Idolâtrie

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(pour certains faudra s'armer de patience...)

 

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Publié dans : Représentations
Jeudi 21 août 2008
- Par Licida
Allez hop, un nouvel article fourre-tout avant le début de la nouvelle saison qui commencera dès lundi avec le concert Wagner de Pleyel.



* Mats Ek à Garnier (30.04.08)

© L.Leslie-Spinks

Première fois que je voyais un spectacle de ce chorégraphe réputé pour avoir réussi à rendre intelligent un des ballets classiques les plus chiants du repertoire, Giselle, qui, au lieu de se réfugier dans la forêt avec ses copines cocufiées, se retrouve dans un hopital psychiatrique. Deux pièces du chorégraphes étaient ici dansées par le Ballet de l'ONP. C'est la première, narrative, qui m'a le plus séduit: La Maison de Bernarda. L'histoire d'une famille nombreuse espagnole dirigée d'une main fanatique par une mère interprêtée par un homme; un prétendant vient pour épouser l'une des filles, mais c'est une autre qu'il déflore secrètement, laquelle finit par se pendre, la mère s'empresse alors de cacher le corps sous le tapis et tout rentre dans l'ordre. La sévérité espagnole trouve à s'exprimer tant dans la secheresse de la chorégraphie, faite de mouvements brusques et nerveux et qui n'hésite pas à faire appel au cri, que dans le choix des musiques, dont la plus célèbre est la Toccata en ré mineur de Bach quelque peu bidouillée. Le tout est séduisant sans être boulversant, peut-être le drame est-il un peu trop convenu pour émouvoir vraiment.
La seconde pièce, Une sorte de..., joue sur les travestissements et l'habillement, c'est une de ces chorégraphies dont je trouve toujours qu'elles gagneraient à être moins longue, plus dense, pour éviter la lassitude, l'abstraction du propos faisant que, de toute manière, la fin peut surgir à n'importe quel instant.




*Récital Felicity Lott au Châtelet (19.05.08)


Accompagnée par Graham Johnson, la spirituelle Felicity a interprêté un joli programme de mélodies de Wolf (Italienisches Liederbuch), R.Strauss, Poulenc (Tel jour, telle nuit) et Barber. Est-ce mon éloignement de la scène pour ce récital intimiste, l'acoustique du lieu ou mon manque de sensibilité à ce repertoire qui m'ont porté préjudice? Le fait est que je n'ai jamais accroché, sauf aux bis: "On me nomme Hélène la blonde", "Je ne suis pas celle que l'on pense", "J'ai deux amants" et un dernier qui m'est inconnu. Cet aveu est une forme de réponse, je pense vraiment n'être pas sensible à ce répertoire dès lors que des chansons plus légères me viennent comme une bouffée d'air frais. L'interprête n'est pas en cause: malgrè un aigu qui se durcit, Felicity Lott est toujours d'une élégance parfaite, capable de donner à chaque mot leur saveur. Qui peut aujourd'hui chanter ainsi l'air d'Offenbach s'accompagnant d'une gestuelle graveleuse sans avoir l'air vulgaire? Evidemment il m'est difficile de louer son intelligence pour des morceaux (du moins ceux en langue étrangère) dont je n'ai justement pas l'intelligence et, néophyte, la découverte des textes et de leur traduction, c'était sans doute trop d'un coup dans une salle si froide pour que je me laisse séduire. Tant pis, ce sera pour une autre fois.

© T.Leigthon



*I Capuleti e i Montecchi de Bellini à Bastille (05.06.08)


Parmi les mise-en-scène de Robert Carsen que je connais, celle çi est peut-être la pire. Je lui reproche souvent d'avoir de mauvaises idées mais parfaitement rendues sur scène, or là c'est le vide abyssal: RIEN! Pas une idée, une direction d'acteurs qui se contente de régler la circulation. La seule ombre d'intérêt arrive lors de la scène finale, quand Roméo découvre le corps inanimé de Juliette et qu'il longe les murs de scène comme par peur d'approcher de trop près ce qu'il crois être la fatale réalité.
Coté musical la satisfaction est tout autre: les qualités d'Evelino Pido dans Bellini, Donizetti ou Rossini ne sont plus à prouver, c'est passionant d'un bout à l'autre et ne sonne jamais mécanique; d'autant plus remarquable dans ce repertoire où les grosses ficelles ont une facheuse tendance à apparaître facilement.



Mathew Polenzani est un Tebaldo magnifique, soucieux de la ligne et de sa riche ornementation, à l'aigu délicat. Tout ce que l'on trouve à lui reprocher c'est de n'avoir qu'un bel air à chanter, le premier, le reste n'est pas du meilleur Bellini. J'avais trouvé son Edgardo trop lacrimal la saison passée, mais s'il continue sur cette lancée, je sens qu'il va me plaire de plus en plus.
Mikhail Petrenko est un Lorenzo efficace, figure paternelle et sacrée puissante, la partition ne lui en demande pas plus. Le Capellio de Giovani Battista Parodi se laisse par contre plus vite oublier.
J'en arrive donc au couple star: j'aime beaucoup Joyce DiDonato, mais quelles que soient ses qualités, ce rôle est bien trop grave pour elle. Certes la sensibilité à fleur de peau, l'energie débordante, le savoir faire bel cantiste pourraient faire merveille ici, mais elle restera toujours un mezzo colorature qui peut s'aventurer en des terres sopranisantes et c'est déjà beaucoup. Vouloir en faire un contralto, qui plus est un contralto du bel canto finissant, c'est déjà trop. L'aigu a beau être triomphant, le grave sonne sourd et tassé, écoutez ces "e su voi ricada il sangue", vous ne les entendez pas... du coup c'est toujours dans l'aigu qu'elle extrapole. Je ne lui jette pas la pierre, chanter ce rôle comme elle le fait en faisant oublier qu'elle n'a pas la tessiture pour, c'est déjà exceptionnel et à part Vesselina Kasarova et Vivica Genaux, je ne connais aucune interprêtation achevée de ce rôle.
N'ayant pu retourner voir le spectacle pour y écouter Patrizia Ciofi, je ne ferais pas de comparaison entre ces deux Juliette, l'une jeune star à la voix opulente fréquentant un répertoire plus tardif, l'autre bel cantiste fabuleuse qui frole l'idéal dans cette musique. Pour la première fois j'entendais donc Anna Netrebko: la voix est d'une opulence rare sur un large ambitus et la projection souveraine, je comprends qu'il y ait déjà de quoi se pâmer mais certainement pas dans ce repertoire dont elle ne maitrise pas encore les ficelles. Comme souvent chez elle, la prononciation est ouateuse, dommage pour le délicat phrasé de la douce Juliette qui ne pourra ce soir briller que par sa voix et non par ses mots. Car tout cela manque furieusement d'intelligence: je n'attaquerai pas son jeu de scène qui peut paraître cruche, car le rôle n'évite pas une certaine niaiserie il faut l'avouer et sa grossesse est un handicap certains. Mais la sensiblité sonne toujours surfaite, stéréotypée, je n'ai pas senti de sincérité de sa part. Et pour le coup, ce n'est pas dans une telle oeuvre qu'elle peut compenser ce manque d'engagement par son art purement vocal: deux trilles (et encore, mollement battus) c'est bien peu, surtout à coté d'un Roméo qui en est prodigue. Alors certes on reste toujours bluffé par un aigu parfaitement lancé et tenu ou par la caresse permanente de cette voix, mais Anna Netrebko a encore trop peu d'outils dans sa malette bel cantiste pour impressionner durablement ici.



*Don Carlos de Verdi Bastille (19.06.08)

©E.Mahoudeau

La mise-en-scène de Graham Vick est élégante à défaut d'être signifiante; à part le premier tableau d'une économie aussi austère qu'impressionnante, le reste n'est jamais que sobriété un peu vaine (la lumière qui perce à travers le toit dans la prison) mais séduisante tout de même.
La direction de Theodor Currentzis est aussi irrégulière que captivante: à force de mettre en valeur les cuivres et de durcir certains passages déjà hard,  le reste, par contraste, n'en sonne que plus mou. Tout se passe comme si il n'y avait que les passages hautement lyriques et violents qui l'intéressaient.

©C.Leiber

James Morris est un roi fatigué, mais j'ai toujours aimé la noble beauté des ruines; pourtant cette ruine devient problématique en face de l'inquisiteur de Mikhail Petrenko à la voix éclatante de jeunesse et de santé, dont la splendeur n'est vraiment pas à sa place ici.
Stefano Secco est un Carlo remarquable, fremissant et bien chantant; Dimitri Hvorostovky aussi est très bien chantant mais devant ce poseur incorrigible je n'ai jamais été ému, un peu comme si le beau gosse de la classe s'improvisait acteur dans la pièce de fin d'année.
Tamar Iveri est sans doute encore trop jeune et timide pour camper la reine Elisabeth, sa fraicheur et son chant encore un peu scolaire contredisent à chaque instant la stature royale de celle qui est affronte la vanité du monde comme un roc dans la tempête.
Enfin l'Eboli d'Yvonne Naef est catastrophique: certes son emportement est payant dans "O don fatal" mais au prix de quelle vulgarité! Quant à l'air du voile, elle est incapable de le chanter correctement ne maitrisant pas l'art bel cantiste qu'il exige (encore une preuve qu'être chanteuse habituée aux rôles lourds, ne signifie pas que l'on peut tout chanter!): les vocalises sont criées de façon inacceptable, la voix est enraillée et l'air perd toute séduction hédoniste mais aussi tout esprit pour un résultat aussi laborieux que raté. Et sinon, qui a eu la brillante idée de lui peindre son cache-oeil?!! Cela lui donne un air bovin qui rend difficilement crédible sa noire beauté. Bref à oublier bien vite! Et si l'on veut voir une superbe Eboli, celle de Tatiana Troyanos est magistrale.



* La Dame aux Camélias de Neumeier à Garnier (28.06.08)

Chorégraphie moins interessante que La Mort à Venise présentée cette même saison; même si la narration est toujours intelligente (le personnage de Manon qui hante Marguerite; le flashback lors de la vente aux enchères, la presence du père tapie dans l'ombre à jardin pendant presque tout le spectacle...) et adapte clairement la nouvelle plus que la pièce ou l'opéra de Verdi, le propos m'a semblé moins puissant. Je le pressentai à vrai dire et j'étais surtout venu pour voir enfin Roberto Bolle, l'étoile italienne qui n'a pas volé sa réputation, donnant, avec la très belle Agnès Letestu, toute leur force à ces pas-de-deux constamment entrelacés. Je suis en revanche assez triste devant la prestation de Michael Denard, autrefois célèbre danseur, dont la lourdeur viellissante du pas est ici consacrée au rôle du père, c'est aussi crédible que pénible.


©A.Deniau



*Signes de Carlson à Bastille (14.07.08)



Très beau spectacle dans des décors somptueux d'Olivier Debré, tout porte à la rêverie et j'ai été étonné par ce langage chorégraphique qui m'a paru vraiment nouveau (je connais très mal le travail de Carolyn Carlson). Je reste par contre circonspect quant à la structure du ballet et aux titres des tableaux qui m'ont semblé bien hermétiques. Quant à la musique de René Aubry, cela hésite entre le New age sirupeux et la country de façon assez improbable la pluspart du temps.




*Trisha Brown au Palais Royal (23.07.08)


Dans le cadre de "Paris quartier d'été", la chorégraphe américaine a présenté trois de ses ballets: Present tense déjà monté à Garnier, des extraits de L'Orfeo de Monteverdi et Forey Forêt. Le premier est de ces ballets qui gagneraient à être plus concentrés pour éviter que la fascination ne s'étiole et que l'on ne verse aussi soudainement que temporairement dans l'ennui; le second est magnifique de fluidité mais incomplet, on sent bien dans le solo sur le lamento de la messagère qu'il manque une chanteuse sur scène pour équilibrer le plateau; le troisième est surprenant: cela commence dans le silence, on n'entend juste au loin une fanfare, sans doute un concert dans les Tuileries et puis l'on s'apercoit qu'en réalité c'est la musique de la pièce, laquelle se déplace dans l'espace, prenant au piège des spectateurs qui se retournent pour voir où elle se trouve. Spatialisant la musique comme elle spatialise le mouvement, l'effet de la chorégraphie est aussi saisissant qu'indescriptible.




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Commentaires

Ave Licidetta !

Allez, un peu de papotage pour te tenir compagnie en ce mois un peu déserté.


Et je commence par du mauvais esprit :

Evidemment, quand on dit pis que pendre de Zampa (oui, ça ne passe pas !), ça ne m'étonne pas qu'on rechigne sur Giselle, mais pourquoi l'un des ballets classiques les plus ennuyeux ? Au moins, il y a de l'excellente musique, des contrastes, des paysages, un tant soit peu d'action... Tu préfères vraiment les Minkus ?

L'hôpital psychiatrique est en tout cas l'échappatoire récurrent des transpositeurs médiocres qui veulent échapper au merveilleux. En fait, si c'est pas naturel, c'est que tout se passe dans la tête, comme c'est bien vu... Ensuite, si c'est bien fait, c'est très bien, mais jusqu'à présent, j'ai plutôt vu des cache-misère. Mais je suis hors sujet puisque ce n'est pas le ballet dont tu parles, et que je n'ai pas vu tout ça. :-)


Lott
Effectivement, c'est très bien dans Wolf, malgré l'affaiblissement du haut du registre. En revanche, mais je suis assez à contre-courant de l'avis général, je n'aime pas du tout ses efforts d'humour, je trouve ça assez pesant. D'autres le font mieux (Cécile Perrin m'avait ravi cette saison dans un récital qui contenait notamment les piécettes que tu cites), avec plus de finesse.


R&J
Totalement d'accord pour Pidò, évidemment. Ce que tu dis de Netrebko est très intéressant, et explique son appréciation un brin démesurée (tous les premiers rôles à Vienne en si peu de temps !), sans doute poussée par le versant glottophile du public.
Effectivement, je suis toujours gêné par la diction pas très précise, mais ça reste immanquablement musical. Ce que j'ai entendu de son interprétation ne me paraît pas du tout indigne stylistiquement, tu situes les manques où ?

Ta remarque sur DiDonato m'a fait sourire : on voit bien l'authentique amateur de seria sur la remarque du "trop grave". :-))


Don Carlo
J'ai cru comprendre, en suivant ça de loin, que vous aviez eu la version en quatre actes ? Ca me paraît puissamment inconcevable.
Effectivement, tout le monde n'a fait qu'une bouchée de Naef, il est vrai que certaines wagnériennes ont chanté le rôle. C'est une évidence qu'être un format lourd n'est pas un avantage (impossible de réduire la voilure sans fêler le timbre, ce qui rend le lied sans orchestre impraticable, poverini !).
Concernant Hvorostovsky, qui chante le rôle partout (et que j'ai donc entendu plus souvent qu'à mon tour...), je n'en suis pas fou non plus. C'est un peu poseur en effet, et puis cette façon d'ajouter des "eu" dans toutes ses voyelles, cette expression légèrement molle. C'est parfait pour Yeletsky, mais pour Posa qui est le personnage le plus présent même dans la version en cinq actes, et surtout le seul personnage important profondément actif, c'est un peu dommage, si on veut absolument chipoter. Ca n'en reste pas moins impeccable, au demeurant !

Neumeier
Amusant, la photographie que tu montres laisse voir une imitation quasiment parodique de la mise en scène de Visconti...


Merci pour les comptes-rendus, et bonne fin de journée à toi !
Commentaire n° 1 posté par DavidLeMarrec le 23/08/2008 à 16h58

Hola Davidetta - j'ai failli écrire David Guetta mais c'eut été insultant :o) Merci de me tenir compagnie, la fréquentation de mes fiches d'éco s'avérant vite lassante.

Bon que tu puisses aimer Zampa, je comprends, chacun ses perversions et il y a un coté bourrin assez divertissant, mais Giselle!! C'est au moins aussi nul que du Minkus cette musique (et du peu que je connais d'Adam il a écrit bien mieux que ça!) et tu trouves qu'il y a de l'action?? Un premier acte qui se résume à une ligne "elle l'aime, il la trompe" et un second acte avec que des ballerines qui font des solos dans la forêt entourées de leurs copines qui font les potiches derrière. Quand je parle de beaux ballets classiques je pense à Prokoviev, Tchaikovski ou Delibes. Toutes les Giselle, Corsaire, Raymonda, Paquita, Don Quichotte, pouah!

Concernant l'hopital psychiatrique, n'ayant pas vu ce spectacle, je ne faisait que décrire ce que l'on m'en a rapporté, le pitch quoi :) Et à en juger par les photos je dirais que c'est plus qu'un cache-misère, la scène semblant être la projection de l'esprit troublé de Giselle, bref ça avait l'air interessant. Pas fulgurant non plus, mais on ne va pas essayer de trouver du Freud dans Giselle non plus, hein? (même Gégé n'a pas essayé!)

Pour Netrebko, je ne veux pas faire mon chipoteur (d'ailleurs je n'en ai pas les moyens) mais à coté de la pénurie de trille, on remarque aussi une certaine mollesse (pas uniquement dans la diction) dans l'émission, qui produit un effet quelque peu magmatique et l'empeche d'être plus cinglante dramatiquement et plus fine dans les vocalises qui traduisent ici la délicatesse de Juliette. Du coup elle noie tout dans la morbidezza; c'est compréhensible étant donné son ambitus vocal (comme disait Clément, il est plus difficile de circuler avec une remorque) mais d'autres y arrivent. Enfin ses interprétations belcantistes manquent clairement de personnalité, le style ici c'est aussi le caractère et sa fureur ou son desespoir me semblent encore bien précautionneux. Tout est vraiment ouaté: la voix, la diction, le personnage, l'emotion. Quoiqu'il en soit, je la trouve très prometteuse à défaut de passionnante. Et pour peu qu'elle se lache plus, elle pourra vraiment être émouvante. A ce titre sur youtube on peut voir sa fureur d'Elettra, rien d'indigne au contraire, mais on la sent comme retenue. Et puis vu la carrière qu'elle mène, je peux comprendre qu'elle se ménage.

Concernant la gravité de ma remarque sur Didonato, c'est assez réçent en fait: quand j'ai commencé à écouter du bel canto, les seuls aigus et contre-notes me fascinaient, je me foutais des graves. Et puis on devient blasé, maintenant les contre-contre ré de Mado Robin ne me suffisent plus, je veux du canto di sbalzo et des vocalises sur 3 octaves! Du coup je suis bien content de trouver ma Callas souvent :D

Pour Don Carlo oui c'était la 4 actes je crois, il y a tellement de versions de cet opéra que je m'y perds, en tout cas cela commençait chez les moines et pas dans la forêt de Fontainebleau.
Oui Hvorostovsky est impeccable, mais tout ce qui est sans tache ne brille pas pour autant ;-)

La mise en scène de Visconti? De la Traviata tu veux dire? Je n'en connais que des bouts en n&b avec Freni, ça existe en entier?

Commentaire n° 2 posté par licida le 23/08/2008 à 17h36
Over-blog a planté pendant que je postais ma réponse. :-
Commentaire n° 3 posté par DavidLeMarrec le 24/08/2008 à 08h53
Quelle idée de se lever aussi tôt un dimanche matin aussi! :-p
Commentaire n° 4 posté par licida le 24/08/2008 à 10h55
On reprend...


Ave !

Alors, côté Zampa / Giselle, dis-donc, toi, si maintenant les amateurs de seria se mettent à donner des leçons sur la densité musicale des oeuvres, je ne sais pas où on va !  :-)

Zampa est au contraire une petite chose très fine, volontairement parodique, farci de références très amusantes et de bijoux de caractère. Je n'écoute pas l'opéra-comique en boucle en règle générale, même les grandes réussites comme la Dame Blanche, mais on se situe avec Hérold à un niveau très supérieur à l'ensemble de la production, au deux extrémités de ses contemporain, de Grétry et d'Auber.

Pour Giselle, oui, je maintiens que c'est de l'excellente musique. A la française, donc avec un esprit de caractère, un travail de l'atmosphère plus que de la musique pure et des structures - une constante qu'on retrouve jusque dans la musique pour piano de Debussy, Ravel, Dupont et Koechlin. Malheureusement, les esprits rendus asséchés par le formalisme germanique triomphant ne peuvent pas le comprendre. La musique de Giselle me passionne bien plus que le Lac des Cygnes, à vrai dire. Bien plus de renouvellement. :-)


C'est au moins aussi nul que du Minkus cette musique

Mon enfant, tu ne sais pas ce que tu dis, l'éco trouble tes sens.
 :)


(et du peu que je connais d'Adam il a écrit bien mieux que ça!)

Vraiment ?  Tu trouves Si j'étais roi supérieur ? Le Toréador, c'est très bien, mais à part l'ensemble final, je ne vois pas de l'inspiration du niveau de Giselle.


Toutes les Giselle, Corsaire, Raymonda, Paquita, Don Quichotte, pouah!

Je ne vois pas ce que Giselle vient faire dans le lot... !

Pour l'action, oui, je trouve que c'est quelque chose qui se prête à la mobilité et avec un certain naturel. Mais c'est sans doute mon côté déjà perverti par Michel Carré - je me régale depuis toujours de sa scène du Val d'enfer de Mireille, avec l'arrivée des Trèves - les Willis locales.

Pour l'hôpital psychiatrique, oui, c'est peut-être génial. C'est juste que sur le papier, ça fait peur, parce que c'est quand même le truc le plus facile pour faire intelligent - en fait je vais vous expliquer, c'est juste une projection mentale très raffinée, blablabliblablablo.

--

Pour Netrebko, je vois ce que tu veux dire, oui, une certaine mollesse, mais je ne savais pas que c'était un péché pour les belcantistes romantiques, ils adorent pourtant Sutherland et parfois Caballé.


à coté de la pénurie de trille

Le trille, c'est plutôt un critère de vrai belcantiste (baroque s'entend), non ? :)


Du coup elle noie tout dans la morbidezza

Remarque, Giulietta morbida, c'est presque un titre d'opéra.


Quoiqu'il en soit, je la trouve très prometteuse à défaut de passionnante. Et pour peu qu'elle se lache plus, elle pourra vraiment être émouvante.

Malheureusement, on sait bien qu'un artiste pris dans la spirale de l'urgence d'une carrière évolue peu, en réalité - dès que le grand public peut avoir connaissance de son art. Il y a bien sûr des évolutions et des exceptions, mais il y a fort à parier qu'elle ne devienne jamais celle qui sacrifie le beau son au beau mot.


Et puis on devient blasé, maintenant les contre-contre ré de Mado Robin ne me suffisent plus, je veux du canto di sbalzo et des vocalises sur 3 octaves!

C'est bien, c'est bien, bientôt il ne te restera plus qu'à jeter tout ça aux orties pour collectionner toutes les versions de Pelléas, le vrai chef-d'oeuvre inusable. -8o)

--

On vous a donc volés sur Don Carlo - puisqu'à présent on a tendance à ajouter l'introduction initiale du I et la déploration sur le corps de Posa aux versions italiennes, alors même que ça n'a jamais existé dans cet état.


"il y a tellement de versions de cet opéra que je m'y perds,"

C'est pourtant assez simple (lorsque c'est bien expliqué...). Pour faire vite, il existe :
- la version originale pour Paris (finalement jouée avec un ballet en plus et quelques coupures) ;
- la version de Milan, révisée par Du Locle et Verdi, en italien et en quatre actes ;
- la version de Modène, qui est en fait Milan mais avec le premier acte revenu (Verdi ne l'a vraisemblablement pas supervisée). 

Aujourd'hui, on joue parfois Modène avec des ajouts de la version originale (la plus intéressante).


La mise en scène de Visconti? De la Traviata tu veux dire? Je n'en connais que des bouts en n&b avec Freni, ça existe en entier?

Non, je ne pense pas !  Je faisais juste allusions aux photos de Callas dans ce rôle - et singulièrement cette mise en scène.


Fin de la pause. Allez, courage, travaille bien !
Commentaire n° 5 posté par DavidLeMarrec le 25/08/2008 à 13h13
Bonjour, je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, mais je ne vois pas ce qu'on entend sur le manque de "densité musicale" dans l'opéra seria. Hasse ou Jommelli, qui restent peut-être les plus grands dans le genre (je n'aime pas utiliser les superlatifs, et j'oublie peut-être Haendel ; mais il faut bien faire un peu de publicité pour les grands compositeurs qu'on ne joue jamais, et il est vrai que je ne suis pas un grand fanatique de Haendel) ne manquaient absolument pas de technique musicale, et leur musique est plus variée qu'on veut souvent bien le dire ; mais enfin, il semble que ce n'est pas le sujet de cette série de commentaires.
Par ailleurs, je pense qu'une bonne connaissance du seria permet de juger au mieux le répertoire belcantiste, même romantique ; on sait que le trille était encore très important à l'époque de Bellini. Rossini ne regrettait-il pas l'extinction des grands castrats, dépositaires de la tradition du seria ?
Je partage sinon l'avis de David Le Marrec quant à la mise en scène de Giselle, quoique je n'aie pas vu le spectacle : je trouve les transpositions souvent vaines, peu imaginatives ; et, surtout, ces transpositions systématiques tuent souvent la fantaisie d'oeuvres qui en ont bien besoin.
Enfin, j'aime beaucoup ces articles et ces commentaires qui me permettent de me cultiver un peu, même sur les périodes qui ne m'intéressent pas beaucoup.
Commentaire n° 6 posté par François le 26/08/2008 à 10h01

"si maintenant les amateurs de seria se mettent à donner des leçons sur la densité musicale des oeuvres, je ne sais pas où on va !"

Kessta? tu veu t'battre?!!

"volontairement parodique"

ça je l'avais bien senti! gnarf gnarf

"La musique de Giselle me passionne bien plus que le Lac des Cygnes, à vrai dire. Bien plus de renouvellement."

(silence hébété mélé d'incompréhension)

"Je ne vois pas ce que Giselle vient faire dans le lot... !"

Cela dit je veux bien reconnaitre que je suis victime des chefs tacherons que l'opéra de Paris désigne pour ces oeuvres et des chorégraphies insipides qu'on y voit. Mais bon, même si ce n'est pas un argument esthétique valable, je ne peux m'empecher de constater que pour une oeuvre si célèbre, la musique en a bien peu été enregistrée! :-p

"les Willis locales"

SAUVEZ WILLIS! (pardon je me retenais depuis le début de cette conversation, fallait que ça sorte)

 

Concernant maintenant Netrebko-Sutherland-Caballé et la mollesse, j'y avais pensé aussi en l'ecrivant et incapable de faire une distinction nette, j'avais renoncé à creuser. Mais puisque tu as visé juste et que l'esprit olympique m'anime comme chacun le sait, surtout maintenant que Pékin a cessé d'emettre, j'ai trouvé une zolie comparaison: Netrebko c'est un peu la natation synchronisée quand Sutherland/Caballé font de la gymnastique rythmique (pas mal hein?!). Je m'explique.
Certes Sutherland et Caballé peuvent sembler molles, surtout la première, mais c'est surtout la diction et l'intonation qui sont molles, l'émission, les figures bel cantistes et les notes aigus sont au contraire d'une précision infaillible, un peu comme le pied d'une gymnaste qui, après avoir enchainé des mouvements secs et précis en l'air, attérit mollement sur le tapis pour ne pas s'écraser bruyamment (comme une merde pourrait-on rajouter), c'est de la mollesse maitrisée due à une certaine retenue pensée comme effet de style (élégance, pudeur, prout-prout etc).
Tandis que Netrebko semble handicapée par l'épaisseur de sa voix pour atteindre cette précision aérienne de Sutherland ou Caballé, elle ne décolle jamais et ses effets vocaux sont tous ouatés, un peu comme la nageuse dont les mouvements certes impeccables et beaux et nobles sont freinés par la resistance de l'eau.

Did I make myself clear? (je pourrais aussi continuer sur Deutekom et la lutte gréco-romaine mais je vais m'arrêter là). Et pour illustrer cela, comparer les folies d'Elettra de Sutherland et Netrebko est riche d'enseignement. La tension chez Sutherland est purement vocale, quand elle est uniquement (et timidement) dramatique chez Netrebko.

Commentaire n° 7 posté par licida le 26/08/2008 à 18h01

@ François: mais si, tout ce qui est sur ce blog en regarde les lecteurs (à moins qu'ils ne regardent leur écran de coté...)

Sinon le débat sur la "densité musicale du seria" rejoint un peu un autre que David avait eu avec Clément ici sur l'évolution de la forme musicale plus lente à cette époque. Je ne sais plus bien sur quel fil cela se trouve mais Clément défendait l'idée que c'est notre fréquentation moins assidue car plus récente et la moindre variété des interprétations disponibles de ce repertoire qui nous inclinent à le penser. Après, vu que David juge beaucoup sur partition (ce que je suis incapable de faire) je ne peux entrer en débat avec lui sur ces considérations.

"ces transpositions systématiques tuent souvent la fantaisie d'oeuvres qui en ont bien besoin." 

A en juger par les photos du spectacle, celle çi n'avait rien de systématique et semblait assez fantaisiste (pas un HP de RDA dans les années 60 quoi)

Commentaire n° 8 posté par licida le 26/08/2008 à 18h07
En fait, je ne juge pas non plus sur partition, étant également incapable de le faire. Je partage pleinement l'opinion de Clément au sujet du seria. Quant au jugement sur partition des oeuvres de compositeurs comme Hasse, je ferai appel à l'avis de Michael Schneider, qui dit bien qu'il faut un travail approfondi de la partition pour en découvrir les richesses, tandis qu'un coup d'oeil rapide laisse penser que l'oeuvre est pauvre et plate.
Sur les mises en scène, par manque de fantaisie, je n'entends pas que la mise en scène n'est pas délirante : on peut faire une mise en scène délirante mais manquant en fait de fantaisie poétique ; mais chacun reste libre de juger selon ses goûts (même si les transpositions ont tendance à m'agacer un peu).
Commentaire n° 9 posté par François le 28/08/2008 à 12h10
Se baser sur l'étude de partitions, et particulièrement pour comparer des œuvres du XVIIe ou XVIIIe à d'autres du XIXe ou XXe est perdu d'avance : la tradition musicale et les pratiques ont tellement évolué que la notation elle même n'est pas la même.
ce n'est pas faux de dire qu'il n'y a pas grand chose, sur le papier, dans un opéra de Cavalli ou même Monteverdi par exemple ; de fait il n'y a souvent qu'une ligne de chant et une basse continue. Mais si les compositeurs étaient moins généreux dans leur indication jusqu'à Rossini environ (à qui l'on prête parfois par exemple l'écriture in extenso de tous les artifices vocaux, mouais), c'est parce que tout le bel canto repose sur l'art de l'interprète, à qui le compositeur ne soumet qu'une trame. Ainsi, la partition n'est qu'un support incomplet, la musique belcantiste n'existe pleinement que vivante et interprétée ; la notion d'œuvre sacrée et intouchable (avec l'évolution du statut de l'artiste créateur) vient après, et la marge de l'interprète se limite. Il faut voir quelle importance était laissée aux compositeurs au XVIIIe...
Bref, évidemment, la partition de la Walkyrie ou de Wozzeck est infiniment "dense" musicalement que tout opéra belcantiste, mais ça n'en fait pas des œuvres supérieures pour autant. D'ailleurs la complexité n'est pas une vertu en soi.
Commentaire n° 10 posté par Clément le 29/08/2008 à 08h45
Je précise donc que ma pointe sur le seria était uniquement une taquinerie destinée à Licida, parce que le reproche de fadeur musicale à Zampa peut, sur les mêmes critères, s'appliquer à l'ensemble de l'opéra italien du XVIIIe...

Effectivement, s'il faut parler sérieusement, bien sûr qu'il existe de la diversité et des choses passionnantes, et que vu de loin, on perd la finesse des différences.

Ce que j'avais défendu, ce n'était pas une question de supériorité, mais une question de diversité. Entre deux opéras de Massenet, il y a plus de différences musicales qu'entre un Haendel et un Jommelli. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est une constatation musicale objective, l'opéra ne répondant pas aux mêmes attentes et au même cahier des charges.

Par ailleurs, j'écoute plus souvent Lully que Massenet, donc je répète bien que ça n'a rien d'un critère de préférence, je me borne à une constation qui explique très bien la réticence de certains auditeurs sensibles à la surprise et à l'innovation.


Pour le dire vite, on pourrait dire que la création depuis le XIXe se fonde largement sur l'innovation, alors qu'auparavant, l'esprit était plutôt de l'ordre de la variation - et, par conséquent, les résultats diffèrent grandement.
Commentaire n° 11 posté par DavidLeMarrec le 29/08/2008 à 12h52
Je découvre le "Don fatale" de Troyanos. Merci Licida ! C'était décidément un prodige, cette femme. Quelle évidence expressive, elle fait tout oublier, même sa splendeur vocale. L'idée toute bête de dévoiler la disgrâce physique du personnage est épatante. Quand on pense combien peu nombreux sont ses disques officiels… Heureusement qu'il y a la vidéo sinon son Sesto, sa Didon de Berlioz seraient perdus. Quand même, une chanteuse qui a excellé (pour ne pas dire plus) à la fois dans la Didon de Purcell, dans la Cléopâtre de Haendel (son Ariodante, son César n'ont pas été gravés hélas), dans Eboli, dans Mozart, dans Berlioz, dans Strauss, c'est à peu près sans exemple à un tel niveau. Elle avait créé Jeanne des Anges dans "Les Diables de Loudun" de Penderecki. Le DVD est sorti récemment, j'attends de découvrir ça. On est gâté : Vanessa Redgrave au cinéma, Troyanos à l'opéra. Je ne l'ai jamais vue sur scène, malgré 2 tentatives. Elle devait chanter La Damnation de Faust à Garnier : j'avais fait l'aller-retour exprès pour elle, mais elle était finalement remplacée par Ann Murray, et quand elle devait chanter dans The Rake's Progress à Aix, elle était déjà très malade et avait annulé. Elle est morte peu après. En quelques mois à peine, on a perdu cette année-là Troyanos, Popp et Auger.
Commentaire n° 12 posté par Bajazet le 30/08/2008 à 00h42

Je commençais à me demander si j'étais le seul à trouver cela formidable ;-)

Oui l'idée de retirer le cache-oeil est d'autant plus épatante qu'elle colle parfaitement au texte et qu'elle constitue une gageure physique: chanter un air aussi emporté de façon aussi intense tout en gardant un oeil clos!! Sans doute une preuve supplémentaire qu'à l'opéra comme au théâtre, l'expression la plus déchainée repose sur une maitrise totale de la voix et du jeu.

Et puis j'adore cette façon qu'elle a de chanter la reprise du passage lent avec une rage contenue ou cette suffocation finale sur les "un di mi resta" puis pendant le final orchestral, comme si sa course éperdue pour sauver Carlo la faisait déjà haleter.

C'est tout bête mais c'est d'une telle "évidence expressive" comme tu le dis, que cela passe pour de l'authenticité, du naturel loin de la sauvagerie brouillone et finalement trop affectée que l'on entend souvent dans cet air.

Commentaire n° 13 posté par licida le 30/08/2008 à 01h11
Pour l'idée de la difformité, ma foi, elle ne m'a pas parue si formidable, il faudrait voir comment elle s'insère dans la logique générale de la mise en scène. Ca ne me paraît pas plus évident que ça, mais si ça nourrit une vision (si j'ose dire) du metteur en scène, ce peut être intéressant.


Côté Troyanos, effectivement, c'est très impressionnant, pleinement réussi et franchement différent. Tout passe par la maîtrise vocale comme vous le dites, le legato est extrêmement souligné, la plénitude du timbre d'abord recherchée.

C'est sans doute la première fois que je trouve des talents dramatiques notables à Troyanos, qui se réfugie souvent dans une (superbe) homogénéité un peu indifférente. En salle, ce devait être électrique, au disque, le timbre est beau, mais lorsqu'on dispose du choix, autant prendre quelqu'un qui raconte des choses un peu personnelles.

Mais ici, pour sûr, c'est franchement différent, toutes ses aptitudes vocales sont tendues vers l'expression d'une forme de rupture dans le personnage, de fin de parcours. C'est effectivement l'une des plus belles versions que j'aie entendues, alors même qu'en théorie, je ne suis pas très enthousiaste devant une lecture aussi vocale (et des poitrinés aussi pesants).
Vraiment admirable.

(La seule différence, c'est que j'ai du mal à oublier la splendeur vocale, de mon côté, je ne vois même un peu que ça, en l'occurrence. Et ça se sent qu'elle est sa préoccupation première.)
Commentaire n° 14 posté par DavidLeMarrec le 30/08/2008 à 06h25
Je ne suis pas d'accord, ça ne vous étonnera pas (et vice versa). Priorité à la splendeur vocale, indifférence au discours, talent dramatique flou, pour moi c'est exactement l'inverse. C'est tout sauf une chanteuse hédoniste. Sa Didon de Purcell est à mon sens la plus extraordinaire. Pour Eboli, vous dites que "la plénitude du timbre est d'abord recherchée". Mais dans cet air l'expression dramatique ne passe-t-elle pas prioritairement et même nécessairement par la plénitude vocale (et le legato) ? N'allez pas nous sortir Höngen, hein… Je trouve précisément que le génie de Troyanos ici est de fondre complètement l'expression dramatique, l'incarnation du personnage et la magnificence vocale. Elle avait par ailleurs une manière fantastique d'exprimer la douleur avec non seulement de la grandeur mais aussi quelque chose de presque érotique.
Commentaire n° 15 posté par Bajazet le 30/08/2008 à 13h46
J'ai le souvenir qu'elle m'avait laissé assez froid avec Mackerras en Didon, mais j'aimerais être bien certain que je n'invente pas la référence... En tout cas, dans le baroque, ça ne me convainc guère : trop de plénitude, pas assez de coloris et de mots.

Pour Eboli, non, le legato n'est pas spécialement la qualité première dans les récitatifs qui constituent majoritairement l'air. En tout cas Troyanos le fait bien plus que n'importe laquelle de ses collègues.

Mais je suis tout à fait d'accord, en vérité, pour trouver assez phénoménale la fusion entre l'électricité vocale et la force dramatique ici, je ne crois pas avoir suggéré le contraire. :-)


(Et c'est bien dommage que je n'aie pas le droit de parler de Höngen, parce que...)
Commentaire n° 16 posté par DavidLeMarrec le 31/08/2008 à 19h04
Il vaut mieux écouter Troyanos dans sa seconde version de Didon & Énée, avec F. Palmer en Belinda. Dans la version Mackerras, dirigée de façon précautionneuse je trouve, elle est sensiblement plus timide. Mais on ne vous convaincra pas, c'est évident. (Pour l'air d'Eboli, vous avez remarqué qu'il y a une partie cantabile qui fait la moitié de l'air, quand même ?)
Commentaire n° 17 posté par Bajazet le 31/08/2008 à 21h03
Oh là là, cette petite provocation...

La partie cantabile fait la moitié de l'air, mais 15% de la partition... Et vous savez bien que je n'écoute que les récitatifs, même dans les airs, c'est bien connu.

Sur le fond de l'affaire : la qualité du cantabile d'une voix ne me paraît pas forcément faire la meilleure interprétation d'une pièce cantabile...


Vous savez, on m'a déjà converti à Varnay et Rysanek, alors Troyanos, ce serait vraiment un moindre mal. Et puis je l'aime déjà beaucoup - sans toutefois y voir ce qui lui vaut une admiration si supérieure à d'autres de ses collègues.
Commentaire n° 18 posté par DavidLeMarrec le 03/09/2008 à 14h51

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