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21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 17:09

Tancredi de Rossini
Salle Pleyel, 3 juin 2007


Bernarda Fink : mezzo-soprano (Tancredi)
Rosemary Joshua : soprano (Amenaide)
Lawrence Brownlee : ténor (Argirio)
Anna Chierichetti : soprano (Roggiero)
Federico Sacchi : basso (Orbazzano)
Elena Belfiore : contralto (Isaura)

Orchestre des Champs-Elysées
The English Voices

Tim Brown : chef de choeur
René Jacobs : direction

Voilà une soirée que j'attendais avec impatience: les baroqueux avaient déjà abordé le Rossini buffa (Minkowski, Spinosi) mais le seria restait en terre romantique à ma connaissance; ajoutons à cela la réputation de Jacobs connu pour renouveler l'approche des repertoires les plus rabachés et me voici fretillant. Le résultat ne fut pas à la hauteur de mon excitation, mais fort bon tout de même.

Tout d'abord parce que le Rossini seria a déjà bénéficié du dépoussierage d'Alberto Zedda et, à sa suite d'excellents chefs rossiniens tels que Daniele Gatti; René Jacobs avec toute son intelligence et son savoir-faire n'a donc pas pu faire mieux qu'eux; mais arriver à ce niveau là pour un repertoire dont on est pas familier releve déjà de l'exploit: rien n'était grossier ce soir là, l'orchestre répondait parfaitement à la moindre inflexion de son chef créant ainsi nuances et délicatesses, qualités dont la pluspart des chefs sont avares dans Rossini. Pour autant le tout ne sonnait pas trop baroque et la verve, l'emportement parfois balaud de cette musique étaient parfaitement rendus. Mais le plus remarquable restait le soutien au chanteurs qui n'étaient jamais laissés seuls à leur récitatifs ou vocalises, mais toujours accompagnés, guidés, aidés: on évitait ainsi la traditionnelle caricature de cette musique mettant en scene un chanteur caracolant dans les vocalises pendant que l'orchestre fait "ploum-ploum" derrière. Cet esprit d'équipe était particulierement bénéfique pour tous les chanteurs qui n'étaient pas de "grosses" voix et dans les ensembles. Saluons aussi au passage l'excellence des English Voices, précis et vaillants qui concouraient à la réussite des tutti.

Bernarda Fink est connue pour être une chanteuse d'une remarquable finesse et sensibilité, dans le turbulant Tancrede elle est donc un peu à contre-emploi, d'autant que le role exige une projection et des vocalises qu'elle ne possede plus: si les récitatifs sont délicieux, c'est que Jacobs lui offre tout le soutien nécessaire et que la musique lui laisse le temps de faire montre de ses qualités d'actrice, de diseuse et d'attaquer sagement les écarts de tessiture, mais dès que le tout s'emporte dans la vaillance elle est vite perdue, les vocalises sont détimbrées, les plongées dans le grave et sursauts dans l'aigu ratés et l'orchestre la couvre vite. Un tel role s'accomode plus de la bouillonante force de Kassarova ou de la serenne superbe de Dupuy; la retransmission radio sera sans doute plus flatteuse que l'épreuve de cette immense salle.

Mettre une handelienne réputée en Amenaïde pouvait aussi être risqué: tout comme Prina dans la Pietra del Paragone, les vocalises de Rosemary Joshua manquent de poids et d'impact, Rossini doit être plus martelé à mon gout. Passé cela, la composition est délicieuse et touchante et le pari réussi. On est loin de l'ahurissante Cuberli ou de la précision de Ciofi, mais le tout respire tellement le printemps qu'il vaut mieux laisser tomber les comparaisons pédantes et apprécier la délicatesse du premier air ou l'éloquence qui se mue en joie débridée du "Giusto dio".

Lawrence Brownlee est un peu trop noir pour jouer les rois sarassinophobes; à part cela, on ne peut guère lui reprocher sérieusement qu'une projection un peu courte et des graves trop maigres car le styliste est hors-paire, d'une élégance qui fait plaisir à entendre dans ces roles de roi souvent chantés de façon fruste alors même qu'Argirio est un roi plus sensible qu'à l'accoutumée; il nous a notemment gratifé d'une très belle messa di voce au début de son grand air du II, grande scene dramatique qu'il a rendue avec toute la prestance nécessaire.

Les seconds rôles sont trop embryonnaires pour que l'on puisse en dire beaucoup: Frederico Sacchi fut très convainquant en vilain-méchant, Anna Chierichetti ne jouit que d'un air très oubliable (et dire que Cangemi avait été programmée pour ça!) et l'on peut douter qu'Elena Belfiore soit vraiment un contralto...

Rosemary Joshua et René Jacobs furent donc assurément les triomphateurs de la soirée et en attendant la retransmission radio, voilà de quoi vous rappeller à quel point Rosemary est une chanteuse fabuleuse:

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

licida 10/11/2007 16:06

un retardataire à mon précédent commentaire: ?

licida 10/11/2007 16:05

Ce n'était pas déjà ce chef qui avait anesthésié la Partenope de Handel avec Summers et Zazzo.

Bajazet 10/11/2007 15:33

Pour revenir à la Semele de Joshua, j'ai peur que le problème ne réside d'abord dans l'orchestre.

Bajazet 10/11/2007 15:32

Je le note ;-) Merci Caroline. Le Tristan de la Scala doit être retransmis, aussi ?

Caroline 10/11/2007 14:13

A propos de Sémélé, celle de Zurich avec Bartoli devrait être diffusée sur Arte le 1er décembre.