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Il catalogo è questo

26 janvier 2009 1 26 /01 /janvier /2009 23:01

D.Scarlatti

Tolomeo ed Alessandro
(1711)



Ann Hallenberg, Tolomeo
Véronique Gens, Alessandro
Klara Ek, Seleuce
Roberta Invernizzi, Elisa
Theodora Baka, Araspe
Tuva Semmingsen, Dorisbe


Il Complesso Barocco

Alan Curtis, direction


Théâtre des Champs-Elysées

17 janvier 2009





Je n'ai jamais été convaincu par Domenico Scarlatti en tant que compositeur d'opéra: pour peu que pouvait m'en laisser juger un Tetide in Sciro polonais et l'Ottavia dirigée par Florio l'été dernier, à force de vouloir sonner archaïque, sa musique sonne simplement ordinaire. J'attendais donc ce soir là d'une si belle distribution la preuve du contraire, si mon jugement a un peu évolué, il reste le même sur le fond: papa a fait bien mieux! Domenico Scarlatti brille surtout dans le repertoire chambriste (les célèbres sonates ou les cantates avec un accompagnement très réduit), il n'est pourtant pas mauvais orchestrateur (l'ouverture est d'ailleurs assez prometteuse), mais il ne sait pas mener de front la voix et un grand nombre d'instruments, d'où sa quête de l'archaïsme à mon sens: si les récitatifs sont assez réussis, les airs tombent très vite dans le générique, c'est toujours agréable mais cette séduction s'évanouit très vite, on ne retient aucun air ni ne se trouve transporté sur l'instant.


Il faut dire que le livret n'aide pas: j'avais déjà oublié à quel point il était raté, mais pour la version Handel (présentée la saison dernière au TCE déjà par Curtis) il avait été remanié et orienté vers un charme plus délibérément pastoral, l'action étant clairement reléguée au rang du prétexte, le spectateur de l'époque connaissant de toute façon la trame stéréotypée par habitude. Et Handel avait su prendre son parti de ce remaniement en composant une partition délicieuse mais sans grande inspiration dramatique qui dépassat le cadre de l'air. Or Scarlatti est bien obligé de composer avec un livret qui est le miroir métaphorique de la Cour qui lui a commandé l'opéra. Il est donc coincé avec cette action alambiquée, ces personnages qui se déguisent mais dont on apprend le nom qu'au deuxième acte, ces récitatifs qui retournent tout le drame en trois lignes, ce déséquilibre constant dans la structure (à coté de l'omniprésence du couple vedette, l'Acte I semble trusté par Araspe et Dorisbe, qui disparaissent presqu'entièrement au III, lequel semble n'appartenir qu'à Elisa dont on ne découvre vraiment le caractère qu'à la fin du II!), ces airs qui arrivent sans être vraiment justifiés... Cela dit il se peut aussi qu'Alan Curtis ait ce soir opéré certaines coupes dans le livret (je m'étonne qu'Elisa n'ait chanté qu'un air avant l'entracte, pour en chanter trois ensuite). Et pour un compositeur qui excelle dans les pièces courtes, un opéra entier sur un livret bancal, c'est l'echec assuré. D'ailleurs je me demande même s'il n'a pas un peu baclé le travail par moment: si les airs d'Elisa sont les plus réussis, ceux de Tolomeo sont vraiment communs voir à coté de la plaque ("Cielo injusto potrei fulminar mi" particulièrement aphasique, ou "Stille amare" boueux), il y a parfois de très bonnes idées mais insuffisemment exploitées. Bref je ne me peux m'empêcher de penser que ce soir, ce sont les interprêtes qui ont tiré l'oeuvre vers le haut.



Tout d'abord Il Complesso barocco et Alan Curtis que l'on a rarement connu aussi bon en concert: après le Tolomeo de Handel vraiment médiocre par rapport au disque (lequel était déjà articulé avec des bonheurs différents), D. Scarlatti leur semble plus propice, il faut dire que cette orchestration plus évidente, au charme moins implicite que celle de Handel leur convient mieux (tout comme dans Gluck ou Vivaldi). Et puis là encore l'effectif est assez réduit, faisant la part belle aux cordes: on perd en poids et en couleur à sacrifier ainsi les vents mais au moins cela sonne propre et ensemble.


Klara Ek fut éblouissante: voilà une voix dont la propension naturelle est de fuser vers l'aigu, cela semble être son refuge naturel, du coup cette chute dans l'aigu renverse la perspective, rendant captivant tout ce qu'elle chante. Par ailleurs cela implique un effort permanent pour se maintenir dans le medium et "monter" dans le grave, effort qu'elle sait parfaitement transformer en  trémulation, esthétisation d'une souffrance plus ou moins révélée, conférant à son chant une tension inédite. Comme elle est en plus une technicienne formidable (ah ces trilles battus très sérrés!) et une actrice touchante au port noble, on est sous le charme.



En Tolomeo Ann Hallenberg déçoit: fatigue? surcharge de rôles nouveaux en très peu de temps? manque d'inspiration par rapport à la partition handelienne? le fait est qu'elle s'est planté deux fois dans son seul air de fureur ("Tiranno miei pensieri") en passant des mesures sous silence. Les récitatifs sont toujours superbement dits, mais oserai-je dire qu'ils étaient un peu en pilote automatique, certes un pilote automatique de luxe particulièrement performant, mais guère émouvant. Pas grave, quitte à rater une de ses prises de role ces derniers mois, je suis bien content que ce soit au prix de ce Tolomeo qu'elle fut aussi exceptionnelle en Fulvia ou en Orasia.


Véronique Gens venue remplacer Raffaela Milanesi en Alessandro une semaine avant le spectacle est assez convaincante: l'italien est agréable, la voix un peu moirée passe toujours aussi bien, et je ne l'avais jamais vu si emportée dans les récitatifs, restent des vocalises un peu trop machonnée et prudente, mais le rôle n'en souffre pas.

 


En méchante Elisa, Roberta Invernizzi est prodigieuse, la voix gagne en ampleur avec les ans, sans pour autant que les aigus soient moins précis, et il faut voir avec quelle fourberie amusée elle campe le personnage jusqu'à ce que sa machination lui éclate au visage lors de l'empoisonnement de Tolomeo. On regrettera juste qu'elle n'ait que quatre airs à chanter!




La baraka ne fut pas avec Theodora Baka ce soir (oui, oh, hein!): déclarée grippée il est difficile de la juger, elle a commencé le concert avec les cordes vocales calcinées, rendant assez sensible l'idée que l'on peut se faire de la voix d'un raison sec, pour ensuite sonner plus correctement. Mais cela ne fut pas indigne pour autant, et non malade cela aurait pu être plus qu'honnête, notemment grace à une verve théâtrale certaine.


Second remplacement, Tuva Semmingsen venue chanter Dorisbe à la place de Sonia Prina. Bonne surprise et surtout parentée étonnante avec la grande Sonia: dans l'intonation surtout, car la voix est  un peu plus ample et lumineuse, on retrouve le même élan dramatique, même si sa personnalité peine encore à s'affirmer hors de la rage, et c'est alors parfois dans un goût franchement excessif et mauvais (par exemple ce "ch'io son gli stessa" de poissonnière qui fait d'ailleurs rire la salle). En tout cas l'italien est superbe et la chanteuse attachante, à suivre.


Un disque est prévu, à guetter donc avant tout pour Klara Ek et Roberta Invernizzi qui sont les seules à sortir cette musique du simplement agréable, à moins qu'Ann Hallenberg ne se joigne in extremis à elles.


Et pour finir voilà une vidéo de Klara Ek dans un air de Haydn.




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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Crindoro 05/02/2009 19:03

dear readers, If you like Roberta Invernizzi then I urge you to sign this petitionhttp://www.gopetition.com/online/24002.htmlthe petition intended is intended to have an Handel/Vivaldi album with Robertathanks!

licida 29/01/2009 10:58

Pour Gens je me souviens surtout d'un de ses derniers récitatifs où elle s'emporte vraiment, c'est peut-être l'arbre qui cache la forêt.
 
Si j'en crois la retransmission radio, Invernizzi n'était pas au top de sa forme pour cette Didone. Et son grand air d'entrée était bien plus réussi en récital à Versailles (voir le portrait que je lui ai consacré où l'on trouve le da capo en vidéo).
Par ailleurs il y a une nouvelle vidéo d'elle sur Youtube dans l'Olimpiade de Galuppi:
http://fr.youtube.com/watch?v=xECDcBAjG7Y

Bajazet 29/01/2009 10:49

Je me suis dit à un moment que cet opéra de Scarlatti était à Vivaldi, ce que Mozart est à Rossini. Mais je suis partial, peut-être 8-)Oui, Gens est de plus en plus Royale, avec des traits tellement tirés qu'un soupçon baroque a fleuri dans mon cerveau dérangé. Son engagement ne m'a pas vraiment frappé, mais on la sentait arrimée à la partition.Je n'avais vu Invernizzi qu'une fois en concert dans la Didone de Piccinni à la Cité de la Musique. Sa variété d'expression est phénoménale, et la preuve vivante qu'on peut dégager la plus grande intensité avec une voix plutôt légère.

Aurélien 29/01/2009 01:02

Je n'ai pas trouvé le livret de Capece. Est-il trouvable ou faudra t-il que j'attende la sortie du disque? Merci.

licida 29/01/2009 00:15

Si j'avais su qu'il fallait te parler des sourcils d'Invernizzi pour te convertir à son culte, je l'aurai fait plus tôt  
 
J'ai hate de lire ton analyse de l'oeuvre parce que cela m'a semblé assez laborieux tout de même.
 
Et pour les ressemblances, Veronique Gens ressemble de plus en plus à Ségolene Royal, ça devient troublant. Je preferai quand elle ressemblait à Andie MacDowell.