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21 septembre 2008 7 21 /09 /septembre /2008 23:15

 

 

Pergolesi – Salustia (1732)
Livret anonyme d’après Alessandro Severo de Apostolo Zeno


Mise en scène et décors Jean-Paul Scarpitta

Costumes Atelier de l’Opéra National de Montpellier & Atelier de modiste Gregoria Recio

Lumières Anne-Claire Simar


Salustia Maria Ercolano
Alessandro José Maria Lo Monaco
Marziano Marina De Liso
Giulia Raffaella Milanesi
Claudio Cyril Auvity
 Albina Valentina Varriale

La Cappella della Pietà de’ Turchini
Antonio Florio


Teatro Pergolesi, Jesi, 5 septembre 2008

 

Les photos ont été prise lors des représentations de Montpellier en juillet 2008 par Marc Ginot.

 

 

 


 

 

 

Cette année c’est Antonio Florio qui pilote cette résurrection. Après avoir entendu monts et merveilles sur ce chef et sa Capella della Pietà de’ Turchini, je suis un peu déçu par leur prestation. La faute aussi à l’empreinte que Dantone a laissée dans ce répertoire. Bien entendu, Florio et sa troupe n’ont jamais démérité et nous ont gratifié de très beaux moments, souvent aux côtés de Marina De Liso. Malheureusement, l’ensemble s’est montré plutôt étranger aux passions des personnages. Parfois bien raide (l’air du rossignol d’Alessandro), ou tout simplement détaché (« A un lampo di timore » étrangement retenu), il a montré une attention inégale à la recherche du juste tempo. Inégale, car à la plupart des airs de Giulia et Marziano, l’orchestre a fourni un écrin tonique digne de la composition. Quant aux ornements, la comparaison avec Dantone joue encore en la défaveur de Florio. Celui-ci ne possède en effet ni l’intelligence, ni l’audace du premier. Au risque de me répéter, Dantone excelle dans cet exercice car ses variations sont souvent indétectables, c’est-à-dire qu’en lisant uniquement la reprise A’, on ne saurait établir la participation du chef. Le travail de Florio, lui, est beaucoup plus évident. Un aspect fâcheux de ce travail est l’insertion de longues sections d’arpèges a cappella en plein milieu des reprises. Ces greffes, pour moi d’un goût discutable, m’ont paru trop souvent laides et dégradantes pour la musique et le dramatisme des airs. Regrettables, aussi ont été toutes les coupures dans les airs. Alors que les récitatifs sont restés intouchés ! Malgré tout, ces considérations grognonnes ne peuvent grand-chose face à la joie de la redécouverte du premier essai lyrique de Pergolesi.

 

Une joie que Jean-Paul Scarpitta aura entretenue tout au long de la soirée. Quel heureux contraste avec la mise en scène de l’an dernier ! Sur des fonds obscurs, les personnages évoluent dans de belles tenues antiques, tombantes et somptueuses pour les protagonistes, pastels et vaporeuses pour les figurants. Ces derniers, témoins impassibles du drame qui secoue leurs maîtres, papillonnent d’un chanteur à l’autre, échangent des murmures dans leurs égarements lascifs, comme étrangers aux imposants rouages qui s’actionnent en filigrane. A l’image de ces esclaves insouciants, Salustia apparaît de plus en plus dévêtue au fur et à mesure que progresse le drame, abandonnant les lourdes draperies dont se parent les êtres calculateurs, à commencer par son père et sa belle-mère, pour ne laisser s’exprimer que son être profond. Cet élan d’abnégation culmine dans une scène finale avec un assassinat symbolique de Salustia et une résurrection dans une posture quasi virginale, avant l’ultime disparition dans l’obscurité du décor. Ce qui différencie cette femme de tant d’autres créatures vertueuses mais têtues du registre seria (façon Griselda), c’est cette volonté de s’écouter, de se remettre en cause, et pas seulement d’obéir à d’aveugles vœux de fidélité.

 

Très éloquentes également, la scène des thermes avec son rideau d’eau et ses baigneurs silencieux engagés dans des gestuelles troublantes, sensuelles, ou encore celle du combat final entre Marziano et la panthère, inévitablement symbolisée par Giulia. J’aimerais poursuivre, tellement cette mise en scène m’a comblé, mais je ne suis pas là pour décrire tout le spectacle, et en plus de la retransmission télévisée de Montpellier, il semblerait qu’un DVD soit en cours de fabrication…

 

S’il y a quelqu’un qui a peu profité de la beauté des costumes, c’est bien l’Albina travestie du jeune soprano Valentina Varriale. Noyée dans une robe sombre peu flatteuse, elle sait vite la faire oublier avec un chant brillant, sonore et touchant. Mais le rôle est tellement insignifiant, tant par la rareté de ses apparitions que par l’intérêt sommaire de ses airs, décapités qui plus est, qu’il ne reste au spectateur que le plaisir de la découverte de la chanteuse. Elle signe un beau « Se tu accendessi, Amore », délicieusement douloureux sur les « infido » martelés de sa plainte masochiste.

 

Le Claudio bisexuel et volage de Cyril Auvity surprend au premier acte par sa raideur tant vocale (un aigu décidément récalcitrant) que scénique, mais le ténor reprend peu à peu le dessus au cours de la soirée. Son timbre épicé et un rien pointu n’est vraiment pas déplaisant, mais s’accorde mal avec celui des autres interprètes, tous dotés de beaux organes veloutés, donnant à ce personnage trop de relief, alors qu’il se doit de rester secondaire. Plaisant aussi, son étrange complet miroitant sur lequel viennent se réfléchir les querelles d’Albina. Des témoins de la version de Montpellier lui ont reproché un italien « exotique », mais je n’ai rien détecté de tel (et pour le coup, j’ai été doublement attentif).

 

 


 

 

Son mentor Marziano est incarné par une Marina De Liso stupéfiante, certainement dans ce qu’elle a fait de mieux. Si le travesti ne trompe guère, la diction reste percutante et chacune de ses apparitions laisse ardemment désirer la suivante. La musicienne embrasse avec bonheur la profonde tessiture du rôle, distribuant des graves sonores aussi jouissifs que presque douloureux à entendre, toujours audibles malgré la participation constante des cors et des cordes au complet. Un panache qu’on ne lui connaissait pas encore. Pour poursuivre dans une veine déjà exploitée ici, Marina est-elle un contralto ou un mezzo mal assumé ? Si les surprises de cette soirée nous poussent à choisir la première option, il manque toujours à cette chanteuse une véritable identité vocale qui fait la renommée et la valeur des contraltos « vrais » : Mijanović, Mingardo, Stutzmann, Prina et Lemieux pour ne citer que les principales pour le baroque (je crois que si j’ai oublié quelqu’un, je vais me faire taper sur les doigts, alors que j’ai tout de même cité Nathalie et Nicole, que je n’apprécie pas vraiment !).

 

 


 

 

Sous la tiare paranoïaque de Giulia, Raffaella Milanesi impressionne plus par son jeu que par sa voix. Elle semble fatiguée ce soir. Les extrémités du registre son incertaines, et la voix généralement bien mince. Pas vraiment de quoi faire surgir une impératrice affamée… sauf que Raffaella a plus d’un tour dans son sac. En un savant mélange de Cruella et des meilleurs moments d’Helena Bonham Carter, elle construit une mégère inquiétante et multiface, tout bonnement insupportable. Particulièrement crispante, est à retenir la scène finale du deuxième acte, où Giulia somme Salustia de lui révéler le nom de son assaillant, qui n’est autre que Marziano. Dans le quatuor claustrophobe qui suit, Giulia libère ses accents carnassiers dans les vers déjà très crus « Vorrei strapparti il cor », effrayant climax de ce dialogue de sourds.

 

 

           

 

 






















Cette diablesse donne un sacré fil à retordre à Salustia. Mais Maria Ercolano sait se défendre. Dans cette endurante figure de dévotion, il faut avouer qu’elle a fière allure. A commencer par son physique généreux qui s’oppose aux traits durcis, presque minéraux de Giulia. Le visage de Maria adopte naturellement le masque de la souffrance résignée. Dans cette même envie de s’offrir à autrui, la voix du soprano s’enflamme de teintes pleines de mordant, ensoleillées et vibrantes, que toute l’eau qui pleut sur la scène ne sait éteindre. Je ne l’avais encore entendue que dans un air de la Partenope de Vinci, avec une réverbération assez spectaculaire, et j’appréciai déjà beaucoup. Alors quand je vois que certains ici la traitent de sous-Invernizzi (hein Clément ?), je prends les armes ! Plus sérieusement, c’est vrai que les deux ont beaucoup en commun, mais comme je l’avais déjà dit ailleurs, n’est pas Invernizzi qui veut. Donc je rejoins l’avis de Clément… c’est juste que je trouvais le préfixe peu flatteur !

 

      

 

 






















 

Dans la tunique tiède et moite de l’époux de Salustia, l’androgyne José Maria Lo Monaco tente d’imposer un physique juvénile, presque infantile, avec ses bouclettes bien ajustées, agrippé aux jupons de sa mère, toujours assis en marge d’un trône trop impressionnant pour lui. Le mezzo est vocalement plus corsé que son interprétation scénique ne le laisse supposer, mais le timbre, beau par ailleurs, évoque trop celui de Marina, sans toutefois en assumer les graves. Alessandro, pâle figure déchirée par deux fortes femmes, ne brille pas non plus ce soir par la qualité de ses airs, si ce n’est sa plaisante parenthèse ornithologique, malheureusement interprétée forte, sans raison évidente. Seul, il ne chante rien à l’acte deux, son air « Giacchè gli affanni miei » ayant disparu, comme le récitatif qui le précède. Dommage car d’après le livret, il inspira peut-être un beau lamento à Pergolesi.

 

 


 

 

Sûrement car je ne suis pas un habitué des salles d’opéra (à mon grand regret), cette soirée restera pour moi le théâtre de bien de beautés, tant visuelles que musicales. La prochaine exhumation pergolesienne concernera certainement Il prigionier superbo, dont j’attends l’annonce avec impatience ! J’espère que ni Dantone, dont on pourra pleinement profiter en 2010, ni Florio ne seront à la direction… Ce sera peut-être l’occasion de découvrir quelques compétences insoupçonnées.

 

En attendant, je finis sur l’incontournable petite anecdote people. Cela concerne Raffaella Milanesi. Elle possède… un téléphone portable ! Oui, bon… je n’ai rien pu épier de plus croustillant derrière la vitre de sa loge.

 

 

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Published by Carlupin - dans Représentations
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commentaires

Caroline 24/06/2010 10:23



Le livret l'oratorio est disponible ici:


http://www.variantiallopera.it/variantiallopera/FENICE/libretti/I-N37-0.jsp



Licida 23/06/2010 18:06



Biondi vient de donner à Jesi un Pergolese totalement inconnu pour moi avec Invernizzi et Prina.


http://www.forumopera.com/index.php?mact=News,cntnt01,detail,0&cntnt01articleid=1782&cntnt01origid=57&cntnt01lang=fr_FR&cntnt01returnid=54


J'ai toujours cru que la première oeuvre de Pergolese était son San Guglielmo, quelqu'un connait ce Fenice sul rogo?



Carlupin 13/10/2008 18:51

Certains points que tu évoques sont l'occasion pour moi de préciser les particularités de la version de Jesi. J'ai pu voir quelques extraits de Montpellier et j'ai été surpris par cette histoire de glissements de terrain. Il n'y avait rien de tel à Jesi. Et je reconnais que l'idée laisse perplexe. Décevante aussi la scène des thermes, où les figurants se laissent aller à une exécution mécanique et irréfléchie, alors que de mon côté le rendu était beaucoup plus suspendu et langoureux. Je précise ça au cas où on croirait que je m'extasie devant trois corps sous un rideau d'eau... :o)Pour Prina... pfff si je ne l'avais pas citée tu aurais fait une remarque quand même, avoue ! ;-) Et puis Bardon est tellement rare, c'est pour ça que je l'ai oubliée ! Fin de la parenthèse mauvaise foi.

licida 28/09/2008 15:21

J'attendais de voir la retransmission TV avant de commenter cet article, c'est chose faite.
Donc merci beaucoup Carlupin pour cette présentation et ce compte rendu.
En ce qui concerne la mise en scène de Scarpitta, elle est vraiment très plaisante à l'oeil et l'humble dévoilement que tu évoques est vraiment très bien rendu. Par ailleurs l'idée de donner un amant (en l'occurence le blondinet Encolpe) à Salustia n'est pas mauvaise: elle permet d'éviter un certain manichéisme, sans toutefois ternir vraiment la figure éponyme aux yeux du public contemporain pour qui l'unicité amoureuse n'est plus une valeur intangible.
Par contre je serais plus critiques sur bien des points:
- d'abord ces figurants qui font bouger de droite à gauche les plateaux sur lesquels se trouvent les chanteurs; sans doute une façon de signifier l'instabilité baroque, mais franchement cela ne rend pas grand chose et surtout le procédé est trop répété.
- ensuite la "nudité" des figurants; le propos est de montrer la décadence romaine, on nous montre donc Ascylte et Encolpe tous droits sortis du Satyricon de Fellini, pourquoi pas, mais qu'alors on aille jusqu'au bout au lieu de se limiter à ces voiles et à ces fausses nudités féminines dont on ose même pas montrer la vraie poitrine (un peu comme ces tabliers pornos vendus au touristes et qui étaient déjà ridicules dans une Elektra milanaise qui se voulait archaïque). De même la scène aux thermes tombe dans le porno chic à la Carsen. Quitte à choquer (puisqu'apparamment les italiens de Jesi s'en sont offusqués), autant bien souligner le contraste. Je ne demande pas non plus du porno sur scène mais moins d'hypocrisie.
- enfin les costumes ne sont pas tous réussis: contrairement à toi ce n'est pas celui d'Albina qui me choque le plus (après tout Albina est la figure féminine repoussoire que l'on trouve souvent dans le seria, même si elle est généralement contralto - Bradamante, Carilda... - et sa moindre beauté n'est pas génante, d'autant que Varriale sait rester élégante en scène malgrè son physique imposant). Mais ce plastron mou pour Claudio qui lui fait des "abdos kro" en lieu et place de la cuirasse militaire c'est vraiment raté (pourtant j'aime assez le nouveau look d'Auvity). Enfin la juppette de Marziano qui fait croire que DeLiso est une soubrette déguisée en général romain pour Mardi gras, franchement c'est ridicule. Certes sa petite taille n'arrange rien mais c'est le boulot des costumiers que de s'adapter au physique des chanteurs.
 
Pour le chant proprement dit, j'ai été agréablement surpris par Auvity qui a gagné en grave et investit vraiment son rôle (contrairement à la Partenope avec le même Florio où il semblait s'emmerder comme un rat mort).
DeLiso est effectivement plus emportée qu'à l'habitude et son récitatif avant l'air final du I est vraiment prenant, mais je n'ai pas entendu de graves plus sonores qu'auparavant et les aigus ne sont distribués que trop parcimonieusement quand elle peut prendre le temps de les préparer (l'air de tempête du II la trouve vraiment en difficulté pour rendre l'enflement de l'onde et le matériel suit rarement les intentions). Un peu comme si on avait mis le tempérament d'Ann Murray dans une voix étouffée; pour moi elle est encore clairement en dessous de Mingardo qui a un peu le même genre de voix mate. (Et pour les contraltos Carlupin, tu sais bien que Prina n'en est pas une vraie voyons; et tu as oublié Patricia Bardon!!)
Je suis tout à fait d'accord avec toi sur Milanesi, la voix manque de brillant mais quel jeu de scène remarquable! Pour moi, c'est entre Vivien Leigh et Alida Valli: très contenu, tacite et néanmoins puissant avec des micro-gestes qui disent tout (le soulèvement de sourcil, les sourires carnassiers éclairs...)
Ercolano a vraiment quelque chose de touchant en scène qui ne passe pas par la voix ou en concert, je l'apprécie toujours même si je suis assez d'accord avec Clément sur ses faiblesses.
LoMonaco est vraiment un contraltino, dans ce rôle juvénile ça passe mais c'est vraiment limité. Et effectivement elle s'inscrit comme DeLiso dans la lignée de Mingardo sans avoir les même moyens.
Bref c'est une heureuse résurrection et malgrè les défauts de la distribution et de la mise en scène, on s'en sort vraiment bien. Et pour une fois que l'on joue vraiment le jeu du seria en scène sans le prendre facilement au gag, on ne va pas se plaindre. Pour une ville comme Montpellier c'était déjà un défi, remporté contrairement au réçent Figlio delle selve d'Holzbauer.

Clément 27/09/2008 13:43

Ce article ne suscite pas beaucoup de commentaires, mais je remercie Carlupin d'avoir pris la peine de donner ce compte-rendu. À l'écoute, et sans avoir le livret, on ne devine pas l'ampleur des coupes, d'autant que les récitatifs sont généreusement donnés – mais heureusement animés. Je suis content de voir que depuis la salle, tu as eu les mêmes impressions que moi avec la seule trace sonore, puisque je partage très largement tes avis sur les chanteurs et la direction. J'avais eu l'occasion de signaler ailleurs sur ce blog combien la prestation de Marina De Liso se distinguait étonnamment de ses incarnations précédents. Elle est parfois capable d'afficher une belle insolence dans les graves destinés au vieux Nicolino, qui avait encore de la réserve.Raffaella Milanesi intéresse mais il lui manque la facilité et l'ampleur de la ligne ici ou là, dans des airs parfois plus exigeants qu'il n'y paraît. Auvity en délicatesse dans l'aigu, étonnant, sans doute parce que le rôle est plus central pour celui qui excelle en haute-contre. QUant à Ercolano, bah... elle est meilleure ici que dans bien des rôles, pas tellement poussée à ses limites, et semble finalement plus adaptée aux rôles féminins : ses héros me paraissent trop geignards. Néanmoins, malgré les qualités frémissantes de son chant et son timbre personnel, je suis vite lassé par sa monochromie, le manque de poli de la ligne cantabile, la stridence de l'aigu, le manque de précision des graves écrabouillés, et le vibrato. Mais je ne demanderais qu'à être distrait de ces réserves par sa présence scénique.En tout cas, même si on reste loin de l'idéal, Florio propose là une distribution meilleure que ce à quoi il nous a malheureusement habitués.