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Il catalogo è questo

7 août 2006 1 07 /08 /août /2006 15:18

Le Nozze di Figaro par Pido au TCE le 14.10.05

 

C'était pour moi vraiment une très bonne soirée!! Je tiens tout de suite à dire que j'y allais un peu à reculons, car j'aurai du rester devant mon ordi pour m'occuper de mes inscriptions pédagogiques et sachant la place de merde que j'allais avoir dans l'opéra le plus mal foutu de Paris, pour un spectacle dont je n'avais pas eu de bons échos. Or malgrè mon dos qui a bien souffert (puisque je me suis retrouvé par terre pour qu'une amie puisse se décaler et voir) et mon pied qui, à plusieurs reprises, ne répondait plus, engourdi qu'il était, je me suis régalé!  

 

La mes de Martinoty tout d'abord: les costumes très beaux, les décors chatoyants, la direction d'acteurs dynamique mais sans grande originalité, on est loin de la reflexion de Chéreau mais ça reste très agréable à regarder, c'est fin et délicat. A défaut de vouloir nous faire du Schopenhauer comme beaucoup de metteurs en scene "rebelles", on a pas eu du Pascal non plus, mais du bon Voltaire. Une mes réussie donc qui a eu le don de me faire de nouveau rire aux traits d'humour du livret que je connais par coeur, et de me faire sourire tout du long. Bref c'est plus contemplatif que reflexif, mais ça a aussi ses avantages. 

 

Le chef d'orchestre: encore une mauvaise appréhension puisque le souvenir que Pido m'avait laissé dans Medea était des plus médiocres; de plus passer après Jacobs pouvait entrainer une catastrophe. Mais ça a été; à certains moments le tonitruant l'emportait sur le rutilant, mais dans l'ensemble, c'était bien mené sans être plan-plan ni trop barockeux. Je regrette juste le caractère trop sonore des cuivres, qui éclipsait un peu le reste de l'orchestre. Cela dit je préfere ces directions contrastées et vives que les ronronnements de Kuhn.  

 

A présent les séconds rôles qui n'étaient pas tous des seconds couteaux et c'est suffisamment rare pour que je mentionne les plus notables: Pauline Courtin était une magnifique Barberine, son L'ho perduta m'a accroché et ému dès la première note(faut dire que j'ai une tendresse particulière pour cet air): un timbre, chaud, rond, une bonne projection, une articulation sensible, un bon jeu d'actrice, la paysanne était presque trop belle et son sanglot ridicule à la fin de l'air ramenait son personnage dans l'univers de la comédie, contrastant un peu trop avec la noblesse de la servante en sa naïve souffrance. La Marcellina de Sophie Pondjiclis était formidable!! Un jeu d'actrice étonnament présent pour un rôle qui se confond souvent avec le décor: la voir dire "Tu madre" avec embarras, ou tituber pour aller consoler Figaro était un vrai plaisir. Quand à son air, un pur régal, des vocalises franches et claires, de la classe et de l'effonterie: ENCORE!!    

 

Le Cherubino d' Anna Bonitatibus m'a un peu laissé sur ma faim: son Non so più n'était pas assez enfièvré et trop fade, quant à son Voi che sapete, il était certes meilleur mais trop minutieux. De toute façon je la préfere réellement dans des rôles plus affirmés lui permettant de faire des splendeurs comme celles qu'elles nous a données dans les opéras de Pergolesi(L'Olimpiade et Il Flaminio à Beaune).  

 

Veronica Cangemi en Comtesse  Je trouvais que c'était tout de même pousser le bouchon un peu loin: eh bien j'ai été agréablement surpris, certes les graves, y en a pas, ce qui est tout de même génant; cela dit, son intelligence lui a permi de pallier ses carences vocales et à défaut d'une comtesse grande dame et idyllique(j'adoooore Schwarzkopf dans ce rôle!), elle joue une femme écorchée vive par l'abandon de son mari. Porgi Amor n'était pas son meilleur moment (bravo à Martinoty de la faire se rouler par terre en même temps, après tout c'est vrai que l'air est tellement simple à chanter qu'il faut bien rajouter un peu de difficulté!! grrr!), mais son Dove sono était tout à fait satisfaisant et l'on comprend parfaitement qu'elle echange son rôle avec Susanna de qui elle est finalement très proche. De ce point de vue la Canzonetta su l'aria était à mon sens trop peu aboutie, tant scéniquement que vocalement, cela passait un peu inaperçu.  

 

Susanna donc: Patrizia Ciofi a une certaine tendance à l'acidité. Voilà c'est tout ce que j'ai trouvé de méchant à dire!  C'était très bien joué, pas forcément sublime (Giunse alfin il momento assez tendu), mais très agréable tout de même, j'aurai certes aimé plus d'émotion. Tant que j'y suis je parle du Figaro de Andrea Concetti: bien sans plus. Bien chantant mais pas assez caractérisé, trop peu de prestance sur scène, un jeu passe-partout; cela ne dépare pas le reste mais cela n'apporte rien non plus, or c'est tout de même le personnage éponyme!  

 

Il faut dire qu'avec un Comte de cette qualité, le Figaro était bien éclipsé! Rudolf Rosen était splendide!! Une voix de Jupiter tonnant, un jeu passionné, une dégaine terrrrible! C'est lui que j'ai préféré ce soir, certes on peut le trouver un peu violent par moment mais il correspond tout à fait à mon idée du personnage: une brute racée mais encore capable de susciter le désir de cette délicate créature qu'est la comtesse. 

 

Bref, je pense que je vais retourner me bousiller le dos, si cela m'est financièrement possible! J'encourage tous ceux qui veulent passer une bonne soirée à y aller, bien que connaisant l'opéra par coeur j'ai souvent été agréablement surpris et je vais le réecouter, ce que je n'avais guère fait depuis bien longtemps. Entre le Cosi de Chéreau et ces Nozze, l'année Mozart commence très bien! Je ne peux qu'espérer une même réussite pour Don Giovanni(qui sait peut être que les deux seront réussis?!) 

 

Licida - heureux de vivre après un tel spectacle!

 

 

 

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Aladin 10/08/2006 22:26

Sophie Pondjiclis avait débuté à Garnier dans le "Tricorne" de Manuel de Falla, dans sa version chorégraphiée par le fils de Léonide Massine, Lorca Massine. C'était en 1992, et la voix était alors très proche de celle de Berganza. Je n'ai jamais compris comment on a pu passer à côté d'une voix pareille, alors qu'elle a le même agent que Nora Gubisch (sans vouloir retourner le couteau dans la plaie). Elle pourrait chanter le Romeo de Bellini.

DavidLeMarrec 07/08/2006 22:15

Je n'avais pas vu toute la retransmission (ces opéras-tubes passent si souvent !).

Oui, belle mise en scène en effet. Pas de trouvailles incroyablement profondes, mais pas non plus de faiblesses des versions traditionnelles alla Schenk, d'un manque d'imagination assez détestable.

Non, ici, tout était agencé pour que le théâtre prenne, et il prenait fort bien.

****

Pour ce qui est de Kirchschlager, c'est l'une des interprètes où le choix de la langue importe le plus.

En italien, interprétations souvent assez impersonnelles, particulièrement ses Chérubin.
Belle interprète du lied à la voix fruitée, aux intentions un peu sages dans Schubert, mais d'une très grande vérité dans Mahler.
En français , elle est transfigurée. Un sens du mot remarquable, une qualité de voix inouïe. Il faut entendre sa Mélisande de Salzbourg, très féminine, dense, posée. Son Nicklausse d'Orange (mise en scène Savary) était, pour ceux qui l'ont vu, un très grand moment - Vois sous l'archet frémissant bouleversant, en particulier. Elle perd en français tout ce que son chant a de prudent, et le timbre devient éclatant. Je suis inconsolable d'avoir manqué sa Shéhérazade.


Et en anglais, nous sommes sur les sommets aussi.
Vous pouvez réécouter pendant toute la semaine sa prestation dans la création de Julian Anderson, Heaven is Shy of Earth à la BBC, donné hier : voyez la Promenade 32.
Ses qualités y sont fort semblables à son français. Et en plus, l'oeuvre, pas originale du tout, est d'un charme fou (langage qui rappelle beaucoup Ocean of Time d'Ekström). Un espèce de postzemlinsky modernisé.

Bajazet 07/08/2006 18:18

Oui, c'est bien ça. Une réinterprétation des toiles peintes, en somme.

Caroline 07/08/2006 18:17

C'était cette mise-en-scène avec les tableaux, ou je confonds?...

C.

Bajazet 07/08/2006 17:21

J'avais vu le spectacle la saison précédente, avec Dasch, Joshua, Kirchschlager (aucune des 3 ne m'a laissé de souvenir marquant, c'était bien fade), Spagnoli et Pisaroni en Figaro.

Les airs dégoûtés qui avaient accueillis le spectacle sur le forum que je hantais alors m'avait surpris, car je dois dire que la mise en scène m'avait vraiment séduit, avec de belles trouvailles (l'air des marronniers avec ses effets de transparence) et le confort de ne pas chercher midi à quatorze heures.
(La soirée du 21 juin avait été retransmise en direct sur Arte, mais la subtilité des éclairages mordorés ne passait absolument pas à l'écran, c'était même assez navrant de ce point de vue.)

En revanche, je n'avais pas du tout aimé la direction de Jacobs, trop peu souple et trop peu poétique à mes oreilles.

Je retiens surtout la révélation de SOPHIE PONDJICLIS, absolument épatante ! Une présence théâtrale de premier ordre pour une caractérisation très fini de Marcelline, trop souvent réduite à une caricature (j'adore ce personnage des Noces et tout ce qu'elle chante), et qui plus est une maestria étonnante pour l'air archaïsant de l'acte IV, où rares sont celles qui s'en sortent bien à la scène.

Alors je vais reprendre le refrain connu : mais pourquoi ne pas employer davantage cette artiste remarquable, plus et mieux que pour une partie d'alto dans le Requiem de Mozart ?