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31 mai 2007 4 31 /05 /mai /2007 20:51

Rodrigo (1707) de Handel
TCE, 23 mai 2007

Maria Riccarda Wesseling, Rodrigo 
Maria Bayo, Esilena
Kobie van Rensburg, Giuliano
Deborah York, Florinda
Anne-Catherine Gillet, Evanco
Max Emanuel Cencic, Fernando 

Eduardo López Banzo, direction musicale
Al Ayre Español Orquesta

Commençons d'abord par signaler que le livret de cet opéra est une merde sans nom, d'ailleurs il est anonyme. Sous-titré "Vincer se stesso e la maggior victoria", pour les amateurs c'était aussi le sous-titre du film Satreelex sur l'équipe thaïlandaise de volley qui ne comptait que des homos et des trans, sauf que là le sujet est censé être serieux. Or on pourrait se dire, "ah oui le héros militaire qui va devoir affronter sa déchirure d'être humain, etc", mais en fait non: l'histoire tourne autour des pulsions sexuelles de Rodrigo qui ne vont pas que vers sa bien aimée Esilena, se rajoute là dessus une intrigue militaire bidon et des retournements de situation en-veux-tu-en-voilà, si bien qu'on ne comprend plus rien dès le deuxième acte: en d'autres termes "calmer sa quequette est la plus grande des victoires". Mais le chef d'oeuvre c'est tout de même ce lieto fine qui s'étale sur un acte entier dans lequel les personnages n'ont rien à dire... heureusement qu'ils ont plus à chanter! Si cet opéra est loin d'être inoubliable, ce n'est pourtant pas la faute de Handel dont l'inventivité est stupéfiante quant on compare cet opéra à d'autres de la même periode (Scarlatti par exemple). Ne connaissant pas cet opéra je n'ai cependant pas été très surpris par la musique que je connaissais déjà en grande partie: au moins un quart des airs se retrouvent dans Agrippina, d'autres vogueront même jusqu'à Radamisto et Rinaldo mais sous des formes plus achevées et riches orchestralement et surtout à l'appui de drames autrement mieux construits. Ce Rodrigo a donc avant tout un intérêt documentaire: entendre beaucoup des plus beaux air écrits par le jeune Handel dans leur version primitive et ainsi gouter les apports ultérieurs, ou alors apprécier le remaniement d'airs déjà présents dans les cantates dans le cadre du premier véritable opera seria italien du saxon.

 

 

Partant de là, il faut vraiment une équipe irréprochable pour servir cette oeuvre si l'on ne veut pas faire sombrer le public dans l'ennui et aussi pour en marquer le tricentennaire. Ce soir Al Ayre Espanol avec à sa tête Lopez Banzo, a confirmé sa réputation montante: c'est du très beau son (malgrè des vents un peu en retrait) avec d'excellents solistes, c'est bien construit et dynamique mais c'est encore un peu sage et manque d'emportement pour accrocher d'un bout à l'autre, le tout reste très poli et si cela pouvait contribuer à la ferveur d'un oratorio de Scarlatti quelques semaines plus tot, c'est insuffisant pour le turbulent Handel qui mérite à cette époque plus de luxuriance et de rage (écouter à ce propos l'anthologique Agrippina par Jacobs).

 

 

Confier Rodrigo à Genaux était vraiment stupide car ce role est à l'opposé de ce dans quoi elle excelle (des airs pas franchement passionants ni brillants, c'est un peu du Handel automatique), alors quand on sait qu'Handel en général l'ennuie... Du coup son annulation pour raison de santé était une bonne nouvelle; mais la remplacer par Wesseling, était-ce une bonne idée? Nonobstant le fait que celle-ci soit à son tour tombée malade, il faut reconnaitre que ses dons de diseuse ne sont pas vraiment mis en valeur par le rôle, tandis que son timbre assez commun est, lui, surexposé par des airs plan-plan. Il aurait mieux valu une mezzo plus fruitée (Hallenberg, Bonitatibus) ou plus véhémente (Prina) voire un contralto troublant (Mijanovic) bien que le rôle fut écrit pour un castrat-soprano; mais quoiqu'il en soit, ces chanteuses eussent été sous-distribuées là dedans, Wesseling c'était déjà du luxe pour si peu, chez Curtis c'est d'ailleurs Banditelli... A noter par contre des attitudes viriles à la deNiro, tremblements raidis et menton contracté qui faisaient craindre que le héros éponyme ne sorte en plein récitatif: "You fuck my wife?!"

 

 

L'erreur de distribution de la soirée c'était York venue remplacée Rial; la pauvre Debbie n'en est plus à ses débuts et son petit soprano anglais peine à rendre l'élan de ce qui sera plus tard "M'abbrucio" de Rinaldo par exemple: les vocalises sont émises en sourdine, les graves insuffisants et le tout très prudent mais on ne saurait lui reprocher étant donné les difficultés qui hérissent sa partie. De plus coté jeu comme le dirait quelqu'un avec qui j'ai discuté ce soir là "elle ne veut pas déranger", effectivement c'est pour le moins fade surtout dans les récitatifs.

 

 

A l'inverse Bayo ne manque pas de projection, mais c'est d'une raideur! Des vocalises excessivement ralenties, aucune nuance et ce jusque dans les récitatifs débités forte avec des aigus métalliques qui saturent les tympans à la pelle et font sursauter les chanteurs eux-même. Bref c'est criard, ça manque de souplesse, c'est dénué de toute intelligence et ne suscite aucune émotion: un vrai coucou suisse. Son "Per dar pregio" est interminable et seule la longue note tenue est bluffante mais fallait pas espérer qu'elle se foule d'un début de messa di voce au da capo. Je peux sans doute sembler sévère, mais quand on voit la mine autosatisfaite de la chanteuse s'écoutant chanter avec déléctation plus qu'elle ne joue un role, je trouve cela justifié. La jeune Piau malgrè un orchestre squelletique s'en sort 10 fois mieux au cd et y ferait sans doute miracle aujourd'hui.

 

 

La dernière femme par contre est de loin la meilleure: Gillet est d'une véhémence méditerranéene qui sort son petit role de l'anonymat dès son début pourtant timide, les airs des actes suivants lui permettent de plus de faire montre de son sens de la prosodie et de ses ressources dans la vocalise; c'est vraiment remarquable jusque dans l'attitude fière sur scène parfaitement crédible et qui introduit un peu de théâtre dans cette version de concert.

 

 

J'attendais Cencic avec impatience car c'était la première fois que je l'entendais dans un role serio à Paris; malheureusement comme au disque, ne lui échoient pour le moment que des seconds rôles écrits pour des seconds couteaux. Il est donc tout à fait logique qu'il ne cherche pas à se dépasser contrairement à son Perseo de l'Andromeda liberata. Ses deux premiers airs n'ont aucun intérêt et il les chante scolairement, seul le dernier très vocalisant lui donne enfin un défi à relever: il se sort fort bien de cet air de tempête malgrè une utilisation parsimonieuse de ses sublimes aigus. Le timbre est toujours aussi troublant et homogène sur toute l'étendue de la tessiture étonnament large pour un contre-ténor. Son gros défaut reste cependant la projection très limitée, mais étant donné les métamorphoses qu'a subies sa voix en si peu de temps, gageons qu'il travaillera à améliorer cela pour des rôles autrement plus exigeants.

 

 

Et j'ai gardé le meilleur pour la fin, le grand Kobie: le role de Giuliano est sans doute le plus passionnant de la partition, toute la palette des airs pour ténor y passe (airs guerriers, de tendresse paternelle, de rage, de sagesse...); à cette variété de ton, il faut ajouter des difficultés techniques assez effrayantes qui en disent long sur le potentiel de Guicciardi créateur du rôle. Si l'on peut reprocher à Rensburg son timbre ingrat (mais cela ne me gêne pas, cela n'en donne que plus d'intérêts, d'apreté virile à ses airs) et ses approximations (mais dans l'impossible et celerissime "Stragi, morte" c'est bien pardonnable), l'engagement volcanique et la franchise des vocalises emportent tout. Les récitatifs deviennent enfin intéressants avec ce ton altier et néanmoins couillu. Il a su aussi prouver sa sensibilité et sa tendresse dans un dernier air sublime d'une présence rassurante et apaisante (dont j'ai profité malgrè une douleureuse repression de quinte de toux qui m'a fait chialer, je crois qu'il a vu en plus que je me retenais car il regardait fixement dans ma direction à la fin de l'air comme pour me dire "merci d'avoir respecté mon chant", mais peut-être fantasmè-je).

 

 

Ce concert restait néanmoins une belle occasion de découvrir l'oeuvre pour l'orchestre, Rensburg et Gillet avant tout, occasion que donne difficilement la version cd de Curtis malgrè Piau et Invernizzi.

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

licida 02/03/2009 13:51

Il semble que le label ait quelques difficultés financières, néanmoins le disque a l'air disponible. En tout cas on peut l'écouter sur musicme:http://www.musicme.com/#/George-Frideric-Handel/albums/Rodrigo-0822186001325.htmlEt bonne nouvelle, Sharon Rostof-Zamir y chante Florinda, et non Deborah York comme lors du concert. C'est bien Maria-Riccarda Wesseling qui chante Rodrigo finalement, et non Vivica Genaux. Par contre Maria Bayo est toujours là

Bajazet 05/02/2008 14:38

Oui, enfin il y en a une qui est plus sèche que moite.

Carlupin 05/02/2008 11:03

Et du coup qui y chante le rôle-titre ? C'est moit'moit' entre Genaux et Wesseling ? :o)

Bajazet 04/02/2008 18:16

Le disque doit sortir le 1er avril (pré-commande offerte sur Amazon).

Cencic chantera Perseo dans Andromeda Liberata sous la direction de Marcon le 26 juillet à Montpellier, et le 11 octobre au TCE.

licida 05/06/2007 17:34

Oups, scusi z'avions zoublié... mais vous eussiez du me le rappeler! na!