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Il catalogo è questo

12 juillet 2007 4 12 /07 /juillet /2007 16:45

La Traviata de Verdi
Opéra Garnier, Première du 16 juin 2007


Mise en scène Christoph Marthaler
Décors et costumes Anna Viebrock
Chorégraphie Thomas Stache
Lumières Olaf Winter
Choeurs préparés par Alessandro Di Stefano

Violetta Valéry Christine Schäfer
Flora Bervoix Helene Schneiderman
Annina Michèle Lagrange
Alfredo Germont Jonas Kaufmann
Giorgio Germont José Van Dam
Gastone Ales Briscein
Il Barone Douphol Michael Druiett
Il Marchese d’Obigny Igor Gnidii
Dottor Grenvil Nicolas Testé

Direction musicale Sylvain Cambreling
Orchestre et Choeurs de l’Opéra national de Paris

J'ai eu l'occasion d'assister à ce spectacle gratuitement, je n'avais pas l'intention de payer pour une affiche aussi "prometteuse" et de toute façon toutes les places sont parties dans les abonnemements; pour cette première, la direction avait tout de même reservé les places de dernières catégories pour les offrir à un public jeune réputé plus ouvert à la modernité des vues du metteur-en-scène et donc plus à même d'apprécier ce spectacle, c'est à dire de couvrir les huées des vieux bourgeois réac' du parterre...

 

Autant dire que ce soir je n'ai pas joué mon rôle de djeun, je n'ai pas hué (je ne hue jamais) mais j'ai franchement détesté. A priori je pensais Christoph Marthaler très prévisible là dedans, Violetta allait être une pute de la rue St-Denis mourrant tragiquement du Sida, eh bien je me trompais: Marthaler a pris le parti d'en faire une artiste, en l'occurence Edith Piaf. Beaucoup louerons l'intelligence de l'homme de théâtre, la cohérence du choix etc., mais alors faudra m'expliquer ce qu'il reste de dévoyé dans cette chanteuse! Le charme de la Traviata c'est justement celui de la Sainte Putain, de la rédemption par l'amour, du sacrifice de celle que personne ne respecte sincèrement... Dès lors en faire une artiste c'est passer totalement à coté du sujet, ou alors il faut en faire une artiste condamnée, Janis Joplin par exemple. Cette Traviata-Piaf émeut bien moins que l'originale, c'est triste mais cela n'a rien de tragique et le lyrisme apparait ici totalement superflu.


Au moins peut-on reconnaitre à Marthaler la cohérence de son propos (l'acte I se déroule à l'entrée d'une salle de concert, les acte II et III tantot dans la salle tantot sur la scène), de ce point de vue la direction d'acteurs a un sens, mais cette dialectique sincérité de l'artiste/hypocrisie et masque de la bourgeoisie est pour le moins éculée, c'est vraiment prendre le public pour un imbécile que de souligner fortement la vanité de la société mondaine en faisant sourire choeurs et figurants de façon crispée ("ah! vous voyez à quel point ils sont faux!!!"), cela a juste le mérite d'être lisible.


Autre gros contre-sens: dans le grand air du I Violetta vient chanter à l'avant scène et à deux reprises une poursuite blanche vient l'eclairer dans l'obscurité rendant évident le rapprochement avec Piaf; mais - petit problème - entre "Ah forsé lui" et "Sempre libera", il y a - comment dire? - un petit changement d'attitude de la part de Violetta... je dis ça, je dis rien, mais ne pas même en tenir compte en mettant en scène uniformément l'air entier, je trouve ça peu digne d'un "homme de théâtre".


Je passe sur l'Alfredo gauche et timide qui n'a guère sa place dans le II,2 pour en venir aux points positifs car il y en a: le ballet du II,2 assumé par les choeurs de bourgeois c'est plutot bien trouvé, mais là encore guère de finesse puisque les tambourins des "bohémiennes" n'ont pas été déballés de leur plastique (je jette un voile pudique sur le breaker qui ne sert guère qu'à garantir la modernité de la chose - "trop cool le mec!"); dans cette même scène figer les figurants et éclairer la Traviata d'une poursuite rouge pendant ses implorations divines est d'une effet saisissant vraiment très réussi.


Par contre je vais terminer sur une volonté du metteur-en-scène que je trouve absolument débile et qui prouve qu'il ne comprend rien à l'opéra: faire sussurer Violetta dans les moments les plus dramatiques! Par exemple dans la confrontation avec Germont ou lors de l'ultime révolte du personnage contre son sort lors du III, Marthaler sabote l'efficacité dramatique de ces scènes en demandant à la chanteuse de chanter mezza-voce (déjà que Schäfer à pleine voix... enfin bon): le propos est ici clair "Elle est malade!! Donc elle ne peut pas chanter à pleine voix, ce n'est pas réaliste! C'est la Callas qui le dit! Et toc!". Sauf que Callas elle ne se privait pas de pousser la voix dans ces moments - ce sont les piani (notamment à la fin d'"Addio del passato") qu'elle craquait - la beauté des defaillances vocales tenait justement dans cette echec de la voix qui se lance pleine de vie mais échoue, rattrapée par la mort de la chair. Le procédé grossier voulu par Marthaler est donc anti-lyrique, c'est le reproche de bas-étage que le théâtre adresse à l'opéra et qui, un comble, se justifie ici dans la mesure où le chant est privé de son émotion et donc completement inutile dans un tel moment. Quand cessera-t-on de reprocher à l'opéra d'être de la belle musique?


Marthaler ici nous fait du mauvais Peter Sellars 30 ans après: je ne vois rien de neuf ni d'interessant dans cette vision de la Traviata, je la trouve même plutot consensuelle puisqu'elle évacue le potentiel scandaleux du drame en niant la figure de la prostituée. Pour une vision véritablement neuve de la Traviata il vaut mieux se tourner vers Calixto Bieito qui avait pris le contrepied de cette compassion bourgeoise et chrétienne pour la Sainte Putain en faisant de la Traviata une pute manipulatrice qui joue avec les sentiments d'Alfredo et se met elle même en scène: sa mort devenait la révélation de son stratagème et elle partait en prenant ses valises; je n'avais vu que des extraits de cette mes lors d'un reportage sur Arte, mais ils en disaient bien plus sur l'oeuvre que cette production entière.

 

 

 

 

Au tour de l'équipe musicale maintenant, vous me pardonnerez ce long paragraphe sur le metteur en scène, mais dans ce genre de production c'est son génie qui est censé être mis en avant plus que celui de la musique, laquelle est rarement bien servie (comme c'était le cas pour Le Nozze ou le Don Giovanni de Haneke; seul Warlikowski finalement a eu la chance d'avoir deux productions bien chantées qui ne s'effaçaient pas devant la mise-en-scène). Sylvain Cambreling est parfaitement mauvais là dedans, en plein accord esthétique avec le metteur-en-scène, il s'applique à saboter l'oeuvre en refusant les nuances, en rigeant de façon analytique et sèche, cela a de la personnalité mais aucune poésie (et que l'on ne vienne pas, comme un célèbre critique du Monde, rapprocher cette direction de celle de Giulini en 1955 avec pour seule excuse, la lenteur des tempi!!). Christine Schäfer n'a rien à offrir en Traviata, venir chanter le rôle armé de ses seuls défauts vocaux n'est efficace que si l'on est une actrice enflammée, ce qu'elle n'est pas (la faute en revient aussi à Marthaler), il ne reste donc pas grand chose: tessiture étroite, projection limitée, vocalisation scolaire, graves sourds, timbre fade; j'aime assez les Traviata fragiles (Cotrubas) mais pas effacées. Jonas Kaufmann est la seule lueur du spectacle avec son timbre solaire et ses allures de jeune premier (dommage que la diction soit pateuse) mais le succès de l'oeuvre ne repose jamais sur les épaules d'Alfredo. José Van Dam est en bout de course; les autres chanteurs disparaissent, noyés dans la mise-en-scène: Helena Schneiderman déguisée en pute country ("que de finesse! ben oui la Traviata c'était pas une vraie pute, mais Flora oui!") ou Michèle Lagrange en technicienne de surface (si elle ne poitrinait pas on ne la reconnaitrait guère!)...

A oublier donc; au rideau final les chanteurs (même Schäfer) furent acclamés et Marthaler copieusement hué; Cambreling n'a pas été hué jusqu'à ce que des excités hurlent "Bravo Sylvain!" à son entrée après le second entracte, déclenchant l'ire de ses détracteurs qui s'étaient tenu sages jusque là.

 

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

licida 17/07/2007 10:32

Bonjour Giuseppe et bienvenue ici.

Je n'ai jamais discuté avec un musicien de l'orchestre de l'ONP suffisamment longtemps pour certifier l'incompétence de Cambreling donc je ne m'avancerai pas sur ce terrain... mais je suis tout à fait disposé à le croire ;-)

Bajazet 17/07/2007 04:08

Tout part de la photo ci-dessus.

ANNA (S. Cambreling)
O Dei, che dite ?…
In si tristi momenti…

OTTAVIO (l'Orchestre de l'Opéra) :
E che ? vorresti
Con indugi novelli
Accrescer le mie pene ?
Crudele !

[Tadaam ! Tsointsoin !]

ANNA (S. Cambreling)
Crudeeeeeeleeeeee ?… Ah nooooooo, mio beeeene !

[Ploc !]

Giuseppe 17/07/2007 01:36

a cliqué trop vite... "vuoi", bien sûr.

Giuseppe 17/07/2007 01:33

Che voi dire ?

Bajazet 17/07/2007 00:58

Crudeeeeleeee ? Ah noooooo, mio bene !