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Il catalogo è questo

26 octobre 2008 7 26 /10 /octobre /2008 15:56
Comme on a gagné une heure, je me trouve dans une faille spatio-temporelle qui me permet d'écrire une fournée de mini-articles dont j'ai le secret. D'ailleurs, étant donné le nombre de concerts auxquels j'assisterai cette année, il se peut que ce service minimum du compte-rendu devienne plus fréquent, me permettant ainsi de consacrer mon energie à la présentation d'artistes voire d'oeuvres, soyons fous!


*Barenboim et le West-Eastern Divan à Pleyel (25.08.08)


Alors si vous pensez que je suis capable d'écrire quoi que ce soit sur les Variations opus 31de Schönberg, je suis désolé de vous décevoir, mais malgrè les leçons de David sur la question, je reste coit.
Par contre j'ai trouvé l'Acte I de la Walkyrie formidable: l'excellence de l'orchestre fut d'autant plus remarquable que, non seulement tous les membres sont jeunes, mais surtout qu'ils n'ont presque jamais l'occasion de répéter ensemble puisqu'ils sont originaires de presque tous les pays du Moyen-Orient. Daniel Barenboim (qui avait déjà oeuvré pour la tolérance en jouant pour la première fois après la guerre du Wagner à Jérusalem) s'est d'ailleurs fendu d'un long discours à la fin du concert, après avoir tapé la bise à TOUS les musiciens (certains ont même eu droit à double ration): si l'on ne peut qu'être d'accord sur le fond (la paix entre israeliens et palestiniens...) et même s'il prechait devant un public déjà convaincu, le symbole était fort quand on considère les embuches du projet (Barenboim a d'ailleurs été agressé par des extremistes à Jerusalem le mois dernier) et l'excellence du résultat. L'enthousiasme de la salle fut d'ailleurs inhabituel, et Barenboim de souligner (de mémoire) "je sais bien que vous étiez venu à ce concert avec indulgence pour l'orchestre, en ne vous attendant pas à quelque chose d'excellent", tout heureux d'avoir surpris l'audience.
Mais si l'on est pris dès le début par cette introduction à la fois cursive et laborieuse, la tension se maintient tout le long graçe à une Waltraud Meier solaire qui n'en finit pas de m'époustoufler et à au Hunding de luxe incarné par René Pape, trop élégant et noble pour le personnage certes, mais qui réussit à donner de l'intérêt aux peu de répliques que lui réservent la partition! Reste le Sigmund honnête de Simon O'Neill qui ne marque cependant ni par la beauté du timbre, ni par l'intelligence dramatique.



*Von Otter dans la Tragédie lyrique à Pleyel (10.09.08)

Après sa superbe Médée, on se doutait bien qu'Anne-Sofie von Otter n'était pas finie et qu'elle avait encore du talent à revendre dans le repertoire français du XVIIème et XVIIIème siècles, on ne se trompait pas. Pourtant ce concert fut inégal: si elle réussit parfaitement à composer un personnage de grande dame excentrique jouant les paysannes et chantant "Auprès du feu l'on fait l'amour, aussi bien que sur la fougère" de Charpentier, elle est incapable d'avoir le coté plébeien nécessaire au "Ma bergère est tendre et fidèle" de Lambert dont la gouaille est forcée et peu crédible. Par contre "Ombre de mon amant" du même Lambert fut un petit miracle de tristesse aussi profonde que pudique. Puis vint un très agréable "Celle qui fait mon tourment" chanté avec le sourire, l'esprit et en tappant du pied, réjouissant.
Jusqu'ici l'orchestre fut irréprochable, dans ce repertoire de chambre avec effectif réduit, les Arts florissants et William Christie savent faire preuve d'une finesse enchanteresse. Par contre la seconde partie a révélé leur "défaut" habituel dans ce repertoire: un coté trop violoneux, trop léger, qui manque d'assise et de prestance; je mets des guillemets car je conçois très bien que l'on puisse apprécier cette vision qui m'ennuie.
Dès lors l'invocation infernale de la Médée de Charpentier manquait d'effroi: certes je trouvais von Otter un peu trop soft dans cette scène, plus habitué à la ferme epaisseur de d'Oustrac ou de Hunt, mais ses qualités de diction et de tragédienne furent indeignables. Reste qu'avec un tel orchestre, j'ai pensé que Médée commandait sa tunique empoisonnée aux enfers comme d'autres vont chez Pizza Hut, les danses faisant ici office de musique d'attente.
Pour le "Cruelle mère des amours" de Phèdre, l'orchestre s'est montré plus convaincant, mais le "Quelle plainte en ces lieux m'appelle" a souffert de cette même absence de tension dramatique que doivent apporter la basse continue et les vents. Quant aux Fêtes d'Hébé, ce n'est pas vraiment le Rameau que je préfère, alors joué sur la pointe des pieds...
Un disque paraitra en 2010, une fois la tournée terminée, gageons que cela sera très profitable aux séances d'enregistrement.



*Hommage à Jerome Robbins à Garnier (24.09.08)

De Jerome Robbins je ne connaissais que la chorégraphie du célèbre film West Side Story et je me trouvais étonné de constater que, parmi les mordus de ballets que je fréquente, peu connaissaient ne serait-ce que son nom... maintenant je comprends pourquoi. Sans vouloir trop préjuger à partir de l'aperçu donné ici, il faut bien avouer que son travail n'a pas grand intérêt passées les années 50. L'entrée au repertoire En sol est une sorte de sous Balanchine assez ennuyeuse et le In the night un truc aussi joli-joli que casse-couille pour des Etoiles sachant briller avec de zoli costumes. Donc entre ces deux merdes oeuvres qui ne m'ont pas passionné, le Triade de Benjamin Millepied fit très bonne impression, j'ai particulièrement été séduit par le coté Alvin Ailey déconstruit (si vous comprenez ce que ça veut dire, je dis chapeau!) et par Audric Bezard à la fluidité et à l'energie remarquables.
Puis vint enfin The concert, chorégraphie satirique des années 50 qui fit la preuve du génie de Robbins: l'oeuvre se moque pêle-mèle des différents archétypes du public de concert classique mais aussi des petits rats, de leur danse niaisotte et de leurs erreurs, puis du défilé militaire pour finir en grand délire façon danse nuptiale des papillons. C'est super, y a pas à dire! Rien que pour cette pièce, cela valait le coup d'endurer les deux autres.



*Armide de Lully au TCE (16.09.08)

Bon je sais bien que j'aurais du croiser le fer avec David mais franchement je n'éprouve pas l'envie d'enfoncer ce spectacle dont la platitude m'a assomé. J'en ai dis deux, trois mots en commentaire à l'excellente analyse de Baja, cela suffira bien.

*Matthias Goerne à Pleyel (22.10.08)

Voilà par contre un concert plus enthousiasmant! Je ne connaissais de Matthias Goerne que son magnifique Wolfram à Bastille et n'avais alors pas remarqué son fabuleux talent de narrateur! Bon alors avant y avait l'orchestre de Paris dirigé par Christoph Eschenbach qui ont joué du Schuman (La Fiancée de Messine et le Konzertstück pour 4 cors), ok c'est bien, ça se laisse écouter (surtout le premier d'une noirceur qui oppresse et bouscule à la fois). Mais ce n'était qu'un prélude à ce fabuleux Knabenwunderhorn de Mahler. J'avais du écouter ça par Ferrier (?) dans ma jeunesse, mais je n'en gardais aucun souvenir: que c'est beau! Oui j'adore m'emerveiller devant ce que tout le monde connait déjà, du coup je me dispenserai de vous parler des mérites de l'oeuvre :o)
Le grand talent de Matthias Goerne ce soir (accompagné par un orchestre que je n'avais jamais entendu aussi attentif) fut de donner une continuité à ce recueil de lieder assez variés: plutot que d'incarner des personnages différents, on entend une seule personnalité protéiforme qui peut aussi bien se prendre pour un soldat que pour une enfant affamé, comme si tous ces masques (ces "personnae" comme disaient les latins) existaient en nous plus ou moins enfouis et que la musique permettait de les faire vivre, ou comment Goerne nous apprend que Mahler était un grand psychanalyste. Et c'est par la délicatesse de son chant que Goerne a pu incarner cet être aussi varié que polyphonique. Point de grossiereté pour la sentinelle initiale, point d'expressionisme puérile pour l'enfant affamé, point de scepticisme grinçant pour le jugement de l'âne pas plus que d'emportements démesurés pour le prisonnier libertaire, sans quoi ils sembleraient trop distants et ne se feraient plus echo, car leur communauté se trouve finalement dans le recueil lui même, ce sublime Urlicht. Et je vous vois craindre une interprétation trop polie, affadie par trop d'égalisation, à force de vouloir rapprocher, on perd la vitalité et la diversité du recueil: pas du tout. Car Goerne ne renonce pas à caractériser, il s'interdit de caricaturer, son incarnation n'en est que plus crédible: elle irrigue chaque lied, leur donne vie et particularité sans faire oublier leur origine commune. Splendide.



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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Licida 13/01/2010 11:42



Le disque von Otter/Christie est sorti!


 


http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/B002WBTA9W/



licida 01/11/2008 14:54

J'oubliais de dire pour le concert von Otter/Christie, qu'en bis nous eûmes droit à un superbe "Vos mépris chaque jour me causent mille alarmes" qui supplantera aisément en naturel la version chantée par René Jacobs.

DavidLeMarrec 29/10/2008 12:06

Goerne a beaucoup chanté ça un peu partout dans le monde, et laissé des bandes radios... Le brave homme.

licida 28/10/2008 13:45

Merci beaucoup, je vais me procurer ça. Même si je n'aime pas beaucoup Bonney; et puis de toute façon je pourrais compléter avec la retransmission radio du concert prévue le 6 novembre à 14h30.

DavidLeMarrec 28/10/2008 12:58

L'armistice inclut-il de ne pas violenter les sauvages Nordiques ?  :-) Le Cor de Chailly est la version la plus complète jamais publiée (un lied de plus que chez Abbado, mais il en manque toujours). Goerne y est très abondamment présent, mais attention, il ne chante pas l'Urlicht. Donc, pour Goerne : Der Schildwache Nachtlied, Der Tamboursg'sell, Das irdische Leben, Des Antonius von Padua Fischpredigt, Rheinlegendchen, Trost im Unglück, Lied des Verfolgten im Turm. L'Urlicht est assurée par Sara Fulgoni, Revelge par Gösta Winbergh (ce doit être son tout dernier disque), et le reste par Barbara Bonney (dans un très bon jour). L'orchestre de Chailly est absolument somptueux. Et avec la finesse des interprétations, en particulier Goerne et Winbergh, c'est à mon avis de très loin la version la plus intéressante du marché. Considérant que c'est aussi la plus complète... tu sais quoi faire.