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Il catalogo è questo

24 août 2006 4 24 /08 /août /2006 20:38

Parceque je ne vais pas qu'au TCE, voilà l'avis que j'avais rédigé pour ce concert au Chatelêt.

Alors de retour du Chatelet après 8 heures d'opéra, je ne peux résister à  l'envie de vous faire part de mes impressions à chaud(et vu le boulot que je vais avoir à  partir de cette semaine, je ne vous les servirai jamais froides, je vous préviens).  

 

TAMERLANO 

Je ne connaissai pas du tout cet opéra, je serai donc moins pointilliste que pour Alcina. En tout cas c'est une sublime découverte!!! 

L'orchestre était un peu tendu dans la première partie; résultat, les chanteurs n'étaient pas tous très justes dès que le tempo s'accélérait et à  l'entracte je pensai que cette oeuvre ne pouvait supporter la médiocrité et que ce n'était pas une partition impérissable de Handel. Or dans la seconde partie, Rousset a repris le dessus fort des applaudissements précédents, et là cela a été LE PIED INTEGRAL!!!!! 

L'oeuvre commence assez lentement et le drame ne démarre réellement que dans la seconde partie, du coup on a droit à  des tas de lamenti et airs en demi-teintes qui ne sont pas les meilleurs que je connaisse et seraient un peu fastidieux chantés de façon juste honnête. La seconde partie elle par contre recèle des perles dans tous les genres: lamento d'Asteria ("Cor di padre"), récitatif accompagné de la mort de Bajazet, air de bravoure de Tamerlano, duo Asteria-Andronico. Voilà  des pages parmi les plus belles de Handel!! Et enfin un opéra qui ne se finit pas par un faux lieto fine et où les personnages sont réellement attristés, bien qu'une lueur d'espoir se dégage. 

Pour les blagues de livret, on remerciera les traducteurs de nous avoir placé trois fois "Encore toi?!!" dans la bouche de Bajazet façe à  celle qu'il croit l'ambassadrice d'Irene(vive le comique de répétition); mais le must de la soirée fut: 

"-Où est ta fille? 

- Sur le trone!"

suivi de: 

"La place est libre Irene!"  

Pour Bejun Metha je partai avec un a priori mitigé: son Tolomeo m'avait moyennement convaincu mais son Farnace (Mozart) m'avait enthousiasmé. Il a eu cet après-midi un peu de mal à démarrer et son péché mignon, le cafouillage, s'est manifesté plusieurs fois, mais là  Rousset a aussi sa part de responsabilité. En tout cas cela fait plaisir d'entendre un contre-ténor avec un tel volume qui prend autant à coeur l'expression du personnage, en particulier dans les récitatifs!! Son air de bravoure dans la seconde partie était par contre excellent! Les vocalises à toute vitesse (et parfois aussi dans tous les sens) depeignaient parfaitement le tyran capricieux (un peu trop même, cela tirait sur l'hystérie enfantine mais qu'importe, cela fonctionnait à merveille).

Bruce Ford ne m'a pas tout de suite charmé: vocalises lourdes et un peu pateuses au début, il s'est rattrapé de façon grandiose pour sa mort!! Je ne soupçonnais pas tant de finesse et d'intelligence chez ce chanteur auquel je finissai par m'habituer un peu trop à force de disques Opera Rara. C'était sublime et émouvant, avec mon amie nous étions frigorifiés! 

Sandrine Piau a tout déchiré dans Asteria!!! Ca le faisait grave! J'espère par ces termes traduire l'intensité de mon ravissement! Je ne sais plus quoi dire pour chanter ses louanges! Ses piani sont sublimes, son jeu très investi, son "Cor di padre", que je connaissai déjà  par son disque Opera Seria, m'a subjugué. En plus cette femme a l'air gentille et timide! Sous les ovations elle pressait d'un geste de la main ses partenaires de venir pour le récitatif! Et je me souviens aussi de la phrase d'introduction de son bis pour son concert de Motets de Vivaldi à Beaune, dans laquelle elle faisait preuve d'humour et de modestie loin de tout narcissisme, pourtant il y aurait de quoi! Vive Sainte Sandrine! 

Patricia Bardon!! Que dire là  encore! Elle n'a qu'à ouvrir la bouche pour que je me jette à ses pieds! Ses graves et tout et tout! Rhaaaaaa! Ses vocalises filées, son interprétation sensible et impliquée! Pour critiquer je dirai juste que ses aigus sont un peu limites. En tout cas son duo avec Asteria était le sommet d'émotion de la soirée (avec la mort de Bajazet)!  

Kristinna Hammarström n'a pu dévoiler qu'une partie de son talent (et de ses épaules aussi!) dans le petit, mais pas facile non plus, rôle d'Irene. Là aussi parfaite! Rien à redire! Je l'avais beaucoup aimé dans le Teseo d' Arianna in Creta, eh bien je n'ai pas été déçu de la retrouver!  

Lars Avidson enfin n'a que deux petits airs dont il s'est fort bien tiré avec un beau timbre et des vocalises bien senties.

Bref un seul regret: POURQUOI C'ETAIT PAS MIS EN SCENE?!!!!!  Bordel à cul de merde!! Je n'ai pas un instant senti passer ces 4 heures de spectacle! C'était d'autant plus rageant que, mis en scène à  Amsterdam quelques semaines plus tôt, les chanteurs n'avaient ni partition ni pupitre et jouaient à moitié sur scène! Et ce n'est pas les splendides robes de nos dames qui m'ont consolé de cette lacune visuelle pour tant de magnificiences sonores. 

Ce Tamerlano d'anthologie fut diffusé sur France Musique le 21 janvier 2006 à  19H30. La perte de la magie du concert était un peu rédhibitoire au début de l'oeuvre, et la prise de son pas top voire rabougri (merci France Musique, déjà que l'on reproche à Rousset sa direction étriqué, ça n'arrange rien!).

Et encore BRAVO à Sandrine et Christophe qui se sont vu remettre le prix de je-sais-pu-quoi-mais-ça-avait-l'air-important pour leur disque Opera Seria chez Naïve qui le mérite dix fois! 

Bon maintenant: 

ALCINA 

Malgré les coupures(le ballet des songes, le da capo du second air d'Astolfo et celui du trio du dernier acte, Bramo di trionfar comme d'hab', et le choeur du lieto fine, ça c'est pas trop grave!), Rousset nous a encore démontré tout son talent avec quelques passages contestables tout de même mais c'était compréhensible étant donné sa folle journée: "Ombre pallide" et "Non e amor ne gelosia" étaient bien trop rapides à mon goût. Je ne saurai dire si c'était déjà  le cas à  Montpellier puisque j'étais alors totalement néophyte, mais là  cela m'a plutôt géné, surtout pour l'air d'Alcina qui est sans doute mon préféré de la partition. Les solistes furent brillants: bravo au premier violon pour "Alma sospira", aux violoncelles pour "Credete al mio dolore" et aux flautini pour "Mio ben tesoro". 

Christine Schäfer ne m'a pas accroché(si ce n'est par le magnifique rideau rose de la maison de Candy qui lui servait de robe!): elle n'est pas magicienne c'est certain, mais à jouer dès le départ la carte de la femme bléssée, le personnage ne connait plus aucune évolution et y perd en épaisseur. De plus elle s'attachait surtout à chanter plus qu'à  jouer son rôle: elle avait des aigus bien sonnants et très beaux, mais son medium était avare de couleurs et de contrastes. Le tout était donc assez inégal, de la fadeur à l'intermittence de la beauté. Son "Ah mio cor" était son plus beau moment, car mise à nu par une partition minimaliste et très réduite pour l'orchestre, elle était obligée de s'investir. 

Alice Coote défaillante, Silvia Tro Santafé la remplaçait: FIOU!!! Alors c'est vrai que le timbre est assez commun et que les vocalises sont amenées de façon assez heurtées mais alors! C'est la plus beau Ruggiero que je connaisse avec Della Jones! Je ne regrette pas de n'avoir pas entendu Coote qui à Dresde était bien commune, mais alors pas du tout! Tro Santafé m'a foutu par terre! Sa voix remplissait le théâtre plus que toutes les autres, son jeu était parfait jusque dans ses airs, ses variations belles et intelligentes. Son "Verdi prati" était sublime, fin et délicat; quant à  son "Sta nell'ircana" je ne tenais plus sur mon siège! Excité comme une puce le Licida malgré 7 heures d'opéra dans la tête! JOUISSIF! De plus les cors, même s'ils ont mal commencé, étaient assez justes. Bref c'est LA révélation pour moi! J'ajouterai simplement que dans d'autres conditions, c'est à dire suite à un travail avec le chef que ne permet pas le remplacement, elle pourrait devenir un Ruggiero idéal en polissant les quelques imperfections vocales qui accompagnent son enthousiasme diabolique.

Inghela Bohlin : pour une fois, Morgana est elle aussi magicienne! J'aime passionément la tendresse de Dessay dans ce rôle, mais la prestance de Bohlin m'a enthousiasmé! Son "Tornami a vageghiar", de prière devient ordre au da capo(voilà  qui vient justifier ces da capo dramatiquement justement pour ceux qui trouvent encore que ce sont d'inutiles répétitions), son "Alma sospira" respirait l'impériosité bléssée, son "Credete al mio dolor" était enfin la souffrance d'une reine et non d'une soubrette ou de la pâle petite soeur d'Alcina. Pour le coup Morgana était ce soir le grande soeur d'Alcina! Voilà  donc une Morgana qui n'est pas un personnage secondaire: Ingela campe une magicienne "méchante"(je le met entre guillemets car la partition de Handel est suffisamment intelligente pour écarter les distinctions manichéennes du livret) mais tout aussi touchante que sa soeur.   

Il faut entendre Marijana Mijanovic au moins une fois sur scène! D'une parce que sa voix de contralto est sans doute la plus particulière et la plus belle que je connaisse dans son étrangeté, mais aussi parce que c'est une très belle femme qui a de grands talents d'actrices. Fort des commentaires de certains j'avais des craintes sur sa projection: eh bien force est de constater que du fond du second balcon, on l'entend parfaitement (sonorisation? j'ai fait attention et cela n'avait pas l'air, mais je peux me tromper). Cela dit, sa Bradamante ne m'a pas plus convaincu qu'à Beaune: seul son dernier air est vraiment à la hauteur de son génie, les deux premiers la trouvent en peine de virtuosité: ses vocalises sont très engorgées, mais ses aigus sont puissants. Là encore donc résultat inégal. 

Cassandre Berthon: eh bien on le tient notre Oberto!! Enfin une chanteuse qui n'arrive pas là comme un cheveux sur la soupe dans ce rôle et qui justifie qu'on le garde. Si son premier air était un peu trop volumineux pour une complainte, son second air respirait la joie à pleins poumons(mais pas de da capo) et son "Barbaraaa!" a évité le syndrome Katherine Fuge tout en restant très dramatique et puissant! Comme quoi l'intelligence cela sert même pour ces petits roles. Tout y était, la candeur, le ravissement enfantin puis la rage, on voyait grandir le fils à  son papa sous nos yeux. Je lui pardone même ses petites scories et son contre-mi crié à  la fin puisqu'il venait après tant de beauté dans la bravoure et que cela collait parfaitement au personnage. Par conte Cassandre, les chaussures XVIIIème c'était pas terrible.  

Jeremy Ovenden: mauvais et nasillard dans son premier air, honnête dans le second et très bon dans le dernier.  Il marche au diesel?? Plus sérieusement ce monsieur détimbre dans les vocalises(syndrome Veronica Cangemi), or comme ses deux premiers airs sont virtuoses, ben ça passe pas. Pas terrible donc mais peut sans doute mieux faire dans des rôles de ténor plus timorés vocalement.

Olivier Lalouette fut assez bon, mais je n'ai jamais adoré l'air de Melisso, vaine réprimande moraliste et assez ennuyeuse. 

Cet opéra fut diffusé sur France Musique le 1er avril 2006 à  19H30.

Et je peux enfin vous proposer ma distribution idéale pour cet opéra (que vous et les maisons de disques attendiez tous impatiemment, ne le niez pas!): 

Minko à la baguette, Gauvin en Alcina, Tro Santafé en Ruggiero, Berthon en Oberto, Bohlin en Morgana, Auvity en Oronte, Sedov en Melisso, et pour Bradamante, Mingardo ou Prina.

Licida - ce jour là j'ai compris pourquoi j'étais si heureux de vivre à Paris!  

 

Et encore merci à  Christophe pour ma plus belle journée baroque!!  

 

Ps: j'aimerai bien que le Chatelet soit aussi vide plus souvent! Cela m'a permis avec mon amie de nous replacer à  l'aise au second balcon pour les deux opéras et tout ça pour deux fois 11€ mesdames et messieurs! qui dit mieux?! 

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Aurélien Vicentini 02/12/2008 16:20

Je suis d'accord avec ton commentaire Licida par rapport à "Ombre pallide". Mon interprétation préférée reste celle de Gauvin. J'aime beaucoup Sutherland là dedans également. Je ne connais ni Auger, ni Kalna dans le rôle. Pour Fleming, j'ai entendu plusieurs airs, elle n'a pas le style baroque mais son interprétation d' "Ombre pallide" est très réussie. Il n'y a que son "Ah mio cor" que je déteste. Vivement que l'on puisse entendre ce que donne Joyce au niveau du rôle sur le plan de la caractérisation du personnage et sur le plan vocal (au niveau des aigus notamment).

licida 01/12/2008 23:47

A mon avis, si Rousset prend à toute vitesse "Ombre pallide", c'est justement pour faciliter la tache à Schäfer qui est incapable d'exprimer la langueur douloureuse de cet air, n'ayant ni le moelleux de la voix ni l'intelligence de la prosodie qui permettent à Auger, Gauvin, Kalna, Sutherland ou même Fleming de réussir cet air.
Cet air ainsi transformé en tournette mécanique, Schäfer peut donner l'impression d'un moment angoissé dans lequel le personnage est à bout de souffle, mais entre sa voix sèche et le coté mécanique de Rousset ça ne passe pas du tout.

Aurélien Vicentini 01/12/2008 22:22

Je me suis procuré le live d'Amsterdam de 2005 avec Beaumont en remplacement d'Alice Coote.
Beaumont même si elle est en "pilote automatique" est électrisante dans le rôle : son "Sta nell'Ircana" est formidable. J'aime beaucoup son interprétation de "Di te me rido" : l'ironie est présente comme il se doit. Son "Mi lusinga il dolce affetto" est très émouvant. Elle a une voix que j'aime beaucoup et une palette expressive importante. J'espère que sa prestation sera toutefois un peu plus "naturelle" dans le disque avec Curtis. C'est d'un très bon niveau en tout cas. J'ai écouté Schäfer dans deux airs pour le moment, c'est pas mal mais elle fait toujours la même chose, le côté amoureux n'apparaît pas, elle n'a bien sûr aucune italianità, c'est monochrome au niveau de la voix et cela manque d'engagement. Il n'y a pas de virtuosité. Le timbre est mignon et il y a quelques passages très réussis mais cela reste seulement pas mal. J'ai écouté "Di cor mio" (platitude) et "Ombre pallide" (tempo trop rapide pour Schäfer). Bohlin par contre est très séduisante en Morgana et compose un personnage, le timbre me plaît beaucoup, son "Credete al mio dolore" est très émouvant. J'ai peu écouté Mija, on retrouve son timbre caractéristique que j'aime beaucoup, elle manque néanmoins d'engagement. Néanmoins, elle assume sa partie correctement malgré quelques vocalises savonnées. Je n'ai écouté que son interprétation de "Vorrei vendicarmi". Olivier Lalouette est très bien dans le seul air qu'il a à chanter, il s'investist dans son rôle. Je n'ai pas encore écouté Cassandre Berthon dans les airs d'Oberto et j'ai peu entendu Jeremy Ovenden qui a un timbre nasillard. Rousset se lache par contre et offre une bonne direction en dehors de l'air "Ombre pallide" qui est pris à un rythme trop rapide (c'est un de mes airs préférés et c'est dommage). C'est mieux que dans sa direction de Giulio Cesare et de Ariodante au TCE.

Bajazet 01/02/2007 18:13

Allô Joseph ?… Mais Madame, raccrochez vous-même !

DavidLeMarrec 01/02/2007 13:56

C'est ça, et lorsque tu fermeras boutique, il restera dans l'entrée et ne me reconnaîtra plus, au risque de me mordre ! Et moi, je serai à la porte, sous la pluie, fort marri, clamant : Mon Dieu, faites qu'il revienne ! Mon Dieu, faites qu'il revienne ! Mon Dieu, faites qu'il revienne !