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17 janvier 2007 3 17 /01 /janvier /2007 00:08

Farnace de Vivaldi

Le Concert des Nations
Jordi Savall : direction
Furio Zanasi : baryton (Farnace)
Marina de Liso : contralto (Tamiri)
Adriana Fernandez : soprano (Berenice)
Lawrence Zazzo : contralto (Pompeo)
Gloria Banditelli : contralto (Selinda)
Céline Scheen : soprano (Gilade)
Fulvio Bettini : baryton (Aquilio)

Salle Pleyel, 16 janvier 2007

L'oeuvre

Vivaldi a composé son Farnace en 1727 pour Venise, juste après Giustino dont il partage l'inventivité harmonique et juste avant la seconde version de l' Orlando furioso. C'est une oeuvre d'une grande richesse mélodique, qui regorge d'airs aussi touchants que simples et naturels en apparence. Cependant, son livret manque de dramatisme, surtout à l'acte II où le personnage de Farnace ne cesse de reprocher à Tamiri de n'avoir pas tué son fils puis de se plaindre de la mort de ce dernier, sans que cela soit condensé dans une scène qui traduirait l'esprit tourmenté et contradictoire de Farnace. Ce manque de dramatisme se ressent dans l'alternance d'airs assez similaires de ton, excepté "Sorge l'irato nembo", "Gelido in ogni vena" et "Spogli pur l'inguista Roma", tous les airs sont de demi-caractères; on est donc très loin des savants contrastes de l'époustouflant Tito Manlio ou de la très agitée Verita in cimento. Certains airs seront repris par Vivaldi dans ses autres opéras: "Sorge l'irato nembo", tel quel par Orlando, et "C'è un dolce furore" par Angelica dans l' Orlando furioso; "Scherza l'aura lusinghiera" par Idaspe dans Bajazet; et le quatuor "Io crudel?" sera repris en grande partie pour le trio de Motezuma "A battaglia!".

L'orchestre et le chef

On connaissait déjà la version de Savall par le disque, echo de la tournée à Barcelone, Bordeaux et Vienne de ce Farnace avec Sara Mingardo en Tamiri, Sonia Prina en Pompeo et Elisabetta Scano/cinzia Forte en Gilade. J'avais déjà été très séduit par la direction très dix-septiemiste de Savall, par ce soucis apporté aux harmoniques et à la beauté du son, au détriment des dynamiques malheureusement. Ce soir toute la première partie a souffert de ce manque de travail sur le rythme, plus qu'au disque, mais après l'entracte, l'orchestre a repris du poil de la bête, tout en restant cependant un peu trop sage. Le plus remarquable dans cette direction, c'est donc qu'elle donne l'impression d'un prisme sonore, d'un son en plusieurs dimensions: superbe de clarté et d'équilibre des pupitres, l'oreil du spectateur est toujours attirée par une nouvelle source sonore qui surgit d'un coin de l'orchestre pour laisser place à une autre. Or ce travail est plus payant dans cet opéra; gageons qu'il serait insuffisant dans des opéras plus dynamiques de Vivaldi.

Les chanteurs

Là par contre, je serais bien moins élogieux: si j'avais pris ma place pour l'orchestre, Mingardo et dans l'espoir d'entendre Prina en Pompeo (puisqu'elle est à Paris pour La Pietra del Paragone), seul le premier point m'a donné satisfaction. Mais prenons dans l'ordre:

Transposer le rôle de Farnace écrit pour une soprano (Maria Maddelena Pieri) pour un baryténor pas franchement glorieux, dont on se demande bien pourquoi Savall l'aime tant (Testo, Orfeo...) est tout simplement infondé, si encore le rôle avait été écrit pour un castrat, mais non. Passé cette critique, l'interprétation de Zanasi est totalement à coté de la plaque: dès le "Ricordati che sei" (air qui ouvre l'opéra et dans lequel, rappelons-le, Farnace demande à sa femme Tamiri de tuer leur fils et de se suicider pour ne pas tomber aux mains de l'ennemi! tout de même!): rien ne se passe, aucune superbe, aucune hargne sur les "ricorda ti" qui l'appellent pourtant avec un orchestre rutilant à ce moment, ironique le reste du temps, on a l'impression que Farnace chante un bel air dans lequel il appelle sa femme à plus de sagesse et de tempérance en tant que "regina, madre, sposa". Jetons un voil pudique sur le "Spogli pur l'inguista Roma", air de fureur dans lequel il est inaudible et où il n'arrive à suivre l'orchestre qu'au prix d'une déclamation de moineau. Le "Gelido in ogni vena" est un cas plus interessant; Bartoli l'a rendu célèbre dans son Vivaldi Album en percevant bien qu'il s'agissait d'un air d'épuisement: au fur et à mesure des reprises, la voix flechissait et plongeait encore plus loin dans des abimes de desespoir jusqu'à se faire quasi imperceptible, cette voix dont le souffle se fait de plus en plus court est bien le symbole du fils exsangue, avec lequel le corps du père se sent une affligeante communauté. On nage en pleine négentropie et on croirait presque assister à la mort du fils à travers les pleurs dramatisés du père! Or Zanasi ne traduit aucune évolution, même au da capo et entache la voyelle du "esangue" de pleurs hors de propos selon moi, lors de la dernière reprise.

Dans le role de la mère écrit pour la Giro (Griselda, Alcina, Marzia...) célèbre pour ses qualités d'actrice et ses difficultés à vocaliser, nous avions donc Marina de Liso et non Sara Mingardo. On a perdu au change c'est sur! Pour les rôles écrits pour la Giro, une vraie contralto avec un timbre sortant du commun est indispensable (Mijanovic, Mingardo, Lemieux...) sinon on tombe vite dans le fade. De Liso a beau faire preuve d'un sens (un peu timoré) du dramatisme dans les récitatifs, elle se noit dans ses airs dont le desespoir n'a d'égale que la profondeur de tessiture qu'ils requiert. Luttant pour poitriner ses graves, tout en assurant des aigus dans lesquels elle est bien plus à l'aise, elle sacrifie souvent et la justesse du medium et la structuration des airs et l'articulation dynamique des phrases.

Adrianna Fernandez est une Berenice convaincante dramatiquement mais bien trop légère vocalement (surtout dans les récitatifs). Pour ce rôle de reine vengesseresse à la limite de l'inique (c'est une mamie infanticide tout de même!), une soprano plus dramatique et mordante telle Inga Kalna serait bien plus à sa place (le rôle fut créé par A.C.Romana).

Lawrence Zazzo etait donc censé être la seule star de la soirée, ce fut la pire prestation: encore une fois, un contre-ténor est INCAPABLE de chanter un rôle écrit pour un castrat ALTO (Moretti)!! Surtout quand il est aussi vocalisant. Bien sur Zazzo est incapable d'assumer les écarts du "Sorge l'irato nembo" dans lequel il se noit littéralement, on ne sent plus la vague qui enfle, aucun crescendo, aucun rubato, une projection riquiqui; et en plus un orchestre qui se bride pour ne pas couvrir le chanteur. La version de cet air par Savall et Prina était ma favorite, celle çi est la pire que je connaisse. Loin des éléments déchainés, cette interprétation aurait tout juste effrayé un poisson rouge dans son bocal. Zazzo peut être un très grand artiste (ses Ottone, Gualtiero sont de purs bijoux) mais le distribuer dans de tels rôles est à la limite de la bêtise (il y aurait autant à dire sur son mauvais Arsace!). Enfin il concoure avec de Liso au ratage total du quatuor du III, l'un comme l'autre étant inaudibles.

Gloria Banditelli n'est maintenant plus qu'un squellette de mezzo qui porte toujours aussi peu d'attention au soutien de sa voix, d'où un résultat gloubiboulguesque vraiment indigne, d'autant que le rôle a été écrit pour une soprano (Baldini), mais on est plus à ça près!

Celine Scheen chantait Gilade, rôle auquel échoient les plus beaux airs de la partition écrit pour un castrat-soprano (Finazzi). Si la langueur du "Nell'intimo del petto" lui a totalement échappé (vocalises savonnées, voix pas toujours audible, émotion rudimentaire), le "C'è un dolce furore" l'a trouvé tout juste honnête, je ne garde aucun souvenir de son "Quel tuo ciglio"; par contre elle fut vraiment bonne dans "Scherza l'aura lusinghiera", notes piquées justes et bien projetées, sourire dans la voix, aisance lors de la partie intermédiaire qui évite l'eceuil du déguelando, Ciofi reste indétronée dans cet air pour sa sensibilité et son medium, mais Celine Scheen n'avait point à pâlir, c'est le seul aria que j'ai applaudi de la soirée.

Fulvio Bettini est un très beau Aquilio, au grave délicat et robuste à la fois (non je ne parle pas d'un camembert!), mais malheureusement il ne dispose que d'un seul aria pour briller, les deux duetti étant déséquilibrés par Banditelli.

Le public semble avoir beaucoup apprécié les chanteurs qui furent acclamés (j'ai même entendu un "bravo" pour Banditelli, si si je vous jure!), ou du moins acclamés par ceux qui n'avaient pas quitté la salle à l'entracte, salle étonnemment remplie aux vues du peu de célébrité de l'oeuvre et du peu de stars présentes.

NB: Naïve enregistrera prochainement cet opéra avec de Marchi à la baguette. Si jamais quelqu'un pouvant influer sur le cast de ce disque lisais ce blog (on peut toujours rêver!) voilà quelques conseils pour continuer sur cette bonne lancée du choix du chef:

Anna Bonitatibus (Farnace)
Sara Mingardo ou Marijana Mijanovic (Tamiri)
Inga Kalna ou Karina Gauvin(Berenice)
Sonia Prina (Pompeo)
Roberta Invernizzi (Selinda)
Patrizia Ciofi ou Veronica Cangemi (Gilade)
Fulvio Bettini (Aquilio)

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Published by Licida - dans Représentations
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licida 21/01/2007 13:29

Et bien voilà! tout s'éclaire! Merci Clément.

NB: vous aurez remarqué qu'over-blog n'a pas l'habitude des commentaires longuement rédigés qu'il stigmatise d'inesthétiques triple slash à l'endroit des apostrophes. Pour éviter ce désagrément, je vous invite une fois le commentaire rédigé, à le copier, puis à fermer la fenetre du commentaire, pour en ouvrir une nouvelle dans laquelle vous collez le commentaire. Laissez mijotez quelques minutes et le commentaire devrait apparaître sans grumeau!

clement 21/01/2007 13:15

Concernant Farnace, la version de Corselli a été créée comme suit avec une distribution époustouflante (certainement sous la gestion musicale de Farinelli) :4 Novembre – Madrid, Real Teatro del Buen Retiro  FARNACE  Musica di Francesco Corselli  Attori della rappresentazione:  Farnace – Gaetano Mariano, detto Caffarelli  Berenice - Vittoria Tesi Tramontini  Pompeo – Annibale Pio Fabri  Gilade – Lorenzo Saletti Tamiri – Anna Peruzzi, detta la Parrucchiera  Selinda – Rosa Mancini  Aquilio – Elisabetta Uttini.  Tous, à part Selinda et Aquilio, me sont connus comme des étoiles du chant à leur époque (Saletti, débutant, inspira l\\\'effroyable Ottone dans la Griselda de Vivaldi). l\\\'affrontement Tesi (contralto le plus célèbre du siècle) et Peruzzi (soprano star en ces années là) devait être terrible, même si l\\\'équilibre des tessitures est ici plus attendu. on voit que le rôle-titre était confié à un Caffarelli au sommet... pas de bariténor encore.La version Vivaldi fut créée en février 1727 au San\\\'Angelo de Venise, repris l\\\'automne de la même année, déjà remanié : c\\\'est la trace de ce manuscrit d\\\'automne que l\\\'on conserve à Turin. le rôle titre est dans cette reprise toujours tenu par un contralto (la fameuse Lancetti, premier Orlando furioso).sur "operabaroque" on trouve :L\\\'oeuvre fut reprise :

à Prague, au Théâtre Sporck, au printemps 1730, dans un arrangement incluant un rôle bouffe et cinq arias non composés par Vivaldi.
à Pavie, en mai 1731,
à l\\\'Arciducale de Milan, durant le Carnaval 1732, dans un arrangement sans doute de Vivaldi lui-même,
à Trévise, au Théâtre Dolfin, durant le Carnaval 1737,
à Ferrare, au Teatro Bonacossi, durant le Carnaval 1739 (contesté).

M. Delamea, en outre, semble associer le manuscrit de Turin à la reprise de Pavie, et attribuer l\\\'air "Gelido in ogni vena" au bariténor Antonio Barbieri (dans la notice du CD "aria per basso" de Regazzo chez Naive). Ce qui est avéré, il me semble, est que l\\\'air a bien été créé par Barbieri dans le rôle de Cosroe - le texte de l\\\'air figure bien dans le Siroe de Metastase. Après, il faudrait voir sur le manuscrit de Farnace si l\\\'air y figure bien, ce qui est probable car la situation dans laquelle il parait l\\\'appelle naturellement, et que Bartoli n\\\'a pas hésité à l\\\'inclure dans son récital ; il faudrait vérifier que Martine Dupuy le chante dans sa version de Farnace. Delaméa a sans doute fait ici un raccourci pour justifier l\\\'inclusion de cet air dans le récital de L. Regazzo.Bref, tout cela n\\\'est pas bien clair, mais  je dirais : même si un air - ou plus - sont des créations pour ténor à l\\\'origine et repris d\\\'autres opéras, il semble bien que le rôle de Farnace ait été chanté par des contraltos. Savall a donc transposé le rôle, ainsi que les extraits de Corselli, certainement motivé par la sacro-sainte crédibilité scénique, surtout dans un rôle de père. Je crois que ça ne me gênerait pas plus que ça pour ce rôle précis, à condition qu\\\'il soit bien chanté... un contralto doit donner pourtant une coloration intéressante, en veillant à bien la différencier de Tamiri. Je pense qu\\\'une Mijanovic y aurait le côté halluciné, violent et puissant, tandis qu\\\'une Hilary Summers pourrait exalter la constance et la féminité de Tamiri.

licida 20/01/2007 22:37

1) Mon corps chétif.

2) Mlle Agnès est (était?) la chroniqueuse mode de Canal+: "200€ cette magnifique écharpe de chez Dior, donc à la portée de toutes les bourses." (déclinable aussi en escarpins Chanel à 600€...)

Je suis passé sur Arte pour le Candide, y a pas à dire, ça manque de finesse :-//

Bajazet 20/01/2007 22:32

1) Mais que musclez-vous, au juste ?

2) Qui est cette Mlle Agnès que vous évoquiez ?

licida 20/01/2007 21:49

Moi aussi, je fais ma muscu pendant ce temps là, ça occupe pendant les morceaux moins interessants!

Pour Joshua, tu pourras te rattraper, j'illustrerais sans doute mon compte-rendu d'extraits du live. :-D