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Il catalogo è questo

15 juin 2008 7 15 /06 /juin /2008 00:57
Handel
Giulio Cesare
Salle Pleyel
14 juin 2008
 
Giulio Cesare: Lawrence Zazzo
Cleopatra: Sandrine Piau
Sesto: Malena Ernman
Tolomeo: Christophe Dumaux
Cornelia: Kristina Hammarström
Achilla: Nicolas Rivenq
Nireno: Andrew Radley
Curio: Andrew Davies

Freiburger Barockorchester
René Jacobs



Giulio Cesare n'est franchement pas mon opéra favori de Handel, comme je le disais déjà à propos de la production du Théâtre des Champs Elysées il y a deux ans, j'en trouve la dramaturgie hasardeuse et déplore l'abondance d'airs (brillants ou pas) qui n'ont rien à voir avec le drame et qui cotoient des morceaux parmi les meilleurs de son compositeur. Donc en arrivant dans la salle et en feuilletant la distribution, quel ne fut pas mon effroi en voyant que cela allait durer 4 heures! Ils vont nous le faire en entier, le moindre récitatif de Curio y sera!  Bon en fait, entre le début retardé, l'entracte et les longs applaudissements il y a eu 3 heures de musique, mais ces trois heures là ne m'ont pas ennuyé un seul instant, détaillons donc le miracle de cette soirée.

Tout d'abord un mot sur les coupures: étrange idée de nous priver de "Qual torrente", "La giustizia ha gia sull'arco" ou "Se, spietata, il tuo rigore" mais de nous laisser " Cessa omai di sospirare" (bon ok faut bien que cette pauvre Cornelia ait quelque chose à chanter), le deuxième air d'Achilla dont j'ai déjà oublié le titre, "Non e si vago e bello" ou ce récitatif accompagné de Tolomeo au II sans intérêt. M'enfin ce n'est pas grand chose à coté de ce qui aurait pu être une version de référence, n'était le choix de distribuer Lawrence Zazzo en Cesare.

J'étais venu à ce concert pour les trois dames que j'adore, pour l'orchestre que je chéris encore plus depuis l'Iphigénie à Garnier et surtout pour entendre ce que  René Jacobs ferait de cette partition 15 ans après son disque historique. Je pensais naïvement qu'après le disque dirigé par Marc Minkowski, on ne pouvait pas aller plus loin en terme de richesse orchestrale pour cette oeuvre, je me trompais.
Les Freiburger Barockorchester furent ce soir proprement époustouflants! Jamais je n'avais entendu cette musique jouée de façon aussi dense et prenante; évidemment c'est le grand René que l'on doit saluer ici: sa direction est d'une fertilité, d'une imagination, d'une inventivité fabuleuses. Quels progrès depuis le disque! Alors il évidemment il y a le fait que ce spectacle a d'abord été donné mis-en-scène à Amsterdam, donc le tout est bien rodé, mais il y a avant tout, en amont, un travail de relecture de la partition passionnant. Pour s'en convaincre il suffit de regarder la basse continue: deux clavecins, un orgue, deux luths, une guitare et une viole!! Tout de suite les récitatifs prennent une saveur inconnue.
Saluons donc le soin méticuleux apporté à chaque note: jamais "Se in fiorito" n'avait pour moi autant respiré la franche rusticité, "L'aura che spira" sonné si haletant, jamais les liaisons entre récitatifs et airs ne m'avaient parues si naturelles, presque imperceptibles, jamais. Et comment ne pas remarquer le brillant jeu d'echo entre les deux violons se rapprochant depuis l'arriere scène et alternant tour à tour avec la voix du chanteur dans le "Se in fiorito" spatialisant ainsi cette musique de façon parfaite, le spectateur se laissant surprendre par les traits de violon, les cherchant du regard, exactement comme Cesare avec le chant des oiseaux. Enfin il faut mentionner ici un effet "3D" spécifique à Jacobs dont il faisait déjà usage dans Le Messie et que je n'ai jamais entendu ailleurs: cette façon à la reprise, de jouer piano une phrase et forte celle qui suit immédiatement, comme si la partition enflait, semble surgir dans le da capo. Je pourrai parler encore longtemps du dosage intelligent des silences, des attaque surprenantes, des cadences parfaitement écrites... Une telle perfection orchestrale m'évoque sans que je sache bien pourquoi, ce que disait Arasse à propos de Vermeer, "la précision du flou", il y a de ça ici, tant tout semble précis sans jamais sonner pointu ou étriqué.

Irriguant toute la soirée cet orchestre a galvanisé les chanteurs, leur offrant un écrin idéal. Commençons par le sujet qui fache: Lawrence Zazzo. Comme pour son Pompeo à Pleyel, je le repête, j'adore ce que fait ce chanteur dans le repertoire élégiaque. Son Ottone dans l'Agrippina de Handel, son Gualtiero dans la Griselda de Scarlatti ou même son Amor celesto chez Caldara sont fabuleux. Il jouit d'un aigu rayonnant et large (très rare pour un contre-ténor), d'une projection splendide et d'un timbre moelleux, delectable. Mais bordel que l'on arrête de le faire passer pour un héros viril, c'est tout le contraire!! Depuis un moment il enchaine les rôles de castrat héroïque qu'il est incapable d'assumer vocalement ne se donnant pas la peine de faire tous les graves et qui ne lui vont pas théâtralement, ce timbre manquant clairement de testostérone (et les castrats en avaient: je vous rappelle que cette hormone n'est pas uniquement sécretée dans les testicules). Du coup tous les airs héroïques tombent à l'eau puisqu'il ne chante que la moitié de la partition: certes il a fait des progrès et savonne bien moins les vocalises qu'auparavant, mais quel est l'intérêt de chanter "Empio diro tu sei" avec deux notes graves dont une inaudible?! Dans le reste de la soirée nous n'auront droit qu'à deux graves supplémentaires, soit en tout et pour tout 4 notes graves... stupide! Et de fait la coupure du "Qual torrente" s'explique: ce torrent là n'aurait pas pu arriver "tutto a terra". Et même si dans le "No e si vago e bello" ou surtout le "Se in fiorito" et le "Aure deh per pieta" ses aigus sont radieux, ce n'est pas Giulio Cesare que l'on a devant nous, mais un personnage angélique un peu benêt non identifié dans cette partition. (Sinon pour continuer dans le registre comique, j'ai appris qu'il allait bientot chanter le rôle-titre de Radamisto: PTDR, y a pas d'autre mot!) Quand je pense qu'à Amsterdam ils ont eu droit à Marijana Mijanovic!

D'autant qu'à coté de lui Christophe Dumaux est passionnant: je n'avais retenu de son Tolomeo à Glyndenbourne qu'un bon acteur mais une voix sans grand intérêt, idem pour son Eustazio au disque. Quels progrès prodigieux il a accompli! Non seulement il brule les planches avec son personnage d'hystéro-colérique, mais cette voix percutante pleine de trémulations est passionnante, et bordel de Dieu, quels graves!! Et pas seulement sur une note pendant les récitatifs, mais des phrases entières dans les airs, à coté d'aigus triomphants, c'est remarquable. Christophe Dumaux est entré ce soir dans mon top des contre-ténors capables de chanter des rôles héroïques (à savoir Cencic, Fagioli et Mehta) même s'il a encore des progrès à accomplir en terme d'homogénéité des registres. Du coup je serais curieux d'entendre son Orlando, surtout le "Cielo se tu consenti" dans lequel il doit être fabuleux. La surprise de la soirée! Pour en savoir plus sur lui, voyez son interview sur ForumOpera. Dorénavant je vais le suivre de prêt celui là! Ah oui et si tu nous lis Christophe, j'adore ta chemise, voilà c'est dit!



Finissons en avec les hommes en saluant les bonnes prestations d'Andrew Davies et d'Andrew Radley, bons acteurs; et surtout en louant le luxueux Achilla de Nicolas Rivenq, qui n'a plus les graves d'autrefois mais dont le style est irréprochable et qui réussi à rendre émouvant son personnage secondaire, c'était la premiere fois que j'avais de la compassion pour la simplicité bonhomme d'Achilla, un conception vraiment interessante et différente de celle, impressionnante, de brute libidinale dessinée par Christopher Maltman (DVD Glyndebourne).


A ces dames à présent: Kristina Hammarström m'avait beaucoup plus en Teseo et en Irene, ici plus que jamais elle est sous employée. Toute la gravité de son élocution et la douceur de son émission ne réussissent pas à rendre sa Cornelia marquante, tant ce rôle ingrat n'est payant que pour une chanteuse au timbre qui sort de l'ordinaire (Bardon, Hellekant). Passé le très beau "Priva son d'ogni conforto" et le "Son nata a lagrimar", il n'y a plus rien d'interessant à chanter. Attendons donc de revoir Kristina Hammarström dans des rôles plus à sa mesure.

Malena Ernman est décidemment bien trop rare en France! Depuis son Néron historique, rien d'autre qu'un Lichas à Garnier, heureusement on la verra en Dido la saison prochaine. Son Sesto est boulversant. Etrangement elle a choisit de chanter le rôle de façon très grave, alors que ce registre est assez étouffé chez elle (mais peut-être était-ce du à cette lanière qui lui compressait le ventre?), surtout en comparaison de ses aigus fulgurants. Et pourtant cela fonctionne: son Sesto est impetueux, écrasant ses doutes et sa timidité adolescente sous son devoir de piété filiale; ces graves concassés sont ceux d'un adolescent qui veut faire croire qu'il est un adulte, qu'il est digne de son père, conviction hallucinée que le regard intense de Malena Ernman rend de façon poignante. Si le "Svegliatevi nel core" a pu paraitre gêné dans ses moments de vaillance, le "Cara speme" a, comme rarement, sonné incarné, derniers echos de l'enfance pour celui que les évenements ont précipité hors de l'adolescence; mais c'est surtout "L'angue offeso" qui fut boulversant, accompagnée par un orchestre superlatif, elle a parfaitement traduit le rapprochement avec cet animal humble à la puissance rampante qui n'a de repos qu'après la vengeance; enfin 'L'aure che spira" l'a trouvée fulminante. Avec une voix moins chatoyante qu'une Anna Bonitatibus, elle a donc réussi à imposer un personnage boulversant et crédible. Voilà par ailleurs son terrible "Come nembo" de l'Agripina de Handel.





Enfin la princesse de la soirée ce fut Sandrine Piau: on devinait déjà sa Cléopatre enthousiasmante en écoutant l'air gravé dans son disque Opera Seria dirigé par Christophe Rousset, le pronostic était bon. Certes il n'y a toujours pas de trille au programme, certes le rôle est trop grave pour elle, mais on ne peut que rendre les armes devant une telle finesse, une telle précision d'exécution qui ne serait que froide machinerie sans cet art de l'animation du mot, qui dessine un personnage d'autant plus crédible qu'il n'est jamais caricatural et surtout qu'il est cohérent: de la folle mais pas cruche Lydia à la douloureuse Cléopatre, il n'y a qu'un pas et l'on peut toujours voire l'une à travers l'autre jusqu'à la résolution de "Da tempeste" où ses aigus jouissifs ont miroités dans tous les sens. Sans oublier que le show était aussi visuel: Lydia en robe rouge, Cleopatra en robe noire échancrée sur la jambe droite et un final en robe de dentelle blanche, quelle allure! Et quelles oeillades pendant les récitatifs!



Bref une soirée mémorable, qui aurait pu être capitale avec un véritable Cesare à sa tête. Si cet opéra était donné avec autant de soin à chaque fois, il serait certainement dans mes favoris. Mon seul regret est de constater que Jacobs consacre presque uniquement son temps à des tubes: la trilogie Da Ponte, Giulio Cesare, Tancredi, bientôt Idomeneo (avec Croft ça je l'attends avec impatience), on parle aussi d'un Barbier de Séville (non pitié!), seule La Patience de Socrate faisait figure de rareté. Pourtant je donnerai cher pour qu'il dirige du Hasse ou du Handel délaissé (Partenope!)...
 Et pour finir, une photo étonnante et une vidéo délirante de Malena!






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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

SuperGarfield 15/12/2008 01:08

Je viens de découvrir des extraits dela prestation de Piau sur Youtube.Le Da Tempeste est formidable, le Se pieta très émouvant, je suis plus mitigé par le Piangero qui me lasse un peu froid (la section B est très réussie, en revanche). Je préfère la version Kozena, excellente dans ce rôle.QUant à la directionj de Jacobs, elle est... parfaite

Y 04/10/2008 14:42

il faut écouter et ré-écouter le Se Pieta de Piau, qd même!! le da capo est à pleurer

Aurélien Vicentini 03/10/2008 18:13

Il y a des extraits de ce live sur youtube. Cela me permettra d'entendre plus de choses que je n'ai pas pu entendre.

licida 02/10/2008 16:28

Oui le parti pris de Ernman de chanter Sesto de façon très grave est assez déroutant mais tient parfaitement la route je trouve.
J'ai écouté la retransmission et cette prise de son est atrocement étouffée et disparate! On critique souvent celles de France Musique mais alors celles de Radio Classique c'est vraiment service minimum. J'avais déjà été etonné de voir une technicienne changer les micros de place à l'entracte... Bref tout cela manque drolement d'air et d'ampleur, un comble pour la direction géniale de Jacobs. Du coup Zazzo est très audible et ses rares graves très sonores, ce qui n'était pas le cas en salle. On entend même les murmures et grognements de Jacobs!

Vicentini 30/09/2008 21:43

Je me suis rendu compte assez tard dans la soirée d'hier que cela était diffusé par Radio Classique, j'ai entendu la fin du deuxième acte et le début du troisième car après j'étais fatigué et j'a dormi. Piau m'a beaucoup séduit pourtant je ne suis pas fan de la dame : son "Se pietà" était sublime tout comme son interprétation de "Piangero". Je connaissais déjà un peu Dumaux dans le rôle de Tolomeo et j'ai bcp aimé son interprétation de "Domerò la tua fierezza". J'ai peu entendu Zazzo mais de ce que j'ai entendu, cela ne m'a pas passionné. Malena Ernman ne m'a pas enthousisamé en Sesto, son "L'aure che spira" manquait d'aigus et les graves étaient appuyés. Je n'ai pas entendu Hammarström.