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27 octobre 2006 5 27 /10 /octobre /2006 12:31

LA GRISELDA

 

Opera seria en trois actes de Vivaldi,

Ecrit pour Venise, teatro San Samuele, 1735

 

Livret de Zeno révisé par Goldoni.

 

Cette intégrale, je l’attendais au tournant…j’étais revenu du concert du TCE avec des sentiments mitigés, déplorant le massacre inacceptable (et non communiqué) des récitatifs réduits à la portion congrue, et rendant l’intrigue incompréhensible, privant les airs de support dramatique et l’opéra de son rythme. J’avais aussi déploré la qualité inégale de la direction de Spinosi, et de son ensemble, sans doute trop fameux en regard de leur qualité réelle.

La distribution réservait des plaisirs tout aussi inégaux : Cangemi capable du meilleur comme du pire (le célèbre « Agitata da due venti »), Prina un peu répétitive mais engagée (la faute aux coupes et une direction uniformément agitée), Ferrari scolaire mais bien chantant, Staskiewicz en magnifique découverte malgré les limites compréhensibles dans une partie extrême, Jaroussky en pilotage automatique, Davies, jeune falsettiste à jolie voix sans graves…

Quelques moments magiques pour beaucoup qui nous laissèrent sur notre faim.

 

Les changements de distribution annoncées pour le disque furent à la fois intéressants (Lemieux à la place de Prina) et inquiétants (Kermes à la place de Staskiewicz).

 

Après maintes hésitations, pourtant, j’ai craqué ; je l’ai acheté.

 

La couverture du coffret est dans le plus pur style Naïve, figurant une anorexique voilée sur fond bleu…

 

Je n’attendais pas grand-chose du disque, et si je ne saurais le placer au sommet de la discographie vivaldienne, force est de constater que je suis plutôt agréablement surpris, sur plusieurs points.

 

L’œuvre, d’abord.

J’avais réservé mon jugement à la suite du concert, qui ne présentait, en gros, que les airs. Comme le souligne opportunément la notice de présentation, comme toujours documentée et éclairante, de Frédéric Delaméa, « …le récitatif n’est pas en reste dans la réussite de cet opéra : âme du théâtre vivaldien, il demeure un élément capital de ce langage de haute maturité du compositeur, terre dramatique inaliénable que celui-ci se réserve en toute circonstance. Face à ses rivaux, Vivaldi savait demeurer inégalable sur ce terrain, lui que l’on applaudissait y compris dans des scènes toutes entières récitées ». Je suppose que Spinosi et D. Meyer auraient dû lire ce texte avant de donner le concert du TCE…

Pourtant, les récitatifs, et leur qualité dramatique, Spinosi les aime, et sait les exalter, c’était particulièrement le cas dans son beau disque de La Verità in Cimento.

Ici donc, on retrouve enfin l’intégralité des scènes, et l’opéra reprend sa force dramatique, animé par un chef attentif et des chanteurs investis. On suit les longues scènes récitées sans ennui, et les airs judicieusement sertis dans la trame dramatique recouvrent tout leur impact, au delà de la pure beauté musicale. Elément capital, ils permettent avant tout de différencier avec finesse les divers affects traversant le rôle-titre, auquel sont dévolus cinq airs enlevés, et qui, hors contexte, paraissaient par trop univoques lors du concert.

Significativement, ici, Marie-Nicole Lemieux et Spinosi présentent des airs soigneusement différenciés de ton ; la direction est beaucoup plus contrastée d’un air à l’autre, et ainsi souvent notablement ralentie.

C’était une idée un peu étrange de confier à la bouillonnante Anna Girò le rôle de la soumise Griselda, d’autant que dans son calvaire, elle n’a pas l’occasion de s’épancher doucement, hormis un arioso au II inspiré du sublime « Sonno se pur sei sonno » du bien antérieur Tito Manlio. Mais, nous l’avons dit, l’équipe musicale a eu soin, ici, de rendre leur subtilité aux différents airs agités de Griselda. Lemieux, plus que Prina (et nous mettrons ceci sur le compte des différentes « éditions » de la partition qu’elles eurent à interpréter), donne une image féminine du personnage, rend son côté doux et soumis, ses plaintes et sa douleur. Elle sait tout autant fulminer et exprimer la rage et la révolte du personnage, qui ne se cabre contre son traitement qu’au travers de ses confrontations avec Ottone, finalement exutoire bienvenu.

 

Le personnage de Costanza paraît assez proche de celui campé par Scarlatti : Cangemi incarne la jeune princesse dans les deux œuvres, au disque. La version vivaldienne est d’une difficulté effroyable, mais les trois airs sont des joyaux, « Agitata da due venti » ayant déjà été chanté par Poulenard, Kirby, ou Bartoli avant la renaissance des opéras de Vivaldi. L’air « Ombre, larve » du III est un de ces moments suspendus et magiques, d’une grâce mélancolique typique des années 1730, qui font chavirer… oserais-je trouver que Vivaldi, ici comme dans Bajazet, a avant tout cherché à gâter son interprète, l’ahurissante Giacomazzi, et que les deux derniers airs ne tombent pas parfaitement en situation, ou plutôt la dépasse un peu dans l’expression. C’est en tout cas faire la fine bouche, car, au disque, Cangemi est excellente. On sait qu’elle peine, c’est peu dire, dans « Agitata da due venti » sur le vif, mais les facilités du studio lui permettent une interprétation quasi sans faille. Le volubile « Ritorna a lusingarmi » du I et le « Ombre, larve » du III ont perdu, passant en studio, de leur charme et de leur magie, question d’ambiance et de direction. Vocalement, cela reste très bon, et dans l’incarnation tout à fait convaincant. Ajoutons que Cangemi s’invente des ornements assez riches allant chercher dans l’aigu. Ornements nouveaux par rapport au concert, où cet aspect avait de manière générale été assez négligé (au disque, Damien Colas a fait des suggestions aux chanteurs, indique la notice. Suggestions pas forcément toujours d’un goût parfait, mais souvent prenantes et finalement bienvenues et efficaces).

 

Le rôle de Gualtiero est ici un peu en retrait, mais il faut sans doute en accuser le ténor Stefano Ferrari, qui manque là encore de personnalité et de charisme. A part un certain manque de grave, on en voit guère ce que l’on pourrait reprocher à se prestation vocale, surtout vu la façon dont il enlève le redoutable « Se ria procella » et ses interminables passages. Cet air ne manque pas de charme et d’aplomb, cependant le reste est parfois un peu scolaire : le dernier air n’est guère marquant. Par rapport au concert cependant, on le sens plus serein et régalien, et il tient son rang très honorablement au sein de la distribution.

 

J’ai déploré dans le rôle du rival Ottone qu’on ait évincé Blandine Staskiewicz, qui m’avait profondément séduit, de style, de caractère, de timbre, de maîtrise – malgré les graves limites au III et les aigus limites au II, mais à sa décharge l’écriture est assez paroxystique en terme de tessiture.

Dans ce que je connaissais d’elle, Kermes s’est toujours révélée fade, mauvaise diseuse (cantabile guimauvesque), chanteuse aux moyens intéressants, mais utilisés avec un goût bien discutable. Un premier extrait m’avait laissé dubitatif. Et bien je dois avouer qu’elle m’a ici assez surpris, au final. Plusieurs raisons à cela : je pense, tout simplement, que jouer les méchants travestis l’a beaucoup plus amusée que de jouer les prime donne en souffrance, et qu’elle a trouvé à s’exprimer dans le côté « too much », toutes notes extrêmes dehors, d’Ottone. Par ailleurs, entourée de tempérament dramatiques de la trempe de Cangemi ou Lemieux, et cornaquée par le bouillant Spinosi (on est loin de la politesse anglosaxonne de Curtis, son chef et pygmalion), elle a certainement pu sortir de certaines habitudes, facilités, et de sa réserve.

Studio oblige, elle assure des graves globalement sonores et correctes, le reste ne lui posant pas de problèmes : elle va bien sûr chercher des suraigus percutants dans des da capo hardis ; Avouons que pour une fois, cela se prête bien au rôle. On entend, bien sûr, d’autres défauts habituels : consonnes trop effacées dans les mouvements lents, souffle parfois très audible sur certaines attaques, mais l’incarnation, notamment dans les récitatifs, est tout à fait convaincante, et on lui pardonnera pour cette fois.

Ajoutons enfin que ses trois airs sont parmi les plus beaux de Vivaldi, surtout le très napolitain de style « Vede orgogliosa l’onda » du I, ondoyant et mélancolique, et le « Dopo un’orrida procella » déchaîné du III. Pour ce premier air, cependant, je chéris toujours l’interprétation enivrante de Staskiewicz en live…

 

Peu à dire des falsettistes, ici. Roberto est un rôle qui convient bien à Jaroussky, sorte d’antihéros vaguement sympathique, et un peu énervant par son côté victime, propre à beaucoup de rôles de castrat soprano – l’interprète a ici sa part de responsabilité, évidemment : il s’écoute toujours un peu chanter.. Que l’on songe à Selim de La Verità in Cimento, par exemple. La tessiture lui convient assez bien, le studio lui procurant des graves plus faciles et séduisants qu’en live. Sa partition n’est pas inoubliable, mais tout à fait plaisante, tout de même, comme « Estinguere vorrei la fiamma », auquel l’art délicat de Jaroussky se prête bien.

 

Les airs de Corrado sont également agréables, mais le poli Lestyn Davies ne dépasse guère, dans toute ses interventions, la joliesse châtiée. On croit peu à son rôle, tout de même assez secondaire. Son timbre clair est par ailleurs relativement séduisant, mais comme beaucoup de ses « congénères », il manque cruellement de graves, même en studio !

 

La direction de Spinosi, enfin, se distingue comme souvent par son souci de souligner le dramatisme de la partition, notamment via les effets rythmiques. Connu et populaire pour son côté survitaminé, souvent excessif dans les mouvements rapides, décharnant trop la substance sonore afin de souligner le squelette dynamique des airs, il trouve ici une certaine modération. Je persiste à trouve que l’ensemble Matheus sonne un peu sec, et manque de plénitude. Spinosi pourrait encore polir les phrases musicales, les couleurs être soulignées encore. Il a un peu perdu, et c’est dommage, le charme qu’il est capable de distiller sans crier gare dans certains cantabile magiques, même après un récitatif grossièrement enlevé, comme c’était le cas en concert. Les airs rapides et de demi-caractère sont en revanche mieux rendus, et nous avant déjà remarqué combien le rôle de Griselda y a gagné. Les reprises richement ornées contribuent, en outre, à donner plus de substance à l’œuvre.

Les excès entendus ça et là dans Orlando Furioso ou dans le concert de Griselda me semblent maîtrisés et aplanis en studio, c’est peut-être une impression trompeuse mais c’est tant mieux.

Par ailleurs, je pense que Spinosi aurait intérêt à s’attaquer à des compositeurs de style galant, car je pressens que la grâce et l’épanchement d’un Porpora ou d’un Hasse pourrait, finalement, mieux lui correspondre que la furie la plus typiquement vivaldienne ; c’est du moins ce qui ressort de l’écoute de ses plus belles réussites à mon sens chez le compositeur vénitien, et qui touche souvent les airs les plus « napolitains ».

 

Finalement, l’intégrale n’est pas honteuse du tout, et donne enfin de l’œuvre une image cohérente et séduisante, qui dépasse les pures splendeurs répandues par cette partition de la maturité Vivaldienne. Quelle période faste que ces années 1730 !

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Published by Clement - dans Disques et lives
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commentaires

Carlupin 26/01/2008 15:57

Podles nous a fait le coup des A' délirants chez Haendel, sans que personne ne s'en plaigne pour autant. Pauvre Simone...

Frédéric 25/01/2008 15:20

Ca y'est j'ai écouté en entier "Agitata da due venti" par Kermes sur son CD. Eh bien à ceux qui trouvaient ça pas si mal, je confirme que leur opinion n'était basée que sur les parties A des airs... L'ornementation est une fois de plus délirante (j'en ai ri...). C'est pas tellement le mauvais gout, c'est que la ligne mélodique est tellement pas reconnaissable dès la première phrase di da capo, qu'on se dit qu'elle déconne. Elle me semble décalée de temps en temps par rapport à l'orchestre. Elle finit en plus l'air sur un de ses suraigus...je vous en dit plus lorsque j'aurai écouté le reste

Carlupin 24/01/2008 00:46

Sin nel placido soggiorno dans le récital cd de Kermes n'est même pas un inédit, c'est une redite de Ho nel sen di qualche stella ou un truc du genre de chez Catone in Utica. Voilà, restent d'inédits les airs de Semiramide et Orlando Furioso, le premier de Tito Manlio et il me semble la Farfaletta... Maigre.

Bajazet 13/01/2008 14:24

Je profite de ce groupe de parole pour mettre des mots sur mon traumatisme.

Une nuit d'égarement, j'ai acheté sur internet une Armida de Sarti chez Bongiovanni (avec Banditelli). En fait, c'est la musique qui m'a paru bien banale, et les interprètes n'allaient pas la relever, on s'en doute. J'ai essayé de me débarraser du coffret en en faisant don à d'innocentes victimes consentantes, mais le coffret m'est finalement revenu. ^^
Du coup, je n'ai toujours pas écouté, chez le même éditeur, un Giuseppe riconosciuto de je ne sais même plus qui (Duni ?).

Je repensais à cette qualité effroyable à l'orchestre, ordinaire chez Bongiovanni, en écoutant un bout de l'Orphéide bolognaise l'autre soir.

(Quel plaisir d'écouter le motet de Galuppi "Confitebor tibi Domino" par un matin radieux de printemps…)

clément 13/01/2008 13:43

Bongiovanni c'est tout de même souvent redoutable. J'avais dû une fois tenter un album (emprunté à la bibli, je ne suis pas fou) dirigé d'ailleurs par le fameux Piva je crois : beuuuh.J'ai au moins une intégrale cependant : Enea nel Lazio de Sarti. Les sopranos ne sont pas si horrible, le ténor rame, l'orchestre (moderne) est juste propre. ça se laisse écouter, mais de toute façon ce n'est pas l'œuvre du siècle.Je m'intéresse à Galuppi en tout cas, ces sorties sont toujours les bienvenues