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Il catalogo è questo

3 août 2006 4 03 /08 /août /2006 16:47

Voilà le premier des articles resuscités de Baja!

MOZART, Davide penitente (1785)

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Ce court oratorio fut créé avec succès à Vienne les 13 et 15 mars 1785, entre la reprise du Ritorno di Tobia (1784) et la création du Giob, et dans le même cadre de la Wiener Tonkünstlersozietät (voir à ce sujet la présentation du Ritorno di Tobia). Elle reprend pour partie la musique de la Grande Messe en ut mineur K. 427.

¶ Circonstances de la création
Mozart était alors installé à Vienne depuis 1781 (aprés sa sécession avec le prince-archevêque Coloredo) et marié depuis 1782 à Constance Weber contre la volonté de Léopold. Ce n'est qu'à  l'été 1783 que Mozart devait revenir à Salzbourg présenter Constance à son pére, et c'est alors qu'il avait composé sa Messe en ut mineur, exécutée à la Peterskirche de Salzbourg le 25 août de la même année. (Tous les ans, elle y est redonnée à cette date anniversaire lors du Festival.) Constance y tenait la partie de premier soprano. 

Or cette Messe demeurait alors inachevée : manquait toute une partie du Credo (aprés "Et incarnatus est") et l'Agnus Dei. Il était évidemment exclu de donner une messe estropiée dans le cadre liturgique, donc Mozart dut la compléter alors avec des fragments de messes antérieures.

Toujours est-il que pour honorer la commande de la Société viennoise (non rétribuée !), Mozart choisit de recycler sa somptueuse Messe inachevée et inconnue à  Vienne, recalée sur un livret italien, et complétée de morceaux nouveaux. Il pouvait compter sur la participation de Caterina Cavalieri et de Valentin Adamberger, le couple créateur de L'Enlévement au Sérail (voir plus haut), et il écrivit ainsi pour chacun un air magnifique où ils pussent faire briller leurs qualités.

[N.B. J'utilise la présentation trés détaillée jointe au disque de Neville Marriner chez Philips : Alfred Beaujean, "De la messe en ut mineur à Davide penitente. Un important document de la pratique de parodie"]

¶ Le livret 
Il est généralement attribué à Da Ponte, sans qu'on dispose apparemment de preuve formelle. Le sujet (les remords du roi David aprés qu'il s'est adonné à une liaison adultérine avec Bethsabée et qu'il a entraîné la mort de son époux Urie au combat) avait été déjà mis en musique par Gasparo Bertoni en 1775, également pour la Société. 

 

Il ne s'agit pas d'un livret narratif cependant, mais ostensiblement lyrique dans une suite d'apostrophes au Seigneur, imitant le style des Psaumes, dont David était considéré comme l'auteur. Les numéros de l'oratorio sont ainsi écrits pour la plupart à la premiére personne (du singulier pour les chants de pénitence, ou du pluriel pour les célébrations collectives de la puissance de Dieu).

 

Ce type de composition en forme de paraphrase italienne des Psaumes avait un antécédent illustre : le recueil des Psaumes de Benedetto Marcello (1724), écrits sur des poémes du lettré Ascanio Giustiniani (il s'agit d'une traduction des 50 premiers Psaumes de l'Ancien Testament). 

Ainsi le travail de Mozart a consisté en une "parodie", suivant une pratique courante à l'époque classique : reprendre une musique préexistante en lui accommodant de nouvelles paroles, et ici du sacré (le latin liturgique) au semi-profane (sujet religieux, mais dans la langue de l'opéra).

 

Citons A. Beaujean : "l'aptitude d'adapter ses textes à  la teneur expressive de la musique dans une alternance de priére contrite et d'allégres explosions de louanges avec tant de justesse qu'il n'y ait guére à aucun moment contradiction entre paroles et musique est une réussite parlant en faveur du librettiste […]. Il plia non moins habilement sa métrique poétique à la musique de Mozart, les fausses accentuations étant extrêmement rares."

 

¶ Composition de l'oratorio 
Je signale en italique la concordance avec les numéros de la Messe K. 427 et en gras les ajouts originaux de Mozart. Pour chaque numéro, je donne en général les premiers mots du texte chanté. 

 

1) Chœur avec soprano solo (= Kyrie)

"Alzai le flebili voci" / J'ai élevé mes plaintes vers le Seigneur

(cf. De profundis clamavi ad te...) 

 

2) Chœur (= Gloria)

"Cantiam le glorie"

3) Air de soprano (= Laudamus te)

"Lungi le cure ingrate" / Au loin les funestes soucis 

 

4) Chœur (= Gratias agimus tibi)

"Sii pur sempre benigno" / Que ta bienveillance soit éternelle 

 

5) Duo de sopranos (= Domine Deus)

"Sorgi, o Signore, e spargi i tuoi nemici" / Léve-toi, Seigneur, et disperse tes ennemis 

 

6) Air de ténor (2 parties : lent-rapide)

"A te, fra tanti affani / pietà cercai, o Signore / etc. "
a) Auprés de toi, parmi tant de tourments, j'ai cherché la pitié, auprés de toi qui vois le fond de mon cœur.

b) Tu as entendu mes vœux, et déjà  mon âme jouit du calme aprés la tempête qui l'accablait. 

 

7) Double chœur (= Qui tollis peccata mundi)

"Se vuoi, puniscimi" / Punis-moi, mais guéris-moi 

 

8.) Air de soprano (2 parties = lent-rapide)

"Tra l'oscure ombre funeste, / splende al giusto il ciel sereno / etc." 
a) À travers les ombres ténébreuses du deuil, un ciel serein resplendit pour le juste ; un cœur fidéle conserve la paix dans la tempête.

b) Ah, belles âmes, réjouissez-vous ! Que nul audacieux ne vienne troubler cette joie et cette paix dont Dieu est seul l'auteur.

 

9) Trio (sopranos et ténor) (= Quoniam tu solus)

"Tutte le mie speranze ho riposte in te" / C'est en toi que j'ai remis toutes mes espérances 

 

10) Chœur (= Cum sancto Spiritu )

"Chi in Dio sol spera" / Qui espére en Dieu seul ne saurait craindre de tels dangers.

avec cadence ornée ajoutée pour le trio de solistes  

 

On le voit, la structure monumentale de la Messe inachevée, entrelaçant chœur et parties solistes autonomes, favorisait objectivement le glissement à l'oratorio. La supplication du roi pécheur, figure allégorique du croyant, se coulait évidemment sans difficulté dans le Kyrie original. De même, le "Qui tollis" à double chœur ouvrait un espace sonore et dramatique au développement de l'angoisse concréte du pénitent ("Vedi la mia pallida guancia inferma, etc.").

 

¶Les 2 airs ajoutés sont alors trés remarquables en ce contexte. Destinés à faire briller les deux fameux chanteurs viennois, ils offrent une importante partie vocalisée, et font écho ainsi au "Laudamus te" recyclé.

Pour le dire en deux mots, ils ont tout le relief à la fois virtuose et expressif d'un air d'opéra (ils font chacun entre 6 et 7 minutes) : une partie d'un tempo modéré exhalant le tourment, puis une partie rapide chantant la consolation. 

 

Mais justement, cette structure binaire reproduit en la concentrant l'oscillation de toute l'œuvre, qui est celle-la même observable dans les Psaumes : souffrance et pénitence ouvrent sur une espérance rayonnante. C'est si l'on veut la structure fondamentale du culte chrétien. C'est aussi le mouvement même de la catharsis à l'opéra : transformation de la douleur en euphorie. 

 

Musicalement, on remarque dans chacun le contraste entre la seconde partie ornée (vocalises d'exultation, particulièrement frappantes pour la Cavalieri-Konstanze ) et la première, d'un climat intensément poétique. Dans l'air de ténor, la voix dialogue avec un groupe de 4 instruments à vents (hautbois, flûte, basson, cor) comme dans l'air d'Ilia "Se il padre perdei", ou comme l'air de Constance "Martern aller Arten" dans la partie rapide.  

 

La soprane, quant à elle, commence par chanter dans une atmosphére inquiétante, accordée au texte, d'une couleur lugubre qui rappelle, via des Litanies (du Saint-Sacrement) de Mozart antérieures, les couleurs tragiques des opéras de Gluck ; et la ligne vocale y est distendue par des élancements pathétiques dans l'aigu et d'impressionnants écarts de registres, typiques de l'écriture "seria", sur "Tra l'oscure ombre funeste", comme si la voix mimait l'errance et le désarroi.

 

Par conséquent, ces deux airs ne sont pas véritablement aussi hétérogénes au climat religieux de l'oratorio. Toujours est-il que Mozart les a enchaînés tous les deux au numéro qui les suit par une transition modulante.

 

¶ Discographie
3 versions à ma connaissance (l'air "Tra l'oscure" a parfois été enregistré à part, ainsi par Stich-Randall : publié naguère dans un album Chant du Monde) :

 

1) Dir. Kuijken, avec Kristina Laki, Nicole Fallien, Hans-Peter Blochwitz, La Petite Bande (Deutsche Harmonia Mundi).

2) Dir. Marriner, avec Margaret Marshall, Iris Vermillion et Hans-Peter Blochwitz, Chœur et orch. de la Radio de Stuttgart (Philips, 1987).

3) Dir. L. Devos, avec Bernadette Degelin et Jennifer Smith (Erato) :[je ne l'ai jamais entendue, J. Smith n'y chante que la partie de second soprano.] 

 

Celle de Kuijken est la plus connue, je pense, mais je ne l'aime guère. Trés sèche, chœur trés "baroqueux-flamand". Laki est impeccable mais trés froide (elle me fait toujours penser à Mathis de ce point de vue).

 

En revanche, je recommande sans réserve la version Marriner*,qui allie la majesté, la couleur, la finesse de détail et la dynamique des lignes. On y entend en outre un Belmonte et une Constance de haute vol.

Margaret Marshall est absolument MAGNIFIQUE (Caroline ne me contredira pas, je pense). Essayez son solo initial, elle prodigue tout : la grandeur et l'intensité du ton, l'ampleur et les irisations de la voix, la diction parfaite, le modelé des lignes, le contrôle dynamique, et meme le trille ! Du trés grand art, chez une mozartienne extraordinaire, et trop oubliée. Et quel sens de la vocalise expressive !

 

* Version couplée avec le (trop) célébre motet "Exsultate, jubilate", dont Marshall donne une interprétation impériale. Le CD est supprimé mais on le trouve assez facilement d'occasion. Cette version est par ailleurs reprise dans le coffret "Oratorio" de l'intégrale Mozart chez Philips. 

 

Réversibilité : la musique originale du Davide penitente a été utilisée par Robert Levin récemment pour compléter la Messe en ut mineur : enregistrement dirigé par Helmut Rilling chez Hänssler.

 

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commentaires

Frédéric 03/10/2006 14:57

Cetet autre version est pas mal du tout, supérieur à Kuijken pour moi (je n'aime pas le côté "baroqueux-flamand" déjà évoqué. L'orchestre, moderne mais pas lourd, sonne bien, la direction est efficace, les tempi judicieux (pas trop rapide dans le "Qui tollis" devenu "Se vuoi puniscimi". Les chanteurs sont très frais, Bonitatibus est très bien en seconde soprano. Choeur aussi net. Vraiment une belle réalisation propre à réconcilier avec les orchestre modernes dans mozart. Sans oublier le complément : un requiem n°1 de Michael Haydn (en ut mineur) de 1770 qui vaut bien la version Rilling et celle trop lente et aseptisée de Robert King. Le plsu équilibré, plus grandiose que Zacahrias, plus vivant que King, plus précis que Rilling.

Licida 03/08/2006 18:33

Il existe une autre version au disque avec Sainte Bonitatibus dirigée par Ivor Bolton à Salzburg avec aussi Christoph Strehl et Iride Martinez. On peut le trouver sur amazon: http://www.amazon.fr/gp/product/B000A32AWI/403-4091211-8730833?v=glance&n=301062&s=gateway&v=glance

J'avais écouté à la radio la retransmission du conert d'Harnoncourt avec Invernizzi qui chante malheureusement la partie de second soprano, c'est Malin Hartelius et christophe Strehl qui tiennent les premières parties, ils ne sont pas inoubliables, un peu propret; mais l'air de Roberta est splendide comme toujours!