Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Psychologie

  • : Alma Oppressa
  •  Alma Oppressa
  • : Blog sur l'opéra
  • Contact

Articles à venir

Recherche

Archives

Il catalogo è questo

22 février 2009 7 22 /02 /février /2009 15:32
Allez, un petit article fourre-tout, parce que ça faisait longtemps, et parce que j'ai assisté à bien trop de concerts en ce début d'année pour avoir la témérité de rendre précisément compte de chacun. On ira se renseigner chez les copains si l'on veut en savoir plus.


Marc Minkowski, son orchestre et d'excellents chanteurs ont fêté Sainte Cécile, la patronne des musiciens, à la Salle Pleyel: interprêtation superlative, mais j'avais oublié à quel point les textes des odes de Purcell et Handel étaient mauvais, un vrai bordel cosmogonique matiné de spiritualisme pompeux, ce que la mélasse est à l'eau bénite. J'ai une nette préférence pour le Handel, l'ode de Purcell tombant trop dans le pieux respect, religiosité ennemie de la variété et de l'audace qui me séduisent tant dans ses oeuvres dramatiques. Par contre Handel compose une musique superbe qui fait totalement oublier l'inepsie du livret, on ne peut pas dire qu'il ait réussi à créer une continuité ou une cohérence particulière, mais pour une célébration de la patronne des musiciens, on aurait tort de se plaindre que la musique l'emporte clairement sur le drame du verbe. Cependant, dans ce copieux programme, c'est la Messe de Haydn qui m'a ravi: oui vous avez bien lu, une messe de Haydn! Moi qui ronfle devant Les Saisons et La Création, alors vous pensez, une messe! Mais celle-ci n'a rien de commun avec certains oratorios pompeux et lourds de Haydn, elle est bien plus proche de ses oeuvres seria ou du Ritorno di Tobia. Pour preuve le très bel air virtuose de la soprano ou surtout cet Incarnatus en apesanteur chanté par un Richard Croft époustouflant de simplicité dans la maitrise technique. Si la soprano Lucy Crowe est une jolie découverte, la voix est tout de même encore un peu raide et l'artiste appliquée; j'ai trouvé Anders Dahlin plus effacé qu'à l'habitude mais rien qui ne fasse honte à coté de son prestigieux collègue; je regrette que Nathalie Stutzman n'ait quasiment rien chanté (que ne lui a-t'on donné la partie d'alto du Purcell plutot que de la confier à une contre-ténor sorti du choeur?). Une sortie en disque est prévue.




Chostakovitch qui remplit l'opéra Bastille tous les soirs, je suis heureux que la politique de Mortier porte finalement ses fruits, cette production de Lady Macbeth de Mzentsk n'en méritait pas moins. Importée d'Amsterdam (sortie en DVD), elle n'en porte pas moins la marque de Gégé, puisque c'est lui qui à Salzbourg avait donné sa chance à Martin Kusej, qui avait déjà signé la Carmen assez réussie du Châtelet. Comme souvent avec lui, parti est ici pris de l'explicite, tout s'affiche, s'exhibe: par les costumes évidemment qui se limitent vite à des sous-vêtements, mais aussi dans la direction d'acteurs (le viol de la cuisiniière, le baiser de Katerina, les fantômes du mari remontant le long des murs, Katerina se pendant avec ses bas de laine...). Les décors sont diablement intelligents: depuis cette cage en plexiglas qui semble faite pour susciter la claustrophobie aussi bien que le voyeurisme jusqu'aux murs en caillebotis qui se perdent dans les cintres, on se souviendra aussi de la brutale entrée des policiers surgissant en crevant la table du banquet, ou bien sur de la prison métallique qui vient  unir le bagne et la marche qui y mène dans la même souffrance, la même humiliation. C'est aussi l'alternance brusque des décors dans la seconde partie du spectacle (à partir du poste de police) qui, contrastant avec l'unicité de la première partie, aide le drame à se précipiter après avoir été noué de façon lancinante dans la série d'évenements provoqués par  l'abandon de Katerina à la sensualité. Nombreux détails signifiants également: la collection de chaussures de Katerina qui s'amenuise, symbole de son éloignement de la vie bourgeoise et des compensations qu'elle y cherchait; les chiens dans le jardin lors de la première scène, chiens qui viendront surveiller les bagnards pour la dernière... L'équipe musicale est extraordinaire. Tous les superlatifs ont déjà été utilisés pour enceser Ewa-Maria Westbroek dans ce qui est pour le moment, son rôle le plus marquant; j'abonde. Elle fait corps avec cette production à tel point que l'on peine à l'imaginer sans elle: la scène la plus forte restera ce cri gigantesque où l'orchestre semble prendre le relai de sa voix ou trop faible pour traduire l'effroi devant la violente prise de conscience de l'echec de son destin, ou déjà éteinte par la trahison, première mort du personnage.




A Garnier se jouait Yvonne, princesse de Bourgogne, création de Philippe Boesmans d'après Gombrowicz mise-en-scène par Luc Bondy. Après une très belle et dérisoire invocation au soleil devant le rideau de scène face à une énorme projecteur placé dans une loge de face, la première scène fait craindre les pires dérives de l'opéra contemporain: musique hésitante, texte faussement éclairé sur la perte des repères dans le monde contemporain ("dilaatation de la personnalitéééééééé"). Mais si l'exposition est malaisée, le reste est de très bonne facture. La musique est belle, parfaitement accessible et sachant créer le malaise nécessaire sans tomber dans la facilité de la cacophonie ou de la dissonance répétée. Le livret est assez réussi, sorte de miroir de celui d'un autre opéra contemporain très réussi: Perelà, l'homme de fumée de Dusapin. Perela fascinait car il était pur esprit, Yvonne fascine car elle n'est que viande. Cette fascination reveille les angoisses de ceux qui la cotoient, son silence et les aberrations qu'il lui arrive d'eructer plus que de proferrer étant prise pour du laconisme aussi profond qu'un fragment d'Héraclite. La malheureuse Yvonne de prostituée passe donc princesse suite à un caprice du prince qui cherche ensuite à s'en débarasser, lassé ou gêné, on ne sait pas trop, ce qu'il fera en la faisant s'étouffer lors d'un banquet où l'on sert du poisson plein d'arrêtes. L'oeuvre est une pleine réussite, la mise-en-scène aussi: Luc Bondy est vraiment plus inspiré par l'univers contemporain (je n'avais pas du tout aimé son Idomeneo sur cette même scène), l'esthétique générale fait parfois penser à du Tim Burton, soulignant la mondanité très surfaite d'une cour dont le roi se ballade en marcel et jogging bling-bling. Musicalement tous les artistes sont excellents, et l'on esquisse un sourire devant l'angoisse de la reine jouée par Mireille Delunsch: que l'on découvre ses poèmes.

© Ruth Walz

Autre opéra contemporain, à l'Opéra Comique cette fois et sans Mimi pour lequel il a pourtant été écrit: Lady Sarashina de Peter Eötvös. L'oeuvre est courte (1h10) et se construit en tableaux descriptifs et narratifs, jamais dramatiques, reprenant les pages du carnet de voyage d'une japonaise du XIème siècle. La musique est un peu trop répétitive et recourt trop souvent à des expédients (les chanteurs susurrent, ralent, chantonnent ou parlent souvent devant des micros assez inesthétiques), mais sur cette durée et dans ce contexte contemplatif cela fonctionne assez bien; d'autant qu'on a eu la bonne idée de placer certains musiciens dans 3 points de la salle, renforcant le sentiment d'immergence dans cette oeuvre déjà favorisé par les dimensions de la salle. C'est surtout la superbe mise-en-scène/chorégraphie d'Ushio Amagatsu qui soutient l'attention par son élégance et sa retenue, loin de toute "japoniaiserie" complaisante. Les chanteurs sont tous très satisfaisants: j'ai beaucoup aimé Peter Bording, un peu moins Mary Plazas au timbre trop commun pour le rôle titre, on sent bien que cela a été écrit pour une voix étrange, qui accroche directement comme celle de Delunsch. Un bon spectacle néanmoins, qui vient rattraper la fausse création de la saison dernière.

© Bertrand Stofleth

Pendant ce temps là au Théâtre des Champs-Elysées, c'était Vivaldi à tous les étages. J'ai déjà parlé de l'Ercole sul Termodonte qui m'avait mis en rogne. Deux jours après l'Accademia Bizantina avec Stefano Montanari au violon et Ottavio Dantone à la direction/clavecin venaient remettre les pendules à l'heure vénitienne. Dans une salle à moitié vide, ils ont joué, entre autres, Les Quatre saisons avec une fraicheur incroyable et un enthousiasme de chaque instant, variant à l'infini, ornementant dans les moindres recoins une partition qui n'est malheureusement pas habituée à une tel luxe et à une telle prise au sérieux: prodigieux! Je recommande d'ailleurs chaudement au disque leur Estro Armonico qui surclasse de loin toutes les autres versions, même s'ils ont encore progressé depuis l'enregistrement qui sonne en comparaison un brin timide. Quelques jours plus tards, d'autres immenses vivaldiens prenaient le relais: le Venice baroque orchestra dirigés par Andrea Marcon avec Giualiano Carmignola et Viktoria Mullova pour des doubles concertos. Là par contre c'est la deception: les oeuvres ne sont vraiment pas du meilleur Vivaldi, c'est de la virtuosité très très creuse, avec une faible inspiration mélodique; par ailleurs les solistes ont seuls fait le show devant un orchestre en petite forme, ou simplement en manque de motivation devant des partitions qui le flattent peu. Le disque est déjà sorti, je suis curieux d'avoir votre avis si vous l'avez écouté.



Dans la série, je n'ai pas envie d'en dire du mal: Fra Diavolo à l'Opéra Comique. Certes la mise-en-scène de Jerôme Deschamps est indigente, l'orchestre de Jeremie Rohrer manque de patine (mais pas de fougue), Kenneth Tarver joue aussi bien les marquis qu'il joue mal les bandits, Sumi Jo a l'aigu plus dur qu'auparavant (mais toujours le même sourire), Antonio Figueroa est inaudible, Marc Molomot est un anglais aussi stylé qu'un paysan auvergnat, la présence théâtrale de Doris Lamprecht l'emporte presque définitivement sur la musicale, tout le monde n'est pas toujours compréhensible et l'oeuvre n'est franchement pas impérissable. Mais c'est séduisant sur l'instant, tous jouent la carte du suranné et cela vit à défaut de ravir. On s'étonne alors de voir Thomas Dolié et Thomas Morris jouer si brillament les utilités, ou d'entendre l'excellent français et la voix parfaitement projetée de Vincent Pavesi dans un second rôle: en voilà trois qu'il conviendrait de promouvoir lors de la prochaine production de ce répertoire.



Dans la série, on a pas assez répété mais la première nous servira de pré-générale: le Béatrice et Bénédict du Théâtre des Champs-Elysées. Tout ici respire l'impréparation d'ensemble: l'intention de mettre en espace les dialogues est pourtant louable mais si mal réglée que l'on se croirait en répétition (d'autant que c'est souvent très mal joué), tous les airs solistes sont parfaitement en place, mais à plusieurs on se regarde en coin au point que le chef est parfois obligé de se retourner brusquemment pour réaccorder les chanteurs. Je pardonne Charles Workman distribué assez tard qui n'a visiblement pas eu le loisir de travailler son français; Joyce Didonato est par contre excellente, dans une forme vocale rayonnante, au français incisif malgrè des inflexions américaines qu'elle peine à gommer. Jean-Philippe Lafont est fabuleux en chef d'orchestre bougon. Je découvrais ce soir Nathalie Manfrino et je n'ai pas du tout aimé la voix aigre et  l'actrice complaisante; même jugement pour Elodie Mechain, à la voix sourde et au jeu ampoulé. Leur duo que je connaissais grace à l'article de Bajazet fut totalement raté, le plus beau moment étant à la fin, lorsqu'elles se taisent et que l'orchestre conclue pendant que les lumières de la salle s'éteignent progressivement. La direction de Colin Davis, c'est bien ce qui aura sauvé cette soirée: malgrè sa fatigue physique évidente il a su tenir l'orchestre, et tant bien que mal les chanteurs, pour assurer la cohésion dramatique de la soirée. Il n'a par contre rien pu faire pour le choeur calamiteux...



Deux concerts symphoniques au firmament à Pleyel: le London Symphony Orchestra dirigé de façon ébouriffante par John-Elliott Gardiner dans l'ouverture Namensfeier, la 4ème et la 7ème symphonies de Beethoven. L'une me plait mollement, l'autre est ma préférée. Je n'ai pas été déçu. Cet orchestre est prodigieux de tenue et de virtuosité, et je n'avais pas entendu la 7ème dirigée avec autant de panache depuis la première version Karajan/Berliner: Gardiner réussit à presque à faire croire à un orchestre d'instruments anciens par le travail sur les vibrations des cordes et par la fougue qu'il leur imprime. Evidemment quand on lance la locomotive à une telle vitesse, c'est déjà un miracle qu'elle ne déraille pas, mais on freine forcément un peu brutalement (ouille! le final de l'allegretto!) et les virages, les balancements au dessus du gouffre du mouvement final ne sont pas assez chaloupés. Mais on s'en fout, l'ivresse est là, sans accident de la route ni indigestion.
Puis ce fut le Gewandhaus de Leipzig dirigé par Riccardo Chailly avec Lang Lang en soliste: première fois que j'entendais ce dernier dans des conditions franches (plutot qu'en jouant du Donizetti pour Bartoli quoi). J'ai été séduit par sa légereté, sa jovialité dans les miroitements de l'aigu, mais les passages plus graves m'ont semblés mécaniques, manquant de profondeur et de sincérité, comme si sa tristesse était feinte. Techniquement cela m'a semblé irréprochable. C'était surtout pour l'orchestre et son chef que j'étais venu: là encore eblouissement total; ils connaissent leur Mendelssohn sur le bout des doigts, nous gratifiant d'une Marche nuptiale en bis qui enfin redevenait plus fantastique que bourgeoise. La Symphonie écossaise m'a transporté.



Et je termine sur le récital de Nina Stemme, dont c'était la première apparition à Paris (!!). Lieders de Grieg, Sibelius, Rachmaninov et les Wesendonck de Wagner (en bis du Kurt Weill: Youkaili, Je ne t'aime pas). La voix remplit la salle de façon impressionnante sans jamais gueuler, le timbre est sublime. Je suis encore trop peu familier de cette artiste pour bien décrire sa voix mais j'ai été marqué par une chose: ce qui est le plus puissant dans cette voix c'est sa maitrise. La chanteuse aussi bien que l'actrice est animé d'un feu qui darde d'autant plus qu'il a la pleine maitrise de sa force, c'est assez dur à expliquer, mais un mot évoque bien cette voix sans la résumer évidemment: Plénitude. Et réjouissez-vous parisiens, car les notes de programme confirment qu'elle chantera Elisabeth dans Tannhäuser dans  une des saisons à venir de l'Opéra national de Paris.

Partager cet article

Repost 0
Published by Licida - dans Représentations
commenter cet article

commentaires

Bajazet 28/08/2009 01:35

Le programme Ste Cécile de Minkowski sort en disque (double CD) à la fin du mois d'octobre (Naïve).

licida 19/03/2009 16:39

Voui, et avec quelques grammes d'alcool dans le sang c'est encore mieux
 
En même temps je t'avais prévenu que c'était très particulier, il est trop tard pour faire l'étonné!

Bajazet 18/03/2009 15:26

Mais qu'est-ce qui m'a pris d'acheter le récital d'opéra-comique de Sumi Jo ("Carnaval", Decca) ?!

Vous arrivez à écouter ça à la suite ? :-(

aladin 24/02/2009 03:24

Je crois qu'on ne s'est pas compris Licida: j'ai laissé tombé les livres de Celletti à 22 ans, après les avoir digéré bien entendu,  et après quelques pélerinages à Pesaro. La notion de belcanto romantique est juste une facilité de langage, chacun le sait. Enfin Monteverdi, faut pas pousser, même si Jaroussky y met de vrais morceaux de belcanto baroque dedans...;-)Je trouve que c'est disons, venant de Tarver (parfait Don Ottavio), une gageure d'incarner un rôle qui trimballerait une image un peu "couillue" comme celle d'un brigand d'Auber, mais il se trouve qu'Auber a écrit pour son brigand des airs de tricot et de machine à écrire. Pour casser le cadre, il aurait fallu Blake, mais le sourire aurait été le même. Et ce petit air coquin, n'est-ce pas juste parce qu'il a adopté le second degré sur un rôle qui de toute façon n'a aucun angle d'attaque tant il est absurde...comme tout cet opéra d'ailleurs). Il a eu raison de jouer au super héros abstrait de comics. Sur youtube on ne le voit jamais sourire en tout cas...

Bajazet 23/02/2009 22:48

Ah, ce récital français de Laurence Dale, quel ravissement ! :-)
La Muette de Portici ("Du pauvre seul ami fidèle"), Ivan IV, Le Roi d'Ys… Ça fait un bail que je caresse (rrrr) le projet d'en parler, et puis le temps passe.

Mais cet air "Pour toujours, disait-elle… Je ne puis l'oublier" n'est pas confié à Fra Diavolo mais à Lorenzo. Il est bien plus prenant que ceux du rôle-titre, à mon sens.
Double déception à l'Opéra-Comique. L'interprétation de Thierry Dran dans l'intégrale avec Gedda et Mesplé est aussi décevante : elle n'a ni la suavité ni surtout la poésie de style de Dale.