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Il catalogo è questo

1 novembre 2006 3 01 /11 /novembre /2006 23:15

Allez j'ai pas mal de compte rendu en retard, au boulot le Licido!

Giulio Cesare in Egitto de Handel au TCE

18 octobre 2006

Irina Brook, mise en scène

Christophe Rousset, direction musicale
Les Talens Lyriques
   
Andreas Scholl, Giulio Cesare
Rosemary Joshua, Cleopatra
Sonia Prina, Cornelia
Alice Coote, Sesto
Franco Fagioli, Tolomeo
Mario Cassi, Achilla

Bon ce n'était pas la représentation du siècle, on s'en doute, mais je ne serais pas aussi sévère que beaucoup sur internet.

Tout d'abord parce que cet opéra ne m'apparait franchement pas comme le plus réussi de Handel: dramatiquement la pluspart des scènes après l'acte I arrivent sans être motivées , l'inspiration n'est pas égale tout au long de l'ouvrage qui atteint pourtant des sommets musicaux, le contraste est donc souvent grand. Ainsi à moins d'un metteur-en-scène connaissant bien les règles du genre et leurs raisons d'être et qui pourra interroger tout à la fois les notions de tragique, d'ironie, de divertissement et d'élégance sur scène, cette oeuvre est déstinée à être un flop en scène: je ne connais pas non plus beaucoup de mes de cet opéra, mais je trouve que Wernicke et Sellars (pourtant pas des débutants!) s'y sont cassés les dents, seul McVicar réussit brillament avec une équipe soudée et excellente musicalement.

Irina Brook signe une mes agréable à regarder mais sans rien de neuf, on frise même le plagiat avec de nombreux emprunts de çi de là: les danses de Cléopatre, l'impossible jonction des mains du duo Sesto-Cornelia du I ressemblent fort à du McVicar, le Sesto mal dégrossi, les militaires contemporains à du Wernicke, Nireno est le clone du Tolomeo de Sellars... Aucune reflexion n'est développée, la driection d'acteur sans force, les personnages réduits à leur cliché - Tolomeo libidineux dégeulasse bisexuel évidemment - ou pas du tout saisi - le changement du caractère de Cléopatre, tout droit sortie de la Minute Blonde, n'est même pas traité, rendant ses lamenti incompréhensibles. Bref je ne parlerai pas de série B mais plutot d'amateurisme. Il y a bien quelques idées - le diner empoisonné du "Va tacito", les pétales qui tombent au final - des passages émouvant - "Cara speme", "Son nata a lagrimar" - mais bon...

Christophe Rousset et ses Talens lyriques n'étaient manifestement pas en forme: ouverture un peu plate, bon "Presti omai", "Empio diro" trop mécanique... mais superbes "Cara speme", "Son nata a lagrimar" et "L'angue offesa". D'une façon générale ce sont les lamenti qui furent le mieux joués. Mais le sommet de la soirée fut un mémorable "Va tacito"!! On a beaucoup glosé sur ce cor qui enchainait les pains au point de gacher tout l'air; la raison, on l'a dit, était que le corniste jouait comme au 18ème siècle, sans mettre la main dans le pavillon: la démarche était louable, le résultat fut exécrable. Une telle sonorité aurait encore pu passé dans une scène de bataille dirigée de façon enflammée (un peu comme la bataille du I de Radamisto par Christie à Zurich), mais pas dans un tel moment où le cor dialogue avec le chanteur, encore moins avec un chef comme Rousset dont on connait le manque d'ampleur, et surtout pas avec un corniste aussi peu aguerri à une telle technique! En tout cas, Rousset est très loin ici de ses superbes Serse (dvd), Arianna  in Creta ou Tamerlano. Peut beaucoup mieux faire, et je le dis en rappelant que c'est à lui que je dois ma passion pour le baroque et Handel!

Andreas Scholl en Cesare! Mais pourquoi pas Piau en Turandot tant qu'on y est! Quand comprendra t'on qu'un role écrit pour un castrat ALTO, et pas n'importe lequel, Senesino, ne pourra jamais être convenablement chanté par un contre-ténor (sauf Cencic! ;-) ), surtout s'il ne cherche pas du tout à developper ses graves! Déjà que pour les rôles de castrats sopranos ce n'est pas toujours gagné...Bref là c'est le ratage total, j'étais juste au bord de la scène, j'entendais à peine, les airs de fureurs ressemblaient à des caprices de gamins, "Aure, deh, per pieta" était long, long, long avec une tentative de messa di voce au da capo qui s'est cassé la gueule sur la descente, et puis toujours cette monotonie dans tous les airs pas différenciés pour un sou! Malgrè sa renommée, Andreas Scholl n'a recueilli que bien peu d'applaudissements au rideau final. Ce n'est tout bêtement pas fait pour lui, il est bien meilleur dans les mélodies et chansons baroques, c'est-à-dire la musique de chambre adaptée à ses moyens.

Rosemary Joshua m'a beaucoup séduit, si certains ont pu lui reprocher un manque de virtuosité en souvenir de ses délirantes Poppea ou Semele (je n'ai pas entendu cette dernière), c'est sans doute que Cleopatre N'EST PAS UN SOPRANO LEGER (le rôle a été crée par la Cuzzoni puis repris par Anna Strada del Po). Kozena, Troyanos, Kenny...sont donc bien plus indiquées pour le chanter. Alors quand un soprano léger aborde le rôle, cela peut très bien rendre si l'actrice est bouillonante (Deniese avec McVicar) ou bien si elle affronte cranement le bas de la tessiture sans caracoler dans l'aigu, c'est le cas de Joshua. A de nombreux instants on remarque que c'est trop grave pour elle, mais au moins elle n'escamote pas! Le "Fra tempeste" commence sur la bonne note bien grave (je suis incapable de dire laquelle!) avant de décoler. Si l'on ajoute que l'actrice est superbe et crédible, les récitatifs parfaitement campés et les lamenti très émouvants, on obtient une très bonne Cleopatre, un peu génée dans le costume de gourde que lui impose Irina Brook.

J'attendais Sonia Prina avec impatience, vous vous en doutez. Alors bien sur Cornelia c'est trop grave pour elle et le "Priva son" s'en ressent cruellement. Mais il reste que l'actrice est toujours aussi séduisante et l'on comprend pourquoi tant d'hommes se battent pour elle. Si vocalement je préfere Bardon absolument idéale dans ce role, tant son timbre fait merveille dans des airs pas toujours du meilleur tonneau, Prina s'en sort très bien grace à ses talents d'actrice, un peu entachés tout de même par des tics de chanteurs (menton planté dans le cou et les yeux qui décollent façon l'exorciste, la vache il est si loin que ça ce grave?!). Elle excelle pour animer les récitatifs et son timbre est miraculeux dans le duo du I avec Sesto, sommet d'emotion de la soirée.

Alice Coote en Sesto ne mérite pas à mon sens tous les éloges qu'on a pu lui adresser. Dramatiquement c'est rudimentaire (mais peut être est-ce la mes qui le veut) et ce n'est surtout pas élégant à de nombreux moments. La voix a beau être la plus sonore et bien projetée de la soirée, "Svegliate vi" est completement raté, chanté façon "bourrin", avec une cadence finale qui se limite à un beuglement disgracieux; cela manque grandement de sens du phrasé et de la déclamation. Par contre "Cara speme" fut très beau ainsi que le "L'angue offesa" (même si les vocalises, c'était pas ça...) grace à un orchestre qui la soutenait parfaitement. Mais ce timbre rocailleux et épais m'a toujours, il est donc logique que les moments où elle n'a pas à donner de la voix soient plus réussi à mon gout. Au final on est tout de même très loin de l'intelligence de von Otter ou de la sensibilité de Kirschlager.

Franco Fagioli chantait Tolomeo de façon...bizarre! Il a le grand merite de poitriner pour trouver des graves (ce que Scholl serait bien inspiré de faire!) mais tout le monde n'est pas Cencic et les registres sont mal soudés, d'où une certaine boullie assez éloignée de l'idéal du bel canto. C'est très bien campé, bien phrasé et vocalisé, mais c'est moche! C'était tout de même supèrieur à Scholl qui a excatement les qualité inverses mais pas les dons d'acteurs (Fagioli a aussi chanté Cesare à Zurich avec Minko/Bartoli/Bonitatibus).Ses récitatifs avec Prina étaient les moments les plus emportés et vifs de la soirée.

Mario Cassi s'est bien sorti d'Achilla, mais son "Tu se il cor" ne m'a pas plus marqué que ça.

Pour conclure la soirée fût donc sauvée de la catastrophe par d'excellents acteurs (Scholl excepté et Coote dans une moindre mesure), seuls Joshua et Prina sauvèrent le tout musicalement avec un orchestre irrégulier.

 

Dans la salle il y avait Piau et la tragédie lyrique (quelle classe cette d'Oustrac! ;-) ), j'ai trouvé ça vraiment bien de leur part de profiter d'un jour de relâche des Paladins pour venir écouter leur ami Rousset!

Je pense qu'Ariodante dans quelques mois sera plus réussi musicalement.

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

licida 20/01/2007 21:09

Et encore... là on entends quelque chose... Coote n'est guère avantagée par la prise de son, contrairement à Prina et Joshua dont les intentions passent bien mieux qu'en salle. Les cors aussi passent mieux ;-) comme quoi ils ne sont pas si nuls que ça à France Musique!

Joli labsus du présentateur: Sonia Prima! :-)))

Bajazet 20/01/2007 21:03

Je suis prêt à militer pour que soient désormais proscrits les A tels que les émet Andreas Scholl. Sa prestation est de toute façon assez consternante, entre ce timbre altéré, les vocalises en pointillés, les trilles sucrés.

Caroline 18/01/2007 12:26

Diffusion sur France Musique samedi soir.

licida 29/11/2006 14:38

Décidemment, si en plus il est fier de ses choix artistiques dans le seria... Il ne se tient pas au courant des progrès des analyses musicologiques? des études sur les castrats? de ses petits collegues qui developpent leurs graves (Cencic, Jaroussky, Oro, Mehta, Fagioli - !! - etc.)? Et la froideur avec laquelle il a été applaudi au TCE ne lui met pas la puce à l'oreille, à lui qui n'imite personne?
C'est navrant ces contre-ténors qui ont un train de retard en refusant d'utiliser leur voix de poitrine pour les rôles de castrats. Daniels joue dans la même catégorie aujourd'hui...

aladin 29/11/2006 00:06

Je me souviens de Scholl donnant un conseil à un jeune chanteur, il y a quelques années:" J'ai appris d'Emma Kirkby à garder ma couleur de voix, à n'essayer d'imiter personne. Vous, vous essayez de faire "la basse", et cela n'est pas bon". Le problème c'est que lui, qui "n'imite personne" est une voix de studio , parti du grnad amour des Allemands pour le phénomène Kowalski (qui avait le double de voix), et qu'il s'arroge le droit de chanter des choses qui ne sont pas pour lui, en toute liberté et autosatisfaction.