

(pour certains faudra s'armer de patience...)
*Opéra de quat'sous au TCE
*Le Roi Roger à Bastille
*Carmen à l'Opéra Comique
*Deborah Voigt à Pleyel
*Alvin Ailey au Châtelet
*Portrait de Silvia Tro Santafé
*Portrait de Christophe Dumaux
*Les inédits de Bartoli
*Les inédits de Ciofi
*Les inédits d'Antonacci
Les renforts de rédacteurs sont les bienvenus!!
Ces articles ont été agrémentés d'extraits musicaux pour votre plus grand plaisir!
*Max Emmanuel Cencic
*Roberta Invernizzi
*Sonia Prina
*Ann Hallenberg
*La Vergine dei dolori de Scarlatti
*La Griselda de Vivaldi au TCE
*Récital Kozena/Daniels
au TCE
*Arianna in Creta de Handel
*Anna Bonitatibus
Sans oublier la rubrique Miousic only.
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Allez, un peu de papotage pour te tenir compagnie en ce mois un peu déserté.
Et je commence par du mauvais esprit :
Evidemment, quand on dit pis que pendre de Zampa (oui, ça ne passe pas !), ça ne m'étonne pas qu'on rechigne sur Giselle, mais pourquoi l'un des ballets classiques les plus ennuyeux ? Au moins, il y a de l'excellente musique, des contrastes, des paysages, un tant soit peu d'action... Tu préfères vraiment les Minkus ?
L'hôpital psychiatrique est en tout cas l'échappatoire récurrent des transpositeurs médiocres qui veulent échapper au merveilleux. En fait, si c'est pas naturel, c'est que tout se passe dans la tête, comme c'est bien vu... Ensuite, si c'est bien fait, c'est très bien, mais jusqu'à présent, j'ai plutôt vu des cache-misère. Mais je suis hors sujet puisque ce n'est pas le ballet dont tu parles, et que je n'ai pas vu tout ça. :-)
Lott
Effectivement, c'est très bien dans Wolf, malgré l'affaiblissement du haut du registre. En revanche, mais je suis assez à contre-courant de l'avis général, je n'aime pas du tout ses efforts d'humour, je trouve ça assez pesant. D'autres le font mieux (Cécile Perrin m'avait ravi cette saison dans un récital qui contenait notamment les piécettes que tu cites), avec plus de finesse.
R&J
Totalement d'accord pour Pidò, évidemment. Ce que tu dis de Netrebko est très intéressant, et explique son appréciation un brin démesurée (tous les premiers rôles à Vienne en si peu de temps !), sans doute poussée par le versant glottophile du public.
Effectivement, je suis toujours gêné par la diction pas très précise, mais ça reste immanquablement musical. Ce que j'ai entendu de son interprétation ne me paraît pas du tout indigne stylistiquement, tu situes les manques où ?
Ta remarque sur DiDonato m'a fait sourire : on voit bien l'authentique amateur de seria sur la remarque du "trop grave". :-))
Don Carlo
J'ai cru comprendre, en suivant ça de loin, que vous aviez eu la version en quatre actes ? Ca me paraît puissamment inconcevable.
Effectivement, tout le monde n'a fait qu'une bouchée de Naef, il est vrai que certaines wagnériennes ont chanté le rôle. C'est une évidence qu'être un format lourd n'est pas un avantage (impossible de réduire la voilure sans fêler le timbre, ce qui rend le lied sans orchestre impraticable, poverini !).
Concernant Hvorostovsky, qui chante le rôle partout (et que j'ai donc entendu plus souvent qu'à mon tour...), je n'en suis pas fou non plus. C'est un peu poseur en effet, et puis cette façon d'ajouter des "eu" dans toutes ses voyelles, cette expression légèrement molle. C'est parfait pour Yeletsky, mais pour Posa qui est le personnage le plus présent même dans la version en cinq actes, et surtout le seul personnage important profondément actif, c'est un peu dommage, si on veut absolument chipoter. Ca n'en reste pas moins impeccable, au demeurant !
Neumeier
Amusant, la photographie que tu montres laisse voir une imitation quasiment parodique de la mise en scène de Visconti...
Merci pour les comptes-rendus, et bonne fin de journée à toi !
Hola Davidetta - j'ai failli écrire David Guetta mais c'eut été insultant :o) Merci de me tenir compagnie, la fréquentation de mes fiches d'éco s'avérant vite lassante.
Bon que tu puisses aimer Zampa, je comprends, chacun ses perversions et il y a un coté bourrin assez divertissant, mais Giselle!! C'est au moins aussi nul que du Minkus cette musique (et du peu que je connais d'Adam il a écrit bien mieux que ça!) et tu trouves qu'il y a de l'action?? Un premier acte qui se résume à une ligne "elle l'aime, il la trompe" et un second acte avec que des ballerines qui font des solos dans la forêt entourées de leurs copines qui font les potiches derrière. Quand je parle de beaux ballets classiques je pense à Prokoviev, Tchaikovski ou Delibes. Toutes les Giselle, Corsaire, Raymonda, Paquita, Don Quichotte, pouah!
Concernant l'hopital psychiatrique, n'ayant pas vu ce spectacle, je ne faisait que décrire ce que l'on m'en a rapporté, le pitch quoi :) Et à en juger par les photos je dirais que c'est plus qu'un cache-misère, la scène semblant être la projection de l'esprit troublé de Giselle, bref ça avait l'air interessant. Pas fulgurant non plus, mais on ne va pas essayer de trouver du Freud dans Giselle non plus, hein? (même Gégé n'a pas essayé!)
Pour Netrebko, je ne veux pas faire mon chipoteur (d'ailleurs je n'en ai pas les moyens) mais à coté de la pénurie de trille, on remarque aussi une certaine mollesse (pas uniquement dans la diction) dans l'émission, qui produit un effet quelque peu magmatique et l'empeche d'être plus cinglante dramatiquement et plus fine dans les vocalises qui traduisent ici la délicatesse de Juliette. Du coup elle noie tout dans la morbidezza; c'est compréhensible étant donné son ambitus vocal (comme disait Clément, il est plus difficile de circuler avec une remorque) mais d'autres y arrivent. Enfin ses interprétations belcantistes manquent clairement de personnalité, le style ici c'est aussi le caractère et sa fureur ou son desespoir me semblent encore bien précautionneux. Tout est vraiment ouaté: la voix, la diction, le personnage, l'emotion. Quoiqu'il en soit, je la trouve très prometteuse à défaut de passionnante. Et pour peu qu'elle se lache plus, elle pourra vraiment être émouvante. A ce titre sur youtube on peut voir sa fureur d'Elettra, rien d'indigne au contraire, mais on la sent comme retenue. Et puis vu la carrière qu'elle mène, je peux comprendre qu'elle se ménage.
Concernant la gravité de ma remarque sur Didonato, c'est assez réçent en fait: quand j'ai commencé à écouter du bel canto, les seuls aigus et contre-notes me fascinaient, je me foutais des graves. Et puis on devient blasé, maintenant les contre-contre ré de Mado Robin ne me suffisent plus, je veux du canto di sbalzo et des vocalises sur 3 octaves! Du coup je suis bien content de trouver ma Callas souvent :D
Pour Don Carlo oui c'était la 4 actes je crois, il y a tellement de versions de cet opéra que je m'y perds, en tout cas cela commençait chez les moines et pas dans la forêt de Fontainebleau.
Oui Hvorostovsky est impeccable, mais tout ce qui est sans tache ne brille pas pour autant ;-)
La mise en scène de Visconti? De la Traviata tu veux dire? Je n'en connais que des bouts en n&b avec Freni, ça existe en entier?
Ave !
Alors, côté Zampa / Giselle, dis-donc, toi, si maintenant les amateurs de seria se mettent à donner des leçons sur la densité musicale des oeuvres, je ne sais pas où on va ! :-)
Zampa est au contraire une petite chose très fine, volontairement parodique, farci de références très amusantes et de bijoux de caractère. Je n'écoute pas l'opéra-comique en boucle en règle générale, même les grandes réussites comme la Dame Blanche, mais on se situe avec Hérold à un niveau très supérieur à l'ensemble de la production, au deux extrémités de ses contemporain, de Grétry et d'Auber.
Pour Giselle, oui, je maintiens que c'est de l'excellente musique. A la française, donc avec un esprit de caractère, un travail de l'atmosphère plus que de la musique pure et des structures - une constante qu'on retrouve jusque dans la musique pour piano de Debussy, Ravel, Dupont et Koechlin. Malheureusement, les esprits rendus asséchés par le formalisme germanique triomphant ne peuvent pas le comprendre. La musique de Giselle me passionne bien plus que le Lac des Cygnes, à vrai dire. Bien plus de renouvellement. :-)
C'est au moins aussi nul que du Minkus cette musique
Mon enfant, tu ne sais pas ce que tu dis, l'éco trouble tes sens.
:)
(et du peu que je connais d'Adam il a écrit bien mieux que ça!)
Vraiment ? Tu trouves Si j'étais roi supérieur ? Le Toréador, c'est très bien, mais à part l'ensemble final, je ne vois pas de l'inspiration du niveau de Giselle.
Toutes les Giselle, Corsaire, Raymonda, Paquita, Don Quichotte, pouah!
Je ne vois pas ce que Giselle vient faire dans le lot... !
Pour l'action, oui, je trouve que c'est quelque chose qui se prête à la mobilité et avec un certain naturel. Mais c'est sans doute mon côté déjà perverti par Michel Carré - je me régale depuis toujours de sa scène du Val d'enfer de Mireille, avec l'arrivée des Trèves - les Willis locales.
Pour l'hôpital psychiatrique, oui, c'est peut-être génial. C'est juste que sur le papier, ça fait peur, parce que c'est quand même le truc le plus facile pour faire intelligent - en fait je vais vous expliquer, c'est juste une projection mentale très raffinée, blablabliblablablo.
--
Pour Netrebko, je vois ce que tu veux dire, oui, une certaine mollesse, mais je ne savais pas que c'était un péché pour les belcantistes romantiques, ils adorent pourtant Sutherland et parfois Caballé.
à coté de la pénurie de trille
Le trille, c'est plutôt un critère de vrai belcantiste (baroque s'entend), non ? :)
Du coup elle noie tout dans la morbidezza
Remarque, Giulietta morbida, c'est presque un titre d'opéra.
Quoiqu'il en soit, je la trouve très prometteuse à défaut de passionnante. Et pour peu qu'elle se lache plus, elle pourra vraiment être émouvante.
Malheureusement, on sait bien qu'un artiste pris dans la spirale de l'urgence d'une carrière évolue peu, en réalité - dès que le grand public peut avoir connaissance de son art. Il y a bien sûr des évolutions et des exceptions, mais il y a fort à parier qu'elle ne devienne jamais celle qui sacrifie le beau son au beau mot.
Et puis on devient blasé, maintenant les contre-contre ré de Mado Robin ne me suffisent plus, je veux du canto di sbalzo et des vocalises sur 3 octaves!
C'est bien, c'est bien, bientôt il ne te restera plus qu'à jeter tout ça aux orties pour collectionner toutes les versions de Pelléas, le vrai chef-d'oeuvre inusable. -8o)
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On vous a donc volés sur Don Carlo - puisqu'à présent on a tendance à ajouter l'introduction initiale du I et la déploration sur le corps de Posa aux versions italiennes, alors même que ça n'a jamais existé dans cet état.
"il y a tellement de versions de cet opéra que je m'y perds,"
C'est pourtant assez simple (lorsque c'est bien expliqué...). Pour faire vite, il existe :
- la version originale pour Paris (finalement jouée avec un ballet en plus et quelques coupures) ;
- la version de Milan, révisée par Du Locle et Verdi, en italien et en quatre actes ;
- la version de Modène, qui est en fait Milan mais avec le premier acte revenu (Verdi ne l'a vraisemblablement pas supervisée).
Aujourd'hui, on joue parfois Modène avec des ajouts de la version originale (la plus intéressante).
La mise en scène de Visconti? De la Traviata tu veux dire? Je n'en connais que des bouts en n&b avec Freni, ça existe en entier?
Non, je ne pense pas ! Je faisais juste allusions aux photos de Callas dans ce rôle - et singulièrement cette mise en scène.
Fin de la pause. Allez, courage, travaille bien !
Par ailleurs, je pense qu'une bonne connaissance du seria permet de juger au mieux le répertoire belcantiste, même romantique ; on sait que le trille était encore très important à l'époque de Bellini. Rossini ne regrettait-il pas l'extinction des grands castrats, dépositaires de la tradition du seria ?
Je partage sinon l'avis de David Le Marrec quant à la mise en scène de Giselle, quoique je n'aie pas vu le spectacle : je trouve les transpositions souvent vaines, peu imaginatives ; et, surtout, ces transpositions systématiques tuent souvent la fantaisie d'oeuvres qui en ont bien besoin.
Enfin, j'aime beaucoup ces articles et ces commentaires qui me permettent de me cultiver un peu, même sur les périodes qui ne m'intéressent pas beaucoup.
"si maintenant les amateurs de seria se mettent à donner des leçons sur la densité musicale des oeuvres, je ne sais pas où on va !"
Kessta? tu veu t'battre?!!
"volontairement parodique"
ça je l'avais bien senti! gnarf gnarf
"La musique de Giselle me passionne bien plus que le Lac des Cygnes, à vrai dire. Bien plus de renouvellement."
(silence hébété mélé d'incompréhension)
"Je ne vois pas ce que Giselle vient faire dans le lot... !"
Cela dit je veux bien reconnaitre que je suis victime des chefs tacherons que l'opéra de Paris désigne pour ces oeuvres et des chorégraphies insipides qu'on y voit. Mais bon, même si ce n'est pas un argument esthétique valable, je ne peux m'empecher de constater que pour une oeuvre si célèbre, la musique en a bien peu été enregistrée! :-p
"les Willis locales"
SAUVEZ WILLIS! (pardon je me retenais depuis le début de cette conversation, fallait que ça sorte)
Concernant maintenant Netrebko-Sutherland-Caballé et la mollesse, j'y avais pensé aussi en l'ecrivant et incapable de faire une distinction nette, j'avais renoncé à creuser. Mais puisque tu as visé juste et que l'esprit olympique m'anime comme chacun le sait, surtout maintenant que Pékin a cessé d'emettre, j'ai trouvé une zolie comparaison: Netrebko c'est un peu la natation synchronisée quand Sutherland/Caballé font de la gymnastique rythmique (pas mal hein?!). Je m'explique.
Certes Sutherland et Caballé peuvent sembler molles, surtout la première, mais c'est surtout la diction et l'intonation qui sont molles, l'émission, les figures bel cantistes et les notes aigus sont au contraire d'une précision infaillible, un peu comme le pied d'une gymnaste qui, après avoir enchainé des mouvements secs et précis en l'air, attérit mollement sur le tapis pour ne pas s'écraser bruyamment (comme une merde pourrait-on rajouter), c'est de la mollesse maitrisée due à une certaine retenue pensée comme effet de style (élégance, pudeur, prout-prout etc).
Tandis que Netrebko semble handicapée par l'épaisseur de sa voix pour atteindre cette précision aérienne de Sutherland ou Caballé, elle ne décolle jamais et ses effets vocaux sont tous ouatés, un peu comme la nageuse dont les mouvements certes impeccables et beaux et nobles sont freinés par la resistance de l'eau.
Did I make myself clear? (je pourrais aussi continuer sur Deutekom et la lutte gréco-romaine mais je vais m'arrêter là). Et pour illustrer cela, comparer les folies d'Elettra de Sutherland et Netrebko est riche d'enseignement. La tension chez Sutherland est purement vocale, quand elle est uniquement (et timidement) dramatique chez Netrebko.
@ François: mais si, tout ce qui est sur ce blog en regarde les lecteurs (à moins qu'ils ne regardent leur écran de coté...)
Sinon le débat sur la "densité musicale du seria" rejoint un peu un autre que David avait eu avec Clément ici sur l'évolution de la forme musicale plus lente à cette époque. Je ne sais plus bien sur quel fil cela se trouve mais Clément défendait l'idée que c'est notre fréquentation moins assidue car plus récente et la moindre variété des interprétations disponibles de ce repertoire qui nous inclinent à le penser. Après, vu que David juge beaucoup sur partition (ce que je suis incapable de faire) je ne peux entrer en débat avec lui sur ces considérations.
"ces transpositions systématiques tuent souvent la fantaisie d'oeuvres qui en ont bien besoin."
A en juger par les photos du spectacle, celle çi n'avait rien de systématique et semblait assez fantaisiste (pas un HP de RDA dans les années 60 quoi)
Sur les mises en scène, par manque de fantaisie, je n'entends pas que la mise en scène n'est pas délirante : on peut faire une mise en scène délirante mais manquant en fait de fantaisie poétique ; mais chacun reste libre de juger selon ses goûts (même si les transpositions ont tendance à m'agacer un peu).
ce n'est pas faux de dire qu'il n'y a pas grand chose, sur le papier, dans un opéra de Cavalli ou même Monteverdi par exemple ; de fait il n'y a souvent qu'une ligne de chant et une basse continue. Mais si les compositeurs étaient moins généreux dans leur indication jusqu'à Rossini environ (à qui l'on prête parfois par exemple l'écriture in extenso de tous les artifices vocaux, mouais), c'est parce que tout le bel canto repose sur l'art de l'interprète, à qui le compositeur ne soumet qu'une trame. Ainsi, la partition n'est qu'un support incomplet, la musique belcantiste n'existe pleinement que vivante et interprétée ; la notion d'œuvre sacrée et intouchable (avec l'évolution du statut de l'artiste créateur) vient après, et la marge de l'interprète se limite. Il faut voir quelle importance était laissée aux compositeurs au XVIIIe...
Bref, évidemment, la partition de la Walkyrie ou de Wozzeck est infiniment "dense" musicalement que tout opéra belcantiste, mais ça n'en fait pas des œuvres supérieures pour autant. D'ailleurs la complexité n'est pas une vertu en soi.
Effectivement, s'il faut parler sérieusement, bien sûr qu'il existe de la diversité et des choses passionnantes, et que vu de loin, on perd la finesse des différences.
Ce que j'avais défendu, ce n'était pas une question de supériorité, mais une question de diversité. Entre deux opéras de Massenet, il y a plus de différences musicales qu'entre un Haendel et un Jommelli. Ce n'est pas un jugement de valeur, c'est une constatation musicale objective, l'opéra ne répondant pas aux mêmes attentes et au même cahier des charges.
Par ailleurs, j'écoute plus souvent Lully que Massenet, donc je répète bien que ça n'a rien d'un critère de préférence, je me borne à une constation qui explique très bien la réticence de certains auditeurs sensibles à la surprise et à l'innovation.
Pour le dire vite, on pourrait dire que la création depuis le XIXe se fonde largement sur l'innovation, alors qu'auparavant, l'esprit était plutôt de l'ordre de la variation - et, par conséquent, les résultats diffèrent grandement.
Je commençais à me demander si j'étais le seul à trouver cela formidable ;-)
Oui l'idée de retirer le cache-oeil est d'autant plus épatante qu'elle colle parfaitement au texte et qu'elle constitue une gageure physique: chanter un air aussi emporté de façon aussi intense tout en gardant un oeil clos!! Sans doute une preuve supplémentaire qu'à l'opéra comme au théâtre, l'expression la plus déchainée repose sur une maitrise totale de la voix et du jeu.
Et puis j'adore cette façon qu'elle a de chanter la reprise du passage lent avec une rage contenue ou cette suffocation finale sur les "un di mi resta" puis pendant le final orchestral, comme si sa course éperdue pour sauver Carlo la faisait déjà haleter.
C'est tout bête mais c'est d'une telle "évidence expressive" comme tu le dis, que cela passe pour de l'authenticité, du naturel loin de la sauvagerie brouillone et finalement trop affectée que l'on entend souvent dans cet air.
Côté Troyanos, effectivement, c'est très impressionnant, pleinement réussi et franchement différent. Tout passe par la maîtrise vocale comme vous le dites, le legato est extrêmement souligné, la plénitude du timbre d'abord recherchée.
C'est sans doute la première fois que je trouve des talents dramatiques notables à Troyanos, qui se réfugie souvent dans une (superbe) homogénéité un peu indifférente. En salle, ce devait être électrique, au disque, le timbre est beau, mais lorsqu'on dispose du choix, autant prendre quelqu'un qui raconte des choses un peu personnelles.
Mais ici, pour sûr, c'est franchement différent, toutes ses aptitudes vocales sont tendues vers l'expression d'une forme de rupture dans le personnage, de fin de parcours. C'est effectivement l'une des plus belles versions que j'aie entendues, alors même qu'en théorie, je ne suis pas très enthousiaste devant une lecture aussi vocale (et des poitrinés aussi pesants).
Vraiment admirable.
(La seule différence, c'est que j'ai du mal à oublier la splendeur vocale, de mon côté, je ne vois même un peu que ça, en l'occurrence. Et ça se sent qu'elle est sa préoccupation première.)
Pour Eboli, non, le legato n'est pas spécialement la qualité première dans les récitatifs qui constituent majoritairement l'air. En tout cas Troyanos le fait bien plus que n'importe laquelle de ses collègues.
Mais je suis tout à fait d'accord, en vérité, pour trouver assez phénoménale la fusion entre l'électricité vocale et la force dramatique ici, je ne crois pas avoir suggéré le contraire. :-)
(Et c'est bien dommage que je n'aie pas le droit de parler de Höngen, parce que...)
La partie cantabile fait la moitié de l'air, mais 15% de la partition... Et vous savez bien que je n'écoute que les récitatifs, même dans les airs, c'est bien connu.
Sur le fond de l'affaire : la qualité du cantabile d'une voix ne me paraît pas forcément faire la meilleure interprétation d'une pièce cantabile...
Vous savez, on m'a déjà converti à Varnay et Rysanek, alors Troyanos, ce serait vraiment un moindre mal. Et puis je l'aime déjà beaucoup - sans toutefois y voir ce qui lui vaut une admiration si supérieure à d'autres de ses collègues.