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Il catalogo è questo

21 août 2008 4 21 /08 /août /2008 17:57
Allez hop, un nouvel article fourre-tout avant le début de la nouvelle saison qui commencera dès lundi avec le concert Wagner de Pleyel.



* Mats Ek à Garnier (30.04.08)

© L.Leslie-Spinks

Première fois que je voyais un spectacle de ce chorégraphe réputé pour avoir réussi à rendre intelligent un des ballets classiques les plus chiants du repertoire, Giselle, qui, au lieu de se réfugier dans la forêt avec ses copines cocufiées, se retrouve dans un hopital psychiatrique. Deux pièces du chorégraphes étaient ici dansées par le Ballet de l'ONP. C'est la première, narrative, qui m'a le plus séduit: La Maison de Bernarda. L'histoire d'une famille nombreuse espagnole dirigée d'une main fanatique par une mère interprêtée par un homme; un prétendant vient pour épouser l'une des filles, mais c'est une autre qu'il déflore secrètement, laquelle finit par se pendre, la mère s'empresse alors de cacher le corps sous le tapis et tout rentre dans l'ordre. La sévérité espagnole trouve à s'exprimer tant dans la secheresse de la chorégraphie, faite de mouvements brusques et nerveux et qui n'hésite pas à faire appel au cri, que dans le choix des musiques, dont la plus célèbre est la Toccata en ré mineur de Bach quelque peu bidouillée. Le tout est séduisant sans être boulversant, peut-être le drame est-il un peu trop convenu pour émouvoir vraiment.
La seconde pièce, Une sorte de..., joue sur les travestissements et l'habillement, c'est une de ces chorégraphies dont je trouve toujours qu'elles gagneraient à être moins longue, plus dense, pour éviter la lassitude, l'abstraction du propos faisant que, de toute manière, la fin peut surgir à n'importe quel instant.




*Récital Felicity Lott au Châtelet (19.05.08)


Accompagnée par Graham Johnson, la spirituelle Felicity a interprêté un joli programme de mélodies de Wolf (Italienisches Liederbuch), R.Strauss, Poulenc (Tel jour, telle nuit) et Barber. Est-ce mon éloignement de la scène pour ce récital intimiste, l'acoustique du lieu ou mon manque de sensibilité à ce repertoire qui m'ont porté préjudice? Le fait est que je n'ai jamais accroché, sauf aux bis: "On me nomme Hélène la blonde", "Je ne suis pas celle que l'on pense", "J'ai deux amants" et un dernier qui m'est inconnu. Cet aveu est une forme de réponse, je pense vraiment n'être pas sensible à ce répertoire dès lors que des chansons plus légères me viennent comme une bouffée d'air frais. L'interprête n'est pas en cause: malgrè un aigu qui se durcit, Felicity Lott est toujours d'une élégance parfaite, capable de donner à chaque mot leur saveur. Qui peut aujourd'hui chanter ainsi l'air d'Offenbach s'accompagnant d'une gestuelle graveleuse sans avoir l'air vulgaire? Evidemment il m'est difficile de louer son intelligence pour des morceaux (du moins ceux en langue étrangère) dont je n'ai justement pas l'intelligence et, néophyte, la découverte des textes et de leur traduction, c'était sans doute trop d'un coup dans une salle si froide pour que je me laisse séduire. Tant pis, ce sera pour une autre fois.

© T.Leigthon



*I Capuleti e i Montecchi de Bellini à Bastille (05.06.08)


Parmi les mise-en-scène de Robert Carsen que je connais, celle çi est peut-être la pire. Je lui reproche souvent d'avoir de mauvaises idées mais parfaitement rendues sur scène, or là c'est le vide abyssal: RIEN! Pas une idée, une direction d'acteurs qui se contente de régler la circulation. La seule ombre d'intérêt arrive lors de la scène finale, quand Roméo découvre le corps inanimé de Juliette et qu'il longe les murs de scène comme par peur d'approcher de trop près ce qu'il crois être la fatale réalité.
Coté musical la satisfaction est tout autre: les qualités d'Evelino Pido dans Bellini, Donizetti ou Rossini ne sont plus à prouver, c'est passionant d'un bout à l'autre et ne sonne jamais mécanique; d'autant plus remarquable dans ce repertoire où les grosses ficelles ont une facheuse tendance à apparaître facilement.



Mathew Polenzani est un Tebaldo magnifique, soucieux de la ligne et de sa riche ornementation, à l'aigu délicat. Tout ce que l'on trouve à lui reprocher c'est de n'avoir qu'un bel air à chanter, le premier, le reste n'est pas du meilleur Bellini. J'avais trouvé son Edgardo trop lacrimal la saison passée, mais s'il continue sur cette lancée, je sens qu'il va me plaire de plus en plus.
Mikhail Petrenko est un Lorenzo efficace, figure paternelle et sacrée puissante, la partition ne lui en demande pas plus. Le Capellio de Giovani Battista Parodi se laisse par contre plus vite oublier.
J'en arrive donc au couple star: j'aime beaucoup Joyce DiDonato, mais quelles que soient ses qualités, ce rôle est bien trop grave pour elle. Certes la sensibilité à fleur de peau, l'energie débordante, le savoir faire bel cantiste pourraient faire merveille ici, mais elle restera toujours un mezzo colorature qui peut s'aventurer en des terres sopranisantes et c'est déjà beaucoup. Vouloir en faire un contralto, qui plus est un contralto du bel canto finissant, c'est déjà trop. L'aigu a beau être triomphant, le grave sonne sourd et tassé, écoutez ces "e su voi ricada il sangue", vous ne les entendez pas... du coup c'est toujours dans l'aigu qu'elle extrapole. Je ne lui jette pas la pierre, chanter ce rôle comme elle le fait en faisant oublier qu'elle n'a pas la tessiture pour, c'est déjà exceptionnel et à part Vesselina Kasarova et Vivica Genaux, je ne connais aucune interprêtation achevée de ce rôle.
N'ayant pu retourner voir le spectacle pour y écouter Patrizia Ciofi, je ne ferais pas de comparaison entre ces deux Juliette, l'une jeune star à la voix opulente fréquentant un répertoire plus tardif, l'autre bel cantiste fabuleuse qui frole l'idéal dans cette musique. Pour la première fois j'entendais donc Anna Netrebko: la voix est d'une opulence rare sur un large ambitus et la projection souveraine, je comprends qu'il y ait déjà de quoi se pâmer mais certainement pas dans ce repertoire dont elle ne maitrise pas encore les ficelles. Comme souvent chez elle, la prononciation est ouateuse, dommage pour le délicat phrasé de la douce Juliette qui ne pourra ce soir briller que par sa voix et non par ses mots. Car tout cela manque furieusement d'intelligence: je n'attaquerai pas son jeu de scène qui peut paraître cruche, car le rôle n'évite pas une certaine niaiserie il faut l'avouer et sa grossesse est un handicap certains. Mais la sensiblité sonne toujours surfaite, stéréotypée, je n'ai pas senti de sincérité de sa part. Et pour le coup, ce n'est pas dans une telle oeuvre qu'elle peut compenser ce manque d'engagement par son art purement vocal: deux trilles (et encore, mollement battus) c'est bien peu, surtout à coté d'un Roméo qui en est prodigue. Alors certes on reste toujours bluffé par un aigu parfaitement lancé et tenu ou par la caresse permanente de cette voix, mais Anna Netrebko a encore trop peu d'outils dans sa malette bel cantiste pour impressionner durablement ici.



*Don Carlos de Verdi Bastille (19.06.08)

©E.Mahoudeau

La mise-en-scène de Graham Vick est élégante à défaut d'être signifiante; à part le premier tableau d'une économie aussi austère qu'impressionnante, le reste n'est jamais que sobriété un peu vaine (la lumière qui perce à travers le toit dans la prison) mais séduisante tout de même.
La direction de Theodor Currentzis est aussi irrégulière que captivante: à force de mettre en valeur les cuivres et de durcir certains passages déjà hard,  le reste, par contraste, n'en sonne que plus mou. Tout se passe comme si il n'y avait que les passages hautement lyriques et violents qui l'intéressaient.

©C.Leiber

James Morris est un roi fatigué, mais j'ai toujours aimé la noble beauté des ruines; pourtant cette ruine devient problématique en face de l'inquisiteur de Mikhail Petrenko à la voix éclatante de jeunesse et de santé, dont la splendeur n'est vraiment pas à sa place ici.
Stefano Secco est un Carlo remarquable, fremissant et bien chantant; Dimitri Hvorostovky aussi est très bien chantant mais devant ce poseur incorrigible je n'ai jamais été ému, un peu comme si le beau gosse de la classe s'improvisait acteur dans la pièce de fin d'année.
Tamar Iveri est sans doute encore trop jeune et timide pour camper la reine Elisabeth, sa fraicheur et son chant encore un peu scolaire contredisent à chaque instant la stature royale de celle qui est affronte la vanité du monde comme un roc dans la tempête.
Enfin l'Eboli d'Yvonne Naef est catastrophique: certes son emportement est payant dans "O don fatal" mais au prix de quelle vulgarité! Quant à l'air du voile, elle est incapable de le chanter correctement ne maitrisant pas l'art bel cantiste qu'il exige (encore une preuve qu'être chanteuse habituée aux rôles lourds, ne signifie pas que l'on peut tout chanter!): les vocalises sont criées de façon inacceptable, la voix est enraillée et l'air perd toute séduction hédoniste mais aussi tout esprit pour un résultat aussi laborieux que raté. Et sinon, qui a eu la brillante idée de lui peindre son cache-oeil?!! Cela lui donne un air bovin qui rend difficilement crédible sa noire beauté. Bref à oublier bien vite! Et si l'on veut voir une superbe Eboli, celle de Tatiana Troyanos est magistrale.



* La Dame aux Camélias de Neumeier à Garnier (28.06.08)

Chorégraphie moins interessante que La Mort à Venise présentée cette même saison; même si la narration est toujours intelligente (le personnage de Manon qui hante Marguerite; le flashback lors de la vente aux enchères, la presence du père tapie dans l'ombre à jardin pendant presque tout le spectacle...) et adapte clairement la nouvelle plus que la pièce ou l'opéra de Verdi, le propos m'a semblé moins puissant. Je le pressentai à vrai dire et j'étais surtout venu pour voir enfin Roberto Bolle, l'étoile italienne qui n'a pas volé sa réputation, donnant, avec la très belle Agnès Letestu, toute leur force à ces pas-de-deux constamment entrelacés. Je suis en revanche assez triste devant la prestation de Michael Denard, autrefois célèbre danseur, dont la lourdeur viellissante du pas est ici consacrée au rôle du père, c'est aussi crédible que pénible.


©A.Deniau



*Signes de Carlson à Bastille (14.07.08)



Très beau spectacle dans des décors somptueux d'Olivier Debré, tout porte à la rêverie et j'ai été étonné par ce langage chorégraphique qui m'a paru vraiment nouveau (je connais très mal le travail de Carolyn Carlson). Je reste par contre circonspect quant à la structure du ballet et aux titres des tableaux qui m'ont semblé bien hermétiques. Quant à la musique de René Aubry, cela hésite entre le New age sirupeux et la country de façon assez improbable la pluspart du temps.




*Trisha Brown au Palais Royal (23.07.08)


Dans le cadre de "Paris quartier d'été", la chorégraphe américaine a présenté trois de ses ballets: Present tense déjà monté à Garnier, des extraits de L'Orfeo de Monteverdi et Forey Forêt. Le premier est de ces ballets qui gagneraient à être plus concentrés pour éviter que la fascination ne s'étiole et que l'on ne verse aussi soudainement que temporairement dans l'ennui; le second est magnifique de fluidité mais incomplet, on sent bien dans le solo sur le lamento de la messagère qu'il manque une chanteuse sur scène pour équilibrer le plateau; le troisième est surprenant: cela commence dans le silence, on n'entend juste au loin une fanfare, sans doute un concert dans les Tuileries et puis l'on s'apercoit qu'en réalité c'est la musique de la pièce, laquelle se déplace dans l'espace, prenant au piège des spectateurs qui se retournent pour voir où elle se trouve. Spatialisant la musique comme elle spatialise le mouvement, l'effet de la chorégraphie est aussi saisissant qu'indescriptible.



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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

DavidLeMarrec 03/09/2008 14:51

Oh là là, cette petite provocation...La partie cantabile fait la moitié de l'air, mais 15% de la partition... Et vous savez bien que je n'écoute que les récitatifs, même dans les airs, c'est bien connu. Sur le fond de l'affaire : la qualité du cantabile d'une voix ne me paraît pas forcément faire la meilleure interprétation d'une pièce cantabile... Vous savez, on m'a déjà converti à Varnay et Rysanek, alors Troyanos, ce serait vraiment un moindre mal. Et puis je l'aime déjà beaucoup - sans toutefois y voir ce qui lui vaut une admiration si supérieure à d'autres de ses collègues.

Bajazet 31/08/2008 21:03

Il vaut mieux écouter Troyanos dans sa seconde version de Didon & Énée, avec F. Palmer en Belinda. Dans la version Mackerras, dirigée de façon précautionneuse je trouve, elle est sensiblement plus timide.

Mais on ne vous convaincra pas, c'est évident.


(Pour l'air d'Eboli, vous avez remarqué qu'il y a une partie cantabile qui fait la moitié de l'air, quand même ?)

DavidLeMarrec 31/08/2008 19:04

J'ai le souvenir qu'elle m'avait laissé assez froid avec Mackerras en Didon, mais j'aimerais être bien certain que je n'invente pas la référence... En tout cas, dans le baroque, ça ne me convainc guère : trop de plénitude, pas assez de coloris et de mots. Pour Eboli, non, le legato n'est pas spécialement la qualité première dans les récitatifs qui constituent majoritairement l'air. En tout cas Troyanos le fait bien plus que n'importe laquelle de ses collègues. Mais je suis tout à fait d'accord, en vérité, pour trouver assez phénoménale la fusion entre l'électricité vocale et la force dramatique ici, je ne crois pas avoir suggéré le contraire. :-)(Et c'est bien dommage que je n'aie pas le droit de parler de Höngen, parce que...)

Bajazet 30/08/2008 13:46

Je ne suis pas d'accord, ça ne vous étonnera pas (et vice versa).

Priorité à la splendeur vocale, indifférence au discours, talent dramatique flou, pour moi c'est exactement l'inverse. C'est tout sauf une chanteuse hédoniste. Sa Didon de Purcell est à mon sens la plus extraordinaire.

Pour Eboli, vous dites que "la plénitude du timbre est d'abord recherchée". Mais dans cet air l'expression dramatique ne passe-t-elle pas prioritairement et même nécessairement par la plénitude vocale (et le legato) ? N'allez pas nous sortir Höngen, hein…

Je trouve précisément que le génie de Troyanos ici est de fondre complètement l'expression dramatique, l'incarnation du personnage et la magnificence vocale. Elle avait par ailleurs une manière fantastique d'exprimer la douleur avec non seulement de la grandeur mais aussi quelque chose de presque érotique.

DavidLeMarrec 30/08/2008 06:25

Pour l'idée de la difformité, ma foi, elle ne m'a pas parue si formidable, il faudrait voir comment elle s'insère dans la logique générale de la mise en scène. Ca ne me paraît pas plus évident que ça, mais si ça nourrit une vision (si j'ose dire) du metteur en scène, ce peut être intéressant. Côté Troyanos, effectivement, c'est très impressionnant, pleinement réussi et franchement différent. Tout passe par la maîtrise vocale comme vous le dites, le legato est extrêmement souligné, la plénitude du timbre d'abord recherchée. C'est sans doute la première fois que je trouve des talents dramatiques notables à Troyanos, qui se réfugie souvent dans une (superbe) homogénéité un peu indifférente. En salle, ce devait être électrique, au disque, le timbre est beau, mais lorsqu'on dispose du choix, autant prendre quelqu'un qui raconte des choses un peu personnelles. Mais ici, pour sûr, c'est franchement différent, toutes ses aptitudes vocales sont tendues vers l'expression d'une forme de rupture dans le personnage, de fin de parcours. C'est effectivement l'une des plus belles versions que j'aie entendues, alors même qu'en théorie, je ne suis pas très enthousiaste devant une lecture aussi vocale (et des poitrinés aussi pesants). Vraiment admirable. (La seule différence, c'est que j'ai du mal à oublier la splendeur vocale, de mon côté, je ne vois même un peu que ça, en l'occurrence. Et ça se sent qu'elle est sa préoccupation première.)