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9 juillet 2008 3 09 /07 /juillet /2008 22:45
Porgy and Bess de Gershwin
Livret de DuBose, Dorothy Heyward et Ira Gershwin


Mise-en-scène Robyn Orlin
Scénographie Alexandre de Dardel
Chorégraphie Olivier Bériot
Vidéo Philippe Lainé
Lumières Marion Hewlett    

Porgy  Kevin Short
Bess Indira Mahajan
Crown Daniel Washington
Serena Angela Simpson
Sportin’ Life Jermaine Smith
Clara Laquita Mitchell
Maria Bonita Hyman
Jake Eric Greene
Mingo Chauncey Packer
Peter  Calvin Lee
Robbins Barron Coleman
Frazier  Uzee Brown Jr
Jim, Undertaker Justin Lee Miller

New World Symphony
The Atlanta Opera Chorus
Direction musicale Wayne Marshall





Tout excité à l'idée de découvrir en version intégrale cet opéra que je ne connaissais que par extraits, j'avais même réussi à me persuader que Robyn Orlin, après son ratage total à Garnier dans L'Allegro, il Penseroso ed il Moderato (sorte de sous Montalvo/Hervieu qui, par ailleurs mettaient aussi en scène ce Porgy au même moment mais à Lyon), trouverait ici des thèmes plus proches de son ésthétique et s'en sortirait mieux: errrrrreur! Commençons par le dire tout net: Porgy and Bess en entier, c'est long! Trois heures où le drame n'avance que par à coup puisque chaque scène dramatique est encadrée de prières et de tableaux plus folkloriques; heureusement la musique est splendide même si elle n'évite pas la répétition. Dans ces conditions, à moins d'une équipe musicale enthousiaste et d'un metteur-en-scène intelligent, c'est irreprésentable.

Pour la mise-en-scène intelligente, c'est raté. Robyn Orlin, chorégraphe à l'origine, n'a vraiment RIEN à dire, d'où une mise-en-scène indigente et fainénante qui ne fonctionne que grace à l'entrain et au professionalisme de la troupe. Comme pour L'Allegro, un décor fait de quatre murs entièrement blancs avec une table blanche pour seul mobilier, et un écran blanc courbé sur lequel sont projetées bien des choses. Et parlons en de ces choses! Les vidéos de Philippe Lainé nous montrent des scènes contemporaines de bidonville, filmées crument, censées être l'actualisation du drame. Or cela n'a rien à voir! Les bidonvilles résultent d'un marasme économique et social dans des zones du monde mises en marge de la mondialisation, or tous nos personnages ici ont un boulot (sauf Porgy du fait de son handicap), ils sont actifs, ont une vraie vie sociale, certes ils sont misérables, mais leur situation est loin d'atteindre celle des habitants de bidonville. Déjà la transposition est stupide (une actualisation facile: Gershwin annonce l'altermondialisme!) et déforme le propos initial. Dans un genre plus inutile: ce fourré battu par le vent dans la scène où Crown reconquit Bess. Dans un genre affligeant, mais comme c'est la seule "idée" de cette mise-en-scène, parlons en: la vidéo de l'oiseau en cage lorsque Bess avoue à Porgy être toujours irresistiblement attirée par Crown, ça va très loin dans l'interprétation donc... Il y a aussi celles qui sont filmées et projetées simultanément comme le visage du cadavre du mari de Serena ou la plongée capitale dans l'aquarium de Jake (là je veux bien qu'on m'explique!), ou bien celles qui sont projetées directement sur les personnages comme le bébé de Clara projeté sur le drap qu'elle tend entre ses deux mains. Le propos est simple, on est en pleine distanciation brechtienne (oui je sais, c'est dur à dire): plutôt que de montrer bêtement, introduisons la distance de la vidéo et incitons ainsi le public à réflechir avant que de s'émouvoir. Bien bien, sauf que pour que cela marche, encore faudrait-il qu'il ait des pistes de reflexions à se mettre sous la dent le public, et ce ne sont pas les vidéos répétitives ni les éclairages (basiques mais efficaces) qui vont l'y aider. Les costumes peut-être, tous les noirs sont habillés streetwear très coloré (sauf pour l'escapade dans l'île où ils sont tous en blanc avec des ombrelles, ça sent le ballet d'Alvin Ailey, Revelations, à plein nez mais pourquoi pas), Crown en cuir noir, Bess avec une robe rouge de pute et les blancs en costard et lunettes noires... pas de quoi se torturer la cervelle donc. Et on ne parlera pas des dix (voire plus) passages des artistes dans le parterre (quand c'est Serena ça va, quand c'est le marchand de patates, on a plus de mal à y donner du sens). Bon tant pis... Merci à Robyn Orlin de nous avoir rendu l'oeuvre extérieure et répétitive pendant 3 heures pour rien.



Heureusement la troupe musicale a fait tout le reste. Le New World Symphony et l'Atlanta Opera Chorus sont fabuleux, dirigés de façon vive et nuancée par Wayne Marshall, cette musique trépigne, palpite et explose avec un naturel confondant. A part la Serena incroyable d'Angela Simpson, à la voix puissante sur une tessiture étendue, parfaite actrice qui rendait poignante sa lamentation lors de la veillée funèbre de son mari assassiné, ou toutes les prières collectives qu'elle menait dans la plus parfaite tradition du gospel, il n'y a pas de grandes voix sur scène, mais des excellents acteurs oui. Et mieux vaut ça que l'inverse, étant donné l'incurie de la mise-en-scène. Le Porgy de Kevin Short est touchant; la Bess d'Indira Mahajan criarde: eurk ces aigus et ces attaques par en dessous, mais cela convient finalement bien à ce personnages de femme de mauvaise vie qui n'a jamais vraiment réussi à changer; le Crown de Daniel Washington impressionne plus par sa stature que par sa voix, mais la bête est là; le Sportin'Life electro de Jermaine Smith est parfait dans l'attitude clinquante et fieleusement cool, et quel dynamisme sur scène; enfin la Clara de Laquita Mitchell est un peu trop scolaire et tendue (c'était soir de première) pour rendre l'abandon du célèbrissime "Summertime". Les seconds rôles sont aussi de très bons acteurs, et personne, ne reste planté sur scène sans esprit; les chorégraphies d'Olivier Bériot étant sans doute ce qui fut le plus réussi visuellement (à ce propos, une chorégraphe qui délègue les chorégraphie dans sa propre mise-en-scène, faut le faire tout de même!).

Une bonne soirée réussie tout de même graçe à une équipe musicale enthousiasmante qui ne ménageait pas ses efforts. On saura grè au metteur-en-scène de ne plus venir nous emmerder avec ses production Commerce equitable, et de se cantonner à la danse.



*Copyright photos: E.Carecchio


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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

licida 10/07/2008 20:24

Oui cette première saison aura été plus séduisante sur le papier que satisfaisante en réalité, L'Etoile est bien la seule totale réussite. Mais pour un Opéra qui redémarre, avec si peu de productions et une programmation si audacieuse, le pari me semble gagné. Et la saison prochaine est encore plus allechante!

Faust 10/07/2008 19:26

La formule finale est superbe !Je ne suis quand même pas sûr que la production puisse être qualifiée de réussie. J'avoue, à ma grande honte, avoir été tenté par la fuite dès la première scène car il faut un certain temps avant que l'équipe de chanteurs arrive à trouver ses marques et à faire un peu vivre chaque scène. Comme le dit si justement Licida, Robin Orlyn ne s'est pas trop fatiguée pour la mise en scène. Avant que cela ne commence, il me semble que l'on projette sur l'écran un poisson qui semble bâiller dans son bocal ... Outre les projections vidéo à contresens (sur un écran qui tourne et fait pas mal de bruit !), il y a effectivement l'utilisation (par les pauvres chanteurs) de vidéoprojecteurs avec fil d'alimentation branché en coulisses ... Cela aura juste eu le mérite de me remetre en mémoire l'usage (admirable) que Chéreau en faisait, lorsque l'image de la mère d'Antonia apparaissait aussi projetée (mais, c'est sans rapport avec ce que fait Robin Orlin). Elle fait aussi défiler les chanteurs devant le premier rang de l'orchestre ...Il y a vraiment de l'injustice dans les réactions du public. Tout cela aurait dû être copieusement sifflé (je parle de la mise en scène). Même pas !La saison de l'opéra comique, en raison des mises en scène, me laisse quand même un peu partagé. La grande réussite (à mon sens) demeure l'Etoile de Chabrier.