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Il catalogo è questo

8 août 2006 2 08 /08 /août /2006 01:22

Merci à Baja pour cet aricle tout beau tout chaud! 

Elina Garanca dans Mozart 

Parallèlement à ses Mozart à la scène (Annio à Salzbourg, Dorabella à Aix et Vienne, Sesto à Paris dans quelques semaines), Elina Garanca a enregistré au moins deux récitals Mozart : le premier est paru chez Virgin à l’automne dernier (j’en donne un compte rendu ci-dessous), le second paraîtra chez DG au début de 2007 (avec la Staaskapelle de Dresde, mais je n’en connais pas le programme). 

 

Il y a aussi, bien sûr, le DVD du Cosi aixois chez Virgin (le jeu théâtral autant que la beauté de Garanca sont à voir, surtout appariée à Stéphane Degout) et une participation à un curieux « Mozart Album » chez DG, où à côté de la star Netrebko (qui chante Ilia, Susanna, Anna mais aussi Elettra...), Garanca se contente du duo Annio-Servilia et du « Parto » de Sesto. Les échos que j’ai lus sur Amazon.de insistent sur la réussite éclatante de cet air au sein du programme. 

 

Au moment des représentations aixoises, l’accueil avait été contrasté. Certains trouvaient que Garanca n’avait pas la voix pour Mozart, entendez trop opulente, avec en coulisse le cliché bien connu « c’est verdien ». Eh bien, moi j’en redemande des voix comme ça dans Mozart ! Et j’espère pouvoir l’entendre face à Antonacci dans La Clémence.  

 

Quel est votre avis, s’il vous plaît, ô lecteurs ?

 

************************** 

 

ELINA GARANCA : RÉCITAL MOZART (Virgin, 2005) 

 

Airs de concert : « Chi sa, chi sa, qual sia » K. 582, « Basta vincesti — Ah non lasciarmi, no » K. 486A, « Alma grande e nobil core » K. 578, « Misero me ! — Misero pargoletto » K. 77, « Ch’io mi scordi di te ? » K. 505  

 

Airs d’opéras : « Se l’augellin sen fugge », « Va pure ad altri in braccia » ( La Finta Giardiniera ) ; « Ah scostati ! — Smanie implacabili », « Temerari ! — Come scoglio » (Così fan tutte) ; « Deh, se piacer mi vuoi » ( La Clémence de Titus). 

 

Frank Braley, piano 

Camerata de Salzbourg, dir. Louis Langrée 

D'abord, j'aimerais un jour qu'on m'explique d'où vient la réputation de mozartien de M. Langrée. Car pour ma part, je n'entends la plupart du temps que de la miniaturisation orchestrale, un mélange de pastel diffus avec quelques sécheresses, une espèce d'esthétique du "petit" (pas trop fort, pas trop lié, pas trop coloré, etc.), dont le défaut le plus grave est d'affadir le propos expressif en permanence, d'amoindrir la tension et de ruiner parfois le soutien du chanteur.  

 

Le "Come scoglio" de Fiordiligi en offre un triste exemple, avec des ritournelles d'une platitude rarement entendue et une absence de nerf fatale à cet air. L'air de Vitellia au premier acte, de même, ne soutient pas la tension nécessaire. Même l'air de fureur de Ramiro semble privé de chair à l'orchestre, alors que l'air de concert "Alma grande" est très convaincant.  

 

[J’ajoute à ce que j’écrivais en novembre que pour avoir entendu Langrée diriger Zaïde à Vienne avec le même orchestre de façon excellente, je suis désormais beaucoup plus mesuré dans mon jugement ; ce qui n’enlève rien cependant aux insuffisances de ce disque à mon goût]

Cette entrée en matière pourra sembler paradoxale, mais j'ai l'impression que cette défaillance de l'orchestre aggrave (à défaut de les expliquer) certains problèmes de la partie vocale. 

 

On a pu lire, lors des comptes rendus du Cosi aixois puis parisien, que Garanca ne plaisait pas à tout le monde. Pour ma part, je bouderai moins que jamais mon plaisir à l'écoute de cette voix somptueuse, que j’avais découverte dans le Bajazet de Biondi, et dont les délicatesses n'excluent pas la majesté ou la véhémence. Voilà un mezzo qui n'a pas la moitié d'une voix pour chanter Mozart, et c'est tant mieux, sans parler de son fruité si particulier.  

 

L'aisance vocale est réelle y compris sur une large tessiture, mais certaines attaques et certains (très rares) aigus m'ont paru incertains et la vocalisation n'est pas vraiment le point fort de Garanca (l'air d'entrée de Ramiro offre des traits un peu flous, les triolets de Fiordiligi sont plus suggérés qu'autre chose). On entend des détails parfois curieux : ainsi dans l'air de Vitellia, la cadence désarticulée sur "aletta ad ingannar" est d 'un effet douteux et pourquoi escamoter le NN d'"ingannar" sur l'aigu final (ce qui donne "aletta ad inga AAAAAAAA"), alors que la double consonne offre un tremplin expressif extraordinaire (voir Varady ou Baker) ? 

 

En fait, ce qui me gêne un peu, c'est que cette splendeur vocale ne trouve pas toujours sa contrepartie dans une tension suffisante : "Come scoglio", qu'on a plaisir à entendre par une voix de cette couleur sensuelle, ne sonne pourtant jamais comme un air de défi, certaines nuances piano tombant même un peu à plat. Les phrases finales "Non vi rende audace ancor" sont trop mollement phrasées, je trouve, comme si le chant se trouvait menacé d'être noyé dans l'opulence des moyens.  

 

Impression un peu similaire avec l'air de Vitellia : le parti pris expressif semble être celui de la majesté, fort bien, mais on tombe aussi dans une caractérisation assez floue. L'ironie admirable de la maxime "Chi sempre inganni aspetta / Aletta ad ingannar" n'est guère perceptible. On a l'impression en fait, dans cette pièce comme dans d'autres du programme, que Garanca reste trop timide, et comme à l'orchestre c'est le robinet d'eau tiède...  

 

Cette impression de flou dommageable à l'interprétation vient aussi d'une élocution qui manque de netteté. Les consonnes manquent de relief. Voir par exemple les dentales de la partie B de "Misero pargoletto !": "voi foste il mio diletto, voi siete il mio terror". Il suffirait de peu pour que l'éloquence y soit pleinement. J'ai d'ailleurs été frappé par l'air de Dorabella "Smanie implacabili", sensiblement moins défini de ligne, de rythme et de mots qu'en scène à Aix.  

 

Je ne voudrais pas non plus trop faire la fine bouche, mais on attend forcément beaucoup (trop ?) de ceux qu'on aime. Deux magnifiques réussites sont au cœur du programme : l'air de concert "Alma grande e nobil core", d'un geste souverain (et avec un orchestre tiré de sa torpeur) et la grande scène du Demofoonte "Misero me ! — Misero pargoletto" K. 77, dont voici une interprétation qui surclasse vraisemblablement toutes les autres (Berganza comprise), même si là encore, on sent que Garanca pourrait y être moins prudente, y compris dans les ornements, mais la noblesse tragique du morceau est vraiment. Cadence très émouvante.

À l'inverse, l'air de concert K. 505 avec piano obligé me semble pas loin d'être raté, en particulier parce que Garanca et Frank Braley ne vont pas, mais alors pas du tout ensemble. Alors qu'elle chante avec onctuosité, et aussi avec de curieuses hésitations expressives, le piano, sans tendresse et très en dehors (trop même je trouve, il y a un problême d'équilibre général de la prise de son, à mon gré) ne chante pas assez, multiplie les accents et les détachés de façon assez indiscrète. Bref, ça me fonctionne pas, à mon goût du moins. 
(Que cet air, décidément, est difficile à bien rendre ! Berganza et Parsons toujours hors concours)  

 

Bilan inégal donc, mais qui ne doit pas empêcher d'écouter ce témoignage d'une artiste dont on peut attendre encore davantage, car elle le peut assurément.

P.S. Remarque sur le texte de présentation du CD :

Adélaïde de Place serait-elle parente de Marie-Aude Roux ? On apprend en effet, dans ce texte au demeurant passe-partout, que "Smanie implacabili" est un "air d'imprécation" (!) et que : "dans l'air Come scoglio, Fiordiligi, personnage romanesque et fier, y [sic] est peinte dans une succession de coupures et de coloratures au milieu desquelles s'immiscent quelques accents de tendresse". Toi y en a comprendre ?

 

Et franchement, se borner à écrire que le sujet de la scène extraite du Demofonte est "la désolation", alors que le personnage se croit plongé dans une situation d'inceste...  

 

P.S. bis. On n'échappe pas, bien sûr, aux photos chabada de Garanca sur la couverture (en blanc et bleu). La demoiselle est en blanc, dans une espèce de pyjama, l’œil très très très bleu. Au verso elle est couchée sur le ventre, vaguement rêveuse. On dirait une pub clean pour un démaquillant ou pour Sanex. "Ma peau respire, merci Amadé !"

 

 

 

 

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Published by Bajazet - dans Représentations
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commentaires

Bajazet 08/08/2006 13:38

Je viens joindre mes cris plaintifs à ses gémissements.
Si on pouvait rapatrier ici L'Olimpiade, les ténors et les sopranos aigus, ce serait très bien.

Pour revenir à Garanca, son premier récital était je crois assez anonyme encore, sans doute fait trop tôt avec un programme passe-partout.

Licida 08/08/2006 13:05

Yeah!! Clément est dans la place! Bienvenue! Et sens toi libre de m'envoyer tous les articles, même ceux de psychopathes des créateurs du 18ème, que tu voudras! ;-) On en redemande!

clément 08/08/2006 12:00

un idéal de mezzo, pas vraiment pour moi, je trouve ça intéressant, mais un peu bridé (timidité ?) dans ce que j'ai entendu, malgré de beaux moyens. j'aime peut-être les voix plus contrastées, moins homogènes, moins opulentes : Bonitatibus, Beaumont, Von Otter par exemple, chez les mezzos.Son disque "carte de visite" ne m'a laissé aucun souvenir.

Bajazet 08/08/2006 01:51

Licida ha scritto :
"Merci à Baja pour cet aricle tout beau tout chaud! "

Réponse :
C'est beau, c'est chaud, c'est Bajazzo*

Objectivement, la voix de Garanca est pour moi une sorte d'idéal du mezzo. Je crois me rappeler que dans l'entretien publié sur ODB elle disait que pour le Bajazet de Biondi, elle n'était pas à l'aise (et même réticente je crois au départ) car non familière de ce répertoire.


* de Mascagno

Licida 08/08/2006 01:42

Tout à fait d'accord avec ta fine analyse de la retenue de Garanca. En Andronico plus qu'en Dorabella j'ai trouvé qu'elle bridait son superbe timbre comme par peur d'un dérapage! Du coup le tout manque de netteté et me semble un peu fainéant alors que c'est sans doute du à un excès d'attention. J'ai un peu la même impression en écoutant Cyril Auvity dans Handel: alors qu'il sait être superbe et emouvant dans la tragédie lyrique, son Emilio de la Partenope ne lui a certes posé aucun problème musical et les vocalises sont délicates et aisées, mais Dieu qu'il semble peu investi!