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Il catalogo è questo

18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 22:22

Vu que je n'ai pas toujours eu le temps, le courage, l'envie ou la confiance d'écrire des compte-rendus pour tous les spectacles que j'ai été voir depuis juin dernier, je vous livre ici des bribes de commentaires non sans valeur (j'essaye toujours de dire ici l'essentiel et le remarquable dans le bon comme dans le mauvais) mais sans grande prétention: dans le format ce sont des compte-rendus tels qu'on peut en lire dans les "grands" magazine musicaux français, dans le fond cela se veut pourtant plus humble (gnarf gnarf!).

*Le Temps des Gitans par Emir Kusturica à l'Opéra Bastille (juin 2007)

J'ai été fort déçu par ce spectacle qui était pourtant sur le papier un des projets les plus excitants de la saison: confier à un réalisateur aussi génial que Kusturica l'adaptation de son plus beau film. En réalité, c'est un échec:
- musical d'abord, Kusturica s'étant faché avec Bregovic qui avait composé la musique du film, c'est le fils de Kusturica qui a composé celle du spectacle et la différence de qualité est très sensible, on se retrouve avec du rock gitan caricatural, bordélique mais pas grisant, manquant cruellement d'émotion et de sensibilité; par ailleurs sonorise les chanteurs et l'orchestre à l'extrême dans une salle d'opéra créait des conditions acoustiques très mauvaises ne permettant notemment pas de savoir quel personnage chantait sur scène;
- dramatique ensuite, car résumer un film fleuve de plus de 2h dont l'action se déroule sur 10 ans en un spectacle d'un peu plus d'une heure et demie, cela relève de l'impossible, du coup le drame défile à toute vitesse, chaque caractère se contentant d'un air pour être peint, dans ces conditions, impossible d'être ému par le sort du héros, la bienveillance de la grand-mère, le destin tragique de l'amante ou la fourberie du méchant, d'ailleurs quand Kusturica veut créer l'émotion (lors de la rencontre entre Perhan et sa fiancée par exemple) il diffuse des extraits de son film, l'impuissance du spectacle est dite;
- scénique enfin, n'ayant sans doute pas su s'adapter au mécanisme de production d'un spectacle de l'ONP qui commence assez tôt, Kusturica s'est retrouvé pris par le temps, d'où des décors insuffisants pour ouccuper l'immense scène (à l'exception de la colossale entrée de la cathédrale de Milan) et une direction d'acteur souvent brouillonne; enfin reléguer les musiciens tziganes à la fosse les trois quart du temps, c'est retirer à cette musique son coté festif en séparant ce qui ne devrait pas l'être, les musiciens faisant clairement partie de l'action dans tous les films "tziganes" de Kusturica.

Au final, une grosse déception donc, surtout à coté de la splendeur du film: là on est certes emporté par la musique, on ne s'ennuie pas, mais rien ne marque vraiment et on est jamais ému. Ce spectacle a cependant attiré énormément de personnes, la salle étant remplie tous les soirs et il sera repris au Palais des Congrès en mars, espérons que Kusturica prendra du temps pour le retravailler.

 

* Capriccio de Strauss à Garnier (septembre 2007)

Rien de bien neuf dans cette reprise du superbe spectacle de Carsen (avec une mise en abyme et une rupture de l'illusion théatrale qui prennent ici bien plus leur sens que dans Les Contes d'Hoffman par exemple); dirigés par l'excellent Hartmut Haenchen les musiciens de l'ONP donnent le meilleur d'eux-même (comme dans Salomé un an plus tôt); à défaut d'être très profonde Solveig Kringelborn est bien chantante et stylée, on aurait aimé une élégance moins naïve, mais cela fonctionne très bien; Charles Workman est toujours aussi intelligent en Flamand même s'il a un peu trop tendance à surjouer le personnage; l'Olivier de  Tassis Christoyannis manquait en revanche un peu de caractérisation, c'était un peu timide et enfin la Clairon au timbre vielli de Doris Soffel m'a interessé non pas par la beauté de son chant, mais au contraire parce qu'armée d'une voix aussi claironnante et rauque, le personnage prenait une dimension nouvelle, presque caricaturale, comme si Strauss avait voulu se moquer de ces grandes tragédiennes ampoulées.

 

*Arianne et Barbe-Bleue de Dukas à Bastille (septembre 2007)

J'avais très peur étant donné ma haine pour l'oeuvre de Marthaler de voir cette mes de sa décoratrice: pourtant c'était plutôt réussi. Bien moins pédante que Marthaler, Anna Viebrock ne cherche pas à montrer au spectacteur, comme un gamin de 12 ans le ferait, à quel point elle est intelligente; son propos colle bien à celui de Maeterlinck, cela n'a rien de très original (les Hommes choisissent leur servitude) mais c'est cohérent et efficace: toutes les merveilles promises par le livret se limitent à cet étage d'usine divisé en autant de pièces qu'il y a de portes, et dans lesquelles évoluent les femmes de Barbe-Bleue dès l'ouverture du rideau; le proscenium sert d'accès au chateau, d'espace de liberté dans lequel les femmes n'oseront suivre Arianne ni même secourir Barbe-Bleue, ce que des spectateurs peu sensibilisés à l'art de mettre en scène ont interprété comme une absence de direction d'acteurs, alors même que c'est tout l'inverse (c'est justement parce que la direction d'acteur ne colle à ce moment pas au livret qu'elle est si frappante et donc qu'elle fait sens: la tendresse entre les femmes et Barbe-Bleue est ici pure parole sans réalité).
Coté musical, cette partition luxuriante m'a pour la première fois permis d'apprécier Sylvain Cambreling dont la tonitruance se faisait moins génante; Deborah Polaski fait un véritable éffort de pronnonciation par rapport à sa Cassandre/Didon chantée en moldave,  cela reste toujours incompréhensible mais au moins peut-on un peu mieux gouter la musicalité de la prosodie, reste une voix toujours aussi impressionnante; mais c'est surtout la nourrice de Julia Juon qui en impose par sa voix puissante et son chant intelligemment méné qui évite l'écueil du forte continu dans lequel tombe Polaski en accord avec Cambreling; les quelques notes du rôle de Barbe-bleue ne permettent pas de dire grand chose sur la prestation de Williard White si ce n'est que la simple présence physique et l'attitude de ce type suffisent à poser le personnage à la fois effrayant et tendre.

 

*La Patience de Socrate de Telemann au Staatsoper unter den Linden (octobre 2007)

Etant de passage à Berlin j'en ai profité pour aller voir une oeuvre dont je savais pertinnement qu'elle m'ennuierait au concert tant le style de Telemann me laisse froid: et bien même brillament mis-en-scène, ça n'a pas loupé. Cette musique ne présente pour moi pas le moindre intérêt, sauf la pastorale finale; l'action est nullissime, cela n'avance pas, les personnages sont enfermés dans des stéréotypes d'une pauvreté affligeante et chantent toujours les mêmes airs, enfin l'on ne compte pas les incohérences dramatiques comme le fait que Socrate, personnage éponyme, ait totalement disparu au troisième acte. Dès lors même René Jacobs et la brillante Akademie für alte Musik de Berlin n'ont réussi à me passionner, malgrè également une Inga Kalna déchainée, une Sunae Ihm à la voix gracieuse et stellaire ou d'autres chanteurs tous très méritants. Restait la mes qui tirait très habilement parti du jeu de doubles du livret en installant un décor parfaitement symétrique, la ligne étant située en plein centre de la scène, et qui savait animer les airs les plus insignifiants en demandant aux chanteurs de mimer leur affect - et ce de façon bien plus réussie que Florent Pagny dans un de ses glorieux clip je tiens à le préciser :o)

 

*Roméo et Juliette de Berlioz à Bastille (octobre 2007)

Ce spectacle était prometteur pour deux raisons: la chorégraphie de Sasha Waltz dont j'avais déjà adoré de Didon et Enée et la venue de Valery Gergiev. Pour le second, j'ai été comblé, loin de son mauvais Benvenuto Cellini de Salzbourg, le chef russe a ici fait un travail fabuleux sur la partition que je n'ai jamais trouvée aussi belle (je n'ai qu'une vielle version par Munch chez moi), signe de son succès, tout l'orchestre restait debout après le spectacle dans la fausse pour applaudir le chef (fait rarississime à l'ONP!). Pour ce qui est de la mes, le resultat est moins excellent: tout le début est atrocement conventionnel (la scène du bal manque totalement d'imagination et on se surprend à ne regarder que l'orchestre; la rencontre entre Roméo et Juliette ressemble à du mauvais Béjart), mais la suite devient passionnante (les mouvements latéraux des danseurs pendant le passage de la reine Mab comme pour symboliser la multitude de petites divinités qui hantent l'air lors de l'apparition de la Fée des Songes; le fond du plateau blanc qui se relève laissant couler de l'encre noire en un arborescence sanguinolante; le danseur qui tente l'ascension de ce pan dans le plus complet silence, entreprise aussi désespérée que celle de Sisyphe et qui est le symbole de l'impossible quête amoureuse des deux amants; le tombeau minéral de Juliette enterrée sous les galets...). Pour ce qui est des chanteurs, Ekaterina Gubanova enrhumée était très en dessous de son Nicklausse de l'an passé surtout pour la prononciation; Yann Beuron un peu en pilote automatique, mais ce pilote là est loin d'être désagréable; Mikhail Petrenko manquait de présence et d'assise vocale pour délivrer la morale de l'histoire d'autant qu'il était déstabilisé par les mouvements qu'il devait accomplir.

 

*La Missa Solemnis de Beethoven à Pleyel (octobre 2007)

J'en ronfle encore: Maccreesh+un musicien pour deux choristes+le genre d'oratorio qui m'ennuient profondément tant tout y est noyé dans la pompe et la convention=j'ai vraiment rien à dire. Friedmund en a fait un très bon compte rendu sur son blog.

 

*La Madeleine aux pieds du Christ de Caldara à la Villette (octobre 2007)

Avant de réprendre La Patience de Socrate à Paris, René Jacobs avait décidé de donner pour la première fois en concert cet oratorio enregistré 10 ans auparavant. Je ne dirai rien sur la superbe musique ni sur l'action allégorique bien construite, beaucoup d'autres en ont parlé avant moi et mieux. Je me conteterai de souligner qu'orchestralement on était tout de même un cran en dessous du disque (ici le Concerto Vocale) et que la pate orchestrale semblait par moment s'étioler entre les différents pupitres. Maria-Chrisitina Kiehr est vraiment une chanteuse étrange: techniquement c'est au dessus de tout reproche, la perfection incarnée, elle a même perdu la raideur métallique de ses débuts, mais alors c'est d'un frigide, rien ne transparait, pas la moindre émotion; bizarrement cela fonctionne dans un des airs les plus affligés où cette distance passe pour une transe hallucinée, mais la réussite théatrale s'arrête là. Marie-Claude Chappuis est tout l'inverse, elle ne manque pas de tempérament mais l'Amour terrestre est un rôle bien trop grave qui souligne sans arrêt ses limites vocales. Lawrence Zazzo est un gentil Amour Céleste, gentil c'est le mot, voire niais, surtout quand il se lève avant chaque air avec un sourire de ravi de la crêche des plus crétins, heureusement la voix réussit assez bien à évoquer la sagesse du plaisir divin opposée à la jouissance terrestre.

 

*Concert Sibelius (Symphonies 5 et 6; 7 chants) par Salonen et Heppner à Pleyel (novembre 2007)

Ignorant tout de Sibelius à l'exception du Cygne de Tuonela et de la Valse triste, j'arrivais vraiment dans l'espoir d'être ébloui par l'inconnu et je n'ai pas été déçu. Le philarmonique de Los Angeles dirigés par Esa-Pekka Salonen furent incroyables de plasticité, de souplesse, de chatoyance sonore, je ne suis malheureusement pas assez versé dans la science orchestrale pour décrire le plaisir tactile que l'on prend à écouter une telle douceur de son présenté dans une stature parfaite. Le sommet de la soirée aura été le bis, La Mort de Mélisande, où tous les archets jouaient réellement "sur le souffle".
Je serai plus réservé sur les septs chants, non pas que Ben Heppner ne fut pas à la hauteur, au contraire il a chanté les différents sentiments de façon prenante et d'une voix aussi impérieuse que sensible, mais l'orchestration posthume de ces morceaux écrits à l'origine pour voix et piano leur fait perdre en intimité et en chaleur humaine (à l'exception du Roses noires).

 

*The Rake's progress de Stravinsky au TCE (novembre 2007)

Reprise d'une mes d' André Engel qui réjouit par sa multitude de décors en carton pate, mais qui se limite un peu à ça, bref qui lasse vite: il faut plus d'esprit pour donner vie à cette oeuvre de second degré. L'ensemble orchestral de Paris dirigé par Fréderic Chaslin manque de nerf et surtout de luxuriance pour animer cette partition assez aride de prime abord; Thomas Randle est un superbe Tom (j'adore son timbre et son engagement qui m'avaient déjà ravi dans Solimano de Hasse); David Pitsinger chante Nick avec une voix impressionnante et superbement sonnante mais on peine à trouver du diabolique dans son jeu avant sa mort; Olga Peretyatko chante joliment Ann mais c'est trop cristallin, trop transparent finalement pour vraiment émouvoir; quant à Elsa Maurus elle plafonne très vite dans le grave et se trouve donc très vite handicapée pour traduire la furie et l'excentricité de Baba (Mijanovic y aurait sans doute été fabuleuse, mais elle a annulé). Gregory Reinhardt est tout à fait probant en père la Sagesse et les choeurs du TCE apportaient toute la verve qui manquait cruellement à l'orchestre. Enfin mention spéciale pour Simeon Esper qui chantait Sellem et le gardien de l'asile d'une voix franche et radieuse sans dégoulinade, bref à suivre.  

 

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Published by Licida - dans Représentations
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commentaires

Georg Philipp 04/02/2008 02:51

Mais j'y pense, il y a un très beau disque de concertos de Telemann, intitulé "La Bizarre", chez Harmonia Mundi. Le concerto des Rainettes est assez bizarre aussi.

http://www.amazon.fr/Telemann-Bizarre-Ouverture-Concerto-Rainettes/dp/B00005Y1JS/ref=sr_1_1?ie=UTF8&s=music&qid=1202089302&sr=1-1

(J'avais complètement oublié que j'avais ça en rayon^^)

Georg Philipp 04/02/2008 02:46

Perché me ne rimuneri così ?
Diedi gioielli ... Fantasie per oboe…

Perchè me ne rimuneeeeeeeeeeriiiiiiii (soupir mélodramatique)
cohoooOOOOOOOOOOoooosììììììììììììììì ?


licida 04/02/2008 01:09

A Baja: E avanti a lui tremava tutta Baja!*

*oui je t'ai féminisé pour le coup, ça t'apprendra à jouer les diva.


A David: vraiment tant de sollicitude à me faire aimer GP me touche :) Mais pourquoi donc crains-tu que je sois effrayé par les bijoux de Telemann (de famille ou pas:pouet!)? A vrai dire "Fantaisies pour hautbois" est un titre qui me tente plus que le ronflant "Passion".

Bon les gars j'essaye de me procurer la dope et je vous rappelle si je suis guéri, mais si c'est pas de la bonne alors je n'aurai de cesse de pourchasser l'ombre de Telemann sur ce blog! Hört Rachegötter der Lici Scwhur!

DavidLeMarrec 03/02/2008 20:39

Pour Telemann, tente les Fantaisies pour hautbois solo, des bijoux, ou si ça t'effrai, du côté de la Passion (un peu plus animé que Bach !).

Georg Philipp 03/02/2008 14:58

Stirb, Ungeheuer, durch unsre Macht !

Muori, dannato !