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Il catalogo è questo

19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 22:30
Ezio
Opera seria de C.W.Gluck
sur un livret de Métastase
Créé à Prague en 1750

Ezio Sonia Prina
Fulvia Ann Hallenberg
Valentiniano Max-Emmanuel Cencic
Massimo Robert Breault
Onoria Mayuko Karasawa
Varo Julien Prégardien

Il Complesso Barocco
Alan Curtis

Théâtre de Poissy
18 novembre 2008


Ce soir là, Alan Curtis a enfin réussi son pari: prouver que certaines oeuvres oubliées méritent d'être appelées chef d'oeuvres. Après plusieurs tentatives plus ou moins echouées pour défendre des oeuvres oubliées de Handel, après un réussite plus franche pour ressuciter le Motezuma de Vivaldi, Alan Curtis finit par convaincre: cet Ezio n'est pas un opera seria parmi d'autres mais bien un chef d'oeuvre de Gluck et, qui plus est, un des plus beaux opera seria du XVIIIème siècle aux cotés de La Griselda (Scarlatti), Alcina, Orlando Furioso, Solimano ou Mithridate.

D'abord un point sur l'oeuvre. Il en existe deux versions: la première, présentée ici, date de 1750, la seconde est un remaniement opéré entre 1763 et 1764 dans lequel presque tous les récitatifs sont réécrits, beaucoup d'airs remplacés par d'autres tirés d'oeuvres antérieures de Gluck, trois airs remplacés par des neufs (dont le superbe "Se il fulmine sospendi"), quant aux airs conservés ils sont dopés par des lignes mélodiques doublées et des variations à foison. Signe du goût de l'époque, la veine dramatique et galante des années 1750 est supplanté par une exhubérance musicale plus flamboyante dont le Miithridate de Mozart est le superbe paradigme.
L'oeuvre est très contrastée: alternance entre airs de demi-caractère, airs furieux et lamenti, jusque dans les parties de chaque personnage dont la palette expressive est très étendue.
Gluck sera visiblement assez fier du résultat puisqu'il réutilisera plusieurs idées musicales dans d'autres opéras: le premier air de Massimo deviendra "Che puro ciel" dans l'Orfeo de Vienne, on retrouvera la poursuite des traits de violon du deuxième air d'Ezio dans le "Tremo" de Vitellia  (La Clemenza di Tito), tout comme l'ouverture et la marche (à l'identique), l'air d'Onoria au II se retrouvera chanté par Sesto ou l'air de fureur de Massimo par Tito avec d'importantes modifications (désolé pour l'imprécision sur le nom des airs mais je n'ai pas le livret chez moi et je m'appuis sur ma simple mémoire).
Le livret de Metastase a été sensiblement modifié comme il était d'usage à l'époque: dramatiquement cela a pour conséquence le sacrifice du personnages de Varo (un seul air) dont la psychologie est presque aussi inutile que celle d'un deus ex machina, son seul intérêt étant de dénouer le drame vers e lieto fine et il ne pourra pas chanter le déchirement entre son amitié pour Ezio et l'obeissance qu'il doit à son empereur. ; Onoria s'en sort un peu mieux (trois airs) mais c'est à peine si on lui laisse le temps d'exprimer sa rage.
Par rapport à la version de Handel (donnée en ce même lieu il y a 2 mois), Gluck s'embarasse donc beaucoup moins de véracité psychologique et accorde plus d'importance à la confrontation entre personnages: d'où des récitatifs enflammés et surtout un superbe trio à la fin de l'acte II.



Pour ce qui est du matériel discographique: lorsque Cecilia Bartoli sortait son album consacré au Gluck seria, elle fit la preuve qu'avant la célèbre Réforme dont il n'est pas le seul auteur, Gluck n'avait  pas composé que de la musique oubliable. Son programme incluait d'ailleurs un passionnant "Misera dove son... Ah non son io che parlo" tiré de cet Ezio. Plus tard deux enregistrements discographiques sont venus confirmer l'intérêt de cet opéra: la version de 1750 dirigée par Andreas Stoehr s'avère trop timorée (voire apathique) et les chanteurs trop sur leur gardes pour convaincre qu'il s'agit là de plus que de la jolie musique, même Cencic(Valentiniano) et Or (Onoria) semblent alors en retrait; la version de 1764 dispose par contre de la direction exhubérante de Michael Hofstetter et de l'Ezio stupéfiant de Franco Fagioli, malheureusement les autres chanteurs s'ils laissent deviner la beauté de cette musique sont plus affairés à ne pas se laisser submerger par la partition qu'à interpréter leur personnage, et la vaillante Netta Or ne chante plus que le petit rôle de Varo.



Et bientôt donc, en septembre 2009, sortira le disque, écho de cette soirée, disque qui se placera sans difficulté au sommet des enregistrements d'oeuvres de Gluck à coté de la trilogie française par Minkowski, il ne manque plus qu'un enregistrement au même niveau de La Clemenza di Tito pour que les mérites du Gluck seria ne soient plus contestables. En attendant, la retransmission vidéo de ce concert aura lieu sur Mezzo en janvier 2009: enfin une occasion pour beaucoup de voir Hallenberg, Cencic et Prina dans des rôles à la mesure de leur talent.

Alan Curtis et une belle plante

Il Complesso Barocco était ce soir en petit effectif (je n'ai pas la partition, si quelqu'un avait le moyen de vérifier l'effectif original ce serait sympa); ils ont commencé de façon très très précautionneuse et puis après un petit temps de chauffe, la machine s'est lancée et je les ai retrouvés presque aussi bons que pour leur Motezuma au TCE. Il n'y a pas à dire, ils sont vraiment meilleurs dans un repertoire plus évidemment mélodique que celui de Handel: ils ont plus de sensibilité que d'esprit, d'où des echecs quasi systématiques dans Handel et de vraies réussites ailleurs pour peu qu'ils preparent longuement les oeuvres. Je suis heureux en tout cas de les voir progresser: tant de distributions frisant l'idéal gachées, je n'y tenais plus.
Les cordes se sont montrées excellentes, attentives à la vivacité du drame et à l'unisson; les cors n'ont pas canardé (une seule fausse note pardonnable), seuls les vents étaient un peu en retraits, mais la partition les flatte surtout dans les airs en tant que solistes et non dans les ensembles. La direction d'Alan Curtis fut équilibrée et précise: quel contraste pour l'air syllabique de Valentiniano au I, si on le compare avec la version éteinte de Stoehr! Bien des airs ont ainsi enfin révélé les beautés que le disque ne laissait que timidement supposer et la folie de Fulvia n'avait pas à souffrir la comparaison avec l'idéale version de l'Akademie für alte Musik de Berlin dans le récital Bartoli.



En Empereur Max-Emmanuel Cencic surclasse ici son interprétation au disque: il n'est qu'à écouter les variations audacieuses de son premier air pour entendre la différence. En confiance, il peut faire montre de ses impressionnantes ressources vocales et surtout de son goût exquis: ces cadences frisent la perfection. S'il a commencé son premier air sur ses gardes avec une voix qui sonnait petite, c'était sans doute pour laisser le temps à sa voix de se déployer et pour s'économiser devant la longueur de l'air. Autre sujet d'admiration: dans les récitatifs sa voix est parfaitement timbrée, attenuant ainsi le contraste avec les airs. Et l'on peut ajouter que la tessiture est toujours aussi extraordinaire pour un contre-ténor. Seul léger reproche: si l'attitude est parfaite, les inflexions de l'acteur sont parfois trop galantes pour l'empereur que l'on souhaiterait moins gracieux et plus autoritaire.


Premier air de Valentiniano chanté au disque par Cencic


Face à lui Sonia Prina est bien plus à sa place en Ezio gluckiste qu'en Valentiniano handelien: le rôle lui permet de faire montre de la variété de son talent, aussi bien dans un air virtuose (qui frolait le délire vocal de son "S'impugni la spada") que dans le lamento de prison où sa musicalité et son cantabile font merveille. Maintenant je ne vais pas m'étaler sur ses qualités, il n'y a rien de neuf, que de l'excellent, et j'ai suffisemment détaillé ses mérites ailleurs.

Photo: Terrence McCarthy

De même pour Ann Hallenberg, une autre diva tutélaire de ce blog, qui trouve en Fulvia un rôle de mezzo colorature idéal dans lequel elle brille bien plus que lorsqu'elle joue les contralto, d'autant que sa projection est alors autrement plus glorieuse. Cet air galant et virtuose qui conclut l'acte I, je ne l'avais pas même remarqué au disque, ici il brille de mille feux et rappelle les plus belles pages de Hasse. Son registre aigu sonne toutefois plus dur qu'autrefois, un peu moins facile, soulignant ainsi la cassure avec son medium.
C'est particulierement sensible dans le dernier air qui peut toutefois rivaliser sans peine avec la version Bartoli, mais quand cette dernière amenait l'aigu sur "che de-li-rAAAAr" de façon plus naturelle, Hallenberg n'a pas d'autre choix que de survaloriser cet aigu; je n'ai pas l'oreille absolue et serait bien incapable de dire si la note en question a la même hauteur chez les deux dames, mais psychologiquement cela prend un sens différent: chez Bartoli la folie augmente sur la phrase et explose dans l'aigu; chez Hallenberg le personnage semble ailleur sur la phrase avant cet aigu d'effroi qui sonne comme une soudaine et violente confrontation à la réalité: la mort de son amant.
Enfin tout comme Cencic et Prina les récitatifs sont portés à leur plus haut degré d'exécution: timbre plein, aucune consonne ne manque à l'appel, et le jeu est parfaitement maitrisé jusque dans l'inflexion des sourcils.



Passons maintenant aux chanteurs que je découvrais: le premier est une bonne surprise, Julien Prégardien (un lien de parenté avec l'autre célèbre Prégardien?) possède une belle voix et un sens du style évident, dommage que son attitude en scène soit un peu trop effacée et l'acteur aux abonnés absent, mais étant donné son rôle embryonnaire, c'est bien pardonnable.


J'ai un peu frissoné lors du premier récitatif de Mayuko Karasawa, la technique semblait plus aléatoire encore que celle de Sonia Prina, et étrangemment elle poitrinait pour les notes dans le medium... Au final c'est une voix aigu assez stridente qui manque d'assise, mais l'enthousiasme de l'actrice et son application à ne pas sacrifier les notes graves malgrè les efforts hasardeux que cela lui coutait, sauvèrent largement son interprétation. On peut aussi déplorer une tendance à surarticuler le texte ("aRRRRRRRogante!") qui rends son élocution très cassante, mais cela ne nuit pas au rôle et lui donne même un certain relief bienvenu.



Et pour terminer le point noir, mais alors pas un petit, ce fut le Massimo de Robert Bréault. Confier un tel rôle à un ténor inconnu (de moi du moins) à l'évidence en fin de carrière relève déjà du pari très très risqué, mais alors là... c'est un remplacement de dernière minute? La voix est en ruine, à plusieurs reprises certaines notes sont graillonées (!!!!!) alors même qu'elles ne sont ni aigues ni prises à un tempo rapide, on ne compte plus les fausses notes, les départ en retard, l'italien est sali par un accent français grossier, et l'intonation ferait plus penser à un déchiffrage chez soi qu'à un concert: pourquoi diable commencer les phrases de façon sourde pour ouvir la voix sur la fin? une distorsion de bande sonore. Inutile de préciser que l'acteur est rudimentaire et que le sens du style se limitait à des atterissages en douceur. Il a un site internet pour ceux qui voudraient en savoir plus avec des extraits audios pas dégueu, à mille lieux de ce que l'on entendu ce soir.





Sinon je ne peux m'empecher de dézinguer le discours de Monsieur le directeur, qui, non content de nous faire perdre le quart d'heure qui nous aurait permi d'avoir le dernier train pour Paris (et de ne pas attendre le bus de nuit pour rentrer à 2h du mat' chez soi!), le fait en enchainant les stupidités. J'avais déjà détaillé sa flagornerie leonesque lors du concert Handel, mais là on touche le fond. Enregistrement par Mezzo oblige, Monsieur fait le cabotin en arrivant dans le public, micro accroché au revers de sa veste et il nous explique:
- que la soirée est filmée par Mezzo en HD Haute qualité (vive la redondance)
- par des cadreurs qui sont ceux du grand cinéma français (rien que ça!)
- qu'on ne peut pas parler de Gluck sans évoquer Marie-Antoinette (t'as raison Gaston! surtout pour un Gluck seria créé à Prague!)
- laquelle avait d'ailleurs une jolie voix puisqu'elle chantait dans Le Devin du village du Rousseau (autre explication possible: c'est la reine, c'est tout!)
- la même protégeait d'ailleurs un jeune auteur inconnu, et Christian de nous jouer au clavecin les premières notes d'"Ah! vous dirais-je maman", ahah il parlait de Mozart ce grand blagueur (juste une précision, Mozart a écrit des variations sur "Ah vous dirais-je Maman" et non le théme!)
- que Gluck est souvent présenté à Poissy, par exemple toutes les versions d'Orphée: pour mezzo avec Podles (laquelle peut légitimement prétendre au rang de contralto, mais bon) en 1992, la version de Vienne avec Jacobs et la version Berlioz avec Minko et Croft (pas de chance, cette dernière c'est la version de Paris qui n'a rien à voir avec Berlioz!)
- mais bon l'essentiel c'est que cet Ezio de Gluck est une véritable résurrection puisqu'on ne l'a plus entendu depuis la reprise de 1764 (sauf pour ceux qui ont acheté les disques ou qui ont assisté aux représentations dont ils découlent évidemment...)
- "le disque, enfin non le coffret discographique parce que c'est tellement long que cela ne tient pas sur un seul cd, est enregistré ce soir" (merci de la précision)
Dommage qu'il ne nous ait pas dit que Christoph Willibald était dans la salle pour la résurrection de son oeuvre...
Je trouve tout de même affligeant que quelqu'un qui se dit directeur artistique étale ainsi son inculture et son impréparation de façon flagrante. De là à penser qu'il n'est pas entièrement responsable de l'orignalité et du prestige de sa saison...


Enfin quelques remarques sans interêt glanées à Tapetteland: Prina rocks! (comme toujours) et a enfin changé de photo dans les programmes; Cencic a de nouveau des cheveux; Julien Prégardien ressemble à Julien Doré; Curtis aurait pu être un ministre de l'échiquier anglais; Bréault a le même profil que Raymond Devos et se lèche souvent les babines; Hallenberg regarde ses collegues en scène avec une bienveillance maternelle et le premier violon ressemble à Miranda dans Sex & the city. J'espère que vous saurez apprécier ces informations à leur juste valeur.

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Bajazet 28/10/2010 01:01



« N'est pas Bernard Gavoty qui veut ! »


 


Ça au moins c'est une bonne nouvelle 


 


Dis donc, Licida, il est sympa, ton blog torchon, mais tu dégriffes aussi ?






Frederic 27/10/2010 11:15



Je ne sais pas si l'intervenant au dessus utilise un pseudo, dans ce cas au moins un de ses arguments tombe de suite, sinon, eh bien je croyais les artistes meixu élevés et moins susceptibles aux
critiques, d'autant plus que celle-ci n'était pas mauvaise sur le plan des musiciens et des chanteurs (hormis le cas Breault)...Evidemment Licida a osé critiquer un dirtecteur de théâtre,
pourquoi pas critiquer le metteur en scène pendant qu'on y est ?



Licida 26/10/2010 21:41



Huhu!  Je dois avouer humblement que je n'en espérais pas tant!



CHORIER 26/10/2010 20:57



Bonsoir, je visualise à l'instant votre "blog-torchon"  digne de la personne lâche, poltronne et maladroite qui se cache sous l'anonymat...


Sachez Monsieur que je fais ce métier depuis 37 ans et que pour accéder auxpostes que j'ai eu le plaisir d'accéder, il faut avoir - ne vous en déplaise - quelques qualités !


Au fait, savez vous lire une partition de chef d'orchestre ? 


Je ne souhaite pas perdre plus de temps avec des individus de votre espéce. Je préfère discuter avec des personnes intelligentes, honnêtes, compétentes et moins prétentieuses que vos commentaires
irréalistes... et souvent grotesques !


A votre place, je commencerais à prendre des leçons de chant et je me ferai un plaisir d'aller vous applaudir quand vous serez une star !


A bon entendeur....


Christian Chorier


http://chorier.blog.fr


 


NB - Oserez vous vous dévoiler au grand jour, Monsieur le "Faible et l'imposteur" ?


J'espère que ce commentaire qui remet les "pendules à l'heure" sera publié... n'en déplaise à l'auteur de ce blog triste et inintéressant. N'est pas Bernard Gavoty qui veut !



Michel Swierczewski 24/03/2009 09:39

Cher Clément,Soyez-en sûr... Nous ferons le maximum pour que les sous-titres soient les meilleurs possibles... dans la version anglaise.En effet, MicMacMusic Limited, productrice de ce film et société basée à Londres que j'ai l'honneur de diriger, est une entreprise Internet et donc ciblée pour un public mondialisé qui, dans sa très vaste majorité, est anglophone et pas francophone. Il en est de même pour nos clients qui téléchargent les films HD.Looking foward to welcoming you soon on MicMacMusic!With best regards.Michel Swierczewski