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Il catalogo è questo

5 mai 2009 2 05 /05 /mai /2009 20:59
Verdi, Macbeth
Opera Bastille
20 avril 2009

Mise en scène, décors et costumes Dmitri Tcherniakov


Macbeth Dimitris Tiliakos
Banco Ferruccio Furlanetto
Lady Macbeth Violeta Urmana
Dama di Lady Macbeth Letitia Singleton
Macduff Stefano Secco
Malcolm Alfredo Nigro
Medico Yuri Kissin

Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris
Chef des Choeurs Alessandro Di Stefano
Direction musicale Teodor Currentzis



Enorme déception que ce Macbeth: après le magistral et sensible Eugene Onéguine de début de saison, Dimitri Tcherniakov se plante totalement sur ce Macbeth en cherchant de tout crin à en faire un drame politique sans jamais parvenir à nous en convaincre, mais en ruinant le drame et ses ressorts au passage. Macbeth, un drame politique, ce n'est pas une mauvaise intuition, on comprend aisément sa posture de metteur-en-scène novateur qui prétend dépoussiérer cette oeuvre de son folklore fantastique pour en faire un drame plus réaliste. Point de sorcières ici donc, mais un peuple qui n'a rien de menaçant, qui n'est qu'anonyme, foule ni oppressante ni dangereuse, elle se contente d'être là. D'emblée le parti pris déstabilise, d'autant qu'il contraste fortement avec une musique qui laisse peu de place à la réinteprétation tant elle joue le jeu de la sur-caractérisation. Par la suite la foule sera mortelle mais sans crime, en assassinant Banco d'un déplacement en quinquonce, le couperet du vote, puis elle se fera destructrice dans la scène finale. Cette volonté de retirer tout surnaturel à cette oeuvre se traduit aussi dans la musique, au moins sur scène, les choeurs se gardant bien de tout effet expressif et restant étonnament placide.
Cette disparition du surnaturel ne se fait pas au détriment de la notion de destinée, mais au lieu qu'une force obscure y préside, c'est le peuple qui fera et défera la carrière, politique donc, de Macbeth. Un drame de la démocratie en sorte. Le parti-pris réaliste est renforcé par l'utilisation récurrente de Google Earth, sur le rideau est projeté en permanence une vue aérienne mouvante de la ville où se déroule l'action et chaque scène est introduite par une plongée tantôt sur la place du village qui remplace la grotte des sorcières puis la clairière dans la forêt, tantôt sur la maison du couple Macbeth, et plus précisément dans leur salon auquel le spectateur accède par la baie vitrée qui sert alors de cadre de scène. Ces projections ne font sens qu'à la fin, lorsqu'avant la scène de somnambulisme de Lady Macbeth, on découvre une maison en quasi ruine, impactée par les éclats d'obus qui ont détruit les abords. La dernière scène est d'ailleurs l'image la plus réussie du spectacle, rappelant ce qu'avait fait Anna Viebrock dans Barbe-bleue, la foule furieuse et invisible détruit la maison et l'on assiste à l'effondrement des murs proprets du salon où Macbeth se tient écroulé, la lumière s'éteint, retour à la vue aérienne à rebours qui découvre une maison défigurée tandis que la ville est reconstruite dans le même êtat qu'au début. Epanadiplose. Applause.



Des erreurs dans cette mise-en-scène, Tcherniakov en a fait beaucoup: la première est sans doute de s'être prétendu régisseur total. Si la direction d'acteurs (quelque soit le bien-fondé de ses intentions j'y reviens) est toujours d'une lisibilité parfaite, le décor est rudimentaire et ne signifie rien, tout le sens de la scénographie est déporté sur les projections et les costumes cèdent à cette esthétique de la laideur qui est plus une facilité qu'autre chose. A peine ose-t-on voir dans la différence entre le cadre de scène très réduit du salon (je me demande ce que pouvaient bien voir les gens au second balcon!!) et celui ouvert de la grand place un sens quelconque.
La seconde erreur est une incohérence: Macbeth ne se trouve mélé à la foule que pour les scènes chez les sorcières et à la fin où elle l'assaille, mais pas lors de la scène du banquet qui se passe dans le décor bourgeois du salon en petit comité. On peut très bien y voir une critique de la démocratie populaire communiste, où les dirigeants "démocratiquement" élus, n'en étaient pas moins monarques. Bienvenue chez les Ceaucescu en somme. Mais alors on comprend mal que cette foule qui fait les dirigeants qui l'exploiteront ensuite, soit aussi celle qui coupe les têtes, c'est Staline qui a fait tué Trotski, Macbeth aurait donc du continuer à faire tuer Banco.
Troisième problème, dans cette oeuvre, les choeurs, on peut difficilement faire sans, et dans la scène du banquet, on comprend mal d'entendre une telle masse sonore arrière-scène pou voir trois pete-secs sur scène.
Enfin cette transposition se fait au détriment du personnage de Lady Macbeth qui perd tout intérêt. Il est courant de lire des critiques musicaux déplorer que telle chanteuse caricature le rôle, en fasse une simple harpie, et bien là ce n'est pas la chanteuse qu'il faut accuser mais le metteur-en-scène qui en fait un tyran domestique. D'entrée, on la prive de sa lecture de la lettre qui sera dite par une voix off pendant qu'officie Google Earth; qu'il ne soit pas venu à l'idée de Tcherniakov qui était pourtant si sensible à la musique chez Tchaïkovsky, qu'une entrée parlée pour un personnage d'opéra devait avoir un sens particulier me désole. Par la suite, tout n'est que travestissement, le monologue d'entrée n'en est plus un, il se fait en présence de Macbeth, d'hallucination initiale censée annoncée la finale et fatale, on tombe dans une banale scène d'encouragement. Et deviner ce qu'elle fait pour divertir ses invités au banquet: de la magie... tout comme dans sa scène de somnambulisme qui devient une banale scène de folie. On a alors un simple personnage qui se voile la face et se divertit en toute médiocrité, loin du personnage effrayant que la musique ne cesse de dépeindre. Et pourquoi faire de Macduff un éternet enfant? Il chante son grand air dans un parc à bébé... Je crains fort que Tcherniakov ne méprise copieusement Verdi en refusant ainsi tout ce qui fait la particularité du livret et de cette musique, là où il admirait profondément Tchaïkovsky. Car après tout s'il voulait un drame politique, il n'avait qu'a monter Simon Boccanegra et laisser Macbeth là où il est. Car plus que Shakespeare, c'est bien Verdi qui en prend un coup.




Musicalement c'est assez disparate, entre ceux qui jouent le jeu du metteur-en-scène et ceux qui suivent le chef. Car Teodor Currentzis joue la partition comme la bande-son d'un film d'horreur. Par moment, on serait très tenté de faire de lui un Spinosi du 19ème, confondant souvent drame et agitation. A d'autres on admire le sens du spectaculaire et la valorisation des cuivres. L'orchestre le suit à fond dans ce parti-pris expressoniste, très démonstratif et impressionant. On aimerait juste plus de contrastes, de soutien de la ligne mélodique, bref sentir le bel canto que Verdi cherche ici à faire exploser, plus que le Chostakovitch qu'il annonce ^^
Ceux qui sont pris le cul entre deux chaises, ce sont donc les choeurs, surtout les femmes auxquelles on interdit d'être des sorcières quand l'orchestre ne fait que le répêter. Il faut dire que je n'ai jamais entendu les sopranos aussi calamiteuses, je ne parle même pas de la prononciation, mais simplement de chanter juste! Est-ce que privées des effets grimaçants dont usent généralement les sorcières, elle se sont trouvées perdues? cela ne serait de toute façon pas une raison suffisante pour excuser un tel naufrage vocal. A l'inverse le choeur dans son ensemble s'est montré bien meilleur qu'à l'accoutumée, voire même assez fin, loin de brailler. Ce fut particulièrement sensible dans la scène de la forêt, réellement splendide.



Chez les chanteurs, ce n'est pas la joie non plus. Passé le très beau Banco de Ferrucio Furlanetto, basse sonore qui ne force jamais, au chant intelligible et racé qui prend soin de ne pas dégouliner d'émotion devant son fils, la superbe camériste de Laetitia Singleton qui réussit à rendre émouvantes ses trois lignes et le MacDuff bien chantant mais manquant de virilité de Stefano Secco (faut dire que la mise-en-scène ne l'y aidait pas), on préfère oublier le Macbeth manquant totalement de charisme de Dimitris Tiliakos et on écarquille les yeux devant ce qu'est devenue Violetta Urmana. Autrefois mezzo splendide mais à la voix mal canalisée, manquant d'impact à force de vouloir remplir l'espace sonore, on la retrouve soprano couinant ses aigus, incapable d'assumer correctement les vocalises, et plombée par une direction d'acteur qui tue dans l'oeuf toute vélléité de finesse dans la construction du personnage. C'est sans doute l'occasion de rappeler, qu'une vraie bel-cantiste plus habituée de Bellini que du Verdi tardif, est indispensable dans ce rôle, tout comme dans Abigaille d'ailleurs. Ce n'est pas un hasard si les deux chanteuses qui ont le plus marqué ce rôle, Callas et Verrett, n'étaient pas connues pour leur faits d'armes dans Wagner. Il est aussi utile de rappeler alors que, malgrè ses dimensions chorales imposantes, il est proprement suicidaire pour la Lady, de jouer cette oeuvre dans une salle comme Bastille.

Au final un véritable échec donc, malgrè une vraie force de proposition du metteur-en-scène, mais qui manque clairement d'imagination et de souplesse. 


Les photos proviennent du site de l'ONP pour la première, de ce blog pour les autres, lequel propose d'ailleurs un avis totalement différent.

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Abnegor 07/05/2009 08:33

Je n'ai donc plus qu'à attendre février pour le Don Carlo à Bastille... Merci pour ces informations !

Licida 06/05/2009 19:42

C'est normal que tu ne t'en souviennes pas avec Urmana car la lecture de la lettre était dévolue à Macbeth en voix off.
 
La mise-en-scène de ce Ballo par Deflo est un des pire trucs que j'ai vu à l'opéra, juste derrière la Luisa Miller du même. Si tu pars de Wagner, commence peut-être plutot par le Verdi tardif genre Otello, ou plus grandiose comme Don Carlos. Mais si tu aimes les fanfares à coté, Nabucco est un must (version Muti, l'ouverture est délirante).

Abnegor 06/05/2009 16:10

Je viens de faire l'écoute (mes collègues se sont bien marrés car la Callas a largement dépassé mes pauvres écouteurs) et je peux te répondre : les deux mon capitaine !- L'orchestre accentuait en effet le côté ploum-ploum de façon très divertissante. De plus, Urmana faisait de son mieux pour faire du pur bel-canto et effacer le côté méchant (quand Callas parle au début, c'est flippant, je ne me souviens pas de ça avec Urmana).- Ensuite, je l'avoue, c'est vrai que mon encéphale wagnérien se retrouve un peu moins dans cette musique ! Il y a deux semaines, je ne connaissais d'ailleurs que la marche triomphale d'Aida ! Et pouf, en deux jours, j'ai enchaîné Un bal masqué olé-olé (mise en scène + chef = beurk, chanteurs = vraiment bons) et Macbeth pour essayer de rattraper le retard

Licida 06/05/2009 14:43

Salut Abnegor,
 
si tu as entendu du fun dans "Nel di della vittoria... Or tutti sorgete", c'est soit que tu n'es vraiment pas habitué à ce repertoire, soit qu'il y avait un gros problème ce soir là dans l'orchestre 
C'est un air certes entrainant et dynamique, mais de là à le trouver fun... ce sont les lignes de second violon façon ploum-ploum à la Rossini/Bellini qui t'ont donné cette impression? Et encore, ici Verdi transgresse clairement les codes; ce qui m'impressionne le plus dans cet air c'est l'halêtement final sur la lente montée en puissance de Lady, comme si l'orchestre s'étouffait, ou allait jouir.
Ecoute le par la Callas sur youtube (Milan 1952 ou RAI Turin 1952), tu me diras si tu trouves toujours ça plus fun qu'effrayant 

Abnegor 06/05/2009 11:11

Bonjour !Je ne suis pas aussi déçu que ça de cette production. Je découvrais l'oeuvre, et je ne connais quasiment rien de Verdi. Pour moi, la mise en scène n'évoquait pas un drame politique, mais au contraire un drame intimiste. Quand on voit la première scène entre les deux époux, dans un espace réduit, avec juste une chaise et un feu de cheminée, ça m'a fait penser à l'ambiance intimiste qu'on pourrait trouver chez un psychanaliste. Avec ce décor réduit, j'avais l'impression d'entrer dans le cerveau d'une seule personne en proie à ses propres interrogations, les différents personnages n'étant que ses différentes envies / doutes / scrupules.J'étais au second balcon, ça n'était pas pire que d'habitude niveau visuel, c'était juste restreint.Bon, par contre, je n'ai pas compris pourquoi MacDuff était dans un berceau, je n'ai pas aimé Google Earth (ça ne servait pas à grand-chose), la voix off... Et je ne comprends pas toujours la musique de Verdi : pourquoi quand la Lady chante au début en parlant de meurtres on a une musique toute guillerette, voire "fun" ?À bientôt