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10 juillet 2008 4 10 /07 /juillet /2008 17:00
Louise de Charpentier
Roman musical en quatre actes (1900)
Livret du compositeur

Mise en scène André Engel
Décors Nicky Rieti
Costumes Chantal de La Coste Messelière
Lumières André Diot
Dramaturgie Dominique Muller

Louise Mireille Delunsch
La mère Jane Henschel
Julien Grégory Kunde
Le père Alain Vernhes
Un noctambule, le pape des fous Luca Lombardo

Irma Marie-Paule Dotti
Camille Natacha Constantin
Gertrude Anne Salvan
Elise Laurence Collat
Suzanne Letitia Singleton
Marguerite Cornelia Oncioiu
L’apprentie Elisa Cenni
Un chiffonnier René Schirrer
Le chansonnier Jason Bridges
Le colleur d’affiches Bartlomiej Misiuda

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine/Choeur d’enfants de l’Opéra national de Paris

Chef des Choeurs Alessandro Di Stefano
Direction musicale Patrick Davin



Je savais bien que je n'aurais pas du y aller! Je le savais! Déjà à la création, je m'étais sagement tenu à l'écart, la présence Sylvain Cambreling aidant. Mais cette année, l'absence de ce dernier, la présence de Delunsch, de Kunde, de Vernhes, l'attachement de Mortier à cette oeuvre et l'assurance d'avoir une très bonne place au parterre pour 5€, je me suis décidé! Mon Dieu quelle merde que cette oeuvre! Je pensais être immunisé après avoir vu Zampa, ben je me trompais, on peut faire pire! Quand on voit ça, on prend d'autant plus conscience du génie d'oeuvres telles qu'Arianne et Barbe-Bleue, Pélléas et Mélisande ou Padmavati pour rester en France avec des oeuvres montées réçemment. Et puisqu'on est en 1900, on peut taper sur le pathos de Tosca, mais cela reste infiniment supérieur à ce truc, et je n'arrive pas à comprendre pourquoi Mortier y tient tant, au point de le reprogrammer pour 12(!!) représentations, un an après la création (d'où une salle à moitié vide et je n'exagere pas).



Chef d'oeuvre de son auteur, Charpentier a ici écrit la musique et le livret, commençons par ce dernier qui vaut son pesant de cacahuètes (et y a de quoi faire passer Wagner et Berlioz pour des génies littéraires). Y étant allé avec des amis, j'ai pu faire un debriefing posttraumatique dont je vous livre ici le résultat.
Dramatiquement c'est incohérent: au début, tandis que le père semble d'accord, c'est la mère qui s'oppose à la relation entre Louise et Julien, puis c'est elle qui va chercher Louise et à la fin c'est le père qui s'oppose à leur relation au point de virer la gamine du foyer. Tout cela aurait été interessant, si on avait vu les parents changer d'avis, mais non. D'ailleurs tous les dialogues sont construits de la même façon: on est pas d'accord, ok, mais chantons le pendant 20 minutes histoire d'être sur; aucune évolution. Et vas-y que je te fous des scènes interminables censées faire pleurer dans les chaumières à force d'insistance pathétique (la lamentation du père au dernier acte!). Ensuite, le personnage de Louise est inexistant: quand elle ne redit pas à son amant ce que lui a dit son père, elle redit à son père ce que lui a dit son amant, belle image de la femme! Enfin l'oeuvre est farcie de passages folkloriques pour l'effet de réel (vous savez, ce qui fait toute la saveur des téléfilms du terroir genre Louis la Brocante!), tous plus ridicules les uns que les autres: on a le droit à tout le marché (marchands d'habits, de carotte, de patates, de verduresse, de fontaine de cresson...), les dialogues de sortie du métro ("-Bonjour - Ca va?"), l'élection de Miss "Butte sacrée" (on ne rit pas!), et un passage du chanteur de Mexico dans le métro ("Je suis le plaisIIIIIIIr de ParIIIIIs!"), donc on peut le dire: Charpentier annonce Luis Mariano. Seule la scène finale est réussie (on apprend au passage après 3 heures de spectacle que le père s'appelle Pierre, information capitale, mais n'y voyez aucune métaphore, tout ici est premier degré, on est chez les ouvriers je vous rappelle, un peu de réalisme!) lorsque le père devient fou furieux tandis que Louise est en plein délire libertaire, mais on aurait mieux fait de couper le "O Parrrrris!!!" du père qui clot l'oeuvre.

Autre problème, il s'y croit le Gustave et coté style on s'amuse! Je ne fais d'habitude pas la fine bouche sur le style des livrets, étant habitués à leur médiocrité, mais là on touche le fond: tout n'est que stéréotype. Vous me direz, chez Handel aussi! Certes mais avec des variations, des images renouvellées. Ici on tricote des grands mots à longueur de phrase et l'on vante le bonheur de la vie merveilleuse et jolie du poète et l'amour sur les toits de Paris, ville infinie de la liberté et de mes désirs, c'est le paradis, non c'est la vie, ah respire, tu es heureuse et ton ame vit mon amour sous le ciel éclatant de Paris. Parfois on nous donne des élisions argotiques et on nous parle sans rire de la "petite montmartroise au coeur dormant". Mais le mieux c'est lorsque le Pape des fous s'exprime, je cite:


O jolie!
Cette danseuse
est une fleur de vie
faite d'un peu de chacun de nous tous.
Et cette fleur vivante,
c'est notre âme.
Sous la forme d'une fleur
qui serait une femme,
Fleur-femme,
dont la grâce, le parfum
se traduisent en cadences
afin que tes sens
aussi bien que ton âme
puissent apprécier l'hommage suprême!

On est bien d'accord, ça ne veut rien dire! Je sais pas vous, mais moi ça m'évoque irresistiblement le "Maladroit" dans les Exercices de style de Queneau. D'ailleurs ça se dit "O jolie"?! La seule audace du livret est dans la bouche de Louise: "Julien! Prends moi!", mais je ne sais pas si cette expression avait déjà le sens actuel en 1900... Par dessus le marché, quand on se renseigne sur l'oeuvre on ne cesse de nous vanter le "réalisme symboliste" de Charpentier qui souligne la poésie des petites gens: je trouve ça très méprisant pour ces derniers de faire passer de la nullité littéraire pour leur mode d'expression lyrique, donc profond, comme si il ne pouvait ressentir que par stéréotype et convention, tu parles d'une liberté! Et puis cela n'a rien de novateur de mettre des petites gens sur la scène d'un opéra, à l'Opéra Comique peut-être, mais cela existe depuis un moment en 1900, cela s'appelle le vérisme! Bref si l'on veut comprendre la poésie des petites gens, on se tournera plutôt vers un film de Pasolini que vers ce drame confit dans la stupidité d'une idéologie faussement socialiste.



Mais la musique vient sauver tout ça, non? Ben non! C'est ronflant, cela oscille entre le lourdingue et l'inepte, c'est farci d'interludes symphoniques tous plus fades les uns que les autres (maintenant je sais où Messager a trouvé l'inspiration pour Véronique), quand ce n'est pas aseptisé c'est grossier (les cuivres, la guitarre pendant l'air de Julien devant l'Atelier...). Affligeant. Les deux seuls moments interessants sont le grand air de Louise "Depuis le jour" à l'orchestration finnement variée concentrant divers leitmotiv et le final.



Dans le genre opéra naturaliste, on m'avait parlé de titre accrocheurs comme L'Attaque du moulin ou La Lepreuse, franchement il doit y avoir là dedans plus de consistance que dans Louise et la seule façon de rendre ça suportable, c'est un bon délire outrancier de Regitheater.



Alors avec ça, allez critiquer la production! La mise-en-scène d'André Engel est sans surprise, comme d'habitude, tout repose sur les nombreux, changeants et imposants décors aux murs aussi javelisés que la musique et crédibles que le livret; des éclairages efficaces mais parfois etrangement faiblards (le ciel pour la scène sur les toits!); une direction d'acteurs classique et peu signifiante; la transposition dans les années 40 n'apporte rien, si ce n'est des costumes plus cheap. Quelques idées: le cadre de scène tantôt restreint tantôt large pour signifier l'opposition entre emprisonnement familial et liberté amoureuse; les passants à la sortie du métro qui marchent un court instant en accéléré comme dans un film muet...



Tant de bon chanteurs dans tant d'indigence, cela attriste: Mireille Delunsch dans un rôle transparent et faussement torturé, quel gachis; Alain Vernhes, superbe basse française qui devrait plutôt chanter les diables dans Les Contes d'Hoffman, quel est l'interêt d'un français si limpide et de phrasés si délicats pour chanter de telles sornettes emphasées; Gregory Kunde qui fait encore merveille dans Rossini, en fait trop et déborde de partout tant vocalement que théâtralement, donner de la consistance à ce rôle de poète bohème à la petite semaine n'est pas chose aisée. Jane Henschel braille, mais dans ce rôle caricatural de vielle conne qui se transforme incompréhensiblement en mère aimante, on ne peut pas lui en demander plus. Tous les seconds rôles font de leur mieux et sont bien chantés, mais je me suis tellement emmerdé que je serais incapable de vous détailler leurs mérites respectifs. L'Orchestre et le Choeur de l'Opéra de Paris dirigés par Patrick Davin ne font pas beaucoup d'efforts et sauvent ce qui peut l'être.

Bref, Louise, plus jamais!


Copyright Photos: Eric Mahoudeau / Opéra National de Paris

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

licida 23/12/2008 12:06

C'est pour ça que je ne m'entends pas avec Louise, j'ai la tête chaude et le coeur froid, elle a trop peur des courants d'airs!

Caroline 23/12/2008 11:46

"Les enfants du paradis"! Mais vous êtes fou, jeune homme! A genoux! Faites repentance!... (D'ailleurs vous vous trompez d'un siècle, l'histoire commence en 1828.) Bon, sérieusement, moi non plus je n'ai pas envie de m'éterniser sur Louise, mais ne confondons pas. Carmen est d'emblée la "mauvaise femme", dévergondée et malhonnête, de celles qui ruinent les familles, qui dépravent tout ce qu'elles approchent, d'ailleurs elle en est bien punie puisqu'elle meurt à la fin, et le jeune homme qui s'est laissé avoir par cette femme subit le même sort après avoir connu humiliation et déchéance et "bien fait pour lui! bien fait pour elle!" La morale est sauve. Alors que nous sommes ici chez les petites gens, pauvres mais honnêtes (selon leurs critères), ayant rêvé un jour de devenir, soyons fous, petits bourgeois. Louise est une jeune fille honnête, qui travaille de ses mains, qui aime ses parents, qui se conforme à sa société, une jeune personne comme les autres (sous-entendu marqué: "comme les vôtres"), pas un mouton noir, ni une tête folle, ni une suffragette. Et c'est cette jeune fille qui prend un amant et qui finalement n'en a pas de remords et qui retourne le rejoindre sans subir le moindre châtiment! Pardon, mais je vois une grande différence entre les deux. Louise étant une jeune femme comme les autres, ne lui demandons pas de sortir de sa condition. Sa condition, c'est d'être sous la tutelle d'un père, puis de passer sous celle de son homme, mari ou pas nous explique-t-on. Oui, le propos est phallocrate, comme l'époque. On permet à Louise de revendiquer une sexualité, puisqu'elle se partage et disculpe aussi le "séducteur" qui en deviendrait presque un "bon garçon", mais un désir d'indépendance? voyons, voyons, il faudrait penser pour cela! peut-être même avoir lu des livres! et qu'en ferait-elle de toute façon de ses rêves d'indépendance? puisque la société, ses règles et ses lois n'en veulent pas. En résumé: une femme qui baise, oui; une femme qui pense, non! [Par pitié, si vous êtes amenés à croiser Carmencita dites-lui bien que je n'entretiens aucun commerce, d'aucune sorte, avec cette Louise. D'autre part, il est bien évident que je nierai devant tout tribunal avoir écrit certaines de ces lignes.;-)] 

licida 23/12/2008 00:11

Fallacieux, fallacieux, non mais dites-donc Mamz'elle! 
 
Je n'ai pas très envie de me repencher sur la question mais pour autant que je m'en souvienne, quand elle va chercher sa fille elle est bien plus bienveillante et moins furibarde qu'à l'acte I, sans que l'on sache pourquoi. Certes il y a continuité dans l'emmerdance, mais pas avec la même tonalité.
C'est surtout le changement du père qui me semblait incohérent: ce que tu dis es vrai mais j'aurai bien aimé qu'il nous le chante son changement d'avis le pierrot, plutot que de s'eterniser dans son discours pétainiste.
 
Quant à Louise, oui elle évolue, mais ne s'affirme pas, elle affirme simplement un point de vue au lieu d'hésiter entre deux: elle ne reflête plus que le parti de Julien et s'oppose à celui de son père. A aucun moment elle ne cherche de troisième voie, elle choisit juste entre deux phallocraties.
 
Et pour le folklore, j'en suis friand quand il est bien fait et n'arrive pas comme un cheveux sur la soupe: ici tout sonne faux, superficiel, c'est du gros "effet de réel" 40 ans après Flaubert. Bref on s'approche plus du douteux Belles de nuit que des superbes Enfants du paradis.
 
Et encore une fois, je trouve vraiment ça convenu en face de Carmen; et 25 ans pour transposer une histoire de femme "libérée" en France, on ne va tout de même pas trouver ça gonflé...
 

Caroline 22/12/2008 21:22

Bon, voilà, c'est fait: je viens de voir Louise (elle vous embrasse). J'interviens sur la demande du syndicat pour soutenir un auteur accusé injustement par le susnommé Licida qui écrivait:"Dramatiquement c'est incohérent: au début, tandis que le père semble d'accord, c'est la mère qui s'oppose à la relation entre Louise et Julien, puis c'est elle qui va chercher Louise et à la fin c'est le père qui s'oppose à leur relation au point de virer la gamine du foyer." Euh, l'argumentaire est un peu fallacieux, non? En quoi la mère change-t-elle d'avis? En allant la rechercher elle arrache Louise des bras de son amant pour la ramener auprès de son vieux père prétendu malade. Où y a-t-il incohérence? Précisément elle continue de pourrir la vie de sa fille; Louise a franchi le pas, mais sa mère la ramène en arrière, et veut faire comme si de rien n'était en la confinant à nouveau à la maison. Le personnage du père est plus ambigu. Tu dis toi-même qu'il "semble" consentir, en fait, il ne veut pas dire non de front et reporte à plus tard, "on va se renseigner", "on verra ça", "on ne va pas te laisser partir maintenant" (c'est l'idée, pas la citation, hein? je ne vais pas apprendre du Charpentier par coeur non plus!), ce qui est loin de vouloir dire "oui"; de plus, puisqu'il la met dehors, il la renvoie du même coup chez son amant. Au premier acte il disait "peut-être", au dernier acte il dit "va le rejoindre, salope!"; ce qui est finalement un oui. Certes, obtenu à l'arraché!D'ailleurs, je n'ai pas trouvé Louise si transparente (puisque c'est la seule que j'ai vue). Je ne dis pas que c'est un personnage fait pour me plaire (^^). Mais on peut admettre que c'est tout de même un personnage évolutif, parce que si au début elle tremble à l'idée d'être vue sur le palier avec Julien à la fin elle crie quand même un "Prends-moi!" significatif à la figure de son père qui quelques minutes plus tôt caressait encore les nounours de sa fifille. Bien joué la couturière! ;-)A propos de l'aspect "folklore", les films français des années 30 n'en manquaient pas non plus!... Bon, n'allez pas croire que je vais me passer Louise en boucle, mais si je n'ai pas su apprécier la qualité des vers, j'ai tout de même trouvé l'argument si ce n'est impressionnant, du moins quelque peu gonflé pour 1900. Et vous n'allez pas me dire qu'on laissait des jeunes-filles aller voir ça, quand même?...;-)  

licida 19/09/2008 19:51

Je comprends mieux ce que vous vouliez dire sur la valse ainsi présenté ;-)
Ce qui me fait bondir ce n'est pas de dire que la musique exprime les sentiments et prend le relais d'un texte souvent faible, là dessus je suis entièrement d'accord. In cauda venenum, vous savez très bien que c'est votre saillie sur le baroque qui me ferait bondir, tout en vous protégeant derrière cet habile "parfois" ;-)
Car un qui a su dépasser l'inepsie de presque tous ses livrets, c'est bien Handel, vous en conviendrez! Pour ce qui est du purement décoratif, vous faites surement allusion dans la musique baroque à ce que l'on qualifie de "galant", mais il ne faut jamais oublier que ces "décorations" servent souvent de pause dans la construction dramatique de l'oeuvre et n'en contrastent que plus avec des moments plus passionnels, question d'équilibre donc.Ensuite elle est souvent une occasion de briller pour les chanteurs (voyez le "Se in fiorito" dans Giulio Cesare par exemple) et enfin même galante, cette musique signifie souvent bien plus qu'on ne veut l'entendre car elle se base sur une métaphore de l'action (tous les airs de tempête, pastoraux, de chasse, de comparaison... ne sont jamais que le stéréotype des sentiments des personnages, stéréotypes illustrés, déclinés et parfois détournés).
Mais je vous accorde que, comme pour chaque époque, l'opéra baroque a ses moments de faiblesse et d'inepsie, parfois.