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Il catalogo è questo

18 août 2006 5 18 /08 /août /2006 20:11

Le premier article de Clément pour Alma oppressa: fanfares!

Ann Hallenberg à Beaune

Accompagnée de Jory Vinikour, au clavecin et au piano forte, une des meilleurs mezzo baroques actuelles, à la voix longue et agile, nous présentait un programme qui se voulait un reflet du contexte musical mozartien.

Pour cela, elle, son accompagnateur – répétiteur réputé dans plusieurs ensembles baroques – et Damien Colas, ont choisi des airs souvent inédits et fort rares. Ces extraits couvrent le genre galant, « napolitain » des années 1730, et l’esthétique seria de l’époque mozartienne, avec le dernier rondo de Sarti.

Programme très intéressant donc, de bonne qualité musicale, et dont voici le détail pour la partie vocale :

Accompagnement au clavecin :

-         Dal tuo voler dipende / air de Siroe, dans Siroe de Hasse (écrit pour Farinelli)

-         Son qual misera colomba / air de Cleofide, dans Cleofide de Hasse (écrit pour Bordoni)

-         Accompagnato et air Di quello ch’io provo / air de Ruggiero dans Ruggiero de Hasse (écrit pour Manzuoli)

-         Voi che adorate il vanto / air de Gandarte dans Alessandro nell’Indie de Holzbauer

 

 

Accompagnement au pianoforte :

-         Six Lieder (allemand et français) de Kraus

-         Deh se piacer mi vuoi / air de Vitellia dans La Clemenza di Tito de Bernasconi

-         Terribile l’aspetto / air d’Achior dans La Betulia liberata de Gassmann

-         Lungi da te ben mio / air de Rinaldo dans Armida e Rinaldo de Sarti (écrit pour Marchesi)

-         Prendi, O cara il prence armato / air tiré de Medonte de Sarti (aussi pour Marchesi ?) 

 

 

Bis :

-         Lascia la spina / air du Piacere dans Il Trionfo del tempo e del disinganno de Haendel.

 

 

 

 

Le programme début donc sur Hasse, dont les deux premiers extraits donnés sont tout de même loin de Mozart, car créés dans les années 1730. Ces airs nous permettent néanmoins d’entendre le jeune Hasse dans les années qui voient sa gloire éclore dans toute sa splendeur, et son style influencer l’Europe entière. A ce titre, ce compositeur, que Burney voyait comme un des plus unanimement reconnus et appréciés au XVIIIème, avait pleinement sa place dans le programme, d’autant que Mozart a entendu et apprécié l’art de son illustre aînée. Bien entendu, à l’époque de Mozart, le style de Hasse passait pour un peu démodé, tant dans la forme strictement métastasienne de ses opéras (arias da capo enchaînés, peu ou pas d’ensemble), que musicalement.

On pourra expliquer ainsi le succès remporté par la serenata rayonnante du jeune prodige Mozart, Ascanio in Alba, face au lourd vaisseau qu’est le Ruggiero de Hasse, en 1771. Le livret n’est, de fait, pas le plus digeste du grand Metastase –ce sera le dernier- ne ménage aucun ensemble, et le texte des airs est un peu plat. Cependant, la musique de Hasse, moins susceptible de séduire le public de son époque plus sensible aux charmes d’un jeune créateur, mérite bien plus que l’image qu’on peut s’en faire étant donné l’échec relatif de l’œuvre.

Hasse, en ces années où le langage se fait de plus en plus « classique », révèle un style qui a su évoluer par rapport aux premières années, de toute évidence. Les airs sont plein de charmes, et notamment ceux des actes II et III. Ruggiero, destiné au vieux castrat sopraniste devenu contralto, dispose d’une partie flatteuse, et clos les deux premiers actes avec fougue, par exemple avec le « Di quello ch’io provo » ici chanté.

Le style est plus ancien, mais la musique au moins aussi prenante que la partie d’Ascanio.

Commençons néanmoins par les premiers airs du concert : Dal tuo voler dipende est une délicate aria destinée à un héros injustement accusé, par sa famille, son aimée, un rôle de douce victime qui allait comme un gant à Farinelli. Siroe dépose son destin entre les mains d’Emira, vindicative amante partagée entre son amour pour Siroe et la vengeance qu’elle veut mettre en œuvre contre le père de celui-ci, Cosroe. A ce moment de l’œuvre, Siroe la met face à ce choix, car c’est Siroe qui se trouve injustement accusé de vouloir tuer son père.

Le style est typiquement du genre galant et touchant, délicatement émouvant, comme le plus fameux « Per questo dolce amplesso » d’Artaserse et destiné au même Farinelli. Au moins deux autres airs du Siroe de Hasse sont écoutables au disque, dans de bonnes versions : il s’agit des airs « Vedesti mai sul prato », à l’origine chantée par Emira, et « Spesso tra vaghe rose », de Siroe, airs attribués respectivement à Tamerlano et Andronico dans son Bajazet (le mieux est cependant d’y écouter Mingardo). Hallenberg, dans Dal tuo voler dipende, fait la preuve de sa musicalité, de la finesse de ses ornementations di grazia, et des belles couleurs variées de son timbre.

Cleofide, version de Hasse de l’Alessandro nell’Indie métastasien, a déjà été gravé intégralement pas Christie, avec Emma Kirby dans le rôle-titre. Son qual misera colomba clôt l’acte II, seul morceau de haute virtuosité destiné au rôle-titre, mais morceau redoutable, par la longueur des traits et les figures virtuoses exigées (notes battues…). Toute la scène et l’air ont été ajoutés par rapport au livret d’origine, afin de mettre en valeur la plus célèbre cantatrice de l’époque, Faustina Bordoni, épouse de Hasse.

On constate ici que le mezzo d’Hallenberg est parfaitement à son aise dans la tessiture grave de la Bordoni. Hallenberg vocalise avec aisance, essayant de donner son poids dramatique au morceau. Le da capo est très séduisant. Soulignons, dans ce morceau comme dans les autres, qu’Hallenberg sait triller de façon assez convaincante, ce qui est trop rare pour être souligné !

La scène et air Di quello ch’io provo de Ruggiero est très belle, destinée à mettre en valeur les graves du vieux castrat Manzuoli, alors en toute fin de carrière, et passé d’un soprano aigu radieux (Idaspe dans le Bajazet de Vivaldi) à un contralto solide – qui garde la trace de ce passé de soprano, clairement, cela s’entend dans la partie B. L’accompagnement au clavecin, ici, ne rend pas tous les charmes et les couleurs de l’instrumentation originale, teintée de cors mélancoliques ou de tenues de hautbois.

L’air va fort bien à Hallenberg, en termes de caractère, de tessiture (les incursions dans l’extrême grave sont soigneusement amenées), de ligne. Intéressant, par ailleurs, de constater comme Hasse a su évoluer musicalement, il ne s’agit pas d’un compositeur complètement dépassé par « l’air du temps » en 1771.

L’Alessandro nell’Indie de Holzbauer date de 1755, et Voi che adorate il vanto est un air destiné au secondo uomo de l’opéra. En y entend en effet un air de demi-caractère, dubitatif sur la fidélité des « femmes innocentes » - Erissena fait tourner Gandarte en bourrique. Hallenberg y est encore parfaite, notamment dans les quelques vocalises lentes et élégantes qui la promènent sur une assez longue tessiture. Elle y fait surtout preuve d’une belle attention aux mots, aux couleurs, au texte de Metastasio.

Les Lieder et mélodies de Kraus sont très variés de caractères. Ce compositeur touche-à-tout et novateur a légué tant de l’opéra seria italien, des pièces de chambres, que des œuvres en suédois influencées par les créations françaises (notamment Gluck), sous le mécenat de Gustave III.

Hallenberg se révèle fine mélodiste, et rappelle fugitivement sa compatriote Von Otter dans un des Lieder, de couleur et de ton (dans la troisième mélodie allemande « es war einmal »)! Son allemand et son français sont très correctes. La palette de couleurs est flatteuse, l’engagement constant dans ces belles petites pièces, pas du tout démonstratives, et qui nous amènent très clairement vers la fin du XVIIIème, du point de vu esthétique, par rapport au début du programme.

Retour à une esthétique seria plus habituelle, avec Deh se piacer mi vuoi dans la version de Bernasconi datée de 1768. Le commentateur de FM s’est excusé de n’avoir rien trouvé au sujet de ce compositeur : il ne s’est pas foulé, pour changer. Le nom est tout de même relativement connu, quand on épluche le répertoire de l’époque. L’œuvre a été composée pour Münich, où le compositeur était maître de chapelle depuis 1754, engagé par Maximilian Joseph III pour redonner son éclat à l’opéra régional, eclipsé pendant la guerre de succession autrichienne. Ainsi, Bernasconi fut chargé d’organiser les saisons du nouveau Residenzteater. Sa carrière l’avait auparavant amené sur les grandes scènes de Venise, Milan, Vienne…avec les plus grands chanteurs de son époque. En outre, la chanteuse Antonia Bernasconi, première Aspasia de Mozart et première Alceste de Gluck, était sa fille adoptive (de vrai nom Antonia Wagele), née d’un premier mariage avec l’épouse de Bernasconi, et reçut de lui son éducation musicale.

 Il serait intéressant d’en connaître l’instrumentation, mais tel quel, l’air est plutôt de tessiture grave, peu virtuose, très décidé. Vitellia y est plus fâchée qu’enjôleuse ; on y découvre une femme forte qui sait s’imposer. La coupe de l’air est un da capo classique. Sur l’œuvre intégrale, j’ai pu lire : «  La Clemenza di Tito was one of Bernasconi's final operas; it features 11 scenes of accompanied recitative, and elaborate and involved orchestrations. ~ All Music Guide ».

Il en est de même pour le « Terribile d’aspetto », seul air d’Achior (basse chez Mozart) dans L a Betulia liberata. Chez Gassmann en 1772, c’est un soprano que l’on entend, dans un morceau où l’on retrouve d’abord le texte déclamé, avant une explosion de divisions très profuses, comme dans plusieurs numéros de l’époque. Pour être séduisant, on peut trouver que l’air, qui évoque la figure menaçante d’Holopherne (qui n’apparaît jamais dans ce livret), n’est pas suffisamment effrayant. Mais il manque l’orchestre pour cela, car dans la version Mozart, c’est bien l’orchestre qui crée le plus d’effet dans ce passage. Hallenberg aligne les vocalises sans faillir.

Lungi da te ben mio du Armida e Rinaldo de Sarti est incontestablement un des tubes de la fin du XVIIIème ; le castrat Marchesi, créateur du rôle de Rinaldo à St Petersbourg auprès de la grande tragédienne Todi, fit de cet air touchant un de ses chevaux de bataille, en salon notamment en s’accompagnant seul de la harpe par exemple. C’est ainsi que le sopraniste Aris Christofellis l’a gravé dans son récital « Superbo di me stesso » - mais sous la forme « Lungi dal caro bene », avec des paroles sensiblement différentes, et indiqué comme tiré de Giulio Sabino ( ???).

La simplicité et le ton sentimental de l’air sont très typique de cette époque, où l’on cherche à échapper aux excès de certains interprètes pour retrouver une certaine « pureté » expressive, dont Pacchierotti ou Guarducci, par exemple, se sont fait une spécialité. Marchesi était plutôt du genre virtuose exhubérant, néanmoins il pouvait, avec cet air faire preuve de cette « simplicité touchante » chère au dernier XVIIIème.

Toujours de Sarti, compositeur très considérable de cette époque, dans les genres bouffes et seria (le beau Giulio Sabino, son plus grand succès – toujours avec Marchesi – est disponible chez Bongiovanni) : scène tirée de Medonte. Ce Medonte, re d’Epiro est daté de 1777, créé à Florence.

On est là loin du da capo : c’est plutôt un rondo développé, forme tendant à être très prisée en ces années-là, permettant de faire montre de diverses qualités, du cantabile douloureux à la révolte virtuose contre le sort. Je ne sais pas qui a créé cet air, mais il pourrait bien s’agir du même Marchesi, ou de Pacchierotti. La tessiture en est, une fois de plus, bien longue, et Hallenberg, si ce n’est quelques fausses notes dans la dernières cadence, s’en sort encore avec maestria. 

 

Enfin, Hallenberg s’est fait une spécialité du rôle du Piacere de Haendel, et donne un très beau  Lascia la spina , parfait d’émotion maîtrisée. 

 

Un récital riche en belles découverte, et splendidement interprété ! dommage que nous n’ayons pas entendu la superbe Hallenberg épaulée d’un orchestre.

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Published by Clément - dans Représentations
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commentaires

clement 26/08/2006 15:35

Pour le Giulio Sabino, il s'agit tout de même de Dantone et son ensemble, et c'était apparemment mis en scène. le tout est donc animé d'une certaine vie, et l'orchestre et la direction sont satisfaisants.les interprètes vont du très bon (Filianoti en Tito) au bon (Prina en Sabino), et correct, vocalement du moins (Monti en Epponina). les seconds rôles sont fades et peu à l'aise, leurs morceaux ne retiennent pas du tout l'attention. ça vaut sûrement le coup d'être entendu, en tout cas.Je rappelle un dossier sur l'oeuvre consultable sur ODB, réalisé par les deB bien entendu, avec la qualité habituelle.On y apprend, justement, que le rôle de sopraniste du Medonte de Sarti est nommé Arsace.On peut aussi apporter la réponse à la question que le me posais dans le corps de cet article, concernant l'origine de l'air "Lungi dal caro bene". il s'agit bien d'un ajout de la part du castrat Marchesi, lors d'une reprise londonienne de Giulio Sabino, air dont il tenta même de s'attribuer la composition... son origine est donc bien l'Armida e Rinaldo de St Pétersbourg, et non la partition originale de Sabino, conçue pour Pacchierotti - ce qui explique que Prina puisse s'y frotter, parce qu'un rôle d'ampleur marchesienne... ;)voilà !

Bajazet 23/08/2006 23:15

À propos du Giulio Sabino de Sarti : que vaut l'enregistrement Bongiovanni, si vous l'avez entendu ? C'est plutôt tentant.

Je garde néanmoins un souvenir peu flatteur de son Armida e Rinaldo chez le même éditeur : orchestre nullissime, Banditelli en pilotage automatique, soprano piètre. La musique, écoutée distraitement dans ces conditions, ne m'avait pas bouleversé.

Bajazet 23/08/2006 00:04

Mêlez mon cri admiratif à vos glapissements !

Je baise les mains de notre auguste Clément, malgré les fautes ;-)

Licida 20/08/2006 01:26

" et c'est truffé de fautes, j'ai honte"

Tu exagères! D'autan que j'ai lu, remi en forme et coriger avan de posté...

clément 19/08/2006 17:01

je vous en prie, ça ne mérite pas tant - et c'est truffé de fautes, j'ai honte.le programme était fort beau, mais j'aurais aimé qu'il inclût aussi des airs plus tardifs, pour montrer que la Clemenza di Tito de Mozart n'est pas un joyau isolé, mais s'inscrit dans le courant de l'époque. On aurait pu entendre certains Cimarosa et Paisiello, donc, dans des oeuvres des années 1780 et 1790, voire des compositeurs plus rares mais prisés de l'époque, comme Bertoni ou Bianchi.Ceci dit ce programme est déjà riche et s'axe sur le contexte musical qui a pu influencer le jeune Mozart, les styles qui l'ont immédiatemetn précédé et dans lesquels il a baigné.