait que quinze ans à la mort de sa sœur. Et la transcription du fameux Widmung  de Schumann - lied composé en 1840, alors que Maria est morte en 36 ! - par Franz Liszt eût également pu avantageusement figurer dans  un programme en hommage à Pauline! Ajoutons enfin qu’on regrette à l’inverse l’absence de compositions de Manuel Garcia père, voire de Maria elle-même, qui eussent été bien plus à leur place dans ce cadre...

Mais la belle Cecilia, rayonnante et  très applaudie à son entrée, aura tôt fait de balayer ces légères réserves, sachant d’emblée créer avec le public une intimité remarquable dans un lieu aussi vaste. Ce premier groupe de quatre mélodies typiquement belcantistes, lui permettent d’exhiber sa technique impeccable, peu sollicitée ici en termes de virtuosité ou de souffle, sa diction phénoménale, et surtout, son formidable art de la communication : de ces charmantes miniatures, elle sait comme bien peu faire passer la tendresse, l’impatience, la rêverie nostalgique ou le sourire… On en oublierait presque, du coup, l’accompagnement bien sec et si peu inspiré du décidément très surfait Lang Lang : beaucoup de cinéma mais bien peu de musique... Il réussit même à plaquer une résolution d’accord trop tôt dans le Donizetti tandis que la chanteuse tient un long trille, un exploit quand on songe à quel point cette musique est, harmoniquement parlant, sans surprise aucune!  La diva, virevoltante, ne laisse rien paraître de sa gêne voire de son irritation - à sa place, j’aurais été furieux ! - , et s’ingénie même à lui donner plus d’une fois en souriant la pulsation, lui suggérant là un rubato, ici  un accelerando  C’est ici qu’on mesure à quel point sa sensibilité et son infaillible  instinct musical, si évidents qu’ils en paraissent simples et faciles, ne sont pas donnés à tout le monde !

 


 

Petite pause instrumentale avec un Tartini interminable où Vadim Repim exhibe une virtuosité vertigineuse mais bien vaine, et non dénuée de grincements - mais je ne suis pas le meilleur juge pour ce type de musique qui, j’avoue, me tape vite sur le système !

La belle Romaine nous revient pour trois pièces qui font sensiblement monter la température : d’abord deux très jolies mélodies de Viardot, la charmante Havanaise, mélodie toute simple dont le tendre balancement, assez hypnotique au piano, se pare à chaque nouveau couplet (en français, puis de nouveau en espagnol) - d’une virtuosité de plus en plus en plus ébouriffante (selon le procédé très éprouvé et toujours efficace de la reprise variée avec diminutions toujours plus petites : croches, doubles croches, puis triolets de doubles…), dont la chanteuse se joue avec une facilité, une gourmandise même, fabuleuses ; puis retour au calme pour un Hai luli plus sombre, au dramatisme prenant. Enfin de nouveau un air virtuose avec la fameuse chanson espagnole de Rossini - jadis cheval de bataille d’une Marilyn Horne - commencée dans un tempo lent qui peu à peu, à chaque strophe, s’accélère jusqu’à la folie : électrisant !

Mais là encore, on en oublierait presque à quel point ces deux mêmes Viardot furent jadis « accompagnés » par un Chung (que n’a-t-on fait appel à lui ce matin, puisque c’est lui qui devait diriger le concert du soir !) au disque - le magnifique récital « Chant d'amour », d’ailleurs en hommage  à Pauline -  ou un Thibaudet en concert (dans la fameuse soirée au Teatro Olimpico de Vicenza en 1998, dont il existe une précieuse trace en CD et DVD) autrement présents…

Puis nous retombons hélas bien bas avec le Widmung de Schumann/Liszt  si scolairement exécuté - c’est le mot! -  ici;  et avouons que l’ariette de Paisiello (thème extrait de sa Molinara sur lequel un Beethoven, entre autres, écrivit d’exquises variations pour piano), ici accompagné par le seul violon, permet surtout à l’instrumentiste de briller, avec force cadences, coups d’archets  et jeux de doubles-cordes - toutes choses qui, vous l’aurez compris, ont tôt fait de  dépasser mon seuil de tolérabilité - tandis qu’on est un peu déçu que la voix ne nous serve que des variations bien sages, et pas très différentes de ce qu’elle nous donnait voici déjà presque vingt ans…

Fin de concert donc nettement moins enthousiasmante avec un Liszt et un Bériot  - et on nous remet une couche de « Tartini le bien-nommé, » pour un Sogno qui est un vrai cauchemar ! - peu marquants. Un  rappel, un seul - normal vu ce qui attend encore la chanteuse !-, la Tarentelle de Rossini où  Cecilia n’hésite pas à danser autour du piano, achevant de mettre le public en délire! La belle s’esquive en souriant, nous donnant rendez-vous pour la suite de ses exploits. Les plus impatients pourront, en attendant l’opéra de l’après-midi, déguster le menu exceptionnel - en clin d’œil à Rossini - concocté par le Café Pleyel, voire assister à la conférence donnée par Patrick Barbier. Personnellement la peur de saturer m’a fait prudemment préférer courir à ma salle de sport. Je laisse donc la parole à Licida pour la Cenerentola.

 

Orlando

 


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Published by Orlando - dans Représentations
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commentaires

francesco 16/06/2008 10:22

Merci Orlando d'avoir répondu.Plusieurs remarques, mais pas de réponse argumentée, puisque j'avais mal compris l'article et que j'ai manifestement tort.  D'abord si Tulard avait écrit une critique intelligente et personnelle dans sa carrière ça se saurait (c'est un peu le Macassart de la critique cinématographique).Ensuite j'aimerai qu'on m'explique exactement ce qu'on doit attendre d'un artiste en "période troublée", je n'ai jamais compris. A la limite de se battre si vraiment on y tient oui, de résister pourquoi pas, d'exprimer son opinion, de la défendre, de s'engager, OK, mais si son talent s'exprime autrement que dans le manifeste pourquoi lui en faire procès ? ( mais j'ai bien compris, enfin je crois, qu'il n'est pas fait ici).  Enfin pour les "1943" à répétition et l'isolement cinéphilique exagéré j'avais espéré qu'on repérerait qu'il s'agissait de procédés rhétoriques (et de l'expression de mon exaspération) ! Voilà, sur ce je retourne à mon travail, il ne faut pas exagérer non plus !

il-ritorno-d'Orlando 09/06/2008 09:49

A Francesco : Euh... il semblerait que Capriccio soit plutôt de 1942... Ce qui ne change rien à mon propos. A Caroline : personnellement, je n'ai jamais trouvé de scories à son français chanté. Mais bon, je l'y ai peu entendue à dire vrai, à part les deux ariettes de Mozart, et son disque avec Chung, remarquable... Et aussi  en concert au TCE avec Thibaudet dans les deux Viardot, justement... De très belles voyelles, toujours, un français presque toujours très exact;  peut-être un manque de mordant des consonnes parfois? En tout cas, cette fois-ci encore à Pleyel, j'ai trouvé son français fort beau, tu as raison de le souligner... 

orlando-desolato 09/06/2008 00:21


 
Cher Francesco, bonsoir. 
 
J’ai été désolé d’apprendre
vous avoir « profondément agacé »,
voire « blessé » par une phrase -pour moi assez anodine- de
mon article : c’était bien involontaire croyez-le bien ! J’espère surtout
que vous ne vous êtes pas trop cruellement blessé et que votre mobilier a
résisté à votre agacement…
 
Je vais essayer de répondre
le plus précisément et succinctement possible, pour ne pas encombrer ce blog
avant tout musical de considérations hors sujet et passablement
fastidieuses ! Les lecteurs non concernés pourront d’ailleurs
avantageusement se dispenser de lire ce qui suit.
Vous êtes bien prompt à
monter aux créneaux, je vous en félicite car cela dénote une grande sensibilité
alliée une louable énergie, mais je crains que vous ne vous trompiez de
croisade et que vous ne prêchiez en fait un converti concernant l’existence,
voire la valeur, d’un cinéma d’avant 1943 ! Car même si je n’ose pour ma
part me dire « cinéphile » (je dois aller au cinéma deux fois l’an et
ma culture cinématographique est en fait assez parcellaire), je dois confesser
que nombre de mes vrais coups de cœur en la matière concernent des films
d’avant cette date « fatidique » de 1943 : certaines oeuvres
d’Eisenstein ou de Barnet, par exemple, quelques Lubitsch ou Sternberg, les
premiers Ozu,  pour ne citer
qu’eux, voire Chaplin ou Keaton, bien sûr, ou le Visconti d’Ossessione (42)…
J’en oublie certainement, et ce sont les premiers noms qui me viennent à
l’esprit. Vous ne pouvez le savoir, bien sûr, mais j’ajouterai  d’ailleurs que quand bien même mes
goûts me porteraient exclusivement vers  « Bienvenue chez les Ch’tis », « Harry Potter 12 »
ou « Titanic », aurais-je pour autant moins voix au chapitre
bloguesque ?
 
Cela pour dire aussi que vous
n’êtes pas, quoi que vous en disiez, et quoique vous le proclamiez haut et
fort, complètement isolé dans votre amour pour le cinéma d’avant guerre : j’en
connais à dire vrai un certain nombre dans mon entourage immédiat !
 
 Alors pourquoi, me demanderez-vous, ce malheureux « ! »,
source de tant d’émois et de tant de malentendus ? Parce que cela m’amuse
-mais apparemment cela n’amuse que moi ? - ou en tout cas, cela
m’interpelle, voire  intrigue que,
dans le sombre contexte de la France occupée, un Guitry ait pu se préoccuper d’un
sujet à la fois aussi « esthétique « et « anecdotique » (au
sens de « si plein d’anecdotes » ) que la vie de la Malibran. Vous me
citez  Casablanca  datant de la même année, je pourrais aussi vous
parler aussi d’un de mes films préférés, le  To be or not to be  de Lubitsch (oui, je sais, ce n’est pas original,
mais je ne cherche nullement à l’être !) datant de 1942 : deux films,
admirables au demeurant, qui, me semble-t-il, n’auraient précisément pu naître
d’un contexte autre que celui de ces années-là…Mais, nous sommes d’accord, ils
furent produits en Amérique, et en France, la censure, féroce,  ne permettait  d’aborder que certains sujets, historiques  (et encore, pas n’importe quelle
histoire !) ou fantaisistes… Je sais aussi que les salles de cinéma françaises
étaient archi-combles pendant l’Occupation, mais permettez-moi de m’amuser  tout de même du choix, si romanesque,
de la Malibran dans ce contexte-là… Tout comme maint commentateur a pu
s’étonner qu’en cette même année de 1943 ( !) un Richard Strauss ait écrit
un opéra débattant de questions aussi théoriques et esthétiques que Capriccio… Ce fatal point d’exclamation, si pratique et
lapidaire à la fois (je ne fais guère usage des Smileys…), mais si ambigu au
fond, ne signifiait rien d’autre, croyez-le bien, mais je regrette qu’il ait pu
susciter tant de bile chez vous!
Sur la valeur même  du film, je ne faisais que conjecturer
sur ce que je sais de Guitry, et ce que j’en imaginais… Mais c’est vrai, rien
ne vaut de pouvoir juger sur pièces, et sans doute l’ai-je expédié avec un peu
trop de légèreté (mais pas de mépris pour autant, je ne crois pas), me fondant
sur ce que j’en avais entendu dire par des amis, mais aussi sur ce qu’écrit
Jean Tulard dans son guide des films chez Bouquins (un avis comme un autre, je
vous l’accorde) : «  Brillant mais superficiel. De bons mots plutôt
que de beaux chants ». J’ai également énormément de respect pour l’immense
carrière et les multiples talents de Madame Boué, et j’aurais évidemment été
ravi de découvrir ce film par moi-même s’il avait été programmé à une heure
plus « honnête », dirons-nous : mais neuf heures du matin,
diantre, c’est quasiment un « after » ! Je suis enchanté
d’apprendre que vous lui avez trouvé plus que de l’intérêt, et serais d’autant
plus curieux de le voir à l’occasion( Mais bon, le Forum des Images finira bien
par rouvrir, et je ne doute pas que ce film y soit en consultation libre). Je
serais très heureux de constater que le cinéma français sous l’Occupation
compte ainsi un nouveau chef d’œuvre, aux côtés des « Visiteurs du
Soir » ou   des
« Enfants du Paradis » (je ne connais pas le « Mariage de
Chiffon », qui, d’après le même Tulard, daterait d’ailleurs de 1941) !  D’ailleurs, je trouverais judicieux que
votre critique éclairée complétât ce compte-rendu : je suis sûr que Licida ne
verrait aucun inconvénient à ce qu’il passât pour l’occasion de six à huit
mains …
 
Bien cordialement à vous,
 
Orlando 

francesco 08/06/2008 20:31

1942, d'après mon dictionnaire.Mais attention Géori Boué ne joue pas dedans ;-)

Caroline 08/06/2008 14:28

Je me permets une petite ligne, au sujet des Viardot, et peut-être particulièrement de 'Hai luli', pour noter le magnifique français qu'elle nous a donné ce jour-là. Pour une raison qui m'échappe, jusqu'ici je ne l'avais pas toujours entendue chanter un français à la hauteur de celui auquel on pourrait légitimement s'attendre quand on connaît la manière dont elle le parle. Mystérieusement des erreurs de prononciation venaient parfois se glisser dans son chant alors qu'on ne les retrouve pas du tout dans sa conversation. Et là, ô surprise, ô bonheur, rien à redire, parfait, superbe. :-)