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Il catalogo è questo

27 octobre 2006 5 27 /10 /octobre /2006 12:14

Terfel à Pleyel  (15 octobre 2006)

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PROGRAMME du concert de Bryn Terfel avec l’ONF dirigé par Yannick Nézet-Séguin :

WAGNER :

- Die Meistersinger : Ouverture et « Was duftet doch der Flieder »

- Tannhäuser : « O du mein holder Abendstern », puis l’ouverture.

- Der Fliegende Holländer : « Die Frist ist um »

Entracte

MOZART :

- Don Giovanni : Ouverture, puis « Madamina, il catalogo è questo »

- Le nozze di Figaro : « Non più andrai »                                                                                         

- Air de concert : « Io ti lascio, oh cara, addio »

VERDI :

- La forza del destino : Ouverture

- Falstaff : « Ehi ! Paggio !… L’onore ! Ladri ! »

BERNSTEIN :

- Candide : Ouverture

RODGERS :

- South Pacific : « Some enchanted evening »

LEIGH :

- Man of La Mancha  : « Impossible dream »

Rappels :

- MOZART : Don Giovanni : La serenata
- BIZET : Carmen : « Toréador »

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Diffusion prévue sur France Musique jeudi 26 octobre à 20h.

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D’autres, je l’espère, nous feront des comptes-rendus détaillés sur ce qu’ils auront entendu et développeront les aspects musicaux de ce concert ; pour ma part, je tenterai simplement de vous faire partager ce que j’ai observé et ressenti.


Impressionnant. C’est le premier mot qui me vient. Impressionnant le bonhomme, la voix, la maîtrise, et puis aussi l’éclectisme du programme (dans 4 langues, en plus).

C’était la première fois que j’allais voir Terfel en concert et pour le voir, je l’ai vu, puisque j’étais placée au 2e rang d’orchestre, juste devant lui. Je donne cette précision parce que d’une autre place mon attention se serait assurément portée sur d’autres choses et mes impressions auraient été sans doute bien différentes. Là, j’ai pu l’observer tout mon soûl.

 

 

Il a une présence sur scène assez incroyable, presque magnétique ; on ressent dès son entrée en scène une sorte de puissance du dedans, si je puis dire (sans doute renforcée par l’aspect du dehors évidemment !), mais cette force que l’on sent en lui, cette puissance qui passera par la voix, on le sait, est utilisée aussi scéniquement et dramatiquement. C’est une sorte de force potentielle que l’on devine là, que l’on ressent là, et qui fait trembler d’avance à l’idée qu’à un moment cette énergie se libérera et fatalement nous engloutira par sa puissance. Il va constamment jouer avec cela et tout particulièrement dans les Wagner. Dans son premier air, cette énergie est totalement contenue, retenue ; cela est rendu par une immobilité parfaite : bien droit, les bras pendants le long du corps, mais sans rigidité, il n’a pas eu le moindre mouvement (même du petit doigt, j’ai vérifié !) ; seule la tête a droit à un minimum de mobilité, mais c’est surtout le regard qui porte le jeu et l’enjeu du personnage.

Pour l’air de Tannhäuser, il a gardé la même position, mais a serré les doigts de la main gauche ; c’est tout.

Ensuite il s’est assis et est resté sur scène pour écouter l’Ouverture de Tannhäuser [Peut-on d’ailleurs m’expliquer pourquoi l’ouverture a été jouée après l’air ?… y aurait-il une raison qui m’échappe ?…]. C’était encore très peu d’expression, prenant soin de ne pas trop observer le chef, ou les musiciens, mais en les surveillant tout de même du coin de l’œil.

Puis, l’air du Hollandais. Toute la sobriété, toute la retenue précédente était sans doute nécessaire pour faire retentir cet air et laisser ‘exploser’ le personnage. Je n’ai aucune habitude de Wagner (je n’en suis pas encore là), donc je ne peux guère comparer ou juger s’il a chanté cela comme il convient ; ce que je peux dire, c’est que c’était magnifique, de la résignation à la colère, en passant par le désespoir, tout était prenant et parfois même terrifiant. La voix y était pour beaucoup bien sûr, mais c’est aussi qu’il avait bougé. Son premier geste, toujours le bras le long du corps, a été de serrer le poing (et quel poing !!), et quand enfin il a avancé un pied et écarter les bras, c’était une montagne qui avait bougé et qui défiait les enfers ; c’était effrayant, il semblait redoutable et en même temps désespéré. J’ai vraiment beaucoup aimé cette interprétation et vocalement et dramatiquement, si je puis dire.

 

 

Après l’entracte, changement de répertoire, on passe à Mozart. [L’orchestre était un peu moins fourni, mais toujours très… bruyant.] Terrain bien plus connu il me semble. De nous, de lui, et de nous avec lui. Donc il s’est amusé, très à son aise, un peu trop peut-être puisque, mine de rien, il s’est tout de même bien emmêlé les pinceaux dans les paroles de « Non più andrai » ; mais il avait déjà mis le public dans sa poche avec l’air du catalogue, jouant avec le programme de Pleyel, mimant le « vecchie » ou la « piccina » en valet insolant et cabotin en l’absence de son maître.

Pour l’air de concert, « Io ti lascio », il a retrouvé sobriété et douceur ; cet air était très beau et très touchant, donné tout en émotion retenue et tendresse. Il l’a chanté face au public placé derrière l’orchestre, montrant son dos pendant 3 minutes à une salle devenue plus silencieuse pour mieux entendre. [petite parenthèse : que va donner la captation de Radio France ?… souffle, es-tu là ?… j’y ai pensé aussi lorsqu’il est resté quelques instants accroupi sous les micros lors de l’air du catalogue ; il m’étonnerait que la prise de son ait suivi...]

Pour l’air suivant, il était devenu… Falstaff ! Un Falstaff tonitruant, gras, fat et… jubilatoire. Comme on était loin de la délicatesse du petit air de Mozart ! et pourtant on y croyait tout autant.

Les 2 airs de Broadway ne m’ont guère réconciliée avec ce répertoire que je ne goûte guère, il est vrai ; je n’ai pas été très convaincue et il m’a semblé que la salle non plus. Les applaudissement m’ont paru plus mous… ou étaient-ce juste les miens ?

 

 

 

 

Ensuite le luth a annoncé le rappel en venant s’installer sur scène pour jouer la sérénade de D. Giovanni, mais Terfel, lui, est allé se promener à l’orchestre, jouant avec une rose rouge et les femmes qui se trouvaient sur son passage ; sur son passage il y avait Mme Sarkozy, bien en vue, alors il s’est avancé vers elle et… à chanter pour la dame d’à côté. Il a réservé sa rose pour une petite fille, qui s’en souviendra, c’est sûr, puisqu’elle était totalement terrorisée, recroquevillée sur son siège, détournant la tête, n’osant pas même regarder cette montagne à la voix qui se faisait pourtant douce, mais à laquelle elle faisait signe de s’éloigner complètement désespérée et voulant qu’on la laisse tranquille.

Il m’a semblé que ce passage dans la salle avait fait frémir le public de contentement (mais c’est sans doute parce que j’étais très près du lieu de passage…).

En fait les rappels ne furent pas une troisième partie de concert, mais un « bonus », une petite friandise, un petit moment pour s’amuser et se quitter avec le sourire aux lèvres et un air dans la tête. Tout le concert a été construit ainsi, du reste, allant du ‘sérieux’, du ‘lourd’, à la légèreté, c’est-à-dire à la musique légère. Et qu’y a-t-il au delà de ces airs dits ‘populaires’ ?… eh bien, vous et moi qui massacrons Carmen dans notre salle de bain. Alors, allons-y ! Allons jusqu’au bout puisque le concert est terminé, que les choses sérieuses ont été faites, entonnons « Toréador » tous en chœur ! J’avoue que le clin d’œil m’a amusé.

De l’immobilisme par lequel il avait commencé à la salle Pleyel qu’il fait chanter en mesure, la performance est remarquable et l’ironie pas loin…

 

 

Je suis très contente de ma soirée ; Terfel a été tel que je l’imaginais (et même un peu au delà…) et je suis même prête à regarder son Falstaff et à entendre le Hollandais en entier !

 

 

Ah, oui, je n’ai rien dit de l’orchestre… Je n’étais sans doute pas à la place idéale pour cela. Ce que je peux dire, c’est qu’Y. Nézet-Séguin était très enthousiaste et l’orchestre était très… bruyant.

 

 

C.

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Published by Caroline - dans Représentations
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commentaires

DavidLeMarrec 27/10/2006 12:43

J'imagine ce que ce doit être en salle... En plus, il est doté d'une justesse scénique assez hors du commun.
Si vous avez l'occasion de voir son Ring de Covent Garden ou son Falstaff de Graham Vick, c'est très impressionnant.

Ce qui étonne aussi, outre la maîtrise très précise des langues, c'est sa capacité à changer de voix en effet. Epatant.
Ensuite, dans le détail, on peut trouver ça un poil trop homogène. Si on aime chipoter.

Merci pour le compte-rendu très vivant !