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Il catalogo è questo

21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 20:30
En réaction à un article sur un blog politique et militant, j'ai publié en commentaires un petit éloge de ce film célèbre, qui revient dans l'actualité puisque la pièce dont il est inspiré est actuellement donnée à Paris avec Christian Clavier et Didier Bourdon (non non non je ne mettrai pas l'affiche ici!). Il s'agissait donc d'une critique de la portée du film, lequel est souvent vilipéndé par les homos militants ou simplement un peu trop englués dans leur idéologie normalisante ou stéroïdée, quand ce n'est pas les deux. Cela fera donc un article cinéma tchi-tcha et sociologique à la fois, dans lequel je parle aussi de La Juive et de "Y a bon Banania", avouez que vous n'y tenez plus!




J’entreprends donc d’essayer de vous convaincre du fait que La Cage aux folles est un film moderniste qui a plus fait pour la condition homo que toutes les actions militantes (rien que ça !). Mais d’abord un point sur les relations des homos et des « folles » qui sont souvent la base du mépris pour ce film.


Il est courant aujourd’hui d’entendre des homos se disant les plus tolérants du monde dire que les folles donnent une mauvaise image de l’homosexualité. On pourrait simplement remarquer que vouloir donner une bonne image est déjà loin des prédispositions subversives qu’avait cette sexualité dans les années 70, mais après tout chacun a le droit de vouloir rentrer dans le rang comme d’en sortir ; pourtant vous ne m’enlèverez pas de l’idée que réclamer le droit à l’indifférence n’a pas empêché les juifs de devenir les bêtes noires des nazis qui ne craignaient rien tant qu’un juif qui ne ressemble pas à son stéréotype et se fond dans la masse, au point de vouloir les signaler par une étoile jaune.


Pour en revenir à cette mauvaise image donc, je rétablirai d’abord une vérité historique en disant que, bonne ou mauvaise, elle fut la première de l’ère contemporaine, et que les homos « mecs-mecs » (comme on lit sur les chats) n’avaient qu’à se bouger le cul plus tôt pour faire évoluer les mentalités au lieu de rester dans le placard en attendant qu’on daigne les accepter sans rien faire d’autre que d’être honteux. Car en effet, des figures interlopes des années 20 aux gazolines des années 80, les folles sont toujours en tête des fiertés homos : et à Stonewall, c’est d’abord à coup de talons aiguilles que les affrontements ont commencé.


Mais les homos se comportent aujourd’hui comme une certaine droite envers les immigrés : « vous n’êtes que des parasites qui menez notre communauté à la faillite ». Les homos ont un mépris de la folle, à la mesure du refoulement de leur inconscient et de leur sur-moi démesuré : tous les homos admirent Marlon Brando, mais tout le monde a du Zaza Napoli en soi. Certes il est insupportable de voire toute une population homosexuelle réduite à un seul de ses stéréotypes, la folle, mais au-delà des raisons historiques que j’évoquais, il y a aussi une cause sociologique : la folle est le stéréotype parfait pour faire accepter l’homosexualité, il rassure. Il rassure car il fait rire, la folle est parfaitement ridicule et, de ce fait, inoffensive. C’est là toute l’utilité des caricatures : vous parlez de « cage aux bougnoules » ou de « cages aux youpins » mais elles ont existé ! Prenez La Juive d’Halévy dans lequel le juif Eléazar est le parfait stéréotype du juif cupide, et pourtant cet opéra est un hymne à la tolérance envers les juifs ; prenez un slogan tel que « Y a bon Banania ! » ou des biscuits tels que feu les « Bamboulas » qui présentaient les noirs sous des aspects tribaux pour ne pas dire demeurés, mais c’est ainsi qu’ils n’effrayaient plus. Il ne faut pas oublier que l’acceptation sociale se fait à le mesure de l’intelligence d’une société : quand la masse est conne, son chemin vers la tolérance l’est tout autant. Et pour les juifs, les noirs ou les homos, le chemin a toujours été le même : dédramatisation de la figure à travers une caricature débile, puis reconnaissance du pouvoir économique de la population concernée et enfin acceptation et abandon de la caricature. S’il y a toujours des cons pour croire que tous les homos sont des folles, n’accusez pas Zaza Napoli, accusez-les cons ! Et à tous les homos qui trouvent qu’il n’y a que des folles et des trav’ à la Gay pride et que cela donne une mauvaise image, bougez-vous le cul et allez donner votre image de l’homosexualité à la Gay pride !



Et maintenant, j’en reviens au film La Cage aux folles. Patrice Chéreau disait à ce propos : « La Dame aux Camélias est une histoire hétérosexuelle qui se finit mal, et pourtant ce n’est pas un pamphlet contre l’hétérosexualité » (in Y.Jeuland, Bleu Blanc Rose). Eh bien La Cage aux folles, c’est la même chose, le film ne prétend pas saisir toute la réalité homosexuelle; je comprends parfaitement qu’en termes de visibilité de l’homosexualité à cette époque, cela ait pu être insupportable à des militants qui se battaient pour ne pas être réduit à ce stéréotype, mais non seulement aujourd’hui cette lutte n’a plus de raison d’être car la diversité de l’homosexualité est suffisamment démontrée au ciné comme à la télé (et si certains pensent que tous les homos sont des folles, c’est simplement qu’ils refusent de voir le contraire, et tous les gays de Plus belle la vie n’y changeront rien), mais en plus ce film a davantage fait pour la cause homo que toute l’action militante.


La différence est dans la cible de l’action. L’action militante veut faire bouger les choses par le haut, en faisant pression sur l’Etat et, si l’on est un peu rousseauiste, on pense que c’est par la loi que les mentalités de masse changent et non l’inverse. L’action de ce film est au contraire sur les masses : à une très très large majorité de spectateurs de ce film, « LGBT » ou « Act-up » n’évoquent absolument rien. Or en voyant La Cage aux folles, ils ont eu à voir une différence qu’il ne tenait à qu’à leur intelligence d’accepter ou du moins de tolérer pour son caractère inoffensif.


Et mieux, ce film défend la diversité de l’homosexualité, et, j’ose le dire, l’homoparentalité. Car enfin il n’y a pas que Zaza, il y a aussi Renato qui est plutôt très viril malgré un suraigu échappé de temps à autre ; et puis Zaza est parfaitement heureuse en travesti, dans son couple et dans sa vie professionnelle, elle a trouvé sa place ailleurs que sur le trottoir et paye ses impôts comme n’importe quel intermittent du spectacle ; et puis qui a élevé le petit quand l’irresponsable mère hétérosexuelle s’est enfuie ? et pire, le fils, en plus d’être plutôt bogosse, est parfaitement équilibré, normal, au point de vouloir reproduire lui aussi ce bon vieux mariage hétéro en toute simplicité ; et à coté de la mère fuyarde, on ne peut pas dire que l’hétérosexualité soit bien défendue dans ce film à travers le patriarche intégriste joué par Galabru ! Mais quoique l’on dise, les homos bien pensant vous rétorquent « Cachez cette folle que je ne saurais voir ! »


Donc je suis persuadé que ce film est à inscrire au panthéon de l’histoire homosexuelle, qu’il n’a rien de raciste ou de discriminatoire dans la mesure où il ne propose aucun jugement de valeur mettant les homos en dessous des hétéros.



Commentaire entier et réponse de l'auteur ici.

Toutes les réactions sont les bienvenues, même les plus folles évidemment :o)

 Et je ne rembourse pas les places si le spectacle actuellement donné est nul, qu'on se le dise!

Ps: comment ça vous vous attendiez à ce que je détaille l'intérêt esthétique du cinéma de Molinaro?!

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Published by Licida - dans Autres sujets
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commentaires

Licida 26/09/2009 21:22



Le blog gayclic.com a rippé un débat télévisé diffusé sur France2 quant a la polémique que soulève la reprogrammation de cette pièce. On peut notamment voir des extraits vidéos de la pièce (très
courts) autres que la scène de la biscotte. C'est à voir ici: lien.





Le débat tombe hélas totalement à plat:


- FOG est toujours aussi insupportable avec ses invités, il peine à masquer son impréparation en leur coupant sans arrêt la parole et se trouve incapable de cadrer les interventions de ses
invités (le pompon étant quand il parle d'un "pouvoir gay" en citant le fait que PinkTV a été soutenu par tous les grands patrons de l'audiovisuel... quelqu'un pour aller annoncer à de Carolis et
Paolini qu'ils sont pd?!)


- Christophe Girard campe sur ses positions et se drappe dans ses certitudes de 20 ans de militantisme sans daigner argumenter (sauf à la fin); c'est encore un exemple de militant (homo ou pas,
et ils ne sont pas tous comme ça heureusement) qui ont tendance à refuser le débat et à se mettre sur un pied d'estale sans jamais réviser leur position.


- l'acteur qui jour l'homo dans Plus belle la vie a du mal à enoncer une position claire et termine avec la bonne vulgate normalisante


- Pascal Houzot, le fondateur de PinkTV, est le plus posé, le plus proche de ma position aussi, mais reste très en surface.


- enfin une écrivain indienne qui a écrit des histoires d'amours saphiques vient jouer les cautions goudous internationales.



Bajazet 22/09/2009 14:37


Hein ? Dominique Sanda joue dans Plus belle la vie ??


Caroline 22/09/2009 14:32


A propos des Juifs de l'avant-guerre, hier soir j'ai regardé Le jardin des Finzi Contini... à conseiller.



Licida 22/09/2009 13:22



Je n'oppose pas étoile jaune et triangle rose mais le rapprochement est intéressant, notamment pour cerner la conception de l'homosexualité dans le totalitarisme.


Officiellement persécuté (le triangle rose était le plus bas échelon de la hiérarchie des déportés dans les camps), l'esthétique totalitaire flattant une certaine virilité triomphante fut
extremement séduisante pour certains (comme Cocteau par exemple); de plus l'homosexualité pas forcément latente était bien présente chez les SA, Les Damnés de Visconti le montre superbement.


Ce qui a fait, entre autre (!),  que la persécution des homos par les régimes totalitaires n'a pas été reconnue: voilà seulement 2 ans je crois que les homos peuvent officiellement
participer aux cérémonies officielles en mémoire des déportés, et non attendre la fin de la cérémonie pour venir déposer une gerbe en catimini.


Bref l'occident a purgé (du moins en partie...) son antisémitisme dans la Shoah mais pas du tout son homophobie. Et ce parce qu'avant la seconde guerre celle ci n'était publique que dans des
lieux et milieux bien précis de Paris, Berlin et New York. Maintenant qu'elle se vit avec presqu'autant de naturel (pour la majorité de la commauté; l'homosexualité est toujours la premiere cause
de suicide chez les jeunes) ou du moins de fierté que le judaïsme avant la guerre, la caricature inoffensive de la folle peut jouer son oeuvre, comme le fit celle inoffensive du
banquier/bijoutier juif cupide. Cette dernière ne devint offensive qu'à partir du moment où cette cupidité est passée non plus pour une caricature mais pour une règle générale et qu'elle fut
inscrite dans un complot mondial censé nuire au bien de l'Humanité. Aujourd'hui, à part Christian Vanneste et ses adeptes à la philo un peu courte, personne ne prétend que les folles vont amener
à l'extinction de l'Humanité, tout au plus sont elles considérées comme des tordues perverses.


 


Pour la pièce originale, vu que la seule captation vidéo existante à ma connaissance est celle de la fameuse scène de la biscotte, je ne saurais dire.


Mais pour le dérapage et le cabotinage, les artistes interlopes de l'entre-deux-guerres en auraient certainement eu à remontrer à Serrault et Poiret. Je ne pense pas que c'est là qu'il faille
chercher la cause du choc éprouvé par certains, mais plutot dans le fait que c'était la seule image populaire de l'homosexualité à cette époque. Maintenant je n'étais pas né et il serait
intéressant d'avoir des témoignages de gens hétéro ou homo ayant vu la pièce.



Caroline 22/09/2009 12:38


Quoi? Rien sur l'intérêt esthétique! Oh, zut alors!...
(ça va, je joue bien la surprise?)

On en est quand même pas à jouer étoile jaune contre triangle rose, si?...

Je me demandais si la pièce et le film étaient perçus de la même manière? Si, sur scène, il n'y avait pas eu des 'dérapages', pour cabotiner un peu plus, qui avaient pu vraiment choquer certains,
alors que le film était forcément plus 'retenu'?...