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21 septembre 2009 1 21 /09 /septembre /2009 21:45
J.C. BACH

« Vo solcando un mar crudele » (Artaserse, scena ultima, aria di Arbace, 1760) Guadagni
Récitatif et rondeau « Sentimi non partir... Al mio bene a lei che adoro » (1779) Tenducci
Haydn : Concerto pour violon et cordes en sol majeur Hob VIIa : 4
Récitatif « Perfida Cartismandua » et cavatine « Fra l'orror » (Carattaco, acte 2, sc. 1, cavatine di Caratacco, 1767) Guarducci
Air « Pugna il guerrier » (La Clemenza di Scipione, 1778) Francesco Roncaglia

Entracte

Air « Cara, la dolce fiamma » (Adriano in Siria, aria di Farnaspe, 1778) Manzuoli
Symphonie en sol mineur opus 6 n°6
Récitatif et rondeau « Ebben si vada...Io ti lascio » (vers 1778) Tenducci
Air « Ch'io parta ? » (Temistocle, aria di Lisimaco,1772) Silvio Giorgetti

Bis

"Perche tardai la morte" (Artaserse, aria di Arbace au début du III, 1760) Guadagni
" Tutti nemici miei" (Adriano in Siria, 1778) Tenducci


Philippe Jaroussky
Le Cercle de l'Harmonie
Jérémie Rhorer

Théâtre des Champs-Elysées
16 septembre 2009


(En rouge le nom des castrats créateurs tels que trouvés par Clément)


Et voilà le premier spectacle de la saison et pas des moindres: un chanteur très populaire en France qui profite de sa notoriété pour faire découvrir au public un compositeur négligé, un des fils Bach, Jean-Chrétien. Avant de critiquer les limites du chanteur dans ce repertoire, saluons donc sa curiosité musicale. Comme on avait déjà pu s'en rendre compte grace à de rares disques et lives (Temistocle par Rousset, Adriano in Siria par Mackerras, Amadis par Rilling et Montgommery, Endimione par Hickocks et Weil, Alessandro nell'Indie par Spering et même un antique récital par Agnès Giebel), cette musique est passionnante. Très variée, souvent foisonnante, donnant aussi bien dans le seria roccoco que dans le grand style tragique français, avec une évidence mélodique remarquable et une recherche de l'orchestration surprenante, doué pour toutes les atmosphères, témoignant d'un sens du drame aigu, on comprend tout à fait l'admiration de Mozart pour son contemporain, et l'on sent à quel point les Mitridate et Lucio Silla de ce dernier s'inspirent du style explosif de Jean-Chrétien.

Le programme conçu par Jaroussky se concentre sur le versant italien de l'oeuvre, puisqu'il ne comprend que des airs pour castrats, sur ces derniers je ne pourrais pas vous en dire beaucoup et laisse à Clément ce soin. Il nous suffira de noter qu'à la fin du Siècle la tessiture de ceux-ci était notablement étendue, d'ailleurs peu de temps après, les baryténors allaient leur voler la vedette en héros du drame, en toute continuité. De plus une telle sauvagerie de procédé devait bien s'expliquer par le résultat exceptionnel obtenu à une époque où l'on connaissait déjà le chant en voix de tête.
En regardant les partitions de ces airs, on s'aperçoit donc que nos contre-ténors, aussi braves soient-ils, ne peuvent que difficilement rendre une tessiture aussi étendue. Ainsi certains nient tout simplement cette théorie et arguent que l'écriture de l'époque était différente de l'actuelle et donc que les castrats n'avaient pas de graves aussi fournis, s'arrogeant ainsi une légitimité supérieure à celle des mezzo-soprano pour interpréter ce repertoire. Admirateur de Bartoli, Jaroussky n'est pas de ceux là, il a clairement compris que l'ablation de leur lourd fardeau viril n'a pas fait décoller les castrats loin au dessus de la clef de sol. Le prouve le programme retenu et la modestie affichée au moment d'entonner le dernier bis, air du fureur: "Je vais faire ce que je peux!"

Le démarrage à froid sur "Vol solcando" n'était pas une très bonne idée: très soucieux de la complication musicale mimétique de l'air, et même du canto di sbalzo timidement rendu, il en oublie cependant le théâtre et la portée psychologique, on ne sent pas l'emportement ni l'égarrement du personnage, on entend que Jaroussky qui sort les avirons dans des eaux où il n'a vraiment pas pied. Au da capo tous les ornements se feront d'ailleurs vers l'aigu, adieux graves et canto di sbalzo, la navigation en eaux troubles est bien plus simple au dessus des flots.

Heureusement le rondeau qui suit, "Sentimi... Al mio bene", le montre bien meilleur, élégant et s'abandonnant à un certain hédonisme vocal avec des variations délicieuses, inspirées et une aise procurée par le tempo bien plus lent qui lui permet de faire sonner des graves avec bien plus de conviction. Même si l'on peut préférer des timbres plus fruités et riches, le naturel de cette voix de tête force ici l'admiration.

L'air de Carattaco qui suit, est précédé d'un récitatif virulent pour lequel Jaroussky n'a pas la projection et donc l'impact nécessaire, on le voit s'agiter en scène de façon un peu maladroite et raide, l'intention y est mais cette voix reste celle d'un petit garçon qui ne peut susciter ni tension dramatique dans le récitatif ni effroi dans l'air (du moins pour moi).

Enfin la première partie s'achève sur un "Pugna il guerrier" qui souffre des mêmes défauts, dès le premier "pugna" qui lui reste dans la gorge. Il faut dire que l'acoustique du TCE ne lui est guère favorable, sèche et plate, elle ne porte pas la voix ni les intentions et ce malgrè un accompagnement, très attentif à ne jamais déborder le chanteur sans pour autant manquer de chaleur et de vivacité, du Cercle de l'Harmonie dirigé par Jérémie Rhorer; on reprochera juste à certains instruments de jouer en sourdine (les cors!) et de manquer de netteté dans les attaques, étouffant un peu les surprises de l'orchestration de JC Bach (très joli concerto de Haydn avec Julien Chauvin en soliste, et belle symphonie de JC, même si l'on eut préférré entendre des ouvertures de ce dernier).

Reposé après l'entracte et sans doute moins poursuivi par le trac, Jaroussky attaque donc la pièce qui sera le sommet de la soirée et certainement du disque puisqu'il en porte le nom, il s'agit de l'air "Cara, la dolce fiamma". Toutes les qualités déjà évoquées pour le rondeau "Sentimi... Al mio bene" sont ici décuplées, douceur et naturel de l'élocution, aisance de la respiration, on le sent en pleine confiance de ses moyens. C'est clairement dans ces atmosphères là qu'il rend le mieux l'art des castrats.

Le second rondeau "Io ti lascio" pour Tenducci est superbe avec son pudique pianoforte: Jaroussky y est parfois un peu acide et affecté, mais l'allant est là, encore une fois ce naturel, et c'est très séduisant.

Et enfin, "Ch'io parta?" de Temistocle, le seul que je connaissais grace au live de Rousset à Toulouse (avec de vrais graviers de Nicolas Joel dedans). Celui-ci n'est qu'à moitié réussi, la faute en revient aussi bien à l'orchestre qui hésite à rendre le tumulte du torrent à des hauteurs suffisantes, qu'à Jaroussky qui a du mal à donner à son élocution le poids nécessaire pour traduire le surgissent du torrent hors rochers; peu de vocalises en effet pour cet air (lesquels ne lui posent pas de problème) mais un long texte qui doit être lancé avec le même débit tortueux et tsumamiesque que celui du torrent.


L'air "Perche tardai la morte" le retrouve à son meilleur, toujours habile à dialoguer avec les vents solistes qui accompagnent la méditation du prince condamné à mort. Enfin le dernier air, "Tutti nemici miei" issu d'Adriano in Siria, manque encore de punch comme pour le "Pugna il guerrier", mais Jaroussky rend mieux la rage que la sereine virilité belliqueuse, surtout épaulé par un orchestre qui le pousse réellement à dépasser une certaine timidité qui peut passer pour de la prudence malvenue ici.

La salle pleine à craquer lui réserve un triomphe. Au final et malgrè les nombreuses critiques émises, ce fut donc un très bon concert au programme rare et rendu avec intelligence, à défaut d'avoir toujours les moyens vocaux nécessaires pour chanter une musique diablement difficile. Gageons que les problèmes de balance et de projection seront gommés au disque, dont la couverture est pour une fois de bon goût comme le signalait Baja.


Le disque contient un air non chanté ce soir: "La legge accetto", Orfeo  - Gluck arr. JC Bach pour Guadagni

Sortie du disque le 2 novembre; téléchargeable dès le 28 septembre sur les plateformes payantes légales, HADOPI proof.

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Monsieur Taupe 21/02/2011 01:17



J'oubliais : chez Brilliant (donc pas cher) un CD d'airs de concert de Mozart mais aussi de Jean-Chrétien Bach (avec instruments obligés), par Hjördis Thebault sous la dir. de D. Taplain : le
fameux Ebben si vada (le ton change de Jarou…) + Sentimi non partir (2 violoncelles) + Sventurata in van (avec piano). Je n'ai pas l'impression que les deux derniers aient été enregistrés.


Détails et fragments à écouter ICI


 


Par le même chef, même éditeur, un disque de musique sacrée pour les Esterhazy (Hummel en particulier)



Frederic 14/01/2011 20:44



Merci Amurat, elles ont l'air très bien ces Vepres, ça rapelle un peu Galuppi mais en mieux, c'est tentant.



Amurat 13/01/2011 04:16



Parution récente chez Carus : des vêpres composées par Jean-Chrétien pour Milan


 



Licida 28/04/2010 16:41



Jaroussky continue d'explorer les airs méconnus du 18ème siècle avec un récital Hasse et ses contemporains centré autour des livrets de Metastase. A baden-Baden le 20 novembre.


http://www.festspielhaus.de/spiel/veranstaltung/philippe-jaroussky-20-11-2010-1962/?L=



Licida 30/09/2009 22:21



Dans la vie, y'a que des Caractacus, je me pique de le savoir!


 


http://www.amazon.fr/Caractacus-Op-35-David-Wilson-Johnson/dp/B000000ARL/ref=sr_1_8/279-8114289-7068558?ie=UTF8&s=music&qid=1254169116&sr=1-8