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Il catalogo è questo

28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 15:24
EZIO
opera seria de Handel
(1732)

Ezio  Ann Hallenberg
Fulvia  Karina Gauvin
Valentiniano  Sonia Prina
Massimo  Anicio Zorzi Giustiniani
Varo  Vito Priante
Onoria  Marianne Andersen

 Il Complesso Barocco
Alan Curtis

Théâtre de Poissy
27 septembre 2008




C'est dingue ce que la passion vous pousse parfois à faire, comme par exemple sacrifier votre samedi soir pour aller écouter un opéra de Handel quasiment inconnu dans une banlieue qui n'est plus desservie par le RER après minuit, vous forçant donc à rentrer en bus de nuit que vous aurez préalablement attendu une heure... Bref mes périples de parisiens ne vous interessent sans doute pas, je ne disais cela que pour souligner le fait que ce concert valait le détour et que je ne m'étais pas gourré en le signalant en rouge dans mes pronostics. Parce que les difficultés de parcours n'ont pas été la seule épine dans le pied de cette soirée (oui moi aussi j'adore mon langage imagé!).

Déjà on a eu droit à la présentation du spectacle par le directeur artistique du théâtre de Poissy: franchement c'était nul. On nous dit que c'était un flop à la création parce que Handel aurait demandé un livret en italien à Metastase (mais bien sur! et Porpora en 1728 et il l'a fait avec quoi son Ezio?) et que les anglais, l'italien ça les ennuie (sic!), que Handel a lui même remanié la partition, et en s'embrouillant joliment on ne sait au final pas si on aura droit à la version charcutée de 2h ou à la complète de 3h. Je ne connais pas du tout l'oeuvre donc je ne remettrai pas plus en cause le propos du monsieur, juste sa clareté. En tout cas il semble qu'Alan Curtis travaille à cette édition critique depuis 3 ans et que le disque enregistré la semaine dernière sortira en mars 2009.
Accessoirement, Monsieur le directeur ne fait pas vraiment dans la modestie en prétendant être le théâtre "en France voire en Europe a avoir donné le plus d'oeuvres de Handel qui en a écrit plus de mille". Je veux bien ne pas compter le festival de Halle, mais dire cela à 30mn en RER du Théâtre des Champs Elysées, c'est tout de même crétin.
Pourtant il faut souligner l'audace de cette petite structure dont les saisons sont toujours intéressantes avec beaucoup de raretés et des distributions souvent excellentes, ce qui ne cesse de m'étonner quand je vois bien des distributions baroques tièdasses à Paris (les deux Jephta de cette saison par exemple).

Mais le pire, c'était... Dona Leon!! Elle était là! Alors Monsieur le directeur la remercie de sa présence, un des plus grands écrivains du monde (il avait même ramené un bouquin d'elle pour montrer que c'était vrai, elle écrit vraiment des livres! mais visiblement il n'avait pas lu puisqu'il ne se souvenait pas du nom de son héros!), la Dona Leon (prononcé comme le fournisseur de moules bruxelloises!) et  il l'a faite applaudir, non mais on est en plein délire là! Ce n'est pas la reine d'Angleterre non plus! Et après le concert, à minuit passé, c'était son annif à Mamie! Alors les chanteurs ont entonné Happy Birthday après que Curtis l'ait présentée comme "son inspiratrice et sa muse" (on comprend mieux maintenant ses qualités artistiques! gnarf).
Bon, je peux comprendre que les artistes la remercient, après tout, quelle que soit la bêtise de ses textes sur Handel et l'opéra, elle est un mécène qui a permis à Curtis de reprendre toutes ces oeuvres oubliées de Handel avec des distributions toujours plus luxueuses, alors qu'aucune maison de disque n'aurait voulu prendre ce risque. Donc rien que pour cela, il est normal de la remercier. Mais que le dirlo joue les faux-cul, franchement je trouve ça limite.


Passons aux choses sérieuses: l'oeuvre est finalement une bonne surprise. Par rapport au Tolomeo repris réçemment par Curtis, on est vraiment un cran au dessus. Dramatiquement ça se tient plutot bien, l'adaptation anonyme du livret de Metastase est plutôt réussie. L'histoire n'a rien de très original mais est bien ficelée avec de très beaux airs métaphoriques et dramatiques: Ezio revient en vainqueur d'Attila devant l'empereur Valentinien qui est jaloux de son succès et craint pour son trone. Ezio et Fulvia sont amants mais Massimo, le père de Fulvia va tramer un complot en utilisant sa fille pour faire assassiner l'empereur en accusant Ezio. Je vous passe les détails; Onoria sert de repoussoir et révèle la trahison de Massimon, quant à Varo, l'ami d'Ezio, en se refusant à le tuer comme ordonné par l'empereur, il permet le lieto fine. La distribution originale était brillante: Senesino en Ezio, Strada del Po en Fulvia, Montagnana en Varo et deux nouveaux: le ténor Pinacci en Massimo et l'alto Bagnolesi en empereur. Certains passages sont du meilleur Handel pour l'invention et le charme mélodique parfaitement intégrés au drame (notemment un air d'Onoria - je crois - avec des traits de violons désaccordés très interessant).


On peut lire ici et là qu'Handel ne fut pas inspiré par Metastase, et Curtis lui même a tenté de nous prouver le contraire en intervenant avant de commencer le II pour attirer notre attention sur la sinfonia introductive en sol mineur traduisant le doute de Massimo quant au succès de son entreprise. C'est bien tout le problème avec Alan Curtis, son travail critique est souvent très interessant et exhaustif mais ses talents artistiques et ceux de son orchestre le sont bien moins. On ne demande qu'à le croire, mais il est rarement à la hauteur de la mission qu'il s'est courageusement assignée. Il Complesso barocco est un ensemble qui a besoin d'une longue période de rodage avant d'être pleinement convaincant (comme l'a prouvé réçemment leur très bon Motezuma au TCE) et même s'ils progressent de jour en jour en rendant enfin ce "balancement" baroque, en épaississant la basse continue (clavecin, théorbe et viole - on est loin des errances de leur Rodelinda), en donnant enfin toute leur dynamique à certains airs qui furent très réussis ce soir, les vents restent assez médiocres (les fausses notes des hautbois!), les cordes pas assez colorées et l'ensemble mal ajusté. Du coup sur 3 heures de musique, ça ne tient pas la route et c'est vraiment l'excellence des chanteurs qui permet de rattraper le coup. J'espère cependant que dans les conditions du studio l'orchestre aura été plus convaincant. Quoiqu'il en soit, je les ai trouvé ce soir meilleur que dans Tolomeo: le drame leur sied mieux que l'alanguissement hédoniste.



J'ai déjà exprimé mes reserves sur Ann Hallenberg dans des rôles de castrat-alto comme Senesino ou Carestini. Ici encore malgrè ses remarquables qualités de diseuse, de musicienne et d'actrice - texte limpide, la moindre consonne sonne (oui c'est mal dit je sais!), présence en scène noble et puissante - elle ne descend que trop rarement dans le grave sans pouvoir réellement briller par ses aigus cristallins dans cette tessiture. Pourtant le rôle d'Ezio est bien moins virtuose que ceux qu'Handel écrivit pour Senesino, et ces lacunes dans le grave sont finalement peu génantes: non seulement car elle peut poitriner plus facilement et proprement que dans des airs à vocalises échevelés, mais aussi parce qu'elle peut prendre le temps de caractériser le personnages contrairement à ses Ruggiero ou Orlando que je trouvais un peu éteints. Elle nous gratifie donc de milles figures bel cantistes, d'ornements ciselés et d'une mise en valeur prosodique passionnante. Son "Se la mia vita" avec cors et hautbois concertants fut superbe.



Les mêmes réserves dans des rôles graves, je les repète aussi pour Sonia Prina (qui peut maintenant prétendre au poste de reine de la Tektonik avec sa coupe de cheveux - j'adore!). Or dans ce rôle d'alto bien corsé elle est souvent insuffisante: était-elle en méforme vocale? aurait-elle eu besoin d'un plus grand temps de préparation? Le fait est que j'ai trouvé ses vocalises vraiment difficiles ce soir alors que j'en loue habituellement la liquidité. Certes l'energie est toujours là, et bien là, les récitatifs sont toujours aussi prenant, mais les airs semblent laborieux et les variations trop superficielles et embrouillées. A sa décharge, le rôle n'est pas passionnant: les deux premiers airs donnent dans la virtuosité un peu creuse; le troisième est un air de déploration suspendu dans lesquels elle excelle et le dernier un air torturé assez efficace dont elle est spécialiste. Au final pour deux premiers airs pas franchement réussis, elle enlève haut la main les deux derniers. Le tout est donc loin d'être raté et je manque de points de comparaison pour distinguer la responsabilité de la chanteuse, de l'orchestre et du compositeur dans l'echec relatif des deux premiers. Je me demande d'ailleurs si une interprétation plus propre mais moins energique tiendrait la route.



Vito Priante est égal à lui même: la voix est vraiment TRES impressionnante, et dans un rôle de basse virtuose c'est toujours un plaisir. Mais je ne peux m'empêcher de lui reprocher de se reposer excessivement sur son volume vocal là où ce n'est pas nécessaire. Manier une voix grave de ce calibre dans les sinuosités de la partition est déjà une réussite en soi, mais bien souvent il utilise une massue pour enfoncer un clou, là où le marteau eut été suffisant. Dans le superbe air de triomphe "Gia risonnar", c'est fabuleux; mais pourquoi dépenser la même energie dans les airs précédents? Au détriment de la variété de l'interprétation et de la force d'impact introduite par le contraste avec le dernier air. A toujours vouloir tout chanter forte pour en imposer, il prend le risque de lasser: sur les 3 airs du rôle il n'en a pas le temps heureusement, mais qui peut le plus peut le moins et je suis certains qu'il gagnerait à plus de finesse.



A coté des ces trois forts caractères, nos Onoria et Massimo sont un peu en retrait: remplacant Christoyannis et Pizzolato, Anicio Zorzi Giustiniani et Marianne Andersen ont un profil assez similaire, une voix propre, un style très honnête mais un timbre trop commun et une personnalité trop effacée pour marquer réellement. Andersen me fait un peu penser à Hammarström pour la faciliter dans l'aigu mais sans le moelleux du medium. Deux prestations très honnêtes cependant, rien de mauvais.

Et j'ai gardé la plus belle pour la fin: Karina Gauvin. Je pensais naïvement être vacciné: je connais son Alcina par coeur, je l'ai toujours admirée dans tous ses rôles et je m'attendais à trouver cela simplement excellent. Et pourtant (et heureusement) elle m'a vraiment surpris! J'ai eu le sentiment de la rédécouvrir ce soir. Fulvia semble d'une évidence totale pour elle que c'en est à peine critiquable: le moindre défaut (notemment l'air qui passe et assèche les vocalises rapides) semble intégré dans la composition, ces aigus tirés comme des lames de rasoirs que l'on passe sur les veines m'ont mis au bord des larmes. Et pour tout garçon sensible que je suis, je précise que cela ne m'était jamais arrivé en concert ou à l'opéra. Elle fut tellement suprême que je me trouve bien embarassé pour vous détailler des éléments, des intentions dont l'impact émotionnel sur moi fut tel que je les distingue trop mal: dès sont premier air "Caro padre" tout était là, les récitatifs furent dit avec une authencité inouïe pour moi dans Handel et le "Ah non son io" (air très proche du futur "Ombre pallide" d'Alcina) m'a scotché, j'étais réellement fasciné au point de ne plus distinguer qu'un flou autour d'elle et de croire qu'elle me fixait dans les yeux sur la fin de l'air (je serai bien incapable de dire si c'était vrai ou imaginé tant je me sentais captivé). Je suis le premier à railler ces visions stéréotypées ("je ne voyais plus qu'elle"," elle flottait dans les airs" et blablabla) mais je dois avouer que mon cynisme en a été pour ses frais ce soir là. Bref je n'en reviens pas et je me précipiterais sur le disque pour tenter de retrouver cette émotion, je dirais même cette commotion.



Une soirée très réussie donc malgrè quelques réserves qui n'auront pas empêché de sentir la valeur de cet opéra qui est bien plus qu'un nouveau brouillon de Handel sorti d'un tiroir.

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Bajazet 29/07/2009 19:57

Bist du verliebt, Spatz ?

Licida 29/07/2009 19:35

En ce moment ma mémoire immédiate est celle d'un moineau. Cui cui!

Bajazet 29/07/2009 18:56

L'Ezio de Montpellier a été diffusé en direct hier soir, Licida.C'est même écrit sur la page d'accueil de céans.

Carlupin 29/07/2009 16:45

Oui j'ai voulu aborder ce sujet pour Cangemi, mais j'ai oublié ! 8) C'est vrai que sa voix a perdu beaucoup de sa franchise, et il y a surtout ce truc bizarre, dur à décrire bien sûr, mais souvent à l'attaque c'est un note beaucoup plus grave qui sort puis on passe tout de suite à la hauteur attendue. Il y a un rendu un peu animal, on croirait qu'elle se fait violence. Mais ce n'est pas nouveau, je me demandais juste si quelqu'un savait ce que c'est. Effectivement sur son récital au disque c'était un peu la panique, mais on est revenu à la normale, là.

Licida 29/07/2009 16:17

Merci Carlupin pour ce compte-rendu!
 
J'ai quelques réticences à aller écouter ce concert à Paris, d'autant qu'avec un peu de chance, Prina sera en congé maternité! :o)
 
Cangemi dans un tel rôle, je veux bien croire qu'elle en ait la sensibilité, mais à entendre ses derniers disques, j'ai tout de même des réticences quant à l'encrage de sa voix: son petit soprano faisait merveille en Dalinda ou Morgana, mais depuis la technique a vite viré au n'importe quoi et la voix s'est étiolée.
 
Ca passera à la radio d'ici octobre, pour m'aider à me décider? J'aimerai surtout avoir une idée de l'orchestre, pour découvrir un Handel c'est tout de même primordial et ça gêne pas mal avec Curtis.