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Il catalogo è questo

3 août 2008 7 03 /08 /août /2008 14:54

Impressions beaunoises

 

Récital Max Emanuel CENCIC

 

Hospices de Beaune, Salle des Pôvres, le 20 juillet 2008

 

 


 

 

ENSEMBLE PULCINELLA

Direction et violoncelle : Ophélie GAILLARD

 

 

**********************

 

PROGRAMME : « Cantates italiennes »

 

 

Antonio VIVALDI

            Concerto pour violoncelle en do mineur RV 401

            Cantate Amor, hai vinto RV 683

            Pièce instrumentale, opus 1 n°12 La Follia

 

entracte

 

 

Antonio VIVALDI :

            Cantate Cessate, omai cessate RV 684

            Sonate pour violoncelle

 

Domenico SCARLATTI

            Cantate Tinte a note di sangue

 

 

Bis :

Georg Friedrich HAENDEL

            Airs de Serse : Crude furie degl’orridi abissi

                                    Se bramate d’amar chi vi sdegna

 

 

*****************

 

La salle des Pôvres des Hospices (Hôtel-Dieu du XVe s.) apparaît vraiment magnifique avec son éclairage nocturne ; les polychromes des célèbres poutres transversales avalées par des têtes de monstres marins sont savamment mis en valeur et la lourde écarlate des courtines donne une chaleur inattendue à ce lieu très particulier.


Il faut imaginer une salle qui semble d’une longueur infinie (une cinquantaine de mètres en réalité), peut-être plus haute que large, impression sans doute renforcée par ces anciens lits de malades à colonnes qui s’appuient tout le long des deux murs latéraux et qui rétrécissent ainsi la largeur du rectangle, tandis qu’au-dessus d’eux les murs clairs donnent au contraire du volume guidant le regard à une quinzaine de mètres plus haut vers le faîte de la charpente réalisée sur le principe d’une carène renversée. Au fond du rectangle, une cloison moderne mais travaillée dans le style flamboyant sert de séparation entre la grande salle et l’ancienne chapelle ; une simple petite marche permet de passer de l’une à l’autre et les deux vantaux du portail de la cloison ont été laissés grand ouverts. C’est là que seront installés les musiciens, dans l’aire de l’ancienne chapelle, derrière cette cloison, certes ajourée, mais cloison tout de même, donc presque totalement masqués à la vue des spectateurs, seuls les deux solistes essayeront de se partager l’ouverture vers la salle.

Je donne ces détails pour tenter d’expliquer que ce lieu n’a rien d’une salle de concert et que, comme on n’a pas cru bon d’installer une estrade ou un praticable quelconque, il n’est pas possible de voir grand chose passé le deuxième rang en tout cas pas les musiciens assis au même niveau que les spectateurs – et quand c’est la soliste, c’est tout de même dommage. 

Heureusement, j’avais pu choisir une place donnant sur l’allée centrale et c’est une astuce à retenir si vous avez envie de voir ceux que vous êtes venus entendre. Donc pour la visibilité, ce n’est pas terrible et pour l’acoustique, eh bien… dans ce lieu immense (je crois que la collégiale est plus petite, en tout cas c’est l’effet que j’en ai eu) il y a une réverbération assez prononcée et les sons perdent de leur netteté, de leur clarté, semblent finalement comme assourdis pour ne pas dire confus, la voix ne ressort jamais assez de l’accompagnement musical et m’est apparue souvent comme étouffée par lui. Cela ne tenait pas au chanteur, mais bien à l’acoustique du lieu… Voilà pour le décor.

 

L’ensemble Pulcinella comprenait sept autres musiciens en plus d’O. Gaillard qui dirigeait de son violoncelle, donc presque exclusivement par des mouvements de tête, d’autant plus que les musiciens étaient placés derrière elle ce qui interdisait les échanges de regards. J’ai noté qu’elle tenait son instrument d’une manière assez particulière, coincé entre ses mollets, sans pique (ça ne doit pas être le terme approprié ^^) pour le faire reposer au sol et en soulager le poids ; c’était amusant à voir. Son violoncelle a un timbre assez sombre, m’a-t-il semblé.

J’ai trouvé l’ensemble très agréable, mais à la sonorité un peu lourde (l’acoustique y est sans doute pour quelque chose) ; il n’y a pas là la légèreté, ni l’élan d’un ensemble comme L’Arpeggiata, par exemple.

 

Anne Blanchard est venue nous annoncer que le programme serait un peu bouleversé par rapport à ce qui avait été imprimé et que comme Max Emanuel Cencic était particulièrement généreux, il nous chanterait une cantate en moins (logique audacieuse !), mais qu’il avait prévu des bis absolument magnifiques, laissant entendre que ceci compenserait cela.

 

La première cantate Amor, hai vinto reprend les thèmes chers à Vivaldi de la navicella emportée dans la tempête comme le pauvre petit amoureux malmené par la vie mais trouvant refuge en son havre, c’est-à-dire le cœur de sa bien aimée. La seconde Cessate, omai cessate est beaucoup plus sombre, elle reprend les thèmes du style arcadien (avec une « Dorilla ingrata » o « Dorilla inumana », la bergère qui fait souffrir son amoureux) mais le ton est très véhément et l’on évoque les enfers plus que les vertes prairies ; on sent là la souffrance, la rancune et la menace fait frémir :

« Andrò d’Acheronte su la nera sponda,

Tinguendo quest’onda di sangue innocente,

Gridando vendetta,

Ed ombra baccante vendetta farò. »

et portée par la voix sûre et pleine de Cencic on prend la chose au sérieux. La troisième cantate, Tinte a note di sangue de Scarlatti, est bien différente des deux autres. Elle comporte quatre parties (2 récitatifs et 2 airs), alors que celles de Vivaldi en ont cinq et l’on quitte complètement les thèmes de la nature pour celui du fond du cœur, de l’individu et de l’intime, en employant un style épistolaire (faut-il voir là un lien avec les romans par lettres à la mode à l’époque ?… je mets « à l’époque », mais je ne sais pas de quand date cette cantate ^^… mais par le ton, elle me semble plus tardive que celles de Vivaldi, comme si elle n’était plus de la même génération) La véhémence n’est pas moins présente dans cette rupture amoureuse qui se vit mal et où fusent les reproches de celui qui menace parce qu’il n’est plus choisi.

 

La voix de Cencic impressionne vraiment. On n’entend jamais une voix de tête étriquée, mais au contraire on a le sentiment de puissance, de plénitude, de force. Etonnamment, il y a de la virilité dans ce timbre ; on n’est pas dans l’élégiaque, ni dans le séraphique, mais dans le charnel et avec une ferme assurance.

Pour ce qui est du soutien par le regard et l’expression nous en avons été privé, pour une bonne part, durant ces cantates, car Cencic avait malheureusement les yeux sur ses partitions. Le regret est d’autant plus vif que pour les deux airs de Haendel en bis, il n’avait plus besoin de son pupitre et là nous avons eu droit aux regards éloquents, à la force de l’expression soutenue par une présence de contact, je dirais, en appuyant ses regards et ses élans sur le public (je me demande d’ailleurs si une telle proximité de plain-pied avec les premiers rangs n’est tout de même pas un peu gênante, ou disons déroutante, pour les artistes).

Les deux airs de Serse étaient vraiment époustouflants. J’avais pourtant dans l’oreille leur interprétation par I. Kalna, rien de moins, et je dois dire de Cencic m’a complètement bluffée, non seulement par son agilité mais par l’ampleur de sa voix (évidemment il n’atteint pas les aigus de Kalna, restons calmes), cette voix qui sonne pleine, soutenue par une force et une autorité remarquables. C’était vraiment sidérant et magnifique. Son prochain album est assurément à guetter avec impatience.

 

Est-ce l’effet festival, mais M.E. Cencic est apparu fort souriant et du reste bien sympathique. Après le concert, il est même venu au contact du public en se postant dans la cour des Hospices face à la sortie de la salle, regardant chacun aimablement et tout prêt à engager la conversation. De la même manière, en toute simplicité, on pouvait le croiser le lendemain dans les rues de Beaune.

 

Ah ! j’allais oublier d’évoquer sa tenue vestimentaire : chaussures noires vernies, mais à lacets, pantalon gris au tombant impeccable, veste noire qui semblait de velours, chemise noire mais masquée par une étole de soie passée autour du cou et soigneusement étalée sur son épaule gauche, étole noire évidemment mais parsemée de motifs argent et avec un large passement argent, sur le sein droit une broche de brillants représentant un animal à longue queue enroulée.

Ecco !

 

C.

 

 

NB : On pourra retrouver Cencic dans du Haendel salle Gaveau, le 4 mars prochain, en duo avec Sabata.

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Published by Caroline - dans Représentations
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commentaires

Bajazet 05/10/2008 17:00

Que vois-je ? Le Faramodo en version de concert dirigé par Fasolis avec Cencic sera donné à l'Opéra de Vichy le samedi 6 mars ! Si j'en crois le site de Netta Or, c'est celle-ci qui chantera Clotilda, rôle tenu par Karthäuser à Lausanne.

C'est bien tentant, Vichy 8-)

Adriano 03/09/2008 14:15

c'est dans Arminio que j'ai découvert Vivica Genaux; il y a deux de ses airs que j'ai écouté en boucle pendant un certain temps.Je me suis posé la même question sur Dominique Labelle en réécoutant recemment Deidamia, dans lequel elle chantait une belle Nerea. Beau timbre et bonne technique (si elle pouvait remplacer Simone Kermes...)

Bajazet 03/09/2008 12:55

Moser chantait ausi la mort de Melissa dans Amadigi, mais surtout on la voyait tricoter dans une salle de répétition à Karlsruhe ^^
C'est vrai qu'à l'époque (1985) Teseo, Amadigi ou Radamisto, par exemple, étaient totalement inconnus.

Le Sosarme avec Deller est d'une beauté inaltérable, je touve, mais comme je ne suis pas chien je vais réécouter l'Arminio de Curtis… dont j'aime quand même beaucoup les dames ! Qu'est deveue Dominique Labelle, d'ailleurs ?

Adriano 03/09/2008 09:57

effectivement, dans Fernando, il y a le très beau duo "per le porte del tormento"; mais entre la drirection mecanique et étriquée de Curtis, le timbre pas très chalheureux de Zazzo (que je n'aprécie guère) et une Veronica Cangemi à la voix très plate, j'en vient presque à regretter l'antique Deller! En dehors de Cencic, qui parvient à faire oublier Helen Watts dans le rôle de Melo (ce qui est en soit un tour de force), le disque de Curtis n'a pas grand intérêt.Les Haendel de Curtis me font de plus en plus l'effet d'un plateau de petits fours que l'on propose après un grand dîner: on se sert par politesse ou curiosité, alors qu'on a plus faim, et on le regrette bien vite...S'agissant de ce Pasticcio, on y trouvait effectivement Edda Moser, en magicienne neo gothique, mais avec une voix qui avait beaoucoup baissé, puisqu'elle chantait le récitatif et le premier air d'Admeto (pas transposé, je pense), ainsi qu'un air de Medea dans Teseo.Je crois aujourd'hui avoir identidfié toutes les oeuvres qui ont servi à la construction de ce pasticcio, les derniers extraits identifiés étant les petites ariettes pour alto et basse de Imeneo et l'aria a due de Tolomeo. Il reste peut être un ensemble pour divers solistes (sans doute un finale) dont je n'ai qu'un lointain souvenir. sans que ce soit un  chef d'oeuvre, ça m'amuserait de l'écouter à nouveau, tant à cette époque de disette haendélienne, ce pasticcio donnait l'impression d'une immersion dans des gisements fabuleux et inconnus.

Carlupin 03/09/2008 09:07

Maxou, pense à Arminio !