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Il catalogo è questo

4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 17:53
Xerse de Cavalli (1654)




Kristina Hammarstroem, Xerse
Guillemette Laurens, Arsamene
Isabelle Philippe, Romilda 
Magali Léger, Adelanta 
Anna-Maria Panzarella, Amastris
Isabelle Druet, Eumène 
Jean-Paul Fouchécourt, Ariodate  
Arnaud Marzorati, Ariston 
Jean-François Lombard, Elviro
Eugénie Warnier, Clito


Les Paladins
Jérôme Correas, direction

 




Plusieurs années après la sortie de l'enregistrement de René Jacobs, Jerôme Corréas s'attelle à faire revivre cette oeuvre peu après avoir contribué à la discographie de son auteur (Ormindo). Le pari est réussi, et ce malgrè une partition qui n'est vraiment pas la meilleure de Cavalli. On apprend dans le programme que l'oeuvre fut créée pour un théâtre "public" (par opposition au théâtre de cour), donc pas de riche mécene ici, juste un impressario soucieux de la rentabilité de sa production (et oui déjà!); résultat: 12 musiciens seulement, basse continue comprise, et pas de choeur. Pour pallier ce rachitisme musical, Cavalli joue donc à fond la carte du drame, et avec succès à l'époque: la partition originale de 1654 est perdue mais celle d'une reprise en 1657, avec des modifications dont la disparition du prologue, subsiste. (Il existe aussi une version à la Bibliothèque Nationale de l'Opera de Paris témoignant d'une reprise avec de nombreux ajouts et modifications de Lully.) La version jouée ce soir semble donc être celle de 1657, sans que le programme précise si Corréas a corrigé celle-ci à rebours pour revenir au plus près de l'original. En suivant le livret on peut cependant trouver des coupures bien compréhensibles pour une version de concert. Ont souffert de ces coupures les intrigues amoureuses secondaires des nombreux adjuvants. Car impressario radin ou pas, ce théâtre reste très vénitien, enchevêtrement d'amourettes, déguisements et quiproquos dans tous les sens, tournant résolument cette histoire de mèdes vers la farce plus que la grande fresque historique. Xerse c'est un peu un argument de plus contre la privatisation de la Poste :o) Handel ne s'y trompera d'ailleurs pas, en composant son célèbre et archaïsant Serse, dont le livret reprend l'essentiel de celui utilisé par Cavalli (en se séparant de nombreux personnages secondaires), avec une ironie plus fournie encore, grace au gonflement dramatique du rôle-titre. Chez Cavalli, notre perse a finalement peu d'airs et l'on reste presque sur notre faim quand ces superbes récitatifs ne débouchent pas sur les airs bien connus ajoutés par Handel ("Se bramate" après le récitatif avec Romilda incluant les très beaux "L'amerete? L'amero"; "Crude furie" après le récitatif rageur). Pour plus d'informations, voir ici.




Pour faire vivre cet opéra, il nous fallait donc des acteurs hors pairs doublés de chanteurs parfaitement au fait du style de cette musique, tout y est bien trop facilement chantable, c'est justement le piège. Kristina Hammarstroem et Isabelle Philippe sont sans doute celles qui osent le moins se jeter dans la variété du drame et chantent trop uniformément seria: la première est comme toujours irréprochable, l'italien est parfaitement accentué, la voix bien placée, mais la composition manque de contraste et de vie, on a guère que la rage finale à se mettre sous la dent. A sa décharge, comme je le disais plus haut, le rôle n'est pas très fourni ni varié. 


Isabelle Philippe jouit d'une voix ample et très sonore, mais l'émission est bien trop raide pour rendre le tout parfaitement séduisant, et surtout pour traduire les intentions qu'elle essaye de faire passer, comme si elle voulait pallier son manque de confiance dramatique par une opulence musicale qui ne prend jamais ici, faute de partition adaptée à cet éclat. 


C'est le même problème qui entache la performance d'Anna-Maria Panzarella: le timbre est toujours aussi anodin et la chanteuse aussi energique, mais elle se repose trop sur sa projection (certes impressionante), et son tourment est finalement plus bruyant que touchant, se réfugiant derrière un certains stéréotype de la douleur lyrique. Il a donc manqué à ces trois rôles une vraie dimension théâtrale, même si musicalement le résultat fut tout à fait à la hauteur. 


Je suis d'habitude peu sensible aux charmes de Magali Léger: je ne l'ai jamais trouvée bonne technicienne ni particulièrement bonne actrice. Ici la voix est parfaitement posée, jamais sollicitée hors du medium ou par des vocalises (sauf dans son dernier air, bien raté du coup), l'actrice est parfaite pour le personnage dont elle a la pétulance et la rouerie. Une vraie réussite. 


Eugénie Warnier semble en comparaison bien meilleure technicienne malgré un aigu très dur et s'attache avec succès à jouer son rôle bouffe. Jean-François Lombard jouit des mêmes qualités: présenté comme ténor, il chante ici en voix mixte avec une aisance certaine, le timbre est assez disgracieux mais l'acteur impayable sans jamais être excessif. Arnaud Marzorati est par contre moins marquant, il faut dire que le rôle est anecdotique.



Jean-Paul Fouchécourt dispose encore d'une émission superbe et d'un jeu attirant immédiatement la sympathie qui le rendent formidable dans ce répertoire où l'on n'entend jamais le "chanteur en fin de carrière", comme certains critiques le prétendent.



Mais la plus grande ce fut sans conteste Guillemette Laurens: quelle fougue, quelle jeunesse, quel naturel dans les récitatifs! Et ce sans aucun artifice musical, du jeu pur et simple, des intentions parfaitement lisibles et cohérentes. Ils sont peu nombreux ces artistes capables de faire rire une salle sur un seul "Respiro!" de soulagement. C'est tout bonnement bluffant.




Les Paladins dirigés par Jérôme Corréas soutinrent avec brio le rythme à cette soirée, on a pu par moment les trouver un peu trop timide, surtout au regard de leur effectif très réduit, et le tout gagnerait certainement à tourner encore un peu, mais ce Xerse là a su soutenir notre attention pendant presque 3 heures, ce qui était loin d'être évident. 


La salle n'était remplie qu'à moitié. Espérons que La Calisto du même Cavalli qui sera mise-en-scène dans ce même théâtre dans quelques mois rencontrera plus de succès.





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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Pierre 06/10/2009 16:41


Que je regrette de ne pas y être allé... Guillemette, Jean-Paul... snif, la vie est trop z'injuste ! Merci pour ce compte-rendu (aucune surprise en ce qui concerne AMP et j'ai les mêmes réticences
envers Magali L.)