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6 mai 2009 3 06 /05 /mai /2009 20:39
L’Artaserse de Terradellas
Frédéric
en complément à son article sur le livret de Métastase

Domènec Terradellas (1713-1751), Artaserse, RCOC 08003 (3 CDs, Avril 2009 en France).

Juan Bautista Otero, Real Compañía Ópera de Cámara (RCOC)
Artaserse: Anna Maria Panzarella, soprano
Arbace: Céline Ricci, soprano
Mandane: Marina Comparato, mezzo-soprano
Semira: Sunhae Im, soprano
Artabano: Augustin Prunell-Friend, tenor
Megabise: Mariví Blasco, soprano



Enfin un Artaserse correct qui réjouira le mélomane féru d’école napolitaine. Vinci et Hasse restent encore inédits, mais cette découverte vient tout de même largement compléter la discographie de ce livret comme de l’opéra napolitain milieu de siècle. Cet Artaserse est créé le 26 décembre 1743 (quel Noël !) au Teatro San Giovanni Grisostomo, salle des stars depuis les années 1720, où avaient brillés Farinelli et Cafarelli entre autres. C’est sans doute la consécration pour le jeune compositeur espagnol. La reprise d’un livret à succès était peut-être sans risque, encore fallait-il être original. D’un autre côté, le livret, bien diffusé en Italie et en Europe (Araja à St-Petersbourg en 1738, Hasse à Dresde en 1740, Gluck à Milan et Arena à Turin en 1741, Ferrandini à Munich en 1739, Graun à Berlin en 1742, Scalabrini à Hambourg en 1743), n’avait pas été donné à Venise depuis 1734.


Le livret utilisé me semble un mélange de celui de Métastase pour Vinci et Boldini pour Hasse, avec quelques airs nouveaux : on perd le « Va solcando » d’Arbace, le « Quel paterno amplesso » est bien là, mais avec la strophe final du « Quel stesso amplesso ». Dix airs sont présents chez les trois compositeurs. Comme Hasse, Terradellas cisaille un peut dans le début de l’acte II, mais il ne lui emprunte que le duo de l’acte III. Au final, Mandane perd un air et est un peu marginalisée, à la différence de chez Hasse. Les rôles sont donc très équilibrés, avec 4 airs pour chacun des protagonistes sauf Megabise avec 3. Au détriment de l’intrigue croisée Semira/Artaserse + Mandane/Arbace, c’est donc la victimisation d’Arbace qui prime à l’acte I et ensuite les liens avec son père Artabano.
Contrairement à ce qu’indique la notice, je ne trouve pas l’œuvre si novatrice que ça. C’est du beau style galant, seconde école de Naples (type Vinci-Hasse-Leo-Pergolesi) et encore loin de la réforme de la troisième école napolitaine (Traetta-Jommelli puis Piccini-Sacchini). Les trois actes obéissent à la répartition récitatif / aria. Un seul récitatif accompagné à la fin de l’acte II, un seul duo à la fin de l’acte III. La plupart des airs sont da capo. A noter quand même quelques ritournelles raccourcies ou supprimées, et un air « parlé » dont le tempo très variable permet d’exprimer au mieux les sentiments tourmentés de Mandane. L’ensemble sacrifie évidemment à la virtuosité avec une belle série d’arie da tempesta («Fra cento l’affani », « Allor que l’irato freme », « Quando freme altera l’onda »). Les récitatifs, même accompagnés (fin de l’acte II), ne me semblent pas inoubliables, mais les airs font preuves d’une vigueur qu’on ne retrouve pas toujours chez les Napolitains.
C’est certainement du point de vue de l’orchestration que Terradellas est le plus novateur. L’orchestre joue souvent au complet avec cuivres et vents. Dans le grandiose air final d’Arbace à l’acte I, « Quando freme altera l’onda » les vents imitent le frémissement de l’écume dans la tempête comme rarement. Les timbales qui introduisent le thème de « Quel paterno amplesso » en font une splendide marche funèbre. Certes, Terradellas n’a ni la profondeur psychologique d’un Haendel ni l’inventivité rythmique et mélodique d’un Vivaldi (mais écoutez quand même « L’onda del mar divisa », acte III…), mais il fait clairement bonne figure, atteignant largement le niveau d’un Leo et dépassant Mazzoni dont on nous a déjà livré un correct Aminta.


Juan Bautista Otero rend bien justice à la qualité orchestrale de la partition, les cuivres sont justes, les timbales percutent et les vents suaves ou inquiétants. Les contrastes dynamiques sont bien soulignés. Parfois on regrette un manque de sensibilité ou de couleur même c’est loin d’être mauvais.
Anna-Maria Panzarella est assez convaincante dans le rôle titre, mais il faut dire que les airs que Terradellas écrit pour la Giacomazzi sont très différents de ceux, ultra virtuoses, que Vivaldi avait destiné à cette chanteuse. Le rôle d’Artaserse, celui d’un prince indécis, terrorisé par l’assassinat de son père, la trahison supposée de son ami, l’exécution par erreur de son frère, n’est pourtant pas facile. Panzarella s’en sort parfaitement dans ces airs de demi-caractère et notamment dans « Io son qual Pellegrino », parfait d’élégance.
Le rôle le plus difficile est sans conteste celui d’Arbace, destiné au castrat soprano Roccheti. Céline Ricci s’en sort très honorablement. La tessiture et les intervalles de ses quatre airs sont meurtriers et les cascades de vocalises et de trilles sans fin. La chanteuse a même la voix qui s’étrangle un peu sur le dernier mot : naufragar, mais ça passe. Evidemment on peut critiquer les sons droits et secs de Ricci comme de Blasco mais tout de même quelles performances. Marivi Blasco, que je ne connaissais pas est d’ailleurs une découverte, elle rend bien la virtuosité attendue de ce rôle secondaire de Mégabyze, confié généralement à des jeunes premiers prometteurs mais ici créé par la soprano Pircher. Sunhae Im et Marina Comparato (dans un rôle pour la Fumagalli) sont superbes surtout Comparato, quelle autorité ! (on l’attend avec impatience dans l’Armida de Vivaldi). Le ténor est lui un peu décevant, il n’ornemente pas ses reprises alors que ses airs sont magnifiques. Il a des intonations un peu geignardes quelquefois et dans l’air final de l’acte II, on a presque l’impression d’être dans un opera buffa, c’est vraiment dommage, il ne rend pas le caractère ombrageux, horrible mais finalement torturé d’Artabano.
Au final un cd parfaitement recommandable, sans doute le plus réussi d’Otero après un Porpora raté et un Mazzoni lassant. Peut-être aussi la plus belle parution « napolitaine » de ces dernières années. Il semble quand même que les choses bougent, Curtis a parlé d’un Porpora et d’un Vinci, Gauvin a enregistré des airs de Porpora, la Bartoli serait sur le point de faire de même, Invernizzi fait deux récitals Vinci-Vivaldi, Biondi s’intéresse à Hasse, Dantone « doit » enregistrer les seria de Pergolèse…. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

PS : A cette occasion, il me semble que l’Artaserse de Hasse joué par Alessandrini il y a une dizaine d’années en concert n’est pas celui des années 1730, mais celui de 1740 ou celui de 1760. Dans celui de 1730, il est certain que le rôle titre était tenu par le ténor Filippo Giorgi, alors que c’est Artabano qui était ténor dans plusieurs reprises. L’air « Fra cento affani » de la version Alessandrini serait aussi différent de celui de 1730. Comme on n’a pas les ajouts de Porpora et Broschi, ce n’est pas la reprise de 1734 à Londres, ni celle de Venise la même année avec Cafarelli (sans ténor), donc je pense pour 1740 ou 1760.

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Published by Frédéric - dans Disques et lives
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commentaires

Clément 06/05/2009 21:40

Merci Frédéric pour ces commentaires et les détails de l'article !Et je suis bien d'accord avec ton PS, il est grand temps de mettre ces œuvres belles mais ô combien difficiles entre les mains de bons interprètes :[illustration, attention]http://ensembleserse.com/214Rideilciel08.mp3