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Il catalogo è questo

28 janvier 2009 3 28 /01 /janvier /2009 00:07
Antonio Vivaldi
Ercole sul Termodonte
Rome 1723  




Carlo Vincenzo Allemano, Ercole
Vivica Genaux, Antiope
Roberta Invernizzi, Ippolita
Philippe Jaroussky, Alceste
Romina Basso,  Teseo
Filippo Adami, Telamone
Emanuela Galli, Orizia
Stefanie Iranyi, Martesia


Choeur d'adultes de Notre Dame de Paris
Europa Galante
Fabio Biondi, direction


Théâtre des Champs-Elysées
27 janvier 2009





Je sors absolument ecoeuré de ce concert, et faché, car quelques soient les faiblesses de cette oeuvre il y avait la possibilité avec une telle distribution de faire quelque chose de splendide et ce que l'on a entendu ce soir ne l'était pas du tout. Et à cet échec, un seul responsable: Fabio Biondi. Alors écartez les enfants, je suis remonté comme un coucou suisse!

Il est difficile de juger l'oeuvre car on ne sait pas trop à qui en accorder la paternité: la partition originale de cet Ercole, joué à Rome uniquement par des hommes en 1723, a été perdue, il ne reste que le livret. Alan Curtis et Alessandro Ciccolini en ont proposé à Spoleto (le zizi de Zachary, vous vous souvenez?) il y a quelques années une reconstitution dont on ne connait pas bien la teneur. En cherchant sur le net, les sources divergent, certains nous disent que tout est reconstitué, d'autre que, comme pour le Motezuma, on a finalement découvert les 3/4 de la partition et que seul le quart restant est laissé à la discretion du chef. Le fait est que la partition jouée ce soir est présentée comme la version reconstituée par Fabio Biondi... et qu'elle ressemble beaucoup à la version Curtis/Ciccolini. Si quelqu'un en sait plus, je suis preneur de toute information.
Quoiqu'il en soit, Fabio Biondi a beau faire le malin sur la production lyrique de Vivaldi ( "Ma position sur la Vivaldi Renaissance est extrêmement polémique. J'y vois une opération purement mercantile... Certes, il était injuste de continuer à ignorer sa production opératique, mais il faut bien reconnaître qu'à 70 %, elle est d'un niveau d'inspiration assez faible, n'apportant rien de neuf et courant en permanence le risque de paraître conventionnelle.[...] Franchement, quand vous écoutez certains opéras de Vivaldi au disque, vous trouvez cette musique tellement peu intéressante que vous n'avez qu'une envie : balancer le CD !" Opéra Magazine, juillet 2007, cité par operabaroque.com) ce Vivaldi là n'est franchement pas le meilleur. Si il se trouve qu'en plus la reconstitution est bien de lui, on se demande pourquoi il a retenu des airs qui relèvent presque tous du Vivaldi au kilométre. Par mauvais goût?

Commençons par le livret qui est assez cocasse et à défaut d'être bien construit, original. On nous raconte l'un des travaux d'Hercule confronté aux Amazones auxquelles il doit dérober la ceinture de la reine Antiope. La reine a deux soeurs, Ippolita et Orizia, et une fille, Martesia. De son coté Hercule est venu avec ses potes: le roi de Sparte, Alceste, d'Athènes, Thésée et d'Ithaque, Telamon. L'action se résume à la guerre que se livrent les deux camps, echanges de prisonniers, amours imprévues et rivales, tout le tintouin. Sauf que dans ce cadre et avec les travestissements, c'est assez marrant: c'est entre la lutte fratricide LGBT et le "Mort à ces salopes de goudous féministes!" Les caractères sont assez bien déssinés dans le livret: Hercule est le roi dans toute sa virilité, Thésée le guerrier sensible à l'amour, tout comme Alceste en plus niais, et Telamone le rival jaloux; chez les Amazones, Antiope et Orizia sont les guerrières invétérées, Ippolita l'amoureuse et Martesia la dinde qui ne connait pas le sens du mot "mariage" et qui prend au premier degré la demande d'Alceste consistant à échanger leur deux coeurs (!!). Rajoutez à cela une description géographique du champ de bataille pendant l'Acte I à la lourde portée métaphorique: les amazones sont dans leur cité fortifiée entourée d'une forêt touffue et les combats sont livrés sur le pont qui traverse le Termodon: caliente!
Par contre pour ce qui est de l'équilibre dramatique c'est la catastrophe: on ne compte plus les batailles, marches et fanfares (au moins les cornistes et le timbalier ne s'emmerdent pas!); les echanges de prisonniers sont interminables; au début de l'Acte II, Ippolita enchaine quasiment 3 airs à la suite dont l'un précédé d'un triste récitatif accompagné au théorbe dans le style madrigaliste alors que c'est le "Son due venti" de l'acte I de l'Orlando finto pazzo; à l'acte III Hercule arrive comme une fleur chanter son triomphe alors que dans le récitatif qui précédait Orizia a juste annoncé qu'elle allait se suicider, bref c'est n'importe quoi.

Et musicalement ce n'est pas beaucoup plus joyeux: si les récitatifs avaient le mérite de dessiner des caractères, ceux-ci perdent presque toute cohérence dans les airs qui leur échoient au hasard. J'aimerai bien savoir pourquoi Telamon, le rôle le moins important de l'oeuvre a pour seul air, un grand air guerrier! Les trois quarts des airs sont interchangeables et pourraient être chantés par n'importe lequel des personnages. Pour la nouveauté on repassera aussi, certes il y a environ la moitié des airs que je n'ai jamais entendu dans une autre oeuvre, mais je les ai presque déjà tous entendu dans plusieurs. Un peu comme l'air de triomphe de Scanderberg dans le récital Arie ritrovate chez Naïve, beaucoup d'airs sont du simple patchwork vivaldien, donc entre le réchauffé et le ressassé, on peut difficilement crier au génie! Mais après tout, avec de tels chanteurs, on pouvait très bien faire un excellent best of amélioré des oeuvres de Vivaldi, mais c'était sans compter la direction de Fabio Biondi.




Il y a un mot pour résumer cette direction: pornographique! Comme dans un film porno, il y a toujours de l'action, on ne s'ennuie pas, mais pour la délicatesse on repassera. Quand ils jouent, les vents sont constemment couverts, tout comme les chanteurs qui ont le gros défaut de ne pas actionner leur cordes vocales avec un archet comme tout le monde. Et quelle est l'utilité d'un théorbe si fin et délicat, si il est constemment couvert par un clavecin métallique à l'incontinence de notes insupportable?
Mais l'obscénité de cette direction ne s'arrête pas là: tous les airs sont joués bien trop forts et surtout à un rythme constemment trop rapide, avec des constrastes cassants, des figures casse-gueule, un manque de perspective et surtout de respiration constant. De l'air! Bref c'est du Spinosi qui aurait fait trop de gonflette. Cette direction c'est le triomphe du court-termisme. Pour enfoncer le clou, on rajoutera que faire des longs silences entre la fin du récitatif et le début de l'air, le temps que tout le monde il soit bien prêt, est particulièrement préjudiciable à la continuité de l'oeuvre (vous savez comme quand votre ordi ou votre ipod vous rajoute deux secondes de pause entre chaque pistes d'un cd!). Et pour l'équilibre musical, enchainer des airs uniformément rapides, rien de pire pour ruiner leur puissance. Surtout quand cette rapidité est aussi pesante: je ne savais pas qu'Hercule et ses amis chargeaient sur des chevaux de trait...



Dans ce bain de cordes déchainées, les chanteurs sont clairement en dessous de leurs capacités habituelles puisqu'on ne leur laisse jamais le temps de respirer. Et quand un chanteur ne peut pas respirer, sa projection est sacrifiée et son soutien part en éclat. Je plains Vivica Genaux qui ne peut rien faire d'autre que courir après l'orchestre dans "Andero! Volero! Gridero!", ou Roberta Invernizzi qui bacle son canto di sbalzo dans le "Son due venti" pris à une vitesse et avec un brutalité obscènes. Pauvre Filippo Adami aussi, constemment couvert par l'orchestre dans son seul air où on ne lui laisse pas le loisir de pousser un peu sa voix, ou encore Romina Basso, obligée d'enchainer les croches comme une dactylo les touches de son clavier; et Philippe Jaroussky qui abandonne toute vélléité d'aller chercher dans le grave à ce tempo qui lui laisse à peine le temps de sortir des aigus. Il n'y a que dans les airs plus calmes ou dans lesquels l'orchestre joue en écho avec la voix que les chanteurs peuvent enfin faire preuve de leur excellence: le "Zeffireti che sussurate" par exemple. Mais comment peut-on jouer avec aussi peu de pudeur "Amato ben tu sei la mia speranza" (tiré de La Verita in cimento): c'est bien simple, Biondi se prend pour Paganini tandis que la contrebasse se croit dans un club de jazz. N'oublions pas non plus  pour le premier air de Martesia la viole d'amour totalement fausse, que Biondi tente de réaccorder pendant l'air (!)
Bref: grossier. Et c'est d'autant plus inacceptable que le spectacle a été donné en 2007 à Venise et qu'il arrive d'une tournée à Cracovie et Vienne.
Pourtant je suis plutot friand de direction couillues ayant horreur du baroque joué "à l'anglaise", sur la pointe des pieds. Je tremble pour l'enregistrement chez Virgin. Vivement l'Accademia Bizzantina et le Venice Baroque Orchestra cette semaine pour se rincer les oreilles!




Il est difficile de juger les chanteurs, puisqu'ils sont sans arrêt bousculés quand ce n'est pas largué, en tout cas ils sont tous très bons dans les récitatifs. Carlo Vincenzo Allemano est le seul qui sache tirer parti de tant de brutalité et adopte en permanence un chant di sforza qui ruine son dernier et très bel air. Vivica Genaux n'est que l'ombre d'elle même, sauf dans l'air "planant" du début de l'acte II, quand on songe à ce qu'elle faisait dans L'Aténaïde, c'est désespérant. Roberta Invernizzi a heureusement deux très beaux airs lents dans lesquels elle s'épanouit magnifiquement, dans les trois autres on entend qu'un grave maigre d'où emmergent parfois de superbes aigus. La voix de Philippe Jaroussky m'a semblé plus maigre et avare de couleurs qu'à l'habitude. Romina Basso est superbe, son timbre profond et chaud convient parfaitement à ce guerrier tiraillé entre la gloire belliqueuse et l'amour soudain qu'il éprouve pour Ippolita, à l'exception de son grand air à la fin du II, elle n'est pas trop gênée par l'orchestre. Stefanie Iranyi est très irrégulière: on ne comprend pas un traitre mot de son premier air et ses vocalises sont pateuses; le deuxième air est syllabique et donc lui facilite la tache, d'autant qu'elle chante a capella en alternance avec le violon (et là encore court-termisme, on croit que l'air est terminé à peu près toutes les 10 secondes), dans le dernier on ne l'entend que par intermittence. Emanuela Galli chante clairement au dessus de ses moyens, l'aigu sonne dur, mais l'agréssivité du medium et le tempérament conviennent bien au personnage (on parle de Diana Damrau pour le disque). Enfin Filippo Adami n'a que des récitatifs dans lesquels il frise souvent la dégoulinade de ténors mais s'en sort très bien, il est inaudible dans son seul air à cause d'un orchestre qui l'oublie totalement.




Salle archi-comble; triomphe final, de la part d'un public qui applaudit après chaque air, même les ariettes sans intérêt (!), on peut légitimement penser qu'il était conquis d'avance. Fabio Biondi ferait mieux de se limiter au repertoire purement instrumental avec des incursions dans le sacré (je recommande chaudement sa Santissima trinita de Scarlatti et son disque de cantates de Vivaldi avec Patrizia Ciofi).

NB: un contre-ténor s'est glissé dans le choeur des amazones soprano! Mais jusqu'où iront-ils?!
NB2: où est passée Xena?


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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Sous Alcide 17/11/2010 03:18



Thermodon, piège à con !



Carlupin 16/11/2010 17:19



Tu sais, Biondi n'a pas que des défauts. L'autre jour encore il nous a refait ses muffins à la framboise, une vraie tuerie.



Licida 15/11/2010 21:59



ça ne m'étonne pas. Biondi n'aime que très peu d'airs de Vivaldi, donc il en fait des pasticcio. Si en plus il peut prouver qu'il n'y avait pas que du Vivaldi dans l'oeuvre à sa création, il est
sauvé!



Frederic 14/11/2010 20:04



Apparement, Biondi va recréer L'oracolo in Messenia, Venise, 1738 de Vivaldi, avec tournée à Paris, Caen et Cracovie fin 2011, avec De Liso, Im, Schiavo, Basso, Hallenberg et Staveland. Pour un
chef qui trouve que la Vivaldi Renaissance est commerciale et que la plupart des opéras vivaldiens sont médiocres, c'est un gros effort. Maintenant, il me semblait que celui-là était perdu, et si
on l'a retrouvé, ça a été discret, pas comme Motezuma. Ou aloirs c'est une reconstruction...



Aurélien 29/04/2009 00:47

Je suis étonné par le fait que Joyce soit castée en Ippolita même si cela m'intéresse de voir ce qu'elle peut donner dans ce rôle, en particulier dans l'air "Da due venti un mar turbato". Je l'aurais plutôt casté en Martesia pour une question de couleur vocale, de témpérament. Damrau sera sûrement une bonne surprise dans ce rôle. Ciofi se retrouve donc finalement dans un petit rôle. Je suis content que Basso conserve le rôle de Teseo. Pour Villazon, j'attends de voir. Ce sera Lehtipuu finalement en Telamone, c'est une bonne nouvelle, il a une bonne adéquation à ce répertoire comme en témoigne son Jephtha et a une belle voix. Le gros point faible est la direction de Biondi, l'argument de l'opéra, le manque de moments transcendants.