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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 11:31

Die Dreigroschenoper

Kurt Weill/Bertold Brecht

Théâtre des Champs-Elysées

14 juin 2009

 

Heinz-Karl Gruber, direction

 

Ian Bostridge, Macheath

Dorothea Röschmann, Polly Peachum

Angelika Kirchschlager, Jenny

Hanna Schwarz, Cecilia Peachum

Heinz-Karl Gruber, J. J. Peachum

Cora Burggraaf, Lucy Brown

Florian Boesch, Tiger Brown

Christoph Bantzner, Le Narrateur

 

Klangforum Wien

Chorus Sine Nomine, direction Johannes Hiemetsberger


 


 

Affiche très alléchante pour cette œuvre qui a rarement les honneurs d’une telle distribution, la considération selon laquelle des chanteurs plus gouailleurs et acteurs que lyriques y sont préférables l’emporte souvent. Ce soir était donc à la fête musicalement, pour le théâtre il a fallu attendre un peu que la scène se chauffe et que les chanteurs quittent le formalisme des versions de concert.

 

L’erreur de casting était clairement Ian Bostridge qui force sa voix et plante le menton dans son cou pour sortir des graves inaudibles. Le personnage construit n’est pas dénué d’intérêt, un bandit dandy méprisant, mais ni la musique ni le texte ne mettent en scène un Arsène Lupin, et ce ne sont pas les fines lunettes de surfer qui vont encanailler cet anglais là.

 

Ma déception s’est portée sur Angelika Kirschlager : depuis quelques temps, je ne trouve plus à l’écouter l’enthousiasme que j’avais éprouvé à ses débuts. La chaleur du timbre est totalement disparue et la voix s’est asséchée jusqu’à devenir ordinaire. Reste un allemand délectable, mais là aussi il manque une voix au personnage pour être incarné. Elle aura beau déployé tout son chien sur scène pour camper la prostituée Jenny, la voix n’est ni capiteuse ni séduisante, et en version de concert, ça ne passe pas. Sans les artifices de la scène, le personnage ne décolle jamais, faute d’être nimbé d’une voix caractéristique.

 

Passé cela, le plateau est irréprochable. A peine ose-t-on reprocher à Florian Boesch de manquer de coffre et de grossièreté pour camper le policier pourri, surtout à coté d’un Macheath si aseptisé. De plus il a réussi à donner un coté benêt derrière la brute sure d’elle-même qui pose le personnage en un regard et un sourire.

 

Cora Burgraaf n’a pas l’allemand aussi idoine que ses partenaires, et la voix est un peu trop aigrelette, mais pour jouer les jalouses, elle s’y entend. La voix est parfaitement agile et porte étonnamment loin, conférant à l’hystérie de son personnage une puissance qui lui permet de rivaliser et de contraster avec sa brillante rivale.

 

Hanna Schwarz est physiquement quelque part entre Monique Canto-Sperber et Arielle Dombasle. Mais dès qu’elle ouvre la bouche, la matrone s’impose : la voix est grosse, vieillie comme un beau cuir qui résiste parfaitement et ne cède rien ni en puissance ni en précision, seule la justesse peut sembler aléatoire, mais c’est ce qui fait tout le sel de ces voix audacieuses.

 

Photo: Wilfried Hösl

 

 

 

Le récitant de Christoph Bantzner peut sembler trop peu investi par son manque de variété dans les interventions, mais cela sert parfaitement la distanciation brechtienne (c’est dur à dire, hein ?). En extrayant constamment le spectateur de l’action dans lequel la musique le plonge, il est une sorte de voix faussement neutre et rationnelle qui permet aussi bien d’éviter toute émotion durable, de dépasser les contingences de temps et de lieu en un instant et d’expliquer un final s’affranchissant de toute crédibilité.

 

Dorothea Röschman domine clairement le plateau, tout y est : la voix ronde et chaude, l’allemand splendide, la puissance jamais forcée, et tout l’éventail d’affects qui en font une Polly Peachum aussi glorieuse qu’évidente.

 


Enfin Heinz-Karl Gruber, l’outsider, a réussi à donner vie à cette œuvre dont une telle représentation aurait faire perdre à Brecht ce que Weill y gagnait. Le chanteur est clairement troupier et caricatural, la sonorisation lui permet de faire valoir sa voix de petit vieux qui semble constamment se gargariser dans sa salive, donnant vie immédiatement à ce vieux sage moralisateur croulant, imbu de ses paroles et de son savoir.

Parallèlement il dirige avec enthousiasme débordant et précision un Klangforum Wien ravi de s’amuser tant sur des instruments peu communs à l’opéra (accordéon, guitare électrique) que de jouer pleinement leur rôle dans cette grande foire (le timbalier qui fait tourner son marteau dans les airs, les musiciens qui jouent les ivrognes de la noce…).

NB: Gruber a enregistré cette oeuvre, avec notamment Nina Hagen en Cecilia. Détails ici.

 

 

Un mot aussi pour l’impressionnant chœur Sine Nomine, dont la rareté des interventions est inversement proportionnelle à l’impact vocal, donnant aux finals une dimension apocalyptique parfaitement maitrisée.

 

Triomphe pleinement mérité aux applaudissements, auxquels a su répondre Gruber en invitant presque tous les chanteurs à bisser leurs duos.


Bref un pari pleinement réussi : faire vivre en version de concert classique une œuvre dont le charme est plus immédiatement perceptible quand elle est rapproché du théâtre. La riche saison parisienne qui arrive nous permettra d’ailleurs de comparer les deux approches grâce au Berliner ensemble qui donnera cette même œuvre mise-en-scène par Bob Wilson !


 


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Published by Licida - dans Représentations
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