Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Psychologie

  • : Alma Oppressa
  •  Alma Oppressa
  • : Blog sur l'opéra
  • Contact

Articles à venir

Recherche

Archives

Il catalogo è questo

12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 23:47

Carmen de Bizet
Générale du 7 mai et représentation du 12 mai
Théâtre du Chatelêt

Direction musicale Marc Minkowski
Mise en scène Martin Kusej
remontée par Elena Tzavara

Carmen Sylvie Brunet
Don José Nikolai Schukoff
Escamillo Teddy Tahu Rhodes
Micaëla Genia Kühmeier
Le Dancaïre Alain Gabriel
Le Remendado François Piolino
Zuniga François Lis
Moralès Boris Grappe
Frasquita Gaële Le Roi
Mercédès Nora Sourouzian

Décors Jens Kilian
Costumes Heidi Hackl

 

Les Musiciens du Louvre – Grenoble
Chœur des Musiciens du Louvre
Chœur d’enfants Sotto Voce
Chef de chœur Scott Alan Prouty

Je suis particulièrement attaché à cet opéra, il fait partie de ceux que je connais par coeur, et pour cause, Carmen est le premier opéra que j'ai écouté, c'était le seul qu'avaient mes parents (extraits de la version Price/Karajan) et ce fut le premier disque que j'achetai de la Callas. Autant dire que j'attendais avec impatience de le voir enfin sur scène dirigé par un de mes chefs favori et dans une édition complète. Le spectacle est très réussi grace à un orchestre et un choeur démentiels et une mes intelligente qui sert superbement l'oeuvre. Mais il faut bien reconnaitre que ce sont les chanteurs qui pèchent...

Les seconds rôles sont particulièrement bien tenus, tous ont le sens du théatre, une véritable présence sur scène, une diction exemplaire, du style et même de la gueule (Boris Grappe et François Lis sont particulièrement sexy!), ils font le bonheur des ensembles (et des yeux!).

La plus belle de la soirée, ce fut pour une fois Micaëla, rôle de cruche dans lequel une chanteuse peut difficilement briller tant il est ennuyeux à coté des charmes de Carmen. Eh bien, Genia Kühmeier a sorti Micaëla de cet ennui: une voix pleine et puissante, aux aigus cristallins avec une résonnance étonnante, une émission d'une perfection rare (parfois au détriment de la clareté du texte malheureusemen), cette chanteuse que je découvrais m'a donné le frisson à plus d'un moment et réussi à toucher le public qui lui a reservé une ovation au rideau final. Tout juste pourrait on lui reprocher de manquer de simplicité dans tant d'opulence vocale, mais je peux affirmer que pour la première fois Micaëla m'a captivé.

L'Escamillo de Teddy Tahu Rhodes est finalement décevant: le chanteur est beau (arf!), fait preuve sur scène d'une noblesse de port et d'une élégance forte, mais la voix est petite, mal projetée et le rôle trop grave pour ce baryton. Lors de la générale, placé au premier balcon, je ne comprenais rien à ce qu'il disait et le tout me paraissait assez commun (mais sans doute s'économisait-il); ce soir à la corbeille très près de la scène, je me suis aperçu que son chant ne manquait pas d'intentions et de contrastes, mais ce théâtre à l'acoustique détestable est impitoyable pour les petites voix. Question diction c'est assez sommaire, surtout dans le duo du III dont on ne comprend pas un mot.

En Don José Nikolaï Schukoff m'a beaucoup plus. J'avais lu pis que pendre sur ce chanteur, et il est vrai que le timbre est ingrat et la tessiture réduite (tous les aigus sont étouffés), or voilà un ténor dont les limites vocales sont autant de garde-fous. Ne pouvant s'adonner à des braillements et dégoulinando qui font les beaux jours d'Alagna, de Villazon ou encore de Schicoff et que j'ai en horreur, sa prestation se base avant tout sur ses talents d'acteur. C'est un José pleutre, minable et "niais" comme le dit elle même Carmen. "La fleur que tu m'avais jetée" privé des ports de voix alla Domingo & consorts (oui ça casse du ténor ce soir!) est enfin parvenu à me toucher, tant Schukoff y semble désarmé et pitoyable. Son interprétation devient même saisissante quand il se fait taureau dans le duo final. On va encore dire que j'ai des goûts bizarre, mais m'en fout!  

Mais la moins bonne du quatuor c'était bien Carmen. Sylvie Brunet est une chanteuse au français onctueux et clair, possède la tessiture du rôle, est d'un style français irréprochable, quant à son timbre légerment strident dans l'aigu, cela ne me gêne pas... mais c'est pour le ton et le physique, c'est autre chose. Question physique, elle fait vraiment intruse dans ce défilé de Pin-up en sous vêtements; bien sur la mes a voulu l'isoler en l'habillant d'une austère robe noire et d'une crinière rousse léonine, mais on se demande bien pourquoi Frasquita et Mercedes trainent avec elle (un peu comme Emma Calvé entre Paris Hilton et Kate Moss), pourquoi tant d'hommes lui tournent autour quand la manufacture recèle des trésors supérieurs, pourquoi Escamillo la repère tout de suite. Et cela ne tient pas seulement au physique mais bien plus à l'attitude bonhomme et pataude qui atteint son comble dans la danse du II d'une sensualité plus que bridée (genre "j'apprends à danser le sirtaki"). Pour le ton c'est un peu le même problème qu'avec la Carmen de Marylin Horne: cela n'a rien d'ensorceleur, ça fait mémère. Rien de capiteux, de sensuel, c'est vraiment une Carmen des années 50. Il n'y a que dans le duo final qu'elle se dépasse, chassée dans l'arène, où elle quitte sa sagesse pour des accents callassiens et des feulements de bête traquée. Au final rien d'indigne, du très beau chant même, mais cela ne me convainct pas. Ce n'est du moins pas mon idéal du rôle, j'y attendrais plus une vindicative Kozena ou une luxuriante Bonitatibus.

Les choeurs sont extraordinaires: tant le choeur d'enfant Sotto voce d'une simplicité enfantine (ça tombe bien!) que le choeur des Musiciens du Louvre, dont on ne louera jamais assez la tenue, la clarté et le sens du drame: le choeur initial est las et dégagé, celui de la fumée vaporeux à souhait, celui des femmes en furie acéré comme le couteau de Carmen, celui de la montagne obscur et inquiétant, même les choeurs du IV, que la mes force cependant à courir constamment en tous sens, emportent le public dans la fête orchestrale et la verve populaire.

Cette excellence est d'autant plus à souligner, que Marc Minkowski va vite, très vite! Dès l'ouverture que je n'ai jamais entendue aussi allante et décomplexée, on sent que l'orchestre va porter le drame comme personne. Les moindres passages deviennent passionants car ce n'est pas la moindre des qualités de Minko que de rendre la partition parfaitement lisible: le travail sur les atmosphère est tel que rien ne semble superflu dans cette partition, même le duo Micaëla-Don José, d'une crétinerie consommée qui a fait les beaux jours de Charpini et Brancato, devient captivant. Le plaisir se lit d'ailleurs sur le visage des musiciens, heureux de jouer cette musique et toujours au taquet (ça change de l'orchestre de l'ONP qui lit le journal et discute à tout bout de champ!). C'est bien sur dans le dernier duo que ses capacités expressives et dramatiques sont les plus saisissantes avec des phrases d'une violence peu commune et abyssale qui tiennent le spectateur en suspens en voyant les personnages  s'agiter au bord du gouffre, alors même que tout le monde connait la fin. J'ai vraiment eu le sentiment de redécouvrir cette partition pourtant archi rabachée. (L'acoustique du Chatelêt étant ce qu'elle est, je vous conseille plutot de prendre des places près de la scène pour bien profiter de cette luxuriance orchestrale).

 

Pour ce qui est de la mes de Martin Kusej enfin, j'ai été agréablement surpris: je n'avais pas vu la diffusion télé, donc je la découvrai ici. Commencons par dire ce qui ne va pas: cette mes appellée en renfort (pour manque de moyens) par la direction artistique du Chatelêt au lieu de celle prévue, n'a pas été repensée ou simplement adaptée à la nouvelle Carmen; Sylvie Brunet n'a pas le physique nécéssaire pour fasciner de sa différence avec les autres femmes, je suppose que Kusej a voulu faire de sa Carmen une flamme noire rougeoyante parmi toutes ces femmes dénudées qui ne sont que des chandelles, mais là ça ne passe pas. Par ailleurs, certains détails sont de trop: Lilas Pastia prenant une photo après le quintette du II; la garde descendante des cadavres pendant le choeur des enfants au I (je suis bien d'accord pour souligner la présence lancinante du tragique dans cette oeuvre, mais pas pendant le choeur des enfants!); c'est Micaëla qui vient se battre contre Carmen pendant l'interrogatoire du I et non la Manuelita bléssée.
D'autres sont mal réglés: la fuite de Carmen au I (étant donné le plan très incliné de la scène elle se fait au ralenti, c'est grotesque, il eu mieux fallu faire courrir Carmen autour du panneau incliné central, puis l'escalader et enfin sauter); le choeur initial du IV (au début on se laisse séduire par cette course en tous sens, mais pendant le défilé, on sent que le metteur en scene a gardé cette idée faute de mieux en lui annexant un procédé bien classique, tout le choeur se met a fixer les spectateurs comme si le spectacle avait lieu dans la salle et non plus sur la scène) ou encore la danse de Carmen au II (sirtaki attitude!).


Passés ces détails, la mes est très lisible et assez riche: une bonne épanadiplose (on voit José se faire fusiller pendant l'ouverture puis après le duo final), des objets symboliques (le foulard rouge qui tombe des cintres au I et au IV, dont Carmen se fait un voile, qui serre de lien à la prisonnière au I et bande les yeux de José pendant la fusillade...) tout a fait justifiée dans un opéra qui regorge de leitmotiv, des atmosphères habilement créées (parfois ce n'est pas très fin, comme les topmodels en sous-vêtements qui sourdent sur la scène pendant la habanera, mais c'est efficace, idem pour les strip-tease masculins et les danses érotiques pendant le choeur de la fumée), des trouvailles qui servent parfaitement la musique (la tournette pour faire surgir la foule sur scène en un rien de temps et de façon surprenante; la fabrique du I qui est un hall 1900 renversé, sans dessus dessous comme les ouvirères; le chahut aquatique pendant "Les tringles des sistres"; Zuniga qui va pour violer Carmen à la fin du II; Carmen déguisée en vierge Marie sur l'autel de l'Eglise en ruine pendant le choeur ironique de l'acte de la montagne; les cartes du IV laissées à l'avant scène au V pour symboliser la fatalité du destin de Carmen; le duo Carmen/Escamillo au V baignant dans une lumière bleuetée façon Bob Wilson...) et enfin une superbe scène finale qui rend pleinement justice au parrallèle dramatique et musical: Escamillo est avec le taureau comme Carmen est avec Don José, il est donc logique que le choeur que l'on entend au lointain forme un cercle autour des deux chanteurs pendant le duo final d'une part, et qu'il emmène le corps meurtri de Carmen à jardin puis celui d'Escamillo à cour avant que José n'avoue sa faute).
On doit aussi mentionner les costumes bien pensés de Heidi Hackl, à coté de la Carmen gravement noircie tout comme Escamillo d'une classe impayable, une Micaëla bleue et blanche à la chevelure blonde (on dirait Kim Novak dans Vertigo!), un José débraillé et mal rasé d'un bout à l'autre comme si son aspect portait déjà sa propre déchéance et Frasquita et Mercedes en Pimkie-pouffes. La qualité des décors de Jens Kilian est assez irrégulière: très bonne idée que ce cube emmergeant de la scène par une de ses pointes et qui donne un relief bienvenue au I en servant tantot de promontoire, tantot, en creux, de fabrique; par contre la citerne du II est assez fonctionnelle et ne sert pourtant pas à grand chose; à l'inverse les deux pans de la cathédrale en ruine sur la tournette au III semblent renouveler constamment la perspective au grès des changements de position du choeur à l'interieur et des éclairages savamment nuancés. Le dernier acte enfin avec son plateau nu où ne reste que le sable éclatant balayé par le vent produit une impression très forte d'aridité, le vide angoissant de l'arène où va avoir lieu la mise à mort que regarderont avidemment les gradins de spectateurs, en l'occurence: nous.
Au final donc une mes assez réussie malgrès quelques scories, et qui prouve que l'eurotrash peut être intelligent et beau (ça c'est de la conclusion hein!).

Partager cet article

Repost 0
Published by Licida - dans Représentations
commenter cet article

commentaires

Bajazet 09/02/2008 21:06

Tu le fais exprès ? Quand Iphigénie en Aulide a été donné à Montpellier il y a 10 ans environ, l'entracte était PENDANT la chaconne de l'acte II.

DavidLeMarrec 09/02/2008 19:45

A cheval sur les deux mois. Et avec Laurent Naouri en Iphigénie. (Les ballets seront exécutés pendant les entractes pour ne pas freiner l'action.)

Bajazet 09/02/2008 17:49

Avec la prononciation restituée à la Green, ça ne serait pas arrivé !

Sylvîe Brunêt chantera aussi la Clytemnestre de Gluck à Strasbourg en avril ou mai (je ne sais plus).

licida 09/02/2008 16:20

Et en relisant les commentaires, je me rends compte que j'ai encore foutu le circonflexe au mauvaise endroit! Quelle huître je fais ^^

licida 09/02/2008 16:19

Avis à tous les fans de Sylvie Brunet! C'est elle qui chantera Padmavati de Roussel au Chatelêt dans la mise en scene de Bhansali (réalisateur de Devdas) et non Marie-Nicole Lemieux.