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Il catalogo è questo

19 février 2007 1 19 /02 /février /2007 23:23

Ayant eu la chance d'assister à quelques colloques de ces journées (tournant tous autour du thème de l'avenir de l'opéra et du renouvellement de son public), voilà un petit compte rendu de ce qui s'y est dit: pas grand chose! :-))

Plusieurs personnalités furent invités à s'exprimer: Peter Gelb (nouveau directeur du Met), Bernard Fouccroulle, Peter de Caluwe (futur directeur de La Monnaie), beaucoup de néerlandais et allemands en charge des programmes éducatifs des différents opéras, Danielle de Niese (seule chanteuse présente, Pisaroni et Beaumont n'étant finalement pas venu) et beaucoup de présidents d'asssociations (liste complète sur le site internet de ces journées).

Si la démarche est louable, plusieurs choses sont à déplorer:

- sur les 600 participants invités, et parmi les orateurs, tous étaient acquis à la cause bien évidemment et semblaient d'accord sur tout dès le début.


- alors que toutes les rencontres avaient lieu dans les murs de Bastille, aucun intervenant français n'a pris part aux débats à l'exception du directeur marketing et commercial de l'ONP. Mortier a simplement fait deux conférences: une sur sa vision de l'opéra et l'autre pour présenter le DG d'Haneke. Je ne comprends pas pourquoi il n'a pas pris part aux débats comme Foucroulle. Cette absence française permet encore une fois de souligner le retard dramatique de la France en matière d'éducation musicale de la jeunesse (constat que l'on pouvait déjà faire après le symposium qui avait eu lieu à Beaubourg sur ce suejt il y a quelques mois).

 


- beaucoup d'orateurs ont fait leur speach sans grand rapport avec les thèmes des colloques et évoquant constamment les mêmes anecdotes rigolottes mais qui ne font guère avancer le schmilblick. Et on ne comptait plus les éternels "dans une maison d'opéra, tout le monde, du comptable au chanteur, contribue à ce que le rideau se lève chaque soir" et blablabla et blablabla. De plus ce genre de débats où chacun discoure à tour de rôles relève plus de l'étalage successif que du dialogue fécond. A part les quelques minutes réservées aux questions du public, l'heure et demi qui précédait était souvent vide d'enseignements.

 


- la mesure phare qui est ressortie de ces journées est la création d'un Passeport culturel européen pour les jeunes qui offriraient des tarifs préférentiels dans les opéras d'Europe participants, puis à terme dans diverses institutions culturelles (théâtres, musées...) d'Europe. Mais cette solution est à l'image des participants qui l'ont élaborés: une solution pour ramener les jeunes friqués et les passionnés déjà acquis à l'opéra. Même si cette carte offrait des tarifs imbattables (du genre 10/15€ la place réservée dans une bonne catégorie), aucun étudiant moyen (donc peu fortuné et pas forcément passionné d'opéra) ne sera motivé pour payer le voyage Paris-Berlin ou Paris-Vienne pour un spectacle. Dans un premier temps cette carte ne changera donc rien, elle permettra juste aux jeunes qui ont les moyens (du genre membres de l'Arop-junior, de Juvenilia...)  et/ou qui sont passionnés et qui partaient déjà à l'étranger écouter des opéras, d'y aller plus facilement. C'est quand ce passeport incluera un plus vaste champ d'institutions culturelles qu'il deviendra l'accessoire indispensable de tout jeune voyageur européen.

 

 

En attendant, c'est tout de même la première fois qu'un directeur d'opéra aussi important que La Monnaie souligne à plusieurs reprises la nécessité d'amener plus de jeunes à l'opéra; et quand on voit les tarifs jeunes de l'ONP (cette belle arnaque intitulée le Pass'jeunes), les pires de Paris, on ne peut qu'insister avec lui. Une volonté commune, aux deux sens du terme,en est aussi ressortie: ne plus sacraliser l'opéra et cesser de considérer les maisons d'opéra comme des temples, ne pas devenir un art de musée (c'était le discours "provocateur" de Jacques Attali à l'ouverture des journées), rien de très neuf.

La phrase de conclusion sera celle de Danielle de Niese, qui, en plus d'être belle et de chanter superbement, réfléchis et fut l'une des rares à ne pas parler dans le vent en soulignant que c'était par le contact direct lors d'actions pédagogiques (avec son look à la Beyoncé elle est en effet le meilleur des remèdes aux réticences des ados plus acquis au R'nB qu'à l'opéra!) et les essais succéssifs que l'on réussirait à briser bien des a priori négatifs: "amener des enfants à l'opéra, c'est un peu comme leur faire manger des légumes, il faut rajouter du ketchup, tout est une question de présentation"; ça peut paraitre con, mais en une phrase sans affêteries elle a résumé tout ce qui c'était dit durant ces trois jours...
Mention spéciale aussi pour le festival Yo!Opera d'Utrecht dont les actions comptaient parmi les plus interessantes présentées.

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Published by Licida - dans Représentations
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Friedmund 22/02/2007 23:19

J'ai été choqué de voir que dans des grandes villes américaines (en millions d'habitants) le rayon classique se limitait à vendre un peu de Pavarotti et des compils de Karajan...
Pour Dijon, oui, je comprends que la situation soit périlleuse en province, ou peut-être dans certaine ville. Mais ne va t-il pas de même de la vie culturelle et économique de la ville (je ne connais pas le contexte socio-économique de Dijon)? Est-ce que Dijon, par exemple, attire des flux migratoires positifs aujourd'hui? De quelle nature? Parce qu'il y a peut-être là avant tout un problème de gestion territoriale bien français plus qu'un problème culturel.
 

Caroline 22/02/2007 15:57

Je débarque peut-être un peu comme un cheveux sur la soupe pour vous faire part de mes alarmes provinciales, mais sur nos terres bourguignonnes, il y a péril en la demeure. De Paris, Friedmund semble poser la question des « à quoi bon drainer un nouveau public ? n’est-on pas bien comme ça ? », mais moi j’ai bien peur qu’ici, il soit déjà trop tard. Et pas de sourires goguenards, nos jeunes provinciaux seront vos banlieusards de demain.
Alarme, parce que, par exemple, dans une ville comme Dijon (pas énorme, certes, mais c’est une ville universitaire et la plus importante des 4 départements de Bourgogne), Gibert en est venu à supprimer purement et simplement son rayon musique classique (et jazz, d’ailleurs) ; pas un CD ou un DVD d’opéra à vendre !
Alarme encore, parce que là où il y a dix ans, il y avait un public pour le classique ; il n’y a quasi plus personne. Exemples : le concert de Gauvin au Creusot était prévu dans un théâtre de 900 places ; ils en ont vendu 193 ! Total : il n’y aura certainement plus de lyrique au Creusot la saison prochaine. Le festival de Beaune semble devoir tricher de plus en plus sur son étiquette ‘baroque’. Les intervenants du milieu culturel en général s’arrachent les cheveux et ne comprennent pas ce qui arrive. Pourquoi ceux qui venaient ne viennent plus ? (non, ils ne sont pas tous morts de vieillesse) Pourquoi les partenariats avec les écoles tournent court ? Pourquoi seules certaines salles font le plein et pas d’autres ? Et non, ce n’est pas dû à leur programmation ; mais maintenant on va dans un lieu et l’on délaisse les autres ; tout comme on va faire la file pendant 2h pour entrer dans une expo juste parce que c’est le produit culturel du moment; et de la même manière le cinéma vit sur 20 films et les 180 autres sont condamnés avant même leur sortie, parce que le public n’ira pas les voir, même s’ils sont excellents et que le billet d’entrée n’est pas plus cher pour aller voir un film d’auteur ou une crotte américaine. Alarme, alarme, mes amis ! Si on ne réagit pas très vite, le retour au désert culturel (et par la même opératique) sera pour bientôt, la mauvaise pente est déjà prise.

C.

PS : Je trouve par ailleurs l’analyse de Licida fort juste !


Friedmund 21/02/2007 00:08

Je persiste à penser que la question financière est relativement secondaire. Beaucoup de spectacles parisiens, dans toutes les catégories, ou de prestations sportives sont tout aussi chères que l'Opéra.
La question du 'musée' me semble plus préoccupante... surtout pour un art qui est sans doute le plus spectaculairement vivant que l'on connaisse! En ce monde de 'communicants' déringardiser l'opéra (ou tout du moins ôté cette image ringarde abusive) me semble primordial. J'ai souvent eu ce commentaire étonné en amenant des néophytes pour la première fois à l'Opéra que "l'on y voyait pas des Castafiore poussiéreuses et un peu ridicules", mais un vrai spectacle, crédible (je ne parle pas du contenu des mises en scènes, mais d'une représentation dramatique correspondant aux canons et images de notre époque dans le jeu: l'absence de caricature primaire en somme!).
Je crains qu'avec les effets Petitbon et Villazon (on a eu droit à Nigel Kennedy dans la même catégorie il y a quelques années), les médias aient la tentation de l'oxymore spectaculaire (et donc photogénique et 'scoop'): on saute d'un extrême à l'autre! Et si l'opéra pariait d'abord sur lui-même sans avoir à se justifier d'être intéressant? Mais d'être ce qu'il est simplement, un spectacle riche et fascinant, et qui a évolué pa rapport aux stéréotypes encore en vigueur qui en sont une photo bien jaunie.
Par contre, je persiste que penser que l'opéra est à la portée de tous est peut-être noble mais reste une naïveté (et sans doute une fausse piste). Simplement parce que ce n'est pas vrai, ni socialement, ni culturellement, ni matériellement. A force de cibler cet objectif utopique, rien ne bouge parce que l'on court après des chimères. Je ne peux m'empêcher de penser que les succès de remplissage des salles d'opéra actuellement vont de pair avec le développement des classes moyennes supérieures ces dernières décennies.
En général, je trouve que Paris est relativement privilégié au niveau de l'éventail des classes d'âge présentes par rapport à ce que l'on peut rencontrer en province, ou bien à Munich ou Milan.  

licida 20/02/2007 23:41

Je ne pense pas que faire de l'opéra un art aussi populaire que le cinéma soit le but. Il s'agit juste de diversifier le public et de ne plus rendre l'opéra victime des préjugés qi pèsent sur lui.

Depuis les années 80 environ, une nouvelle exigence est arrivée dans le monde de l'opéra, celle de la rentabilité et donc du remplissage des salles, ce qui signifie faire des spectacles susceptibles d'amener beaucoup de spectacteurs (par exemple une production à Bastille c'est en moyenne 30.000 spectateurs à trouver) et ce même à des tarifs élevés.

Jusqu'à aujourd'hui le public agé s'est toujours renouvelé, mais l'actuel, celui né avant les années 50, fut éduqué dans cette idée du prestige de l'opéra. Aujourd'hui ce n'est plus le cas, et je doute que la génération des années 80 sera là pour renouveler le public agé en 2040. Et ce pour cette simple raison que l'opéra n'est plus symbole de prestige pour une majeure partie de la population. Les classes les moins aisées ne voient plus l'opéra comme un art inaccessible en raison de leur statut social, car le rêve faisant vendre, le créneau a été pris par de nouvelles divas tout aussi inaccessibles mais plus vendables, de Lorie à Madonna.

Ramener plus de jeunes à l'opéra aujourd'hui, c'est donc assurer un public agé pour demain. Les études marketings le prouvent: qui est venu deux fois à l'opéra, viendra plusieurs autres fois. Par contre qui n'est jamais venu à l'opéra avant 35 ans, n'y viendra jamais. Or entre 28 et 35, on va très peu à l'opéra (pour des raisons financières liées à la création d'un foyer, les enfants et tout ça).

La gageure est donc la suivante: amener plus de deux fois un moins de 28 ans à l'opéra, pour s'assurer qu'il y viendra après 35-40 ans. C'est pourquoi au TCE et au Chatelet par exemple, les places jeunes sont en catégorie 2 et 3: pour s'assurer qu'après 35 ans, celui qui a occupé ces places à tarif réduit, les achètent plein pot.

Tout ceci est très schématique bien sur, mais a le mérite de mieux cerner la situation grosso merdo.


Une fois que l'on a dit cela, reste à savoir comment amener les djeun's à l'opéra, sachant que c'est un art qui ne les fait plus rêver dans leur majorité, le créneau "idéalisation esthétique" étant déjà pris par les Pussycats dolls et Fifty cents (entre autres ;-) ):

- faut pas rêver on ne ramenera pas tous les jeunes à l'opéra mais simplement ceux qui sont déjà assez ouverts d'esprit; faire de l'opéra façon hip-hop aidera peut etre certains à apprécier tel spectacle, mais ne les fera pas revenir pour un opéra non hip-hop car ils auront conscience que ce n'est pas un vrai opéra qu'ils ont vu, mais un mélange (par exemple le Cosi donné il y a peu à Berlin).

- utiliser leur imaginaire visuel sans toucher à la musique lyrique peut par contre être très efficace: par exemple Les Paladins par Montalvo-Hervieu, le plaisir visuel les incitant à accepter qu'ils peuvent apprécier une musique pourtant très éloignée de leur imaginaire musical. Le DG d'Haneke, la Katia de Marthaler... peuvent aussi entrer dans ce cadre puisqu'il s'agit de faire référence à un cadre actuel connu pour des personnes qui ne sont de toute façon pas venues là pour rêver et se retrouvent en terrain connu.

- désacraliser le genre en leur faisant comprendre qu'on peut être chanteuse d'opéra et aussi sexy que Beyoncé est une solution plus sociologique mais guère suffisante car elle n'engage pas de rapport esthétique à la musique elle même, elle lève juste l'a priori de l'inésthétisme du genre (la grosse dame qui gueule quoi).

- les mes intellectualisantes par contre sont contre-productives il me semble, parce que pour qui découvre l'opéra, un discours trop élaboré de metteur en scène sur une oeuvre vient faire écran au plaisir de découvrir cette oeuvre. L'Iphigénie de Warlikowski par exemple ne peut être appréciée (ou dépréciée) que par celui qui connait déjà l'oeuvre et le genre et est donc à même de prendre du recul pour juger la mes. Pour un jeune néophyte, c'est juste une prise de tête qui gache son plaisir.

Pour ceux qui sont déjà encluns à venir à l'opéra par curiosité pour cet art (par exemple ceux que le noir et blanc et les surtitres au ciné ne rebutent pas ou ceux pour qui opéra est toujours synonyme de rêve), bref ceux qui ont un imaginaire plus riche que celui qui leur est proposé purement commercialement, il suffit juste de leur faire savoir que l'opéra est à la portée de leurs moyens grace aux tarifs jeunes.

Pour conclure on peut dire que l'ère Mortier est déjà très positive de ce point de vue: au départ de Gall la moyenne d'age du public était de 47 ans, elle est en 2006 de 43 ans (mais ce rajeunissement du public avait déjà été initié sous Gall). On constate en 2006 qu'environ un tiers du public est volatile, c'est à dire vient 1.5 fois à l'opéra par an. La diversification du public est donc bien réelle. La politique de vulgarisation (Casse croute, Pleins feux...) même si l'on peut critiquer la façon dont elle est menée, rencontre un grand succès car elle détruit l'image d'art pour initié qui colle à l'opéra. Le gros point noir à l'ONP reste cependant les tarifs jeunes, les plus chers et les moins commodes de Paris.

Friedmund 20/02/2007 22:52

J'ai une question un peu provocante à poser... mais qui souhaite vraiment que l'accès à l'opéra soit plus ouvert à qui n'y va déjà?
- les notables qui en font un temple social où qui détonne est regardé de travers?
- les passionnés qui se font les gardien du temple et imposent codes et conventions troubles aux néophytes (et qui raillent autant que la catégorie précédente le non-initié, même si pour des raisons différentes)?
- les politiques, pour qui ce n'est pas territoire bien fertile électoralement? Sans compter qu'à l'Elysée on a connu quelques lettrés, parfois, mais des mélomanes jamais (et ce n'est pas pour la prochaine fois non plus)...
- les néophytes eux-mêmes? Comme tout monde un tant soi peu exigeant, on y pénètre par choix et par curiosité, rarement par l'incitation.
Mon sentiment est que l'opéra est toujours rempli de vieux, mais le temps passant, ce ne sont pas les mêmes. L'opéra peut-il vraiment redevenir un art populaire au temps du cinéma, de la télévision, des jeux vidéos? N'est ce pas une chimère? L'exigeance culturelle n'est plus à la mode dans notre société.
Je ne sais pas à vrai dire.