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10 octobre 2007 3 10 /10 /octobre /2007 23:53

 

Motezuma de Vivaldi
Théâtre des Champs-Elysées 10 ocotbre 2007

Vito Priante, Motezuma  
Sonia Prina, Mitrena
Mary Ellen Nesi, Ramiro 
Laura Aikin, Asprano
Ann Hallenberg, Fernando
Karina Gauvin, Teutile

Il Complesso Barocco
Alan Curtis, direction

Voilà encore un concert qui m'apprendra à faire des pronostics! Après plusieurs remaniements de la distribution, je ne m'attendais pas à quelque chose d'extraordinaire alors que le cast original était simplement idéal, le tout me semblait au final peu cohérent sur le papier, et bien à deux exceptions près je m'avais bien gouré!

La première surprise éclatante vient de l'orchestre absolument superbe et déchaîné ce soir: je ne pensais pas pouvoir dire cela un jour de Curtis et son Complesso barocco qui ne m'inspirent ailleurs que de l'ennui quand ce n'est pas de la consternation. Le disque de Motezuma m'avait déjà étonné, mais bien des choses n'y étaient pas du tout à leur place (le trio, la bataille, le final du II...) à coté de véritables réussites (les récitatits, les variations, les airs de Ramiro...). Ayant souffert bien des lives de Curtis que l'on peut au moins louer pour sa grande curiosité, je m'attendais à un orchestre bien moins bon que cette exception discographique: en réalité Il Complesso barocco a fait des progrès énormes (du moins dans cette oeuvre); après une ouverture tiedasse et un premier air de Motezuma (différent de celui au disque d'ailleurs) pas très précis, la sauce est peu à peu montée pour atteindre la quasi perfection au premier air de Fernando: certes on peut toujours reprocher un certain manque de couleurs mais pour une fois c'est impeccable et même passionnant dynamiquement, tous les pupitres sont parfaitements équilibrés rendant envoûtants les langueurs et nombreux jeux d'echos qui émaillent les airs; cette cohérence est d'autant plus stupéfiante que Papi Alan avait du sniffer quelque chose avant de monter tant les tempo sont rapides et halletants. Bref un grand bravo à l'orchestre; je regrette de n'avoir pas été écouté Alcina à Poissy du coup, et je suis curieux de savoir s'ils y atteignent aussi cette excellence. 

Vito Priante est le seul rescapé du disque: son Motezuma est toujours aussi brut de décoffrage, peu de nuances et un chant assez rentre dedans, ce qui convient tout à fait au personnage qui n'a que la colère pour loi. Ajoutons en plus qu'il est bien plus sexy que sur les photos...

Mary Ellen Nesi ne m'inspirait rien de bon après avoir entendu son Teseo assez fruste. J'ai été agréablement surpris de constater qu'elle pouvait aussi être une chanteuse très honnête, sans grande intelligence musicale et dramatique, mais capable d'un Ramiro très propre et bien chantant; la tessiture assez réduite et le timbre me font penser à Maria Ercollano mais sans le coté "caramélisé sur le dessus" (oui je n'ai pas encore mangé!) de cette dernière. Son Ramiro pèche donc surtout par manque de variété, d'implication dramatique (tous ses airs se ressemblent) et par un coté trop posé (qui ruine son "In mezzo alla procella").

Laura Aikin ne m'a par contre en rien étonné, c'est inintéressant: à sa décharge, son rôle est privé de son premier air et des récitatifs essentiels pour comprendre qui est Asprano, de plus elle remplacait Kalna prévue à l'origine et qui est simplement stupéfiante dans ce role. Mais comment supporter ce "Brilleran per noi" sans aucun sens du rythme, avec ces vocalises piquées qui ignorent deux notes sur trois? Comment ne pas s'indigner devant ce "D'ira e furor armato" pas du tout belliqueux ni en place avec deux plantages énormes où l'on ne savait plus qui de l'orchestre ou de la chanteuse était perdu? Seul son dernier air larmoyant lui a permis de se rattraper mais rien de très émouvant... A oublier bien vite.

Passons maintenant aux triomphateurs: Ann Hallenberg fut plus que convaincante en Fernando où je craignais qu'elle ne manque de sauvagerie! Que nenni! Cette femme brûle les planches, c'est un vrai génie dramatique de la même trempe que Dessay ou Antonacci: écoutez ces légères variations et silences qui font tout le relief de ses récitatifs auxquels ne manquent pas la moindre consonne; pâmez-vous devant cette crédibilité scénique (l'éclat de rire et l'allure pendant le "Sei troppo facile") et cette tessiture large qu'elle balaye avec une aisance confondante! Seul bémol, "L'aquila generosa" l'a trouvée un peu en difficulté pour traduire le déploiement des ailes par l'enflement vocal (chose que Beaumont réussissait à merveille et que je créve d'envie d'entendre par Bonitatibus); mais cela reste tout de même de très haute volée (pouet!).

Après la Teutile pleine de grace, cristalline et néamoins puissante d'Invernizzi, Karina Gauvin nous offre une conception toute différente du rôle: son timbre d'abord rend le personnage plus tellurique, plus humain et moins évanescent (elle ne ménage pas ses aigreurs pour les pleurs du dernier air) mais c'est aussi un personnage plus volontaire moins éthéré que celui peint par Invernizzi, une Teutile digne de la poigne de sa mère plus que jeune princesse innocente sacrifée. Tous ses airs seraient à commenter tant le poids dramatique est sensible dans chaque note. Impressionnant et très émouvant.

Sonia Prina en Mitrena, franchement quelle idée! Vous la voyez vous, se sortir de l'impossible "S'impugni la spada" avec son canto di sbalzo et ses lourdes vocalises? Eh bien croyez le ou pas c'était confondant. Après "La sull'eterna sponda" qu'elle a chanté de façon hypnotique avec des notes filées sur des souffles de voix mourante (sans bénéficier cependant des graves abyssaux de Mijanovic), et avant son air de la fin du II haletant et captivant (bien mieux qu'au disque pour le coup!), il s'est passé un petit miracle pour ce "S'impugni la spada". Tout d'abord l'orchestre démarre l'air au moins deux fois plus rapidement qu'au disque et disons le tout de suite, la technique relève de l'étrange, voire de l'improbable (le canto di sbalzo de Prina y est plus caqueté que chanté et les vocalises sont survolées plus que faites avec précision) mais cet élan irrépressible, cet entrain, cette fièvre de Prina dont tout le corps crispé et gigotant sur son pupitre tendait vers la salle comme pour s'y jeter dans un bain de foule digne d'un concert de rock, voilà un moment que je ne suis pas prés d'oublier. Je n'avais pas eu cette chair de poule éléctrique depuis le "Sta nell'ircana" de Tro Santafé. Avec une chanteuse moins convaincue ou avec moins de personnalité, cela n'aurait été qu'un grossier savonnage, avec Prina, c'est un délire de pythie! Ahurissant! Et que l'on n'accuse pas ma Prinamania, la salle lui a réservé une ovation aussi et je me suis fendu de deux youyou aux applaudissements. Sinon louons encore une fois son enthousiasme dramatique à couper le souffle dans le long récitatif avec Fernando au I (façe à une Hallenberg plus qu'habitée par son rôle) et qui laisse pantois pour le long accompagnato du III. J'ai failli hurler un hystérique "Sonia je t'aime!" aux applaudissements finaux mais je me suis retenu pensant que j'aurai dû continuer par un "Karinaaaaaaaa!" et "Ann for ever" pour finir dans un "Vito je te veux" pour être parfaitement juste.

 

Au final une soirée anthologique (à l'exception de la médiocre Aikin et de la sage Nesi) dont la retransmission radio égalera certainement le disque!

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

licida 11/04/2008 19:36

Bienvenue SuperGarfield et merci pour ton commentaire (commentaires qui ne sont d'ailleurs jamais trop longs à moins d'être rédigés avec les pieds par une fan de Franck F. mais je n'en dirais pas plus ^^).Oui le live est moins flatteur pour le S'impugni de Prina, ses graves disparaissent totalement dans la prise de son... déjà qu'elle n'en avait pas beaucoup c'est trop injuste! Mais je reste grisé par cet élan, ses tendances à accélérer que tu pointes font tout le sel de ses vocalises qui sans cet amour du risque dynamique seraient tout de même assez génériques. Mijanovic a pour elle ces sonorités ahurissantes qui maintiennent l'attention: une fureur prophétique là où Prina donne dans une fureur plus "rentre-dedans" ;-)

SuperGarfield 11/04/2008 19:06

Bonjour, bonjour, je suis un lecteur depuis quelques temps de ce blog, que j'ai découvert par le biais de cette critique de Motezuma. J'ai assisté aussi au concert, et je partage généralement ton avis sur les diverses prestations. Comme toi, j'avais été ébahi par Prina, Gauvin, Hallenberg que j'adore en général. Quant à Nesi, c'est honnête, et Aikin, c'était effectivement très en deça du reste de la distribution... Et ce plantage dans "D'ira e furor armato"... C'est la faute du chef qui ne savait plus où il en était et a été incapable les deux fois de donner le départ aux basses... Grand moment, un peu gênant, et sans doute encore plus pour les chanteurs présents sur scène !J'ai fait partie de ceux qui ont hurlé après un "S'impugni la spada" survolté, et quelle ne fut pas ma surprise de retrouver cet unique (malheureusement !) extrait sur ton blog ! J'ai écouté ça avec joie, mais j'avoue avoir été déçu : les vocalises sont un peu superficielles et elle a une tendance à accélérer qui a bien failli tous les envoyer dans le décor ! Dommage, car avec plus de précision et moins de hâte, ç'aurait pu être la version idéale (parce Mijanovic, j'avoue que... c'est un peu lent, et un peu laborieux !)Je n'ai que trop parlé, donc  je m'arrête.A la revoyure virtuelle.

Bajazet 17/11/2007 18:45

Moi aussi j'adore sa bifidité voyoute. C'est là qu'on voit qu'on a affaire à une artiste inventive, car dans les yaourths à la grecque il n'y a pas de bifidus actif.

Carlupin 17/11/2007 18:27

N'empêche, j'apprécie la bifidité des ornements de Nesi, cette façon de nous guider jusqu'au bout et puis de tout d'un coup partir dans un autre sens... ça se raccroche tout à fait au caractère de Ramiro, non ?

DavidLeMarrec 11/11/2007 13:06

A la radio, clairement, c'était sensiblement moins engagé, paradoxalement. (Je me doutais bien que j'aurais dû garder Libération pour moi. :-)