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Il catalogo è questo

26 mars 2007 1 26 /03 /mars /2007 16:55

Ariodante de Handel au TCE
Représentation du
14 mars 2007

Christophe Rousset, direction musicale
Lukas Hemleb, mise en scène
Lukas Hemleb, décors
Marc Audibet, costumes
Andrew George, chorégraphie
Dominique Bruguière, lumières
Les Talens Lyriques   


Angelika Kirchschlager, Ariodante
Vivica Genaux, Polinesso
Danielle De Niese, Ginevra
Jaël Azzaretti, Dalinda
Topi Lehtipuu, Lurcanio
Olivier Lallouette, Il Re
Nicolas Maire, Odoardo

 

Bon autant le dire tout de suite, contrairement à beaucoup, j'ai trouvé le spectacle encore plus raté que le Giulio Cesare du début de saison; car si Giulio Cesare est dramatiquement brinquebalant, Ariodante est parfait, même le premier acte où il ne se passe pas grand chose est rattrapé par des airs plus splendides les uns que les autres, donc pour le coup on ne peut blamer l'oeuvre.

La mes tout d'abord est d'un ennui abyssal, au moins Irina Brook, elle, cherchait à divertir en piquant à droite et à gauche, mais cela se laissait regarder, là on s'emmerde tout bêtement. Le décor unique blanc avec un plateau triangulaire incliné n'est pourtant pas si mauvais et se révèle utile pour figurer l'enfermement de Dalinda à la fin du III; le pan ciculaire de mur qui tourne autour du plateau pourrait indiquer qu'Ariodante longe les murs du donjon lors de son "Scherza infida", et l'effet lumineux serait assez réussi s'il avait été pensé. En effet que ce soit les entrées/sorties des personnages, leur déplacement sur scène, les jeunx de lumière, les pans de murs ouvrant l'horizon, rien n'a de sens: la lumière arrive et les murs s'ouvrent sans raison dramatique. Quant aux quelques idées, elles sont du meilleur gout (Polinesso qui se fout au cul les bisous qu'il vient d'envoyer au public (!!!) après "Se l'inganno", le roi qui se couche sur son trone retourné en fond de scène en étant sur le flanc et en posant sa tête au sol (il n'est jamais trop tard pour apprendre à nager!) ) ou bien plates (Ginevra se cachant les yeux pendant "Orrida a gli occhi miei"). Les costumes... ben, des armures peintes sur des voiles blancs recouvrant des habits de ville, de loin ça ne rend rien, et les casques sont d'un ridicule accompli (genre chaudière après une explosion). Les chorégraphies ressemblent à du Pina Bausch raté, ça gesticule beaucoup (et sur un plateau aussi incliné c'est pas de la tarte pour les danseurs!), mais ne marque jamais. On ne comprend pas pourquoi il y a un bouffon tout au début, pourquoi ce sont des danseurs habillés en vert qui font office de bosquets pour le duo du I entre Ariodante et Ginevra, ni pourquoi ils se tapent le cul par terre lors du ballet final; mais le clou c'était tout de même le ballet des songes funestes dans lequel les danseurs étaient affublés d'enormes boules ovales avec un smiley palichon faisant la gueule en guise de tête. Une bonne idée tout de même, intégrer Ginevra à ce ballet en la faisant aller de bras en bras, de songes heureux en songes funestes lors du combat qui conclue le ballet.

Venons en à la direction d'orchestre: Rousset est de moins en moins bon (d'aucun avancent qu'il serait malade...), tout est centré sur le détail et sonne étriqué, défaut qu'il avait perdu à mon sens dans Arianna in Creta, Temistocle, Scylla et Glaucus, le récital Piau, Tamerlano... mais plus gênant les tempi sont indéfendables: tous les aria di paragone (c'est bien comme ça qu'on dit?) et les arias dramatiques sont ralentis!! Si je peux comprendre qu'il faille ralentir pour certains chanteurs, on ne peut pas en dire autant pour Genaux, une des vocalistes actuelles les plus véloces que je connaisse, et qui voit son "Dover, giustizia, amor" totalement raté par une battue incensée surexposant son timbre ingrat et etouffant ses délires de coloratures. Sans compter que les autres airs sont pris à un rythme tout à fait correct. Or plomber ainsi: Con l'ali di costanza, Voli colla suo tromba, Tu preparati a morire, Tu vivi e punito, Il tuo sangue, Negghitosi or voi che fatte et Dover, Giustizia, Amor, c'est retirer à l'oeuvre son entrain. De plus les cordes semblaient toujours couvrir les vents (mais peut etre est-ce du à ma place latérale), quand ils n'étaient pas couverts par les cors moins faux que pour Giulio Cesare, mais toujours aussi abérrants. Pour les choeurs, c'est pinailler que de les critiquer vu le peu de choses et le peu d'interêt de ce qu'ils ont à chanter, j'ai trouvé ça correct et je n'en demande guère plus.

Coté chanteurs, Kirschlager est un mezzo court qui ne sait pas vocaliser avec élégance, certes elle a de la projection, mais je ne comprends pas qu'on la distribue là dedans alors que Kozena, Hallenberg ou Bonitatibus y seraient parfaites! J'aime beaucoup cette chanteuse dans le repertoire du XIXème, mais après son disque Handel assez calamiteux, et malgrè un Sesto assez sensible et émouvant, je ne pense vraiment pas que le baroque soit pour elle. La projection est vaillante mais dès qu'arrivent les vocalises, ça rame, la voix devient grise et rèche et la projection diminue: Con l'ali di costanza et Dopo notte sont ratés, mais Cieca notte est vraiment réussi car elle y insuffle tout son tempérament dramatique, pour Scherz infida c'est une autre affaire: ce n'est pas mauvais, mais assez plat, on ne constate aucune évolution au da capo et on s'ennuie ferme, même si le chant est plus qu'honnête. Elle est par contre très à son aise dans les récitatifs et ne déséquilibrent pas du tout les ensembles et les duos.

Deniese est un soprano léger, trop pour jouer les grandes tragédiennes, et si sa minauderie emportait tout dans Cléopatre, elle ne peut ici faire oublier ses problèmes de justesse et de style. Mais son naturel en scène, son physique séduisant, sa constante conscience dramatique sont très émouvantes et convainquent parfaitement. Elle est de loin la protagoniste la plus interessante de la soirée. N'oublions pas qu'à seulement 28 ans, même si sa carrière démarre sur les chapeaux de roues, elle n'en est qu'à ses débuts, inutile donc de lui reprocher de n'être pas la nouvelle Lyne Dawson.

Genaux s'emmerde dans Handel, elle le dit elle même, alors dans un des roles de contraltos les moins interessants écrits par Handel et avec des tempi si lourds, comment s'en sortirait-elle, elle qui s'épanouit à merveille dans les délires napolitains. Elle est loin d'être inoubliable ici alors qu'elle est en passe de devenir une référence pour Hasse.

Azzaretti possède une superbe voix claire et dense mais une émission un peu trop droite qui manque de souplesse; si on peut lui reprocher quelques problèmes d'adéquation avec l'italiennita, on aurait tort de bouder son plaisir devant un tel phrasé et une telle maitrise de ses moyens.

Lehtipuu est sans doute trop léger pour ce rôle de baryténor dans lequel Croft est idéal, mais quand ses airs sont ainsi ralentis comment juger de sa prestation? est-ce la faute de Rousset? est-ce la sienne, ne peut-il vocaliser vite dans cette tessiture? Il n'est guère marquant ici... encore une erreur de distribution à mon goût pour un chanteur qui excelle ailleurs (avec Kirschlager et Geanaux, ça fait 3!).

Lalouette arrivé à la dernière minute est un baryton, il est bien en peine de rendre des airs écrits pour une basse profonde, d'autant que son air principal est de la pure épat' vocale. Il est convainquant dans les récitatifs ou dans la lamentation du II.

Au final, et bien, on s'ennuie, sauf quand Deniese arrive, elle rayonne, pas toujours de l'éclat qui sied à ce repertoire, mais au moins elle captive.

 

Je rajoute ici les commentaires postés ailleurs sur la retransmission radio:

Carlupin:
J'ai trouvé la version Rousset vulgaire et boursouflée (plein d'aigus hors-propos dans les airs intériorisés) mais aussi très mécanique, comme d'habitude. Je m'attendais à pire de la part de Kirschlager avec tout le mal qu'on en a dit, mais surtout à mieux de la part de De Niese : elle m'a semblée bien acide, instable et fâchée avec la justesse (et en plus la grosse respiration dans une cadence finale, ça non, non, non !).

Bajazet:
Je rejoins ton avis. Je n'avais jamais entendu DeNiese, j'avais lu des éloges sur sa présence théâtrale, mais à l'oreille c'est la débandade. Kirchschlager est à côté de la plaque, elle est dépassée par la vocalisation, mais elle garde de la dignité à défaut d'avoir de l'expression. Mais DeNiese, j'ai été stupéfait. Comment Rousset, si à cheval sur le style quand on l'écoute parler, tolère-t-il le bouillon gras de "Un'impudica, a me ?… Il mio crudel martoro" ?
Boursouflé, oui, le mot convient, avec juste quelque chose de paradoxalement petit dans la conception.
Quant à la manière d'orner, c'est vrai que je suis sceptique sur la pertinence de son goût, sans avoir les connaissances nécessaires pour en juger, donc je passe mon tour.
Mais ce qui est inquiétant décidément chez Rousset, c'est cette défaillance à tenir des structures un peu vastes : "Scherza infida" se défaisait comme naguère "Lungi da te" dans le Mitridate du Châtelet.

Licida:
Je vous trouve un peu sévères avec deNiese, certes le style et la justesse sont très aléatoires, mais son naturel en scène est plus que séduisant, elle était la seule à avoir un intérêt dramatique dans ce spectacle.
Sinon bien d'accord pour fustiger Rousset que j'ai trouvé pi que dans Giulio Cesare, même Spinosi (avec Larmore faut dire!) a mieux réussi le Doppo notte (mais a foiré le reste).

Bajazet:
"Quand je suis tout de feu, d'où vous vient cette glace ?" ;-)
Je veux bien croire que DeNiese avait de la présence dramatique, mais comme je ne puis juger que d'après le son…

Clément:
J'ai entendu un peu de cet Ariodante à la radio, j'ai aussi été plutôt "positivement" surpris par Kirchschlager, surtout quand on entend Kasarova dans ce rôle aussi. disons que les critiques lues étaient souvent assez sévères, maintenant ce n'est toujours pas ce que j'attends dans le rôle.
Polinesso semble demander un tempérament à la baguette et dans la voix que n'ont ni Rousset ni Genaux (dans ce rôle, dans cette tessiture), reconnaissons que le rôle est un de ces seconds contraltos assez génériques écrits pas Haendel.
De Niese ne m'a guère marqué, ni les autres d'ailleurs.
je suis parti au milieu du scherza infida, que je ne trouvais pas si honteux d'ailleurs. Ceci dit lorsque Bajazet souligne l'incapacité de Rousset à "soutenir les structures vastes" je suis tout à fait d'accord. ce n'est pas dans le détail qu'il pêche.

Carlupin:
Voui, idem pour moi puisque j'ai entendu le concert hier soir à la radio, donc pas d'avis sur sa présence dramatique. La seule fois où je l'ai vue sur scène, c'était à Lyon pour "L'incoronazione di Poppea" et j'ai cru sur le coup que c'était une chanteuse débutante, donc pas tip-top comme impression... Mais je pense aussi qu'elle devait être malade puisqu'à chaque inspiration entendait le mucus gargouiller dans sa gorge. Mmmmmh ^^ Je pense qu'il aurait été intéressant de l'avoir comme Lucio dans le "Tito Manlio" vivaldien, mais Madame a préféré partir jouer les Cléopâtres bollywoodiennes à Glyndebourne, donc on a hérité de Debora Beronesi, surnommée "la calamiteuse" (d'ailleurs je la trouve pas si mauvaise...). Bon j'arrête d'écrire avant de m'égarer encore plus !

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Published by Licida - dans Représentations
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Bajazet 03/04/2007 22:33

En tant que vétéran de ce lieu sordide, je tiens à dire que pour le Nisi Dominus, je n'ai jamais été voir ailleurs que dans le disque de James Bowman avec Hogwood (Decca, fin des années 70). Ou plutôt, je n'ai jamais entendu plus poétique, en particulier pour "Cum dederit dilectis suis somnum". Et c'est le Bowman à son zénith vocal. C'est couplé avec le Stabat Mater, et c'est en collection économique.

Mais j'avoue ne pas connaître Mingardo là-dedans.


N.B. Au début des années 80, on lisait encore couramment dans la critique des commentaires du style "Bowman est extraordinaire, mais il est totalement ridicule de faire chanter le Stabat Mater par un homme" (sic)

Carlupin 03/04/2007 22:24

Moi d'emblée celle de Sara Mingardo sous la direction de Rinaldo Alessandrini (Naïve), vous pourrez ainsi découvrir d'autres oeuvres sacrées (c'est un coffret de deux CD), parmi le Magnificat RV 610a, le Lauda Jerusalem RV 609, le Laetatus sum RV 607, le Laudate pueri RV 600, le Dixit Dominus RV 594 et le Salve Regina RV 616 (où à mon avis Sara Mingardo est à son meilleur de chez meilleur, la profondeur du timbre, quoi !!!). Il y a en plus deux motets (Ascende laeta RV 635 et Domine ad adiuvandum me festina RV 593) et deux concerti sacri (RV 584 et 581). Le cast rassemble Sara Mingardo, Roberta Invernizzi, Gemma Bertagnolli, Anna Simboli, Gianluca Ferrarini et Matteo Bellotto.
Je pense que cette version du Nisi Dominus est supérieure au moins à celle de Andreas Scholl, car pour un texte comme celui-là, il faut plus de chaleur, de frissonements que dans la voix angélique et souvent droite de Scholl. Bien sûr, il doit y avoir des dizaines d'autres versions du Nisi Dominus, mais je ne les ai jamais entendues celles-là.
PS : si j'ai mis les "RV blabla" c'est pas pour me la péter ;p mais pour éviter de confondre avec d'autres versions de Vivaldi qui ont été enregistrées !

licida 03/04/2007 22:13

Je suis globalement d'accord avec Baja concernant le Giulio Cesare par Minko; par ailleurs la version Christie sortie en DVD me semble rejoindre le haut de la discographie, pour l'orchestre, la mise en scène, Bardon et deNiese surtout. Sinon Carlupin, ne disparait pas de la circulation pour si peu ;-)

Concernant le Nisi dominus de Vivaldi, Zandramas, la version Mingardo/Alessandrini parue chez Naïve me semble être la meilleure, mais pour cette oeuvre les bonnes interprétations sont nombreuses et leur appréciation repose surtout sur les affinités que vous pouvez avoir avec tel ou tel contralto/contre-ténor. La version Jaroussky/Spinosi (non publiée) est aussi remarquable, mais je préfère les contralto là dedans.

zandramas 03/04/2007 21:42

'ci pour le lien, la commande est passée ; je vais bientôt pouvoir exercer mes oreilles !Juste une autre petite question (rien à voir ac Ariodante), qu'elle(s) interprétation(s) des "nisi dominus" de vivaldi me conseilleriez vous?Quels enregistrements?

Bajazet 03/04/2007 19:37

Amadigi et Teseo, de toute façon, ce sont de toute façon les seules versions enregistrées (pour le premier, Lopez-Banzo est annoncé chez HM). Ce sont deux opéras magnifiques, le second plus secret d'un certain point de vue. Je suis très amateur du Teseo, malgré Gall (Jeffrey). Comme je regrette de ne pas avoir pu me rendre à Nice pour la magnifique production qui vient d'en être donnée !

L'orchestre de Minkowski n'y avait pas encore la splendeur qu'il a eue depuis. Pour le Giulio Cesare, je suis un peu partagé. Il y a des choses que je n'aime pas beaucoup (Hellekant en Cornelia, Mehta, même Von Otter). Mais l'éloquence stupéfiante de l'orchestre et l'incarnation phénoménale de Kozena sont des joyaux. Chez Jacobs, Fink et Larmore sont impériales, le point faible est évidemment Schlick qui remplaçait pour Cléopâtre je ne sais plus qui (Miriciou, non ?). L'orchestre n'a pas la souplesse de Minkowski mais c'est vraiment splendide, et je trouve par exemple le duo de Cornelia et Sesto pris de façon beaucoup plus juste que l'étirement de cette page chez Minkowski.