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26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 18:00

Récital, Opéra de Lyon, dimanche 18 janvier 2009.


Anna Caterina ANTONACCI
Donald Sulzen, piano



© Pascal Victor

*************************

Programme : « Diva Belle Epoque »

 

Gabriel Fauré (1845-1924)

Cinq mélodies de Venise

Mandoline

En sourdine

Green

A Clymène

C'est l'extase langoureuse


 

Reynaldo Hahn (1874-1947)

Tyndaris

Phyllis

Fumée

L’énamourée

Le printemps

 

Alfred Bachelet (1864-1944)

Chère nuit

 

Entracte

 

Richard Strauss (1864-1949)

Einerlei

Morgen

Zueignung

 

Paolo Tosti (1846-1916)

My memories

Love me !

Summer

Once more !

Love’s Way

 

Pietro Cimara (1887-1967)
Scherzo Ballade

 

Arturo Toscanini (1867-1957)

Nevrosi

 

Ottorino Respighi (1879-1936)

Nebbie

 

Pieradolfo Tirendelli (1858-1937)

Amor, Amor !

 

Riccardo Zandonai (1883-1944)

« Paolo, date mi pace ! » extrait de Francesca da Rimini

 

 

Rappels :
(Ravel, peut-être ?) : Ahi ! (ce n’est certainement pas le titre ! ^^)
Poulenc :
Les chemins de l’amour
?: Sto crescenno (Lu Cardillo)



 

 

*************************

 

Impressions lyonnaises et rémanence antonaccique.

 

 

C’étaient Berlioz et Viardot, initialement prévus dans le programme, qui avaient d’abord retenu mon attention, mais ce n’était alors qu’une ébauche de récital et cela semblait bien vague encore ; quand ce le fut moins, ces deux-là avaient disparu et un programme « Belle Epoque » était clairement annoncé. Je connais particulièrement mal cette période ; j’imagine a priori une voix un peu haut perchée, une élégance dite parisienne, un petit air léger et désabusé tout à la fois, un petit rire de gorge pour effacer une larme naissante, une gorgée d’une chose couleur de paille avec des bulles dedans pour se griser un peu, le tout noyé dans une attitude teintée de mondanité. Cela ne correspond pas vraiment à la première image qui me vient à l’esprit au nom d’Anna Caterina Antonacci, que d’ailleurs je n’avais vue jusque-là que dans des productions scéniques ; ce récital était donc une première (et à vraiment plus d’un titre puisque c’était aussi, apparemment, son premier récital en France) dont j’étais particulièrement curieuse.

 

 

Quand l’esquisse d’un sourire est devenue une habitude, pour ne pas dire une obligation d’usage (que ma petite mondaine d’imagination n’oublierait jamais !), y a-t-il beaucoup de chanteuses qui se permettent une telle entrée en scène ? Morgue ? Défi ? Naturel ? Carapace ? Au fond, je ne sais ; mais j’ai repensé à Stendhal et ce qu’il notait des Romaines : « Une Romaine regarde la figure de l’homme qui lui parle comme le matin, à la campagne, vous regardez une montagne. Elle se croirait extrêmement sotte de montrer des dispositions à sourire avant qu’on ne lui dise quelque chose qui mérite qu’elle rie. » (Promenades dans Rome, 12 déc. 1828) Oui, un sourire, cela se mérite, il ne suffit pas d’être là pour y avoir droit. Il ne viendra donc qu’en son temps ou ne viendra pas ; mais si par bonheur il s’impose, il en sera d’autant plus remarquable et chaud qu’il semblera franc, signifiant et flatteur aussi, au bout du compte. Et puis Antonacci n’est pas Romaine, il semble y avoir en elle quelque chose du sud, une terre plus rude, une difficulté à y vivre, une beauté finalement inconfortable. Je contrarierai Stendhal : ces traits-là ne sont certes pas immobiles !

L’entrée donc, dans une robe noire qui enroule le corps dans deux pans liés par un cordon noué sur la hanche, dessous une mousseline noire laisse transparaître les bras, du poignet jusqu’au coude une partie des manches porte de la broderie noire, le col est en arrondi. Dessus, un collier de grosses perles arrive au niveau de cette croix grecque, perlée elle aussi, qu’elle semble porter souvent. Pendant que je suis dans les bijoux, notons aussi une grosse bague à l’annulaire de la main droite. La robe est longue, mais n’arrive pas jusqu’au sol, elle laisse voir des chaussures à semelle de peut-être deux centimètres d’épaisseur et des talons qui semblent en faire douze, avec une large bride à la cheville. Sur une vingtaine de centimètres, le bas de la robe est doublé à l’intérieur d’une bande chamarrée, dans les jaunes et les oranges, qui ne manque pas d’attirer le regard lorsque la robe s’entrouvre pour suivre la démarche. Les cheveux sont lâchés sur les épaules, mais retenus sur les côtés par deux mèches qui se rejoignent à l’arrière.

 

Diseuse, elle l’est, incroyablement. Ne revenons pas sur ce français qu’elle fait glisser, couler, sans que jamais l’oreille ne soit arrêtée par une syllabe étrange ou étrangère, mais je suis tout de même toujours frappée par la justesse de l’intention, parce que si tout glisse, c’est sans fadeur, elle sait trouver un relief dans le texte, ces petites aspérités trop souvent gommées et qui pourtant donnent de l’intérêt à ce qui, avec une autre, passerait trop gentiment, tellement qu’on ne le remarquerait même pas ; il ne s’agit pas d’insister, mais de dire bien et par là d’emmener celui qui écoute et qui regarde là où il ne savait pas qu’il y avait un chemin. Elle n’était pourtant pas complètement à l’aise au début de ce récital, la voix n’était pas encore tout à fait là, à un moment, elle a même démarré plus tôt qu’elle ne le devait, mais peu à peu la voix et le geste ont pris de l’assurance et se sont imposés toujours davantage. D’ailleurs lors des mélodies de Fauré, elle a eu très peu de gestes et presque aucun mouvement du corps. Pour celles de Hahn, son maintien était déjà plus souple, et puis un pas ici, deux là. Cependant l’expression était souvent simplement portée par la position de la main : un doigt plié, un autre qui se tend, tous qui reprennent la même position. Cette main claire et longue sur le noir de la robe ou du piano retenait incroyablement l’attention. C’était la gauche qui parlait évidemment toujours en premier ; la main nue. C’est elle qui exprimait le plus. Lorsque l’autre venait la soutenir, c’était que la tension montait, que le drame se jouait et la voix s’enflait, puis elles se quittaient, c’était fini, l’histoire était racontée. Parce qu’ici il ne s’agissait pas d’incarner un personnage, mais bien de raconter de petits moments, de petites empreintes de vie, une atmosphère, un souvenir, une fumée (superbe !).

 

Le premier lied de la seconde partie ne m’a pas transportée d’enthousiasme, je dois l’avouer ; Antonacci en allemand, c’est de prime abord tout de même surprenant et je n’ai guère accroché. Mais il allait se passer quelque chose d’inattendu : lors du deuxième lied, alors qu’Antonacci commençait à chanter, une petite silhouette qui semblait frêle et un peu voûtée s’est levée en laissant claquer son siège, a enfilé son manteau et est sortie de la salle en prenant bien son temps et en semblant comme taper du pied à chaque pas qu’elle faisait ; voilà une petite vieille qui sait se faire haïr ! Je ne pourrais pas dire qui, de la salle ou de la chanteuse, a réagi en premier. Toujours est-il que la salle n’a pas tardé à manifester sa désapprobation face à ce qui venait de se passer et de la plus belle manière qui soit : par la qualité de son silence. Jusque-là le Lyonnais m’avait semblé particulièrement tousseur, voire bavard ; là, tout à coup, le silence, le vrai, celui qui laisse résonner la voix, qui lui laisse prendre le pouvoir, capter chaque regard, taire chaque respiration, ce silence dans lequel chacun s’efface, disparaît pour se fondre dans l’air qui vibre au son d’une voix, d’une seule, celle qui claque, qui sonne, qui se donne aussi. Parce que quelque chose avait changé aussi dans l’attitude d’Antonacci et curieusement son allemand était plus net, plus franc. Est-ce la qualité d’écoute qui a galvanisé la chanteuse ou elle qui a su faire taire et captiver la salle ? L’important est que nous nous soyons retrouvés dans ce silence-là à point nommé. Et son Zueignung fut magnifique ! (rien à voir avec celui de 1995 à Milan que certains pourraient connaître) Bilan des courses : explosion d’applaudissements et satisfaction manifeste de la chanteuse. Voilà ! Il venait là, le sourire !

 

Après cela, Antonacci a semblé comme soulagée, libérée aussi. Les mélodies de Tosti en anglais ont bénéficié d’une expressivité plus tangible, par la voix plus assurée, mais aussi par les mouvements en scène qui osaient davantage. Elle semblait vraiment plus à l’aise, même si elle avait besoin de jeter de temps en temps un œil sur les partitions, on gagnait en force de jeu, d’une certaine manière l’interprétation devenait plus physique (Once more !…m’a fait forte impression ^^).

 

Pour la dernière partie du récital, une autre langue encore. La sienne.

Tout est dit, non ? A l’aise, en voix, sur ses terres… que pouvait-il se passer ? La diseuse est devenue véritable conteuse, jouant avec tout, avec nous. Elle a raconté « Una notte » ; elle s’est enflammée sur Nevrosi (houlala ! ce « Vorrei baciarti il crine » !) ; Médée a profité des Nebbie pour la traverser l’espace d’un instant (la nuque qui se raidit, la tête qui s’incline très légèrement et le regard qui part sur le côté et bien au-delà de ce qu’il peut voir) ; Amor, amor ! pour tout expliquer, mais il est mort, l’amour du coeur ; et puis, cet air d’opéra pour finir, d’opéra, je ne sais pas pourquoi, mais pour finir, oui, car ce n’est certainement pas un hasard si le dernier mot en est pace et ce n’est pas la première fois qu’Antonacci termine ainsi, Era la notte se finissait aussi sur ce mot-là...

 

 

Le programme était terminé, mais les applaudissements nourris, les pieds frappeurs, alors nous avons eu droit à trois airs pour les rappels. Le premier aux couleurs hispaniques, véhément et très enlevé, fut allumeur d’enthousiasme, mais un peu frustrant par sa brièveté.

Alors vinrent Les chemins de l’amour. Le public tout frémissant en reconnaissant un air qui lui évoquait peut-être sa grand-mère ou son arrière-grand-tante, oublia certainement bien vite les références familiales des fins de journée guillerettes et des voix de tête chevrotantes. Ces chemins-là, dimanche, ne s’entonnaient pas en chœur, ils étaient bien trop charnels pour ça, troublants et touchants tout à la fois… Lu cardillo est en dialecte dont on ne comprend pas tout, mais elle s’est approchée un peu plus près pour nous faire sentir qu’il y avait là-dedans un peu de confidence, un peu de folie, un peu de menace et des promesses aussi… Mais pour cette fois, c’était fini.

 

Au fait, comment regardez-vous les montagnes, vous ?

Il est bien possible que j’en aie vu une dimanche, que je l’aie appelée « Madame » et que je lui aie souri souvent.

;-)

 

C.

 


 

[Les textes et les notes de programme concernant notamment la musique et son contexte sont disponibles ici ]




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Published by Caroline - dans Représentations
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Caroline 16/03/2011 10:48



« et puis, cet air d’opéra pour finir, d’opéra, je ne sais pas pourquoi »


 


… une explication possible  :


Le 8 mars dernier, lors d’une rencontre publique, AC Antonacci a évoqué l’exercice du récital, précisant qu’actuellement c’était pour elle un amusement, une passion et un véritable choix qu’elle
concevait comme devant être un spectacle pour le public et qu’elle pensait à ses réactions qu’elle recherchait et voulait susciter. Elle a dit aussi qu’avant, elle pensait que le récital
était plutôt vu comme une punition par le public, alors, s’il restait jusqu’à la fin, il était récompensé par des airs d’opéra qu’on lui chantait pour terminer le programme.


 


Ecco ! J’ai ma réponse ;-)


Merci, Sylvie !


 




Piero1809 18/02/2011 21:48



J'ai bien aimé votre texte sur A.C. Antonacci. Concernant Lu Cardillo, merci pour le texte qui correspond bien avec celui que j'ai déjà. Votre commentaire est adéquat, il y a beaucoup de folie,
de menace et de promesses cruelles dans ces paroles. C'est très rare, à ma connaissance, dans le chant napolitain traditionnel. 



Caroline 15/02/2011 16:04



Sto crescenno nu bello cardillo
Quanta cose che l'aggio 'mpara'
Adda ire da chisto e da chillo
Ll'immasciate po' m'adda purta'
Siente cca' bello mio lloco 'nnante
',c'e' na casa 'na nenna 'nc'e' sta
tu la vide ca nun  distante chella nenna aje da ire a truva

si la truove ca stace durmenno
pe' 'na fata gue' nun 'a piglia'
nu rummore nun fa cu li penne [qqc comme : scell]


gua cardi tu l'avissa sceta
Si affacciata po' sta a lu barcone
Pe' na rosal'avisssa piglia'
Gue' cardi' vi' ca ll'a' nun te stuone
Va vattenne cardi' n'addura'

Si la truove che face l'ammore
'stu curtiello 'nnascunnele cca'
'nficcancillo deritto allu core
e lu sango tu m'aje da purta
Ma si pensa vatti chianu chianu


Zitto zitto te nce l'aje accusta

Si afferra po' te vo' co' la mano
Priesto 'mpietto tu l'aje da zumpa'



Si te vasa o t'afferra Ti accarezza te vasa cianciosa tanno tu l'aje a dire accussii':
lu patrone po' te nun reposa
puveriello pecchè adda muri'
Ti accarezza te vasa ah… Viato
chiu' de me tu si certo cardi'
Si cu' tico cagnarme m' dato voglio dopo davvero muri'

A me e stongo 'cca
Vaso e jastemm
Sulamente pe' sfuga'
Fuosse dtu tiempo ce da'…




Caroline 15/02/2011 16:03



Merci Piero pour le résumé :-)


D'après un texte trouvé sur Internet et l'enregistrement de la radio anglaise de ce Lu Cardillo, je mets en-dessous ce qu'elle semble chanter (c'est plus ou moins
ça...). J'ai rayé et mis en couleur ce que je n'entends pas ou ce qui me semble changé.



Piero1809 13/02/2011 16:39



Lu Cardillo (Le chardonneret) est un chant napolitain traditionnel anonyme datant probablement du début du 19ème siècle. Le texte parle d'un individu extrêmement jaloux qui élève un chardonneret
pour espionner une jeune femme. Il indique à l'animal la maison de la belle et le met en garde: si cette dernière se montre à la fenêtre, il la prendra pour une rose et risquerait d'être étourdi
par son parfum...La strophe suivante est très brutale...Je n'aime pas la chanter bien que la musique soit superbe.Je serais curieux de connaître le texte qu'Anna Caterina Antonacci a utilisé.


Cordialement


Piero