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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 00:10

Affetti barocchi

 

 

Marijana Mijanovic – Basel Kammerorchester Basel, direction S. Ciomei

 

1. Rodelinda : Menuet 
2. Rodelinda : Se fiera belva ha cinto 
3. Radamisto : Passacaille 
4. Radamisto : Gigue 
5. Radamisto : Vile ! Se mi dai vita 
6. Radamisto : Passepied, Rigaudon 
7. Radamisto : Qual nave smarrita 
8. Siroe : Ouverture 
9. Siroe : Allegro
10. Siroe : Deggio morire, O Stelle 
11. Siroe : Gigue
12. Jules César : Non e si vago e bello 
13. Jules César : Gigue 
14. Jules César : Se in fiorito 
15. Orlando : Gia per l a man d'Orlando
16. Orlando : Gia l'ebro mio ciglio
17. Orlando : Ah ! Stigie larve (Bonus)

 

 

Ca, y est, le tout premier récital de Marijana Mijanovic est sorti chez Sony Classical. C’est assez étonnant, quand on y pense, à une époque où l’intégrale de studio se raréfie, voici une artiste qui a pu en graver déjà un nombre conséquent sans avoir à pondre son dû de récitals auparavant, ce qui est pourtant le cas d’un certain nombre de ses consoeurs.

Forcément, pour une chanteuse baroque, il s’agit d’un récital Haendel. On ne sait pas trop, à part maintenant Vivaldi, sur quel autre compositeur une Major est tentée de miser, de toute façon – on voit la frilosité qui a poussé Genaux à graver un album mixte au lieu du seul Hasse. Cependant, le programme est sensiblement différent de ce que l’on voit tout le temps : aucun air de Rinaldo, par exemple.

Quoi qu’il en soit, la chanteuse me paraît tellement passionnante et personnelle que je voudrais bien entendre un énième « cara sposa » dans son interprétation. Où l’on se rend compte, aussi, à l’écoute de cet album, qu’on l’a surtout (et trop) entendue sous la direction de Curtis, ces derniers temps. La première constatation est que les défauts techniques apparus petit à petit n’ont pas disparus, mais sont plus que jamais transcendés par une liberté retrouvée. Mijanovic est épaulée énergiquement par l’ensemble et le chef, et on la sent libre, brûlante d’expression, ornant avec générosité, nuançant sans cesse…

 

Ainsi, « Se fiera belva » de Rodelinda, que l’on a découvert dans l’intégrale avec Curtis, et qu’elle chante aussi en live avec Haïm, est donné avec beaucoup plus de mordant, moins mécanique, et un da capo agréablement varié. On y sent bien toute la combativité du personnage et son volontarisme.

 

Le « Vile ! Se mi dai vità » qui suit, tiré de Radamisto, est plus vindicatif encore, et tout à fait saisissant. L’éloquence de Mijanovic permet de saisir chaque mot, et l’on se rend bien compte qu’une partie de son art tient également dans l’intensité et le charisme de sa déclamation : qu’on entende combien les exclamations « Vile ! » et les « sempre » répétés à plusieurs reprises sont percutants ! Enfin, la dernière note est un grave impressionnant…

 

Toujours dans Radamisto, « Qual nave smarrita » est une magnifique aria. L’affect y est plus mélancolique que dans le sublime « Ombra cara », ce dernier plus dangereux pour Mijanovic  avec ses longues tenues ; elle y expose d’ailleurs en live quelques problèmes d’intonation (il est très beau quand même !). Cependant je ne trouve pas que cet air soit le plus réussi de l’album. Il manque à la chanteuse l’abandon et le naturel nécessaire pour rendre la subtilité de cette page. Elle semble assez contrainte, occupée à nuancer plus que nécessaire, maîtriser avec un bonheur inégal son large vibrato et les écarts de la ligne… Là on préfèrera revenir à l’élégance, la finesse et la simplicité de Lorraine Hunt (qui interprétait l’air en version Durastanti). Même si, ici aussi, au détour d’une phrase, l’engagement (la reprise où elle s’approprie plus librement la musique et le texte), la couleur moelleuse incomparable, et la douceur d’un fil de voix maîtrisé l’emportent.

 

Le « Deggio morire » nous permet de revenir au grand style, mais ici dans une page pathétique que nous avait déjà révélé Ann Hallenberg, touchante avec Spering, et nous permettant au moins de sentir qu’il s’agissait d’une page superbe. Mijanovic y apporte ici le poids nécessaire, affirmant dès le premier vers une déclamation majestueuse et dramatique, et assumant les graves avec panache. On y décèle aussi le côté halluciné propre à nombre de ses interprétations, finalement : ses emportements, sa voix au caractère bien trempé, les dynamiques marquées et l’intensité de ses intentions me semblent sans cesse repousser le cadre des affects dépeints.

 

De Giulio Cesare, déjà interprété sur scène et enregistré dans un très beau coffret avec Minkowski, elle évite de nous resservir « Al lampo dall’armi » (qui n’est pas l’air de bravoure le plus intéressant de Haendel à mon humble avis, les deux premiers de ce récital étant plus dramatiques), ou « Va tacito e nascosto ». Elle a choisi les deux airs de badinage, de demi caractère, que sont « Non è si vago e bello » et « Se in fiorito »

Le premier est un « air de drague » tandis que le second est plutôt une séance en solo après l’ébahissement du spectacle de Cléopâtre et « V’adoro, pupille »…Les deux airs sont donc à différencier.

« Non è si vago » sonne ici tout de même un peu terne ; la couleur de la voix est étrangement mélancolique, même si parfois, à la reprise, les couleurs sont plus insinuantes, comme si César susurrait à l’oreille de Cléopâtre / Lydia. Je trouve que la comparaison avec la version Minkowski est tout de même en défaveur de cette nouvelle interprétation, moins souriante, moins jubilatoire, plus raide, et presque triste comme je le disais : c’est peut être une option, mais cela fait partie des pages lumineuses de la partition, c’est dommage à mon avis.

« Se in fiorito » me semble souffrir à peu près du même défaut (la direction a ici aussi sa responsabilité). Mijanovic n’a pas, ou plus, une voix qui se distingue par une immense souplesse ou légèreté, les effets de lié / délié sont un peu pesants. Les trilles sont exécutés, mais comme toujours avec elle, mal projetés et comme des encaissements dans la ligne de chant. Au moins ne triche-t-elle pas, en trillant réellement ! Néanmoins, dans cet air, l’interprétation, encore un peu mélancolique (la couleur sombre de la voix y est-elle pour quelque chose décidément ?), se distingue de « Non è si vago » : on entend qu’ici Cesare ne s’adresse à personne, palpite dans son coin. La reprise est plus réussie, plus heureuse, libérée, mais le sourire manque encore : on reviendra à la gravure de Minkowski, ou à Jennifer Larmore radieuse avec René Jacobs.

 

« Già per la man d’Orlando… Già l’ebro mio ciglio » suit directement, et d’emblée on sent le contralto de retour dans ses terres expressives, dans un bref récitatif accompagné magnifiquement vécu et articulé. L’air qui suit est un des moments les plus tendres et bouleversants d’Orlando, et, sans doute, de toute la production opératique de Haendel. Puisqu’il s’agit d’un solide héros ici terrassé par le sommeil, la solidité de la voix de Mijanovic, soumise à une ligne à la fois vigoureuse et abandonnée, est parfaitement idoine. La couleur sombre et moelleuse, mélancolique, sied au chevalier torturé, qui subit ici le charme plus qu’il ne s’y abandonne (comme Patricia Bardon, que j’adore dans le rôle).

 

La scène de folie d’Orlando clôt le disque en « bonus track » (quelle étrange appellation, je ne vois pas en quoi la dernière plage d’un disque de moins de 65 minutes est un bonus).

Autant dire qu’elle en est le sommet, vocalement, dramatiquement. Mijanovic y est souveraine. Chaque mot est saisissant, les dynamiques et les couleurs fascinent, et l’interprète y distille avec une intensité incroyable les diverses étapes de son voyage halluciné : certaines phrases prennent un relief descriptif captivant comme « Già solca l’onde nere… », ou l’attendrissement de « ma Proserpina piange », l’abandon suivi du « ma si ! Si, si, pupille, si », un déchirant « ho un core d’adamanto »… Les graves sont parfaitement rendus, elle ne tasse pas le dernier « ne calma il mio furor », enchaînant avec une facilité qu’aucun mezzo ou falsettiste n’aura démontré. Il n’est que sur les « no ! » répétés à la fin que l’effet me paraît discutable, mais c’est une peccadille étant donné la tenue et l’intensité de l’ensemble. Voici enfin un Roland furieux ! Il faut enfin souligner qu’ici le chef la dirige parfaitement, l’interprétation est véritablement commune – On songe à la fadeur, en comparaison, de la gravure récente Genaux/Labadie…

 

De manière générale, on louera Sergio Ciomei et le Kammerorchester Basel qui accompagnent le contralto sur ce disque. Les pages orchestrales sont bien choisies, et intelligemment espacées sur le disque, se faisant de plus en plus discrètes au cours de l’écoute. Les diverses parties des ouvertures sont séparées, évitant une trop longue pause orchestrale entre les airs : finalement il n’y a pas tant de passages non chantés que cela.

L’orchestre est nerveux, avec de belles couleurs, et une dynamique intense qui suit fidèlement la fiévreuse Mijanovic, donnant enfin l’impression de fusion qui faisait tant défaut aux Violons du Roy de Labadie, avec Vivica Genaux, trop sages, et suivant leur chemin indépendamment de la mezzo-soprane.

Néanmoins, pour entrer dans le détail, si l’intensité des pages énergiques et virtuoses du début, de la scène de folie d’Orlando, et de l’interprétation tragique de l’air de Siroe trouvent le chef et l’orchestre à leur plein avantage, les airs de demi caractères de Giulio Cesare me semblent être trop ternes. Le violon de « Se in fiorito » n’a pas une couleur flatteuse, le tout reste timoré, si l’on recherche ici une sorte de jubilation amoureuse quasi juvénile. Cependant on ne pourra que reconnaître que cette option est conforme avec l’interprétation de la chanteuse, il n’y a pas de hiatus. En outre, il me semble que le chef peine à trouver la juste respiration du « Qual nave smarrita » de Radamisto : recherchons ici aussi, donc, le manque d’abandon de cette interprétation. Enfin, je chipoterais aussi sur l’accompagnement du sublime « Già l’ebro mio ciglio », dont la légèreté ne permet aucune erreur : je trouve que les violes d’amour (on nous indique que les « violette marine » prescrites dans la partition sont introuvables aujourd’hui) manquent sensiblement de douceur et de tendresse, et surtout que l’accompagnement des autres cordes est un peu lourd. Il faut sans doute une eau du Léthé un peu « épaisse » pour endormir un chevalier de la trempe de Mijanovic. Pour autant, Christie dans ce passage-là, avec Patricia Bardon, livrait une interprétation d’une sensibilité à fendre les pierres. Ah ! Cette citation, à la cadence des violes, du récitatif d’Orlando tiré du début de l’oeuvre (« stimulato dalla gloria, agitato dall’amore… »), quelle splendeur ! Citation que l’on retrouve ici aussi, par ailleurs ; une partie de la cadence est-elle écrite ?

 

Enfin, terminons en évoquant de nouveau Marijana. Je trouve son timbre toujours aussi envoûtant. L’émission n’a pas retrouvé un soutien idéal, les couleurs et l’articulation se sont sensiblement indurés, mais j’ai encore trouvé ici la marque d’une grande personnalité, donnant libre cours à son art : celui d’une grande tragédienne. La noblesse et l’exaltation sont ses principales qualités, servies par une virtuosité toujours convaincante et une belle musicalité. Elle ose orner, varier, extrapoler vers l’aigu et le grave, là où on la sentait plus frileuse et prudente dans ses intégrales Curtis ou même dans Bajazet avec Biondi. Fi des Bradamante sans intérêt chez Haendel, il lui faut un grand cadre pour s’exprimer. On se prend à la rêver en Orlando de Haendel au disque…Pourrait-elle être celui de Vivaldi ? Ou encore le bouillant Poro de Haendel, trop peu donné (celui de Hasse lui irait sans doute bien aussi), voire Amadigi, ou enfin les rôles dédiés à la bouillonnante contralto Merighi chez Haendel (Matilde dans Lotario, Amastre dans Serse, Rosmira dans Partenope, …), Vinci (Partenope), Vivaldi (Damira)…Il est donc trop tôt pour enterrer cette artiste rare, précieuse, dans un répertoire qui souffre trop souvent d’une agitation creuse, ou a contrario d’une fadeur polie.

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Published by Clément - dans Disques et lives
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commentaires

licida 06/11/2008 13:18

Le DVD d'Orlando est sorti en france   (ouah enfin des smiley en chair et pas qu'en os!)
 
http://www.jpc.de/jpcng/SESSIONID/7fed8550079f78ee47bda324502aeaf2/classic/detail/-/hnum/2643670?rk=classic&rsk=hitlist

licida 03/08/2008 19:48

Merci à Vicentini pour l'info:
J'ai vu qu'un DVD d'Orlando doit paraître chez Arthaus sur le site jpc.de. C'est une production donnée à l'Opéra de Zurich dans la mise en scène de Jens-Daniel Herzog donné en 2006 avec dans le rôle titre Marijana Mijanovic. William Christie dirige l'Orchestre de La Scintilla. Il doit sortir le 20 août selon le site de jpc mais pour la France cela devrait être plus tardif.

Vicentini 14/03/2008 00:48

Je l'aime bcp dans "Se fiera belva ha cinto" qui est disponible sur le site youtube dans cette version. Elle a les graves et le mordant nécessaires malgré toujours un vibrato qui ressort énormément.

clément 13/06/2007 20:04

j'ai lu l'avis de Philippe Gelinaud, dont Opéra Magazine, acheté pour le train... évidemment, il déteste. deux croches, pour un des "pires Giulio Cesare de la discographie", oui.

clément 02/06/2007 17:29

et bien, apparemment, oui, d'après la petite biographie du livret. il a apparemment accompagné Bartoli, même, dans une de ses tournées. beaucoup de direction sur instruments anciens... ici il est le chef invité du l'orchestre de chambre de Basel.Je partage les réserves de Bajazet sur l'interprétation de l'Orlando de Podles. à sa décharge, l'orchestre ne la portait guère, et puis de manière générale les airs sont très démonstratifs, avant tout. ce qui n'empêche pas de son "cara sposa" d'être un de mes favoris et plus émouvants. Mais dans Orlando, il faut un sens du mot...