Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Psychologie

  • : Alma Oppressa
  •  Alma Oppressa
  • : Blog sur l'opéra
  • Contact

Articles à venir

Recherche

Archives

Il catalogo è questo

3 août 2006 4 03 /08 /août /2006 18:01

Et le troisième!

Un peu d’histoire d’abord 

Il existait une tradition de l’oratorio en italien à la Cour des Habsbourg depuis la seconde moitié du XVIIe siècle, en particulier d’un type d’oratorio donné pour la Semaine Sainte , appelé « oratorio du sépulcre », mettant en scène des apôtres et/ou Marie-Madeleine. On en trouve par exemple de Caldara — lequel installé à Vienne fut le premier à mettre en musique plusieurs livrets d’opera seria de Métastase, comme La Clemenza di Tito en 1734 : un enregsitrement est paru récemment — comme plus tard de Zelenka.

Métastase d’ailleurs a écrit plusieurs livrets d’oratorio très fameux, soit christiques ( La Passione di Gesù Cristo par ex.), soit sur un sujet de l’Ancien Testament (Betulia liberata, Giuseppe riconosciuto, Gioas Re di Giuda).

[On trouve ces livrets réunis en un petit volume de poche : Metastasio, Oratori sacri, Venezia, Marsilio, 1996]

Or dans les années 1770-1790 une société de musiciens viennois, la Wiener Tonkünstlersozietät , fondée par le compositeur Florian Gassmann en 1771, organisait des concerts de bienfaisance au profit des veuves de musiciens.

Ces concerts avaient lieu deux fois l’an : juste avant Noël et pendant le Carême. L’entracte de l’oratorio était ocuupé par un concerto et des pièces instrumentales. La participation des artistes était bénévole. Le sujet exaltait traditionnellement la constance chrétienne dans les adversités tout en offrant une musique volontiers monumentale (ce sont des concerts solennels).

 

C’est dans ce cadre que se succédèrent plusieurs grands oratorios italiens à sujet biblique (toujours en 2 parties), dont voici quelques exemples remarquables : 

 

1772 : GASSMANN, Betulia liberata 
1773 : Carl Ditters von Dittersdorf, Esther 
1775 : Joseph HAYDN, Il Ritorno di Tobia 
1778 : DITTERSDORF, Giob
1787 : KOZELUCH, Mosé in Egitto 

Pour ce que nous pouvons en juger d’après plusieurs enregistrements récents (chez CPO en particulier), ces oratorios joignent au vocabulaire de l’opera seria (succession de récitatifs secs et d’airs, grands airs pathétiques à vocalises, airs dont le texte repose sur une comparaison avec les éléments naturels) une participation importante du chœur et une orchestration fastueuse développée dans des séquences descriptives (passage de la Mer rouge dans Moïse, tempête dans Tobie ou Job).

Ainsi, ces musiques témoignent à la fois d’une empreinte de l’opéra contemporain (dans la virtuosité d’apparat, par exemple) et d’un élargissement de la palette orchestrale, volontiers « pré-romantique » ou plus précisément « Sturm und Drang » : ce n’est pas un hasard si ces oratorios excellent à exprimer les turbulences de l’atmosphère comme de l’âme.

*********************

HAYDN, Il Ritorno di Tobia

***********************

La célébrité des deux oratorios allemands ultérieurs, La Création (1789) et Les Saisons (1801), a occulté cet oratorio qui a eu le malheur de passer pour un vestige d’une tradition surannée (syndrome bien connu de l’opera-seria-forcément-désuet-et-ennuyeux, n’est-ce pas Clément ?)

Les enregistrements en sont rares et tous supprimés. Je ne connais pas la version Hungaroton avec Magda Kalmar, mais celle enregistrée pour Decca en décembre 1979 :

Rafaelle (l’Archange) : Barbara Hendricks, soprano

Sara, épouse de Tobia : Linda Zoghby, soprano

Anna, mère de Tobia : Della Jones, mezzo

Tobia, fils de Tobit : Philip Langridge, ténor

Tobit, époux d’Anna : Benjamin Luxon, basse

Brighton Festival Chorus

Royal Philarmonic Orchestra 

Antal Dorati

Le livret est dû à Giovanni Gastone (1742-1800), frère du compositeur Luigi Boccherini, et représente les épreuves traversées par Tobie et sa famille. 

 

Première partie :

Tobit et Anna attendent dans l’angoisse le retour de leur fils Tobie parti dans l’empire babylonien. Tobit révèle à son épouse qu’un songe lui a annoncé que leur fils avait pris pour femme une lointaine parente, Sarah, et que cela avait retardé son retour.

Mais voici qu’apparaît Azarias, compagnon de route de Tobie, qui annonce l’imminence de son retour. Il s’agit en fait de l’Archange Raphaël, son protecteur, qui annonce que grâce à son fils, qui a vaincu et éviscéré un monstre aquatique sur les bords du Tigre, Tobit, qui est aveugle, recouvrera la vue (air : « Il figlio a te si caro »).

Les tendres époux Tobie et Sarah paraissent enfin, et s’expriment leur amour mutuel en deux airs symétriques (contemplatif pour le ténor, jubilant pour la soprane). Le chœurd es Hébreux réclame la réalisation de la prophétie de l’Archange et la guérison de Tobit (chœur final avec solistes : « Udi le nostre voci »). 

 

Seconde partie :

Anna et Sarah s’entretiennent de la foi en Dieu, et Azarias les y exhorte car « Dieu ne manque jamais à ses promesses » (air : « Come se a voi parlasse »). Sarah exprime alors son ravissement au spectacle sublime des mœurs pastorales et patriarcales d’Israël (air « Non parmi esser fra gl’uomini »). Tobie annonce qqu’il va verser sur les yeux de son père quelques gouttes de la bile du monstre qu’il a vaincu afin de la guérir (air de comparaison : « Quel felice nocchier », qui chante la confiance dans la tourmente).

Ensuite, Anna, dans une grande scène avec chœur, oppose dramatiquement l’angoisse de la vie terrestre aux consolations de l’espérance chrétienne (« Come in sogno »). Mais Tobit souffre encore davantage depuis que son fils a voulu le soigner : résigné, il attend la mort (air « Invan lo chiedi »). Dans un magnifique duo, la mère et le fils donnent libre cours à leur désolation (« Dunque, o Dio, quando sperai »). Mais Sarah surgit, qui annonce qu’Azarias a remédié au mal de Tobit en protégeant ses yeux du soleil afin qu’il s’accoutume petit à petit à la lumière du jour. L’Archange révèle alors son identité, et tous chantent leur foi inébranlable dans la Providence (chœur final avec solos).

La création de cet oratorio sous la direction du compositeur (2 et 4 avril 1775) fut triomphale, et la recette énorme : 1712 gulden (faites la conversion en euros). Un journal du temps souligne l’impression produite par les chœurs « qui sont embrasés d’un feu qui ne brille que chez Haendel ». Les solistes provenaient de la chapelle du prince Esterhazy.

L’oratorio fut donné ensuite à Berlin en 1777, puis à Rome en 1783, alors que Haydn y était quasiment inconnu ! 

 

Mais une reprise en 1784 (28 et 30 mars), pour laquelle Haydn réaménagea la partition, eut lieu, toujours dans le même cadre institutionnel, au Burgtheater de Vienne, avec une distribution éclatante :

Caterina Cavalieri et Valentin Adamberger, créateurs de Constance et de Belmonte dans L’Enlèvement au sérail, chantaient les parties de Raphaël et de Tobie, tandis qu’Anna était confiée à la Storace , autre grande interprète mozartienne. Theresia Teyber (qui avait été la première Blondchen) et Stefano Mandini tenaient les rôles de Sarah et de Tobit.  

 

Une dernière reprise en 1808 n’eut en revanche guère de succès : le goût avait alors changé pour un public désormais habitué à une esthétique moins ornée et statique. 

 

Car l’écriture musicale privilégie ici des numéros de grandes dimensions. Les airs durent entre 8 et 14 minutes, le plus long étant celui, absolument sublime et absolument méconnu, de Tobie dans la 1ère partie (« Quando mi dona un cenno »), pure effusion de tendresse sur un tapis de cordes avec sourdines (Langridge y est inoubliable). Le grand duo de Tobie et d’Anna, à la fois angoissé et suspendu, fait une dizaine de minutes. (Morceau admirable, d’une douceur élégiaque extraordinaire, associé pour moi à la nuit d’été depuis que je l’ai écouté en boucle dans un jardin des Pyrénées durant les nuits de la canicule. ) On est donc aux antipodes de l’esthétique concise que Gluck développait alors, mais bien plutôt dans la tradition du grand chant baroque, soutenu de toute la science orchestrale de Haydn. 

 

Le rôle de l’Archange privilégié comme il se doit les vocalises spectaculaires, la longueur de souffle et les envolées dans l’aigu qui semblent ignorer la pesanteur : son air d’entrée est extraordinaire, rayonnant et monumental, mais celui de la 2e partie présente des élancements non moins surprenants. Musique à la fois décorative et émouvante, comme le rococo des églises autrichiennes.

À Anna reviennent des pages particulièrement dramatiques, et qui confirment le profil « mezzo » de la Storace. Le chœur qui suit son air de la 2e partie (« Svanisce in un momento ») fut adapté par Haydn sur des paroles latines destinées à la liturgie (« Insanæ et vanæ curæ »).

 

Cependant, la partie vocale la plus frappante est peut-être celle de Sarah. Son premier air (« Del caro sposo ») déploie tout l’éventail du soprano virtuose : vocalises, piqués, écarts spectaculaires de registres entre l’aigu et le grave (comme chez Mozart ou comme dans l’air railleur de la femme de Job dans l’oratorio de Dittersdorf, dont les figures sont voisines).

Mais son second air, centré sur le medium, exalte le cantabile nostalgique dans un dialogue permanent avec les bois, où le hautbois solo donne une couleur pastorale, mordorée, très émouvante, comme le déclin du jour dans un paysage du Lorrain. Signalons que Cecilia Bartoli a chanté et respiré cet air en concert avec Rattle d’une manière souveraine (Salzbourg 1999, inédit au disque). 

 

En somme, une œuvre splendide, fastueuse même, mais aussi profondément touchante. Et qu’on aimerait entendre en concert !

Appel au Théâtre des Champs-Élysées, par exemple : plutôt que de resservir du Vivaldi et du Haendel à toutes les sauces, des oratorios viennois svp !

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Bajazet 02/11/2006 01:16

Si, si, un ritrattino ! :-)

La distribution est vraiment alléchante, en plus avec Dahlin chéri. J'ignore encore quand ça paraîtra, je vous tiens au courant ;-)

licida 02/11/2006 01:08

Youpiiiiiii! En plus chez Naxos ce sera pas cher!

Spering devrait être très bien là dedans, la seconde moitié du 18ème (Holzbauer, JC Bach...) lui convient bien mieux que la première (il est soporifique dans Handel).

Hallenberg en Anna, je n'en demandais pas tant! Ce sera chuper! je prends les paris!

Et puis toute nouvelle interprétation de Roberta est une bénédiction! Par ailleurs, je m'interroge de plus en plus sur le sous emploi de cette chanteuse: sa Partenope et son disque de cantates ont grandement prouvé ses affinités avec Handel, pourquoi l'y entend-on si peu? Elle serait merveilleuse en Morgana, Cleopatra, Ginevra...bref dans tous les grands roles de soprano trop souvent distribués à des soprano légers. Faudra que je fasse un portrait d'elle un jour.

Bajazet 02/11/2006 00:37

Udite tutti !
E tu, Licida, ascolta bene !

Une nouvelle qui fera plaisir à Licida mais à d'autres aussi :
Andreas Spering vient d'enregistrer Il Ritorno di Tobia pour Naxos. Et devinez avec qui ?
Sophie Karthäuser : Sara
Roberta Invernizzi : Raffaele
Ann Hallenberg : Anna
Anders Dahlin : Tobia

Ça valait la peine d'attendre, non ?

J'en profite pour signaler que j'ai mis sur mon blog la présentation du Ritorno, légèrement augmentée. Merci encore à Licida de l'avoir hébergée jusque-là :-)

Licida 03/08/2006 18:24

Merci Baja pour cette aléchante présentation!

J'ai appris récemment que Podles avait chanté le rôle d'Anna en 1997 dans l'Alice Tully Hall de New York. Voici la distribution:

Sara: Andrea Folan, soprano
Raffaelle: Frances Lucey, soprano
Anna: Ewa Podles, contralto
Tobit: Steven Tharp, tenor
Tobia: Leon Williams, baritone
The Dessoff Chorus
Conductor: Leon Botstein