Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Psychologie

  • : Alma Oppressa
  •  Alma Oppressa
  • : Blog sur l'opéra
  • Contact

Articles à venir

Recherche

Archives

Il catalogo è questo

13 avril 2007 5 13 /04 /avril /2007 23:27

Voici les comptes-rendus des oratorios de Scarlatti présenté dans le cadre du cycle Rome 1700 à la Cité de la Musique (tout comme le Trionfo de Pleyel récemment commenté) ; puisqu’il s’agit de raretés je vais me fendre de petits commentaires sur les œuvres en me basant sur les notes de programmes toujours aussi fournies dans cette salle.

 

 

 

 

 

 

 

 

Je me contenterais d’abord de quelques remarques sans prétention sur le style de Scarlatti, les remarques dans le détail sur les partitions en elle-même ayant peu d’intérêt pour qui ne peut l’entendre. Si certains sont intéressés je peux toutefois leur scanner les notes de programme sur ce point. Le style de Scarlatti est assez sobre, bien plus en tout cas que celui du jeune et exubérant Handel qui, pour faire ses preuves, n’hésite pas à employer tous les « effets spéciaux » possibles, tandis que le vieux Scarlatti (1660-1725), n’a plus à prouvé ses mérites : ainsi par exemple quand les trompette de l’un caracolent, celles de l’autre marquent par  l’économie de leurs notes. A mon humble avis, sa musique religieuse est bien plus séduisante au concert qu’au disque : sans chercher à maintenir l’attention de son auditoire, Scarlatti développe des finesses musicales qui passent vite inaperçu dans le confort de son appartement. Cette musique est cependant bouleversante de simplicité feinte, d’évidence du sentiment et d’humilité devant Dieu et la souffrance : pas d’emportement ici ou alors toujours d’une extrême mesure. Si Handel écrivit à Rome des oratorio faute d’opéras, Scarlatti s’inscrit lui bien dans la tradition des oratorios du 17ème (Palestrini, Caccini…). Dès lors l’absence de virtuosité exige des interprètes d’autant plus exceptionnels que la musique ne révélera son génie qu’à travers leur talent. Pour faire une dernière comparaison avec le Caro Sassone, un « Disseratevi o porte d’averno » de La Resurrezione crée quelques jours plus tard, mal interprété ne dissimulera pas la qualité de l’air et sa brillance ; tandis que les trois airs consécutifs de la Vierge dans La Vergine dei dolori, s’ils sont mal vécu et chanté s’avéreront d’un ennui mortel. Sans compter que le dramatisme des livrets est ici plus que limité, les récitatifs n’ont donc d’intérêt presque que liturgique et sont eux même des pauses dramatique dans cette temporalité chrétienne entièrement tendue vers le Jugement dernier. Sa musique sacrée se tient ainsi au bord du silence, ses oratorios se finissent d'ailleurs toujours brusquement, par un silence sacré qui a repris ses droits sur tant de délicates séductions, ce dont Handel s'est souvenu pour son Trionfo... 

 

Alessandro Scarlatti 
Colpa, Pentimento e Grazia . Oratorio per la Passione de Nostro Signor Jesus Christo (1708) 
29 mars 2007  

 

Sharon Rostorf-Zamir, Colpa (soprano) 
Maria-Grazia Schiavo, Grazia (soprano) 
Jordi Domenech, Pentimento (contre-ténor)  

 

Al Ayre Espanol

Eduardo Lopez-Banzo

 

En 1708, Scarlatti revient à Rome pour son second séjour dans la ville des papes où il jouit d’une bonne situation, puisqu’il a la charge de maître de chapelle de la basilique Sainte-Marie-Majeure et pour mécènes, rien moins que l’ancienne reine de Pologne Marie-Casimire et le célèbre cardinal Ottoboni. (Rapide topo sur le cardo : il fit de son salon le centre de l’activité musicale romaine et alla jusqu’à faire construire un théâtre dans sa résidence ; s’il est resté célèbre pour avoir accompagné les débuts de Handel, il eu aussi à son service de 1689 à sa mort, Corelli. C’est Ottoboni lui-même qui écrivait les livrets des œuvres qu’il commandait, magnifiquement écrits, ceux-ci ne sont d’ailleurs pas dénués d’allusions à l’actualité.) C’est à l’occasion du Carême de 1708, qu’Ottoboni, sans doute pour faire concurrence au cycle d’oratorios commandés par le marquis Ruspoli, commanda lui-même 8 oratorios aux plus grands compositeurs de l’époque : c’est dans ce cadre que Scarlatti écrivit Le Martyre de Sainte Cécile et cet oratorio allégorique sur un livret d’Ottoboni puisant son inspiration dans les lectiones tenebrarum du prophète Jérémie. L’œuvre fut présentée le soir du Mercredi Saint dans une « mise en scène » du célèbre architecte Juvara « la vaste salle où l’oeuvre fut exécutée était tendue de damas constellé d’or et, dès que l’on découvrit l’emplacement où se trouvait le crucifix, des tentures noires descendirent subitement du plafond, recouvrant les murs » (Valesio, Journal de Rome). On sait aussi que Juvara avait monté une vaste perspective grâce à deux séries de colonnes de part et d’autre du crucifix central.  

 

 

Très belle interprétation ce soir là : Al Ayre Espanol est un très bel ensemble capable de superbes couleurs bien mené par Lopez-Banzo qui a déjà dirigé l’œuvre au disque ; malade Nuri Rial était remplacé par Maria-Grazia Schiavo, toujours enferrée dans sa tessiture et son timbre de soubrette mais qui sait néanmoins révéler tout l’interêt de sa partie, vive et exubérante, s’opposant à la gravité de la Faute. Cette dernière superbement chanté par Sharon Rostorf-Zamir malgré des aigus écrasés et stridents et un timbre assez impersonnel, son « Trombo d’ogni intorno », air apocalyptique, notamment fut vraiment splendide, j’attends d’entendre l’Amadigi qui devrait sortir bientôt pour mieux juger de celle dont la partie dans Floridante m’avait laissé indifférent. Le Repentir enfin était interprété par Jordi Domenech, sorte d’anti-Scholl, puisque c’est un contre-ténor sans aigu, au médium superbe et chaud mais aux graves sourds : le tout parait donc un peu monotone et il faut toute la beauté et la stupéfaction de l’arioso « Ingrato cuore » pour lui donner l’occasion de marquer l’auditoire. L’ensemble tenait donc très bien la route, ce qui n’était pas évident pour cet oratorio rarissime, qui n’est pas le plus réussi de Scarlatti à mon gout. 

 

 

 

 

Commentaire de Carlupin suite à la retransmission radio : 
Je suis en train d'écouter la "Colpa, pentimento e grazia" ; Sharon Rostorf-Zamir est tout à fait passionante ! Elle m'évoque un bienheureux mélange de Fink, Gauvin et Piau ! J'espère que je pourrai la voir au TCE dans "Amadigi". Maria Grazia Schiavo est également très plaisante, toute désignée pour cette allégorie de la grâce. Jordi Domenech est un contre-ténor plutôt quelconque, avec un quelque chose de trop retenu dans la bouche. Je ne connaissais pas l'Al Ayre Español, mais je suis conquis. En bref, une réussite totale pour une oeuvre qui me semble un peu ennuyeuse. Scarlatti ne me séduit véritablement que par moments, comme dans le magique "Oratorio per la Santissima Trinità " (mention spéciale à l'air "Povera navicella"). 

 

Réponse : 
J’ai un peu parlé de la séduction moins directe de ce compositeur plus haut, on peut faire le même rapprochement entre un Handel de la maturité plus nerveux et un Vivaldi plus sanguin à la séduction plus immédiate, plus sensuelle mais moins intelligente psychologiquement si je puis dire. Par contre il est un opéra de Scarlatti qui déroge à cette constatation générale, c’est le Telemaco ( donné il y a peu par Hengelbrock à Schwetzingen avec Or et Spicer), dont les airs, bien plus que ceux de la Griselda , sont très mélodieux et donc vite mémorisés.

 

 

 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Licida - dans Représentations
commenter cet article

commentaires

Bajazet 14/04/2007 13:37

Licida, c'est très mauvais de rester au soleil sans ton chapeau fleuri.
Quand je pense qu'ici on n'a pas vu le soleil depuis 3 jours et qu'on ne dépasse pas 17 degrés sous la flotte…

licida 14/04/2007 13:16

Ah merde! je les confonds toujours ces deux là! :-//

Bajazet 14/04/2007 13:11

Tsss, les cantates gravées par Cencic sont de Domenico.

Ça alors, j'ignorais que c'est Cherubini qui avait remplacé Scarlatti à la Scala. C'est peut-être pour ça que Rousset va diriger Médée ?

licida 14/04/2007 11:11

Oui Callas aurait du chanter le Mithridate mais l'intendant de la Scala étant trop frileux il prefera monter une rareté qui venait de marcher à Florence: la Médée de Cherubini, c'est à cette occasion que Callas fit venir Bernstein pour la première fois en Europe.

Je ne connais pas cette Giuditta, mon premier disque de Scarlatti fut la très bonne Santissima Trinita de Biondi, puis la Griselda. Mais mon oratorio préféré reste la vierge des douleurs, que je commenterai bientot.

Pour les cantates on peut aussi citer les deux très beaux albums de Cencic et le disque Lettere amorose avec Curtis/Bonitatibus/Ciofi.

Bajazet 14/04/2007 03:00

Je découvre l'existence d'une cantate de Scarlatti intitulée Il Nerone.
Ça commence par : "Io son Nerone, imperator del mondo…" Ça fait envie, hein ? Eh bien, je vais vous la faire passer : c'est enregistré chez CPO; dans un programme Scarlatti intitulé "Inferno", mais dans leur esprit ce n'était sans doute pas parce que tout y est chanté par Elisabeth Scholl ^^